Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Patrick qui?

image J'admire Christian pour avoir consacré un billet malin au départ de PPDA. Pour ma part, je suis au regret de le constater, trente ans d'exercice d'un pape de la médiasphère n'ont pas produit chez moi la plus petite trace susceptible de motiver le moindre avis. Triste destin que celui de l'animateur de JT qui, en dépit d'une exposition quotidienne, ne laisse qu'une si faible empreinte. A tout le moins son départ donne-t-il l'occasion de mesurer les véritables effets de l'existence médiatique. Et comme pour le cas Bétancourt, c'est encore grâce à internet qu'on perçoit le mieux la disproportion entre l'hypertraitement sélectif de la machine médiatique et la perception réelle de ces événements.

PS. Ah oui, je n'avais pas encore évoqué ici la libération d'Ingrid. On peut faire court. Mesuré à l'aune de la croyance en un système de l'information rationnel, la démesure du traitement médiatique a pu apparaître choquante, excessive ou vaine. Je pense tout le contraire. Ce sont de tels événements qui nous dévoilent l'inanité de cette mythologie, et manifestent dans toute sa limpidité la mission du journalisme. Celle-ci n'a guère varié depuis Homère: nous faire trembler, gémir, pleurer ou rire tous ensemble, accomplir la purgation des émotions par le récit partagé. Plutôt que l'instrument d'une démocratie éclairée, le journalisme est un art social qui s'ignore.

La tactique du coup de grâce

image Quelle est la meilleure tactique pour se débarrasser des derniers reliquats de l'Etat-providence? Affamer d'abord la bête, puis, lorsque celle-ci n'a plus que la peau sur les os, lui donner le coup de grâce en disant: ça vaut mieux comme ça. Au lieu de la levée de boucliers que suscite toute modification institutionnelle, cette technique encourage une réception apaisée et complice.

Mise au point par la droite américaine pendant les années Reagan, cette tactique a été parfaitement acclimatée en France. Après le démantèlement du CNRS, le retour au contrôle direct de l'Elysée sur la télévision publique en a montré le scénario dans sa beauté sulpicienne. Il fallait écouter les apôtres gouvernementaux nous expliquer qu'il s'agissait d'un progrès dans la transparence pour constater l'efficacité du piège. C'est donc parce que l'Etat n'a jamais su donner les moyens de son indépendance à l'institution qu'il a fondé dans ce but que celle-ci se voit dépouillée de ses missions. Dans la France de 2008, nul ne songe qu'on aurait pu expérimenter la direction inverse, en conférant au CSA une dose de liberté ou de représentativité citoyenne. Tout à la démonstration que l'hypocrisie sarkoziste est capable de dépasser l'hypocrisie mitterrandienne, le chef de l'exécutif a évidemment d'autres chats à fouetter.

Laissons-le lutter contre le fantôme des années Minitel. En restaurant la télévision d'Etat sur toutes les chaînes, il ne fait qu'accélérer un processus de transfert qui trouble jusqu'à Arrêt sur images. Dans son plaidoyer du jour pour la télé publique, Daniel Schneidermann admet que «le combat n'est pas enthousiasmant». Il est vrai qu'en cherchant les motifs qui pourraient nous convaincre, l'éditorialiste chante surtout les louanges d'internet. On ne peut pas lui donner tort. Tant que l'actuel président pensera que sa réélection en 2012 dépend du contrôle des moyens d'avant-hier, il contribuera mécaniquement à accroître l'attractivité du canal de demain. Avec tous nos encouragements.

Edit du 01/07/08. Démonstration inattendue de l'axiome ci-dessus: le soir même de l'intervention sur FR3 du chef de l'Etat, rue89 diffusait un "off" des quelques minutes précédant l'émission, où l'invité s'offusque qu'un technicien refuse de le saluer. Il y aurait beaucoup à dire sur ce geste de défi, en passe de devenir une nouvelle figure de style du régime. Mais dans le match télévision vs internet, il y a fort à parier qu'on ne retiendra de l'épisode que ces quelques minutes de footage, plutôt que l'émission d'une heure et quart. Un déplacement qui en dit long, et que tous les efforts de contrôle semblent impuissants à contrecarrer...

Mascarade pour un massacre? Télévisions publiques en péril, pluralisme en danger

Evoquant la suppression de la publicité sur les télévisions publiques, Nicolas Sarkozy l’avait implicitement proclamé le 8 janvier 2008: «Avec moi, on décide d’abord, on réfléchit ensuite.» Pour asséner son refus de toute augmentation de la redevance, il vient de compléter cette règle de gouvernement (pas totalement inédite…) par une nouvelle maxime: «Avec moi, on réfléchit, mais ça ne sert à rien: j’ai déjà décidé.» (...) Même les plus naïfs finissent pas se résoudre à l’admettre: la prétendue refondation de l’audiovisuel public a pour effet (si ce n’est son but) l’affaiblissement de France Télévision au bénéfice du secteur privé.

Par Grégory Rzepski et Henri Maler, Acrimed, 09/06/2008.
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La propagande qui se lêve tôt

Après moins de trois mois d'éclipse relative, France 2 nous faisait assister hier au retour en fanfare de la propagande à la papa. Rapidement repérée par Arrêt sur images, la séquence de la visite à Rungis aura été multidiffusée dès Télématin, puis dans les éditions successives du JT. Rien n'a changé depuis Zucca: l'image est en couleurs, les sourires satisfaits et toutes les conventions en poutres apparentes. Du nanan pour les journalistes, à qui ça n'a pas demandé trop d'efforts pour décoder le message du président-et-madame-à-la-rencontre-de-la-France-qui-se-lève-tôt.

Tout aussi caricaturale que sa politique, la communication de Sarkozy décourage l'analyse. Sauf à relever comme sa principale caractéristique un incroyable culot pour enfiler les perles, enfoncer les portes ouvertes et cultiver le cliché. Chirac a définitivement trouvé son maître et Rungis effacé le salon de l'agriculture. Si l'on met de côté l'hypothèse d'avoir voulu fournir aux enfants des écoles une illustration frappante de la notion de populisme, ne reste pour comprendre cette allégorie que la panique du service public face à la perspective de l'effondrement de son financement.

Ajoutons que se précise, séquence après séquence, la fonction de Carla dans le rôle de la jolie fille qu'on exhibe. La familiarité du camelot est désormais le répertoire favori de l'hôte de l'Elysée. A cette pose, il est facile de prédire le destin de fictions analogues. Mais elle confirme l'utilité d'avoir épousé une image.

Parution "Télévision et histoire, la confusion des genres", par Isabelle Veyrat-Masson

Les éditions de Boeck annoncent la parution de Télévision et histoire, la confusion des genres. Docudramas, docufictions et fictions du réel, par Isabelle Veyrat-Masson (CNRS).

Après un très net déclin à la fin des années 1990, l'histoire est revenue au premier plan grâce à des genres qui mélangent les formes de la fiction et des éléments documentaires affirmés. Des docufictions comme L'Odyssée de l'espèce (45 millions de téléspectateurs dans le monde) mais aussi des docudramas de facture classique sur des faits divers relativement récents comme L'Affaire Dominici ou des fictions du réel tel L'Affaire Villemin ou L'embrasement sur les émeutes de novembre 2005, ont profondément modifié ce qu'était traditionnellement l'histoire télévisée.

Ces émissions ne cessent d'affirmer leur caractère documentaire mais en réalité elles ne sont que des "propositions" très subjectives, des genres hybrides qui mélangent le vrai et l'inventé. La méfiance à l'égard de l'image et la crise de l'histoire ne sont-elles pas conjuguées pour installer le scepticisme dans lequel se sont glissé ces "faux en histoire"?

Vacillements de la preuve par l'image

image Aucun universitaire ne peut regarder Bones sans un pincement au coeur. Créé en 2005 par Hart Hanson, cette série de la 20th Century Fox, rediffusée en France par M6, a attiré un large public. Probablement moins pour la qualité de ses intrigues, banales reconstitutions de crimes, que pour l'ambiance élitiste et somptuaire du spectacle de la science en action. «I don't know what that means», réplique le Dr Temperance Brennan, spécialiste d'anthropologie médico-légale, lorsqu'on évoque devant elle les personnages de la série X-Files.

Arrogante et sûre d'elle, la biologiste professe un délicieux mépris pour les contingences matérielles, les chansons à la mode ou les prochaines soldes. En contrepartie, elle s'adosse au prestige de la "Jeffersonian Institution", sorte de Getty de l'histoire naturelle, qui étale le décor d'une science comme seul Hollywood peut la rêver (grâce à YouTube, on peut comparer ce luxe de carnaval à l'environnement réel de Kathy Reichs, véritable anthropologue et auteur à succès dont la série s'inspire librement).

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Evénement à la demande

Le direct à la télé est désormais une denrée rare. Les émissions sont souvent enregistrées et à part les journaux télévisés (en pleine désaffection), l'usage du direct sur les chaines hertziennes reste une exception (vive le sport?). Nous nous sommes habitués à ce décalage, il arrive parfois de remarquer une désynchronisation d'évènement, lorsque le présentateur ou animateur fait une référence temporelle inappropriée...

Par Laurent Neyssensas, 15/02/2008.
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Le web inspire les Simpsons

image En France, les Guignols de l'info croient que Chirac est toujours président, les intellectuels pensent qu'Alain Finkielkraut est spécialiste d'internet, et le journal Le Monde vient de découvrir que Facebook n'est pas une agence de presse. Aux Etats-Unis, le 16 décembre dernier, un épisode des Simpsons a rendu hommage à la vidéo culte de Noah Kalina, déjà présentée sur ce blog.

Parodiant l'accélération temporelle d'"Everyday", le 9e épisode de la 19e saison du célèbre dessin animé présente un hilarant condensé de la vie de Homer Simpson. Souffrant d’une perte de mémoire, Homer se croit coupable d’avoir frappé sa femme et veut retrouver la mémoire à l’aide d’une machine à remonter dans le temps pour connaître la vérité. Devant l'insuccès de cette technologie, il décide de recourir à la bonne vieille méthode pour mettre fin à sa culpabilité: le suicide. Sautant d’un pont, le personnage perçoit un flash-back, calqué sur les principes d'"Everyday" et qui reprend la musique originale de Carly Comando. La séquence se termine sur une image du site de YouTube avec le titre "Homer se prend en photo pendant 39 ans".

Cette citation d'un fleuron du web 2.0 par un des principaux carrefours d'audience de la télévision traduit l'intégration du nouveau médium au sein de la culture populaire de la société américaine. A son tour copié sur Youtube, l'extrait y a rapidement suscité un nouveau buzz, agrémenté de variations et remixes, qui sont autant de manières de contourner la protection des copyrights.

J-332: une campagne en mal de blagues

La grève des scénaristes et auteurs de télévision, qui a démarré il y a maintenant plus d’un mois, peut-elle affecter le scénario des prochaines élections? Le blog du très sérieux Foreign affairs s’en est ému en début de semaine. D’abord, les séries se sont arrêtés et comme le remarque malicieusement le blog – après John McCain, d’ailleurs –, sans Jack Bauer dans 24h pour promouvoir l’usage de la torture, comment les républicains vont-ils pouvoir se justifier?

Par Gilles Bouvaist, USA 2008, 07/12/2007.
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La moralité, selon Fox News

Ou quand une chaîne se proclame des “bonnes” valeurs familiales, tout en montrant le plus de nudité et de violence possible. Quel tour de force: Fox News shows more sexualized violence and humiliation than probably any other network — all in the name of condemning it - while under-showing violence in Iraq, all in the name of supporting it...

Par Jerome Itu, Inside the USA, 14/11/2007.
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Guy Môquet, la propagande ressucitée

image Aujourd'hui, 22 octobre, jour fixé pour la commémoration officielle de Guy Môquet, je ne suis pas fier de mon pays. En regardant "La lettre", clip de François Hanss pour France Télévisions, je suis triste de voir l'histoire ainsi foulée aux pieds, mise au service d'un pathos de bas étage. Mais surtout, j'ai honte de voir la France ressuciter la propagande d'Etat. De la pire manière. Par l'obligation cérémonielle, par la mobilisation de la jeunesse, par l'imposition d'une image ridicule, d'où toute signification historique a été chassée, au profit d'une fiction sulpicienne, une bondieuserie de supermarché.

Je suis parfaitement convaincu de la bonne foi d'Henri Guaino. Comme je suis convaincu de la profonde bêtise de cet homme, lui qui paraît si incapable de comprendre ce qu'il fait. Goebbels aussi aimait son pays, d'un amour sincère. Voilà ce que nous apprend l'histoire, la vraie, celle qui nous montre qu'il est sage de se tenir à distance des manipulations mémorielles, de l'élévation sentimentale et de la sacralisation. Même Nicolas Sarkozy l'a compris, qui a abandonné toute participation à cette manifestation, laissant son conseiller spécial endosser seul la responsabilité de ce qui risque bien d'apparaître comme une monumentale erreur.

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Small is beautiful (3): la chanson de la télé

image Dîner en famille. Au dessert, la pub. De là où je suis, sans regarder, je reconnais une illustration musicale déjà entendue trois ou quatre fois, qui me chatouille l'oreille. Ma femme est bien plus forte que moi question variétés. — Tu connais ça ? — On dirait une version anglaise d'une chanson de France Gall, qu'elle dit, un truc genre "les filles", na na na... Là, je rigole. On ne dirait pas du tout du France Gall (j'ai tort: elle est vraiment forte).

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Un mâle sanglot

image Il y a des blogueurs fan de rugby. Ceux qui me font l'amitié de passer régulièrement par ici le savent: le sport sur canapé n'est pas mon truc. Je ne m'intéresse aux activités masculines en maillot que pour les images qu'elles peuvent produire. Hier soir, le fiasco du XV de France devant l'Angleterre en a livré une à glisser dans la galerie de nos icônes contemporaines. Non pas une image de bonheur, de succès ou de consécration – devenues banales dans l'environnement néo-libéral où nous évoluons. Mais l'image surprenante d'un échec, d'une surprise et d'un désarroi – qui n'était pas sans rappeler le dénouement de la finale du Mondial 2006.

En cette fin de match, la défaite de l'équipe française s'incarnait tout entière dans les épaules tressautantes de Sébastien Chabal, anéanti par le coup de sifflet final, agenouillé la tête dans les mains. Celui qui, quelques secondes plus tôt, jetait avec rage ses 116 kilos dans la mêlée, celui qui avait mérité les surnoms d'Attila, du Mangeur d'enfants ou de l'Homme des cavernes, celui qui personnifiait la puissance virile et faisait frémir les plus endurcies, celui-là avait le corps secoué de sanglots comme un petit garçon.

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Nicolas et la vraie de vraie télé réalité (de Free)

Bonne nouvelle, la vraie télé revient, oui, la vraie télé presque comme au début mais avec de la couleur. La vraie télé du réel, la télé réalité sans coupures CSA, sauf celles des coupures de connexion Internet ! Depuis juin, tout ceux qui ont une Freebox dernière génération le savent bien, ils peuvent en quelques secondes et avec peu de matériel faire leur show devant presque 5 millions d’abonnés. A vous de faire le calcul pour estimer le public potentiel, en comptant les enfants et les grand-parents assis sur le canapé. Il était temps de faire un petit point sur trois mois de création audiovisuelle amateur.

Par Nicolas Frespech, Poptronics, 11/10/2007.
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Une image qui vole en éclats

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Chacun se souvient de l'extraordinaire mise en scène familiale qui avait marqué l'intronisation du nouveau président de la République, le 16 mai dernier. Abondamment reprise par les journaux et les télévisions, cette image d'une famille recomposée modèle avait donné le la de la "rupture" selon Sarkozy, bien décidé à prendre ses distances avec les pesanteurs républicaines de ses prédécesseurs.

Selon les informations diffusées aujourd'hui par le quotidien suisse La Tribune de Genève (doublé dans 24 Heures), confirmant les rumeurs de séparation qui circulaient dans la blogosphère depuis une semaine (ne cherchez pas dans la presse française: Libé a démenti), cette exhibition d'un bonheur familial sans faille n'aurait été qu'une fiction de circonstance. N'en déplaise à Laurent Joffrin, ce n'est pas internet qui nous fait régresser au XIXe siècle, mais bien le goût sulpicien des services de la présidence, amateurs d'images emblématiques dans la grande tradition du dessinateur Job. Après le film légendaire H.B. Human Bomb, la figure de l'intronisation rejoint les allégories de l'histoire officielle du régime. Un récit qu'il devient de plus en plus difficile de conjuguer avec le réel.

Du Big Bang dans "Arrêt sur images"

A quoi sert la télévision? A assurer la promotion de produits dérivés sur le web. Après Karl Zéro ou John Paul Lepers, c'est Daniel Schneidermann qui annonce son intention de se lancer dans la web-TV payante, en proposant prochainement une version en ligne de la défunte émission "Arrêt sur images", financée par abonnement – mais accessible à tous.

Je ne suis pas un grand spécialiste des modèles économiques, mais le principe décrit par Schneidermann ressemble beaucoup à l'idéal de tout éditeur philanthrope. Combien de fois ai-je rêvé de pouvoir proposer Etudes photographiques en libre accès sur le web, tout en m'appuyant sur la générosité d'un noyau dur d'abonnés militants? La condition pour voir se réaliser cette équation édenique est de disposer d'un matelas suffisant de souscripteurs. Paierai-je pour voir "Arrêt sur images" en ligne? Malgré mes accès de mauvaise humeur face à un programme qui avait tendance à s'endormir sur ses lauriers (et sous réserve d'un tarif acceptable), la réponse est oui, pour au moins quatre raisons. Parce que la notoriété de l'émission confère une certaine crédibilité à son projet économique. Parce que la nouveauté de cette proposition promet de vrais efforts en termes de contenus. Parce que le canal choisi garantit une liberté de parole inédite. Enfin parce que payer pour soutenir une alternative au robinet télévisé ressort, non d'une obligation, mais d'un choix partisan.

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Le dino, le dragon, la poule et l'oeuf

Soit un documentaire (1) qui veut à toute force nous démontrer que les représentations figurées de dragons, de la vie des saints aux temples aztèques, s'inspirent des fossiles de dinosaures. La question est-elle correctement posée? Mettons de côté les confusions bénignes, comme celle du classement zoologique, qui force l'hydre, la manticore ou le griffon à s'assembler en une seule et même espèce, nonobstant leurs différences d'origines et d'attributs. Une erreur plus intéressante montre l'absence de réflexion en termes d'histoire visuelle. Il s'agit de l'effet de décontextualisation qui isole la figure du dragon parmi le riche bestiaire des monstres des civilisations antiques – minotaure, sphinx, licorne, gorgone et autres divinités à forme animalière. Cette décontextualisation permet: 1) de ne pas se poser la question de savoir si nous disposons d'une archive fossile pour chacun de ces êtres fantastiques; 2) de voir dans toutes les représentations de dragons une image objective, une sorte de photographie qui nous indiquerait à coup sûr les caractéristiques de la chose reproduite.

Pourtant, il existe bien une proximité formelle entre dragons et dinos. Mais celle-ci ne suit pas la généalogie proposée par le documentaire. Depuis Jurassik Park (1993), une foultitude d'animations en 3D toutes plus réalistes les unes que les autres ont fait des dinos des créatures plus familières que les vaches ou les cochons. Et nous ont fait oublier que personne n'a vu de ses yeux un dinosaure vivant. Comme en témoigne l'invention du terme "dinosaure" (terrible reptile) par Richard Owen en 1842, ce sont en réalité les représentations de dragons qui ont fourni le principal repère visuel permettant de s'imaginer et plus tard de reconstituer ces animaux. Ce ne sont pas les images de dragons qui descendent des dinos, mais bien les images de dinos qui procèdent des dragons imaginaires. Une filiation logique pour l'histoire visuelle – encore faudrait-il songer à y recourir.

1. "A la recherche du dragon", réal. Carl Hall, production France 5/Parthenon Entertainment Ltd., 2004, diffusé le 15/07/2007 sur France 5.

Illustration: Griffon, enluminure flamande (v. 1350) du Der Naturen Bloeme, histoire naturelle en vers néerlandais écrite vers 1266 par Jacob van Maerlant, La Haye, Koninklijke Bibliotheek.

Michael Moore à Wolf Blitzer (CNN): pourquoi ne dites-vous pas la vérité aux Américains?

image Michael Moore répondant à Wolf Blitzer (CNN, "The Situation Room", 09/07/2007): “Mais pourquoi ne dites-vous pas la vérité aux Américains? Je veux dire, je souhaite que CNN et les autres médias, juste une fois, disent la vérité à propos de ce qui se passe dans ce pays, que ce soit avec la couverture santé - ou n'importe quel sujet. Je veux dire, vous autres, vous avez un tel passif…”

“Et pour moi, de venir ici et d’avoir à écouter toutes ces conneries… Je veux dire, sérieusement, je n’ai pas été dans votre émission depuis trois ans. La dernière fois où j’étais là, vous avez montré un reportage similaire au sujet de "Fahrenheit 9/11" disant ce ne peut pas être vrai ce qu’il dit au sujet de la guerre, comment ça va être un bourbier, les armes de destruction massive.”

“Vous savez et… pourquoi ne commencez pas vraiment avec ma première apparition dans votre émission en trois ans et peut-être par me présenter des excuses pour avoir dit ça, il y a trois ans, parce qu’il s’est avéré que tout ce que j’ai dit dans "Fahrenheit" était vrai.”

Reproduit sur YouTube.
Via Inside the USA, 10/07/2007 (traduction partielle).