Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Réflexions autour du débat "La médiatisation du mouvement universitaire"

image

Le débat "La médiatisation du mouvement universitaire", animé par André Gunthert (EHESS), s’est déroulée en deux temps. Le premier volet a été consacré à un examen des conditions et modalités de la médiatisation du mouvement universitaire, réflexion à laquelle étaient conviés un certain nombre de journalistes des médias nationaux (Luc Cédelle pour Le Monde, Ixchel Delaporte pour l’Humanité, Sylvestre Huet pour Libération) et d’un nouveau média diffusé sur internet (Jade Lindgaard de Mediapart), auxquels s’étaient joints une universitaire (Valérie Robert de SLU) et un enseignant-chercheur de l’EHESS (Cyril Lemieux). Il s’agissait de faire retour sur les difficultés et les insatisfactions à la fois des membres de la communauté universitaire mais également des journalistes eux-mêmes au sujet de la couverture médiatique du mouvement universitaire. Le second volet, auquel ont pris part deux universitaires (Sophie Pène et Olivier Ertzcheid) a permis de dresser un premier bilan de la montée en puissance, parmi la communauté universitaire, de l’usage des nouvelles technologies d’information et de communication (NTIC), à des fins d’échanges d’informations et de coordination des actions que le caractère décentralisé du mouvement anti-LRU rendait nécessaire et comme un moyen d’expression autonome de la communauté universitaire mobilisée sur des questions qui la concernent au plus près. (On trouvera les principaux extraits des interventions audio des participants cités sur le site SLRU-EHESS à la rubrique "podcasts". Un des intervenants a présenté sa propre analyse du débat. A consulter également l’article de Régis Soubrouillard, de Marianne.)

Lire la suite...

Journée de rencontres européennes: "Pour une autre Europe du savoir"

Journée de rencontres européennes, organisée par le collectif Printemps 2010, samedi 30 mai 2009, au CentQuatre, 104 rue d’Aubervilliers, 75009 Paris (M° Riquet/Crimée ligne 7 ou Marx-Dormoy ligne 12; bus 519).

Les réformes engagées en France concernant l’enseignement supérieur et la recherche sont la déclinaison nationale d'un projet européen (Lisbonne 2000) déjà fortement engagé dans la plupart des autres pays européens. Le collectif "Printemps 2010", ensemble d’organisations résolues à contester et combattre la mainmise du marché sur l’enseignement supérieur et la recherche vous invite à participer à la journée "Pour une autre Europe du savoir".

Au cours de cette journée, des collègues européens viendront présenter la situation dans leur propre pays et montreront quels sont les dangers au quotidien de ce processus. Nous débattrons ensuite de l’organisation d'un contre-sommet qui aura lieu pendant le sommet des chefs d’État mi-mars 2010. Pendant qu’ils discuteront d'un "Lisbonne 2", il nous faudra pouvoir proposer un autre avenir pour l’enseignement supérieur et la recherche en Europe.

Lire la suite...

Grand Débat: "La médiatisation du mouvement universitaire"

CNU 22 janvier 2009 Dans le cadre des Grands Débats de l'EHESS.

Jeudi 14 mai, 14h-18h, auditorium de l'Institut national d'histoire de l'art (INHA), galerie Colbert, 2 rue Vivienne/6, rue des Petits Champs, 75002 Paris (métro: Bourse).

Débat animé par Pascale Dubus (université Paris 1) et André Gunthert (EHESS). Avec la participation de Luc Cédelle (Le Monde), Ixchel Delaporte (L'Humanité), Olivier Ertzscheid (Universités en lutte), Sylvestre Huet (Libération), Cyril Lemieux (EHESS), Jade Lindgaard (Médiapart), Sophie Pène (université Paris 5), Valérie Robert (université Paris 3/SLU).

Depuis janvier 2009, l'université française est secouée par la plus grave crise qu’elle ait traversée depuis des décennies. Peut-on estimer que le grand public a été correctement informé de l'ampleur et des motifs du conflit? Une grande partie des médias a été critiquée pour son traitement superficiel de l'événement, au point de susciter des comportements inédits, comme un mouvement de boycott à l'encontre du journal Le Monde. Le blog de Sylvestre Huet, journaliste à Libération, a de son côté connu une audience très supérieure au quotidien qui l'héberge. Comment analyser la réserve de la presse? Peut-on y remédier? Il convient également de tirer le bilan de l'usage des médias alternatifs. A l'ère des blogs et des réseaux sociaux, le mouvement universitaire fournit un cas concret pour observer les pratiques effectives et mesurer le pouvoir d'influence des outils en ligne. Un débat entre acteurs du mouvement, journalistes et spécialistes du web 2.0 pour tirer les leçons de la crise (entrée libre).

MàJ: album.

Lire aussi sur ce blog:

Bilan d'un trimestre du blog SLRU-EHESS

image Ouvert le 26 janvier 2009, le blog SLRU-EHESS, consacré au mouvement des enseignants-chercheurs, a publié 132 billets de 42 auteurs et 110 commentaires. Bénéficiant d'un large éventail de ressources multimédia, il a pu mettre à disposition de ses lecteurs 13 vidéos et diaporamas, 42 photos et 9 podcasts originaux, une documentation pdf accessible en flash, une revue de presse de 175 liens, ainsi qu'une veille permanente sur les principales sources d'information par l'intermédiaire de flux RSS.

Fréquentation: février/34.686 visiteurs uniques; mars/32.738 VU; avril/29.222 VU (moyenne: 1086 VU/jour, statistiques Urchin). Trafic total: 280 Go.

Réf.: slru.ehess.org

Le Monde passe aux aveux

image Un magnifique cas d'école. Le 1er avril dernier, le sociologue Jérôme Valluy, militant de la première heure du mouvement des enseignants-chercheurs, diffusait sur la liste de discussion de la coordination universitaire un appel à boycotter le journal Le Monde, sous la forme ironique d'une "Charte de bonne conduite" (voir ici-même: "Adieu, Monde cruel"). On a pu lire, notamment sur le blog de Luc Cédelle, l'expression de la stupeur incrédule qui a saisi le boulevard Blanqui devant cette atteinte aux droits imprescriptibles du journalisme "de référence". Non, était-il opposé en substance, Le Monde n'avait rien à se reprocher, sa couverture de la crise était juste et équilibrée. On préférait botter en touche, déplorant le mauvais goût de cette persécution antimédiatique, pure manifestation du terrorisme intellectuel ultragauchiste.

Trois semaines après la diffusion de la "Charte", c'est Jérôme Valluy qui a gagné. Le 22 avril, le quotidien a publié un dossier approfondi de 8 pages, qui répond sans rire aux questions essentielles: "Qui sont les acteurs de la crise?", ou encore: "Quels sont les points du litige?" ...pas moins de trois mois après le début du conflit. Ce record de promptitude journalistique a suscité l'hilarité de quelques confrères peu charitables ("Incroyable: Le Monde découvre l'existence d'un conflit dans les facs"). Mais cet exercice de rattrapage tardif est aussi un aveu qui donne rétrospectivement raison à ceux qui critiquaient la couverture du quotidien. Car la restitution des raisons du conflit est cette fois bien plus en faveur des enseignants-chercheurs, qui ne sont plus présentés comme un troupeau borné hostile à la magie réformatrice, mais comme des professionnels en butte à l'incohérence des pouvoirs publics. Il reste bien sûr des erreurs factuelles, qui témoignent du peu de familiarité des journalistes avec le mouvement («Derrière la mobilisation, deux moteurs: le Snesup, syndicat majoritaire chez les universitaires, et les différentes coordinations nationales» affirme par exemple un "chapô". Alors que c'est bien la coordination nationale des universités, secondée par les associations SLU, SLR et QSF, qui a lancé et organisé la mobilisation. Mentionner le Snesup, autrefois proche du parti communiste, en première place des "moteurs" trahit le réflexe du Monde de gauchiser le mouvement).

On ne saura probablement jamais combien de désabonnements ont conduit le quotidien à cette spectaculaire volte-face. Y apercevra-t-on la preuve de l'indépendance tant vantée du journalisme? Ou plutôt celle de l'efficacité de la pression du lobbying, seul levier susceptible de peser désormais sur l'industrie médiatique? Telle a bien été la perception immédiate de la "Charte" par la direction du quotidien. Puisse cette interprétation du poisson d'avril de Valluy ramener au bercail les lecteurs égarés.

  • Réf.: Dossier "Universités", Le Monde daté du 23 avril 2009, p. I-VIII.

L'autonomie veut dire la mise au pas des universitaires

Dans votre dernier livre, "Conditions de l'éducation", vous mettiez l'accent sur la crise de la connaissance. Le mouvement actuel dans l'enseignement supérieur n'en est-il pas une illustration?

L'économie a, d'une certaine manière, dévoré la connaissance. Elle lui a imposé un modèle qui en fait une machine à produire des résultats dans l'indifférence à la compréhension et à l'intelligibilité des phénomènes. Or, même si c'est une de ses fonctions, la connaissance ne peut pas servir uniquement à créer de la richesse. Nous avons besoin d'elle pour nous aider à comprendre notre monde. Si l'université n'est plus du tout en position de proposer un savoir de cet ordre, elle aura échoué. Or, les savoirs de ce type ne se laissent ni commander par des comités de pilotage, ni évaluer par des méthodes quantitatives.

N'est-ce pas pour cela que la question de l'évaluation des savoirs occupe une place centrale dans la crise?

Alors que les questions posées par les modalités de l'évaluation sont très complexes, puisqu'elles sont inséparables d'une certaine idée de la connaissance, elles ont été réglées de manière expéditive par l'utilisation d'un modèle émanant des sciences dures. Ces grilles d'évaluation sont contestées jusque dans le milieu des sciences dures pour leur caractère très étroit et leurs effets pervers. Mais, hormis ce fait, ce choix soulève une question d'épistémologie fondamentale : toutes les disciplines de l'université entrent-elles dans ce modèle? Il y a des raisons d'en douter.

Lire la suite...

Valérie Pécresse, ministre de la liquidation de l'université?

image Petit problème de logique. Affirmer: 1) qu'on a tenu compte des "inquiétudes" des universitaires et réécrit le décret statutaire; 2) que la "grogne" est calmée; 3) que les quelques "perturbations" restantes sont le fait d'une petite minorité manipulée par l'ultra-gauche. Ce qu'ont répété Pécresse et Darcos tout le mois de mars. Comment passer de cette description apaisante à l'idée que «l'année universitaire sera menacée» si les cours ne reprennent pas après les vacances de Pâques, ainsi que le signifie la ministre depuis début avril? Car de deux choses l'une, ou bien la contestation se limite à quelques UFR fanatisées, auquel cas on ne voit pas bien comment cette impéritie locale serait susceptible de mettre en danger tout le système universitaire – ou bien la menace est réelle, auquel cas il faut se résoudre à penser que la mobilisation contre les projets gouvernementaux est large et vivace.

Cette dramatisation du conflit dans la bouche de Pécresse, immédiatement relayée par les médias soudain angoissés par la dégradation de "l'image des universités", est en réalité la première marque de reconnaissance de l'ampleur du mouvement par le ministère. Après la période des négociations en trompe-l'oeil et les annonces victorieuses de "sortie de crise" (dont la relecture un ou deux mois plus tard n'est pas sans effets comiques involontaires) est venu le temps des exhortations et des menaces. Sans reprise des cours et passage des examens, vous nuisez à la crédibilité de l'université et prenez le risque d'une fuite des étudiants dès la rentrée prochaine, dit en substance la ministre.

Lire la suite...

Adieu, Monde cruel

image Ce que deux mois et demi de mobilisation universitaire n'ont pas réussi à produire, la circulation d'une "Charte de bonne conduite" contre le journal Le Monde l'a obtenu: attirer à nouveau l'attention des médias sur le mouvement des enseignants-chercheurs. Après son démarrage, début février, la curiosité des rédactions était vite retombée. Les affaires universitaires, c'est bien connu, ennuient les lecteurs. Au coeur des revendications, l'obscurité des discussions autour d'un projet de décret sur le statut des profs était décourageante. Faute de comprendre les tenants et les aboutissants du débat, les journalistes disposaient d'une échelle indicative: la comparaison avec les manifestations contre le CPE. Mesurée avec ce thermomètre, la mobilisation sans précédent des enseignants-chercheurs (et beaucoup moins des étudiants, qui représentaient en 2006 le gros des troupes) risquait fort de paraître diminuée. Ajoutons à ces caractères une longévité inhabituelle, et l'on admettra que toutes les conditions étaient réunies pour que l'image du mouvement s'amenuise sur les écrans radars de l'actualité.

L'appel au boycott du journal Le Monde n'est pas pour autant un simple prurit de militants déçus de ne pas figurer à la une. Participer à une mobilisation aussi ample que celle du mouvement universitaire, c'est se retrouver au coeur d'un flot d'informations. Occupé matin et soir à réunir, interpréter et rediffuser les diverses données qui en forment la trame, chaque acteur devient un spécialiste de l'événement. Cette situation particulière modifie la relation traditionnelle aux médias. Au lieu d'être considéré comme la source de l'information, un organe de presse est lu comme un relais dont on peut précisément mesurer les manques, les raccourcis ou les parti-pris.

Lire la suite...

Tourner avec la Ronde des obstinés

Je participerai demain soir à la Ronde infinie des obstinés, qui tourne depuis 14 jours sans interruption sur le parvis de l'Hôtel de Ville, en signe de protestation contre les réformes de l'enseignement supérieur. Rendez-vous à tous ceux qui souhaitent discuter recherche, politique et histoire visuelle (20h-24h, album).

Réf. http://rondeinfinie.canalblog.com

Lettre aux membres du comité de visite de l'AERES

image A Mesdames et Messieurs les évaluateurs de l’AERES, membres du comité en charge de l’évaluation de l’EHESS

Mesdames, Messieurs, chers Collègues,

Une visite d’évaluation de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales est prévue les 27-30 avril 2009. Nous souhaitons vous faire savoir par cette lettre que nous ne considérons pas cette procédure comme légitime, que nous ne croyons pas en son utilité, et que nous pensons que les règles explicites ou implicites de sa réalisation entrent en contradiction avec l’éthique scientifique qui préside à nos travaux. La spécificité de notre Ecole ne peut en outre qu’être dissoute par des critères standardisés qui privilégient en réalité les démarches les plus conformistes.

Beaucoup d’entre nous ont déjà assisté, dans leurs centres, à des visites de comités d’experts de l’AERES. Dans la très grande majorité des cas, l’impression dominante a été celle d’une grande pauvreté des échanges intellectuels. À leur place a été développé un discours platement managérial, informé et structuré par une grille pré-établie supposée s’adapter à toutes les situations, toutes les institutions et toutes les recherches.

Lire la suite...

Qu'est-ce qui buzze chez les enseignants-chercheurs?

image Dix jours après sa mise en ligne, l'intérêt suscité par la vidéo "Du processus de Bologne à la L.R.U, une catastrophe annoncée" ne se dément pas. Avec plus de 12.000 vues, elle talonne le clip "Nanterre en tables", lui aussi mis en ligne le 26 mars, en tête des vidéos issues du mouvement des enseignants-chercheurs avec 14.000 vues. Apparemment modestes, si on les compare aux audiences des hits de Youtube ou Dailymotion, ces scores sont à rapporter à la pratique encore embryonnaire des outils du web 2.0 par la communauté universitaire française. Si l'on considère qu'il s'applique, non à un clip musical de quelques minutes, mais à une très sérieuse conférence de plus d'une heure, ce chiffre est tout à fait remarquable.

Filmée le 23 mars, la passionnante communication de Geneviève Azam à l'université de Toulouse-Le Mirail pose de la façon la plus claire l'antagonisme entre la rationalité néolibérale et l'héritage émancipateur issu des Lumières. Cet antagonisme est bien la clé pour comprendre la vigueur et la durée du mouvement universitaire, fondé, non sur une grogne passagère ou sur de simples revendications corporatistes, mais sur une perception rationnelle des limites de l'application du dogme du marché aux domaines du service public, de l'éducation ou de la recherche. Ce sont les échecs du modèle concurrentiel, mais aussi la fuite en avant forcenée de ses partisans, incapables de produire une analyse ou une critique de ses dysfonctionnements, qui permettent de décrire cette position comme une croyance ou, comme l'explique Geneviève Azam, «un nouvel obscurantisme».

L'économiste dévoile l'ampleur du projet mis en place avec les processus de Bologne et de Lisbonne, qui font de l'éducation un «investissement stratégique». Théorisée par un puissant lobby patronal dès 1991, la "formation tout au long de la vie", préconisée par de nombreux partis politiques, n'a rien d'un programme philanthropique, mais est au contraire définie comme le socle d'une nouvelle industrie, conditionnée par la libéralisation des services que promeut l'Union européenne.

Danièle Hervieu-Léger démissionne du comité de la recherche et de l'innovation

image Nommée en octobre 2008 présidente du "Comité de pilotage pour une stratégie nationale de la recherche et de l'innovation", Danièle Hervieu-Léger avait dû subir en direct la désastreuse intervention de Nicolas Sarkozy du 22 janvier. Celle qui était alors présidente de l'EHESS avait qualifié ce discours de «brutal et chargé de mépris». Pourtant, malgré l'interrogation de nombreux collègues, elle avait choisi de ne pas quitter le comité de pilotage, ne souhaitant pas mettre Valérie Pécresse en difficulté.

Avec la fin de son mandat à la direction de l'Ecole et l'élection de son successeur, François Weil, le 7 mars dernier, Danièle Hervieu-Léger a retrouvé sa liberté de chercheuse. Prenant acte de l'échec de la mission du comité, dont les travaux sont interrompus, elle a présenté sa démission de ses fonctions à la tête de cette instance. Un geste qui met fin à la fiction d'une définition d'une "stratégie nationale de la recherche et de l'innovation" par un gouvernement visiblement incapable d'en apprécier les enjeux.

Le scénario est-allemand

image Face à un mouvement social d'une ampleur inédite depuis 1968, le gouvernement a montré hier l'étendue de son désarroi. Foin de manipulations médiatiques, de réponses dilatoires, de stratégies de contournement. Sarkozy en Belgique, Pécresse aux abonnés absents, restait Fillon pour assurer le service minimum, façon Madame la marquise. En d'autres termes, nos édiles n'ont plus de solution politique – et à peine un réflexe politicien. En l'absence de porte de sortie, rester droit dans ses bottes face à la gauche, aux fonctionnaires et aux intellos offre au moins l'assurance de conserver les voix des bataillons poujado-réac, coeur de cible de l'électorat UMP.

Comment réagir devant l'aveu de cette impuissance? Il peut être utile de rappeler le processus qui a mis fin, sans la moindre violence, à la dictature est-allemande. En 1989, le retrait d'Afghanistan de l'URSS, puis l'évolution politique de la Hongrie et de la Pologne produisent un changement de contexte géopolitique. En septembre commencent les "manifestations du lundi": chaque semaine, dans toutes les grandes villes de RDA, les rassemblements populaires enflent inexorablement. En quelques mois, sous le regard des observateurs incrédules, le mur puis le pouvoir tombent comme un fruit blet.

Vingt ans après, la crise financière produit un autre changement de contexte idéologique, tout aussi brutal. Les fondements de la rationalité politique, modèle OCDE, se dispersent comme sable sous les pieds des dirigeants. Les manifestations grossissent, les slogans s'amplifient, la mobilisation se renforce. Le scénario qui attend un pouvoir autiste est déjà écrit. Nul besoin de radicalisation. Il suffit de retourner dans la rue.

Pourquoi nous occupons l'AERES

image Communiqué du collectif occupant l'AERES, ce matin 18 mars.

«Les établissements doivent s’engager à mettre en place des procédures pour améliorer la qualité de leurs formations, de leurs diplômes et de leur recherche. C’est une culture du management de la qualité qu’il convient d’instaurer. La stratégie, la politique et les procédures visant à l’amélioration continue de la qualité doivent avoir un statut officiel au sein des établissements et des organismes. Plus autonome, chaque université doit prendre en main sa politique et les moyens de sa mise en œuvre, et, d’une logique de moyens, elle doit passer à une logique de résultats. Chacune doit pouvoir mesurer sa performance, assurer et manager la qualité de sa recherche et de son offre de formation et les situer au plan international.» Editorial de Jean-François Dhainaut, président de l’AERES.

Lire la suite...

Le poker menteur de Valérie Pécresse

image Les enseignants-chercheurs avaient-ils des craintes sur les dérives du présidentialisme promu par les lois et projets du gouvernement? Comme pour mieux les en convaincre, Valérie Pécresse a choisi d'incarner jusqu'à la caricature tous les défauts possibles de la gouvernance qui attend les établissements post-LRU. Absence d'écoute et de dialogue, pilotage autoritaire, double langage, manipulations médiatiques: tels sont quelques-uns des traits saillants qu'a fait apparaître la gestion ministérielle de la crise.

Le décret sur le nouveau statut des enseignants-chercheurs a été rédigé sans la moindre concertation. Il comprend pourtant plusieurs décisions explosives. Dans un contexte de gel des postes statutaires et d'inflation des tâches administratives, exigées par la logique de fonctionnement sur projet, la perspective de modulation d'une charge d'enseignement déjà trop lourde ne pouvait que mettre le feu au poudres.

Dès le 22 janvier 2009, la réunion d'une Coordination nationale des universités, suivie par une manifestation d'une ampleur sans précédent le 10 février, qui fait descendre dans la rue plusieurs dizaines de milliers d'enseignants, chercheurs, personnels et étudiants, formaient autant de symptômes d'une protestation historique. Loin de rechercher le dialogue, Valérie Pécresse opte dès ce moment pour une gestion strictement politicienne de la crise, en accumulant des opérations de diversion et de communication qui s'adressent, non à la communauté universitaire, mais prioritairement à l'opinion publique.

Lire la suite...