Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Un sourire qui en dit long

Encore un billet passionnant sur le blog d'Errol Morris, qui a déjà suscité 412 commentaires en dix jours. Dans le cadre d'un documentaire qu'il a réalisé sur les photos d'Abou Ghraib ("Standard Operating Procedure", 2008), le cinéaste s'est longuement penché sur le personnage de Sabrina Harman, l'une des gardiennes de la prison irakienne. Chacun se souvient du choc des visages souriants des tortionnaires, qui posaient le pouce levé à côté des prisonniers – l'un des traits les plus commentés de ces images, sur le mode de la condamnation morale.

Mais que signifie exactement un sourire sur une photo? A Errol Morris, Sabrina Harman affirme aujourd'hui avoir réalisé ces images avec l'idée de documenter ce qui lui apparaissait comme des mauvais traitements. Une déclaration qui n'aurait guère de valeur si elle n'était étayée par des courriers de l'époque («I took more pictures now to "record" what is going on», lettre du 20 octobre 2003, citée par Le New Yorker). Comment expliquer la contradiction apparente entre cette intention et la mine réjouie qu'elle arbore sur les photos? A Morris, la jeune femme explique qu'il s'agit d'une attitude stéréotypée provoquée par la situation de pose. Le cinéaste sollicite alors l'expertise du psychologue Paul Ekman, spécialiste de l'interprétation des expressions faciales qui, appuyé sur les expériences de Duchenne de Boulogne, identifie dans la mimique de Harman les caractéristiques du "sourire social" – une expression forcée qui ne traduit aucune gaieté réelle.

A partir de ces éléments, Morris décrit la réaction à la photo de Harman comme une imputation basée sur un réflexe social. La rencontre du stéréotype photographique (le "say cheese smile") avec une situation hors normes provoque un sentiment de scandale. «Instead of asking: Who is that man? Who killed him? The question becomes: Why is this woman smiling? (...) And even if she is not guilty, she stands in (in the viewer’s imagination) for those who are. (...) Harman didn’t murder al-Jamadi. She provides evidence of a crime, evidence that this was no heart attack victim. (...) It is now our job to make sure that her photographs are used to prosecute the people truly responsible for al-Jamadi’s death.» (“Plutôt que de se demander: qui est cet homme? qui l'a tué? la question devient: pourquoi cette femme sourit-elle? (...) Et même si elle n'est pas coupable, elle vaut (dans l'imagination du spectateur) pour ceux qui le sont. (...) Ce n'est pas Harman qui a tué Al-Jamadi. Elle a fourni des preuves du crime, des preuves qu'il n'avait pas été victime d'une crise cardiaque. (...) Notre travail est maintenant de nous assurer que ses photographies sont utilisées pour poursuivre les vrais responsables de la mort d'Al-Jamadi”).

Illustrations: 1) Photographie de Sabrina Harman par Charles A. Graner, prison d'Abou Ghraib, 4 novembre 2003. 2) Duchenne de Boulogne stimulant à l'aide d'électrodes les muscles du visage d'un sujet atteint de paralysie faciale, ''Mécanisme de la physionomie humaine, ou Analyse électro-physiologique de l'expression des passions applicable à la pratique des arts plastiques", Bailliere, 1862.

Journées d'études à l'IMEC

image En clôture du séminaire "L'archive et le portrait", organisé en partenariat avec l'IMEC (Institut Mémoires de l'édition contemporaine), le Lhivic a organisé deux journées d'études sur site, les 19 et 20 mai 2008 (voir album). Accueillis dans les conditions privilégiées de l'abbaye d'Ardenne à Caen, les étudiants ont pu examiner un large échantillon de fonds photographiques, représentatifs de la variété des conditions de formation et de conservation de ces ensembles.

Fondé en 1988, l'IMEC conserve les archives de maisons d'édition, de librairies ou d'organes de presse ainsi que des archives de personnalités du monde littéraire et intellectuel. La politique de conservation de l'institut présente la particularité d'étendre l'attention généralement réservée à l'archive papier aux documents multimédia. L'IMEC conserve donc non seulement des correspondances, des manuscrits ou des ouvrages, mais aussi des photographies, des films, des vidéos, des enregistrements sonores, etc. Ces divers documents posent des problèmes de conservation spécifiques.

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Raconter des histoires avec des images

d0a5f0bb9e459481fe51d77935584c7a.jpgEn discutant l'autre jour des évolutions du photojournalisme avec une étudiante canadienne, je constatais une fois encore que le point de départ de l'analyse est le prototype de l'image d'information, où à un événement ponctuel et bien identifié correspond son iconographie légitime et nécessaire. Mais si ce modèle fonctionne pour une catégorie bien particulière d'événements – du type 11 septembre – il représente en réalité l'exception plutôt que la règle. Il suffit de feuilleter n'importe quel journal, n'importe quel magazine, pour s'apercevoir que la majeure partie de son iconographie relève d'un autre modèle: celui de l'illustration, où le rapport à l'événement n'est pas dicté par la fonction informative de l'image, mais plutôt par ses fonctions décorative ou narrative.

Bel exemple ce matin avec la couv' de Libé. Pour illustrer le bilan jugé calamiteux d'un an de présidence, le quotidien a choisi une photographie en gros plan de Nicolas Sarkozy, à un moment où il n'était encore que candidat, lors d'un meeting le 24 avril 2007 à Rouen, où on l'aperçoit tendu par l'effort, le visage couvert de gouttes de sueur très apparentes.

Le choix d'une photographie datée d'il y a un an, presque jour pour jour, est un clin d'oeil habile à la thématique du bilan. Mais si elle décrit quelque chose de la situation présente pour un lecteur d'aujourd'hui, c'est bien par l'expression de difficulté qui semble marquer le visage du personnage, et qui prend tout son sens dans le contexte actuel, bien différent de celui de la campagne présidentielle.

Même ce gros plan, apparemment univoque, pourrait être utilisé dans un autre contexte pour signifier au contraire la valeur de l'effort, de l'engagement et du don de soi du président de la République. Si nous lisons dans ce visage la peine plutôt que l'action, c'est en réalité que nous sommes guidés par les multiples indications fournies par le titre (“Encore quatre ans”) et la légende (“plutôt un échec”), encore renforcées par un détourage du portrait sur fond noir, qui contribue à orienter la lecture.

Cette utilisation de l'image pour ses qualités narratives est le vrai ressort de l'illustration de presse moderne. Comme le répète Jean-François Leroy, directeur du festival Visa pour l'image, une bonne photographie de reportage est “une photo qui raconte une histoire”. Encore faut-il ajouter qu'on peut faire dire ce qu'on veut à une image.

Nota bene: article initialement publié sur Le Flipbook.

A-t-on retrouvé le portrait de Jeanne d'Arc?

66951501acc2516c605a51fc98977b39.jpgA une époque où le minois de la moindre aspirante à la Star Ac' fait le tour des écrans, c'est difficile à croire. Et pourtant, de la première héroine de l'histoire de France, Jeanne la bonne Lorraine, sujet de milliers d'ouvrages, nous ne connaissons aucune image contemporaine réaliste. Des enlumineurs aux cinéastes, d'Ingres à Méliès et de Renée Falconetti à Milla Jovovich, on a prêté des centaines de visages à la sainte. Mais personne ne connait ses véritables traits.

Du moins jusqu'à la diffusion, le 29 mars dernier sur Arte, du documentaire de Martin Meissonnier, "Vraie Jeanne, fausse Jeanne. Jeanne d'Arc, la contre-enquête" (coproduction: Arte France, Productions Campagne Première, CFRT), qui a battu tous les records du genre en attirant près d'un million de téléspectateurs, soit 4,7 % de parts de marché.

Largement appuyé sur le livre de Marcel Gay et Roger Senzig (L'Affaire Jeanne d'Arc, Florent Massot éd., 2007), ce film passe la légende à la moulinette d'une interprétation séculière et politique, loin de tout surnaturel. C'est la famille royale  qui aurait instrumentalisé le destin de la pucelle, fabriquant une "envoyée de Dieu" conforme à la prophétie afin de renverser le joug anglais.

Suivant l'ouvrage, Martin Meissonnier révèle que Jeanne n'aurait pas été brûlée à Rouen en 1431, mais aurait survécu et se serait mariée en 1436 à Robert des Armoises. Le film se clôt sur le portrait de Jeanne des Armoises, en médaillon au-dessus de la cheminée du chateau de Jaulny, la demeure du couple près de Metz. Le vrai visage de l'héroine? C'est ce que le documentaire laisse entendre.

Voire. Nul besoin d'être médiéviste pour trouver étranges les certitudes assénées tout au long d'un film à thèse. A plus forte raison à l'endroit d'un dossier caractérisé par une aussi large part de légende – une surdétermination originaire qui noie toute information et impose au contraire à l'historien la modestie et la prudence.

La thèse du film de Martin Meissonnier s'inscrit en réalité dans une tradition qui remonte aux années 1950, lancée par Jean Grimod (Jeanne d'Arc a-t-elle été brûlée?, Amiot-Dumond éd., 1952). On trouvera sur le site du cercle zététique une réfutation point par point des arguments des "survivistes". Qu'une chaîne publique comme Arte se laisse prendre au piège d'une telle théorie du complot n'est pas un signe rassurant.

Quant au portrait final qui laisse le téléspectateur persuadé d'avoir aperçu le vrai visage de Jeanne, nul ne songe à nous informer que son style n'a rien de médiéval, et que s'il rappelle plutôt la Renaissance, c'est à la manière des imitations dont est friand le second XIXe siècle. Quelle que soit aujourd'hui la tyrannie du visuel, il faut s'y faire: nous ne connaîtrons jamais les véritables traits de la pucelle. Et ce pour la même raison qui fonde sa légende: le goût du symbole et de l'invisible, que le Moyen-Age a le tort de préférer aux apparences.

Nota bene: article initialement publié sur Le Flipbook.

La photographie privée: une source pour l’histoire de la culture visuelle

image Dans mon projet de doctorat, j’étudie les représentations de l'amitié dans un groupe d'albums photos. Les traces matérielles des relations personnelles sont rares, car ces relations se réalisent surtout dans le contact direct et nous sont transmises seulement par des documents personnels, tels que: lettres, journaux intimes et photos privées. En même temps, jusqu’à aujourd'hui, ces dernières ont attiré très peu d’attention des chercheurs, quoique la photographie ait été vite introduite dans la vie quotidienne. Presque depuis son invention, la bourgeoisie l’utilisait pour faire des portraits à donner aux amis et aux parents, de sorte que les photos privées sont devenues des documents personnels très répandus vers la fin du XIXe et surtout au XXe siècle.

En mettant l’amitié au centre de cette étude, je me concentre sur le sujet qui est le motif le plus fréquent après la famille dans la photographie privée. Dans la littérature sur la photographie privée on trouve des formules fixes qui disent que les photos étaient prises de la famille et des amis et qu’elles étaient montrées dans le cercle familial et amical. Tandis que la photographie familiale a été étudiée assez fréquemment par différents chercheurs, la photographie amicale mène une existence marginale.

En ce qui concerne les sources, je m’appuie essentiellement sur la collection des photographies privées du Musée national suisse qui comporte près de 2000 albums de 1860 jusqu’à nos jours, la plus importante de ce genre en Suisse. La majorité des albums date des années 1890-1960. La collection n’a pas encore fait l'objet de recherches, de sorte qu’il y a seulement quelques courts articles sur quelques albums de la collection. Sur ces 2000 albums, j’en ai retenu 195 pour mon étude.

Dans le cadre de cette intervention, je voudrais présenter mes réflexions méthodologiques sur la photographie privée comme source pour l’histoire de culture visuelle. Mon sujet :"La mise en scène de l’amitié et la pratique photographique entre des amis" ne me sert qu’à questionner la photographie privée et à me demander comment on devrait procéder dans l’analyse des photographies anciennes. Dans un premier temps, je me tourne brièvement vers la photographie privée comme champ de recherche. Dans un second temps, j’ajouterai les deux approches à la photographie privée et ma méthode d’analyse et pour finir quelques problèmes de la photographie privée comme source.

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Le complexe de Gradiva. Théorie de la photographie, deuil et résurrection

Article republié à l'occasion du commentaire de la "Petite histoire de la photographie" (1931) de Walter Benjamin, dans le cadre du séminaire "Théorie des images" (CEHTA/INHA).


Dans Gradiva, nouvelle de Wilhelm Jensen rendue célèbre par son commentaire freudien[1], un archéologue tombe amoureux d'une jeune fille représentée sur un antique bas-relief[2]. «Il tisse autour d'elle ses fantaisies, il lui imagine un nom (Gradiva) et une origine, il transporte cet être qu'il a créé dans la ville de Pompéi, ensevelie voici plus de 1800 ans[3].» Il se rend sur les lieux et, au cours d'une rêverie diurne, «tandis qu'il anime ainsi le passé par son imagination, il voit soudain, sans pouvoir en douter, la Gradiva de son bas-relief sortir d'une maison et, d'un pas léger, gagner (...) l'autre côté de la rue[4].» On apprendra par la suite que la jeune fille aperçue par l'archéologue est une amie d'enfance - à qui son sentiment amoureux s'adressait en réalité, via le détour de cette construction fantasmatique complexe.

À l'exemple de Roland Barthes[5], oublions un instant cette fin et la leçon qu'en tire Freud, pour ne conserver que l'épure du délire de reviviscence que propose le conte de Jensen. Celui-ci se présente comme une variation sur le très ancien motif qui, de Pygmalion au Portrait de Dorian Gray, prête vie à la représentation - mais avec cette particularité que la dimension historique y remplit une fonction éminente. Là où le mythe grec voyait la déesse Vénus animer une statue d'ivoire, création ex nihilo du sculpteur[6], Gradiva installe une distance de plusieurs siècles entre le désir et son objet: une personne qui a vécu autrefois, et qui n'existe plus. «Docteur en archéologie et professeur d'université[7]», le héros exerce non seulement une profession qui le place dans un rapport privilégié avec ce passé, mais il occupe la fonction par excellence de qui ressuscite les mondes disparus. En d'autres termes, il n'est pas celui qui, à l'instar de l'artiste, donne vie (par les moyens de l'art) à la matière inerte, mais celui qui, comme l'historien, a pour mission de faire revivre (par les moyens de la science) une personne ou un univers dont on suppose qu'ils ont réellement existé. Ce léger déplacement de la structure du mythe - qui place à côté de la vie son symétrique manquant: la mort - fait tout l'intérêt de la Gradiva de Jensen, et permet de l'utiliser comme modèle pour analyser l'un des procédés récurrents des théories de la photographie: la figure de résurrection.

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Derrière Simone de Beauvoir

image Le 3 janvier 2008, Le Nouvel Observateur célèbre le centenaire de la naissance de Simone de Beauvoir (1908-1986) par un dossier et lui consacre sa couverture (n° 2252). Plutôt qu'un banal portrait du Castor, la rédaction a choisi une photographie étonnante, réalisée par Art Shay en 1952 lors d'un séjour à Chicago. Saisie inopinément au sortir du bain, Beauvoir, nue, rattache ses cheveux devant son miroir, dans une pose qui semble inspirée de la peinture classique, cambrée par le port de mules hautes.

Dans les jours qui suivent cette parution, journaux, blogs et forums s'enflamment. Une première vague de réactions condamne ce choix iconographique, décrit comme un contresens et unanimement analysé comme un symptôme de la dérive commerciale du magazine. «Le nouveau Voyeur frappe au-dessous de la ceinture» dénoncent les Chiennes de garde, qui manifestent devant son siège le 11 janvier. Ciblant tout particulièrement les associations féministes, une deuxième vague répond à la première en soulignant la "bigoterie" voire l'"intégrisme" de cette interprétation. Michel Labro, directeur de la rédaction, se défend d'avoir voulu donner une image dégradée de la femme et estime au contraire que cette couverture constitue "un hommage parfait" au non-conformisme de l'écrivain.

Les dernières réactions en date tendent à ramener ce choix à un non-événément. C'est pousser le bouchon un peu loin. On peut dire ce qu'on veut de cette photographie, sauf qu'elle est banale. Rapportée à l'univers littéraire des années 1950-1960, cette image est unique en son genre. L'une des premières ripostes à la couverture met en exergue son machisme en soulignant qu'«on n’imagine pas un numéro spécial du Nouvel Obs avec en couverture les fesses de Sartre». Plus largement, il suffit de solliciter la génération des écrivains ou des intellectuels de l'après-guerre, déjà largement médiatisée, pour mesurer ce que cette image a d'exceptionnel. Des photographies privées d'Althusser en maillot de bain, à la plage, sont conservées dans les collections de l'IMEC, mais je les vois mal orner la couverture d'un magazine à l'occasion d'une célébration. Le cas le plus approchant pourrait être la vision de l'actrice Jane March jouant le personnage de Marguerite Duras jeune dans le film tiré de L'Amant (Jean-Jacques Annaud, 1992), mais il s'agit d'une évocation fictive largement postérieure.

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The public story of a Facebook photograph

Not really liking my former Facebook portrait photo, I decide to post another shot. This new one is softer, with a view of the back of my nude torso submerged in an orange grainy light. My face is recognizable and my expression reflects an intimate moment snapshot. Subtly hot in content and warm in colour, you see one of my nude shoulders – no more, no less. The left open eye entices the viewer in an accomplice-like smile. A black rectangle in the background, hors champ, is suggestive of an invitation to another space.

To be honest, I did not reflect on this change in advance… I just did it. Then, due to the repercussion the change induced, I decided to analyse what had happened – similar to how any researcher would analyse facts in an empirical experience.

I received comments from my friends and some invitations from people I do not know. Pokes, no, no pokes nor any other of the new “X Me” applications at all. The personal mails were from friends I already had in my list and were only written by my female friends. Did they feel embarrassed or intimidated by the photo? No, I believe they were just winks and smiles of complicity. Men’s auto censorship? Usually we, women are supposed to post non committed photos, “beware of web-harassments, watch out”… The photograph I chose is possibly the opposite of what most women post. Generalizing, when women change their portrait pic it is for one where you can hardly see their face and body, something kind of “I wanna be mysterious”.

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Simone de Beauvoir revue et corrigée par le Nouvel Obs

image A mon sens cette grossièreté, sans parler de sa lâcheté – j’imagine la lettre que Simone de Beauvoir leur aurait écrite si au Nouvel Obs ils s’étaient aventurés sur ce genre de pente très savonneuse de son vivant, à l’auteur du Deuxième sexe – s’augmente d’un traitement post-image très étonnant. Donc en supposant que le maquettiste du Nouvel Obs ait, à peu de choses près, les mêmes méthodes de travail que les miennes, la séquence suivante d’opérations a été produite à partir de l’image orginale d’Art Shay. 1. Recadrage — cela paraît peu de choses mais cela permet de faire disparaître le siège des toilettes sur la droite sur lequel sont notamment posés, c’est une supposition, les vêtements de Simone de Beauvoir, de même que de montrer un peu moins du carrelage lépreux de la salle de bain. 2. Eclaircissement général de l’image et légère augmentation du contraste — ce qui permet étonnamment de donner à cette salle de bain des airs nettement plus fastueux que ceux de la salle de bain de Nelson Algren...

Par Philippe De Jonckheere, Le bloc-notes du désordre, 05/01/2007.
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La valise rouge, ou le hors champ

Déjà signalé sur ce blog, le buzz d'une image fixe est beaucoup moins facile à évaluer que celui d'une vidéo. En l'absence de carrefours d'audience tels YouTube ou Dailymotion, sans compteur de vues ni situation chronologique, la surveillance de la circulation d'une photographie reste une affaire qui relève du connoisseurship plus que d'une approche méthodique. En la matière, toutefois, un signe ne trompe pas. La rapidité de sa reproduction en des lieux divers est un indicateur fiable de son caractère viral.

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Un mâle sanglot

image Il y a des blogueurs fan de rugby. Ceux qui me font l'amitié de passer régulièrement par ici le savent: le sport sur canapé n'est pas mon truc. Je ne m'intéresse aux activités masculines en maillot que pour les images qu'elles peuvent produire. Hier soir, le fiasco du XV de France devant l'Angleterre en a livré une à glisser dans la galerie de nos icônes contemporaines. Non pas une image de bonheur, de succès ou de consécration – devenues banales dans l'environnement néo-libéral où nous évoluons. Mais l'image surprenante d'un échec, d'une surprise et d'un désarroi – qui n'était pas sans rappeler le dénouement de la finale du Mondial 2006.

En cette fin de match, la défaite de l'équipe française s'incarnait tout entière dans les épaules tressautantes de Sébastien Chabal, anéanti par le coup de sifflet final, agenouillé la tête dans les mains. Celui qui, quelques secondes plus tôt, jetait avec rage ses 116 kilos dans la mêlée, celui qui avait mérité les surnoms d'Attila, du Mangeur d'enfants ou de l'Homme des cavernes, celui qui personnifiait la puissance virile et faisait frémir les plus endurcies, celui-là avait le corps secoué de sanglots comme un petit garçon.

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Le portrait du président

De haut en bas et de gauche à droite: Adolphe Thiers (1871-1873), Raymond Poincaré (1913-1920), Paul Deschanel (1920-1924), Alexandre Millerand (1920-1924), Albert Lebrun (1932-1940), René Coty (1953-1959), Charles de Gaulle (1959-1969, photo: Jean-Marie Marcel), Georges Pompidou (1969-1974: photo: François Pages), Valéry Giscard d'Estaing (1974-1981, photo: Jacques-Henri Lartigue), François Mitterrand (1981-1995, photo: Gisèle Freund), Jacques Chirac (1995-2007, photo: Bettina Rheims), Nicolas Sarkozy (2007, photo: Philippe Warrin), © La Documentation française.
Voir la série complète des portraits des présidents de la République sur le site de La Documentation française.

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Toscani fait sa pub

image Erwan l'avait pronostiqué ici même: après son portrait en noir et blanc, la prochaine affiche de Ségolène Royal serait en couleur. Voilà qui est fait, avec Oliviero Toscani aux manettes, dont les campagnes pour Benetton sont restées dans les mémoires. Comme on pouvait s'y attendre, le publicitaire métamorphose la candidate en mannequin pour shampoing.

D'après les bruits de couloir, l'équipe de Ségolène Royal aurait un temps songé à Valérie Jouve. Rappelons que les portraits officiels des présidents de la Ve (Lartigue pour Giscard, Gisèle Freund pour Mitterrand, Bettina Reims pour Chirac) ont a chaque fois été des choix emblématiques. Au cas où la candidate remporterait le match, on ne peut que lui conseiller de recontacter celle qui est aujourd'hui l'une des plus brillantes étoiles de la photographie contemporaine, celle qui s'inscrirait le mieux dans la continuité de Freund – intellectuelle engagée autant qu'artiste. Ca aurait tout de même plus de gueule qu'un Toscani ou un Arthus-Bertrand.

Marianne en noir et blanc

image Jack Lang a présenté aujourd'hui l'affiche électorale de Ségolène Royal, alias la France. La surprise, c'est le choix du noir et blanc. Pour se présenter comme l'incarnation de la France éternelle, Sarkozy avait choisi une affiche à la Mitterrand (paysage campagnard). Le noir et blanc, c'est une autre façon d'évoquer cette même France : mais plus glamour, plus Michèle Morgan... Le noir et blanc, a expliqué Lang, a "la vertu d'épurer les traits et faire surgir le visage dans toute sa force, à la fois d'humanité et de détermination".

Pascal Riché, Mon Oeil!, 30/01/2007.
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Arielle Dombasle‚ le nu‚ le vêtu et la négation de l'âge

On aurait cru le strip-tease bourgeois disparu ou voué aux (mâles) fins de salons professionnels réussis‚ au contentement des touristes venus en cars et des bataillons de grossistes en machines-outils obsolètes. Mais Arielle Dombasle (Paris-Match‚ 8 février) ressuscite le spectacle de "nu artistique" (Barthes) et le requalifie en univers signifiant. En voici les codes investis d'une nouvelle promesse: la transgression de l'âge accompagnée de la négation de ses atteintes.

Par Jean-Yves Ruaux, Seniorscopie.com, 14/02/2007.
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Un "Président" peut en cacher un autre

image L'oeil toujours aux aguets, notre camarade Erwan entreprend l'analyse du visuel de campagne de Nicolas Sarkozy sur son blog Regarder les images. Plutôt qu'avec l'affiche de Mitterrand de 1981, il est frappé par sa ressemblance avec celle du récent film Président, avec Albert Dupontel.

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Conférence "L'archive et le portrait" à la MEP

image Je présenterai mercredi prochain à la MEP un premier état de mes recherches dans les fonds photographiques personnels conservés à l'abbaye d'Ardenne:
"L'archive et le portrait. Les fonds photographiques de l'IMEC"
Cycle de conférences de la Société française de photographie
Auditorium, Maison européenne de la photographie, 5-7 rue de Fourcy 75004 Paris.
Le 7 février 2007 à 18h (entrée libre).

Notes sur l'index (remake)

image Dans le dernier essai de l'ouvrage Le Photographique, consacré à l'émission d'Agnès Varda, "Une minute pour une image" (FR3, 1983), Rosalind Krauss notait la propension des spectateurs de photographies à en réduire le commentaire à la formule: "C'est..." – et concluait à la justesse de la thèse de Bourdieu: le jugement photographique le plus commun ne porte pas sur la valeur mais sur l'identité[1].

Dans l'émission de Varda, le commentaire était off. S'il avait été illustré, il y a fort à parier que Rosalind Krauss aurait pu y voir l'image du geste qui accompagne le "c'est...": l'index pointé. L'indicateur qui renvoie à la chose, le shifter par excellence, le "Ta, da ça" de Barthes – le même index que celui autour duquel est construit le fameux article "Notes sur l'index"[2]. Le même, sauf qu'elle ne le voit pas. L'indice de la sémiotique et le doigt de chair restent dans deux mondes séparés.

Hier après-midi, consultation du fonds privé chez les V... Alors qu'ils ne parlent que de l'oeuvre du père disparu, célèbre metteur en scène, alors qu'ils préparent une exposition sur ses portraits, autour de la table, où on été étalées les vieilles photos de famille, on ne discute que d'une chose: là, c'est tout à fait toi; là, c'est Jeanne – l'énigme des visages, la grande question de la ressemblance familiale. C'est ton père tout craché. Et on joint le geste à la parole, index pointé. A cet instant, comme chez Varda, il n'y a plus de photographie, plus d'interface, on est en direct. Pure transparence. Jeu des sept familles, qui veut le visage de papa? le sourire de maman? C'est tout moi. L'index est le doigt.

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