Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

La lecture exportable, ou la mort du copyright?

image La propriété intellectuelle ou sa version anglo-saxonne, le copyright, protègent l'auteur contre toute exploitation non autorisée de son oeuvre, et ce jusqu'à 70 ans après sa mort. Cette protection ne connaissait jusqu'à présent que deux exceptions majeures: la copie privée et le droit de citation. Selon l'article L 122-5 du Code de la propriété intellectuelle: «Lorsque l'oeuvre a été divulguée, l'auteur ne peut interdire: les représentations privées et gratuites effectuées exclusivement dans un cercle de famille (...); les analyses et courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d'information de l'oeuvre à laquelle elles sont incorporées.»

Avec le content embedding, ou lecture exportable, le web dynamique a ouvert une troisième brèche dans la forteresse de la propriété intellectuelle. Depuis la création de YouTube, en 2005, cette fonction est familière à tout titulaire de blog ou de compte web 2.0: pour intégrer dans sa page une vidéo issue de la plate-forme visuelle, il n'est pas nécessaire d'en recopier le contenu, puis de le retélécharger sur son propre serveur. Il suffit de copier une ligne de code, disponible sous l'intitulé "embed", puis de la coller sur son propre site. Dans un environnement adéquat, cette série d'instructions permet de restituer la visualisation de la séquence dans des conditions similaires à celles offertes par la plate-forme.

Le principe de la lecture exportable a été vulgarisé par les sites de partage de vidéos pour éviter de pénaliser les usagers par la répétition de longs téléchargements et pour augmenter la viralité des contenus, tout en esquivant les blocages du copyright. Pourtant, loin de se limiter à ce contexte, elle est utilisée par la plupart des plates-formes de partage de contenus. De nombreux usagers l'ignorent, mais faute d'un paramétrage volontaire, la mise en ligne de photographies sur Flickr procure à n'importe quel internaute la même possibilité, conforme aux règles de la communauté, d'une diffusion externe sans demande d'autorisation préalable.

Lire la suite...

La crainte du buzz

Formidable reportage improvisé de La Télé Libre sur les réactions d'un public de militants UMP face à la présence d'une caméra siglée. Lors d'une réunion électorale dans une école du VIIe arrondissement, où Rachida Dati fait campagne, mercredi 5 mars, des "jeunes populaires" empêchent à plusieurs reprises le cameraman de filmer la ministre. Très efficace, la tactique appliquée multiplie bousculades, placements devant la caméra, rappels à l'ordre et autres empêchements insidieux, sans que jamais la volonté de censure n'apparaisse comme telle – sinon dans l'accumulation de ces obstructions.

Commentaire de Joseph Hirsch: «Pourquoi nous a-t-on empêché de filmer? La peur de la "petite phrase" est certainement grande à l’UMP depuis que les dérapages de Rama Yade, Françoise de Panafieu, Jean Marie Cavada, et Nicolas Sarkozy se sont retrouvés joués en boucle sur Internet et les chaînes d’information. Mais mercredi soir, aucune autre caméra que la notre n’a été bousculée. Nous filmions pourtant exactement comme les autres. La seule différence, c’était l’autocollant Télé Libre.»

Ce n'est pas d'hier qu'on sait que le buzz est un empêcheur de communiquer en rond. Mais il semble bien que le succès de la vidéo "Casse toi..." ait représenté une sorte de climax qui a produit une série de réactions en chaîne. A commencer par un revirement radical de la communication élyséenne, si apparent qu'il n'est pas passé inaperçu. On peut également observer diverses tentatives de recadrage médiatique, visant à dévaluer le phénomène viral. La tactique de harcèlement constatée dans le VIIe pourrait offrir le modèle d'une réponse complémentaire: prendre le problème à la source en empêchant la production même de l'image. Problème: face à des professionnels avisés comme les reporters de La Télé Libre, cette obstruction produit elle aussi des images, dont il y a fort à parier qu'elles sont promises au buzz...