Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Soutenance de thèse "Donner à voir", par Myriam Chermette

La thèse de doctorat d'histoire des médias Donner à voir. La photographie dans Le Journal, discours, pratiques, usages (1892-1944) présentée par Myriam Chermette à l’université de Versailles Saint Quentin-en-Yvelines sera soutenue le lundi 16 novembre 2009 à 9h, bâtiment d'Alembert, en salle des thèses (2e ét.), 5-7, Boulevard d’Alembert, 78280 Guyancourt.

Jury: Christian Delporte (directeur de thèse, université de Versailles Saint Quentin-en-Yvelines), Dominique Kalifa (université Paris 1), Elisabeth Parinet (Ecole nationale des Chartes), André Gunthert (EHESS), Pascal Ory (université Paris 1).

Résumé
L’image, au tournant du XIXe et du XXe siècle, joue un rôle marginal dans les dispositifs de séduction et d’information du public élaborés par les quotidiens d’informations générales. Quarante ans plus tard, elle est mise à l’honneur en première page, fait l’objet de discours nombreux, internes et externes aux rédactions, et obtient une place privilégiée dans le traitement de l’actualité. Entre ces deux bornes chronologiques, le journal quotidien, support conçu le plus souvent pour le texte, s’approprie le document iconographique. Cette thèse se propose, à travers le cas du Journal, fondé en 1892 et qui parut jusqu’en 1944, de restituer l’histoire de cette appropriation, processus non linéaire, fortement déterminé par les stratégies éditoriales de cet acteur majeur de la presse quotidienne d’informations générales. L’analyse des discours, des pratiques et des usages qui se construisent autour de la photographie met alors en évidence l’évolution des formes iconographiques au cours de cette période, leur interaction avec la culture visuelle médiatique de la Belle Époque et de l’entredeux-guerres, ainsi que la représentation de l’actualité véhiculée par l’image.

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Image numérique et culture visuelle au menu 2009-2010

image Bientôt le début de mes deux nouveaux séminaires, proposés en alternance le jeudi de 18 h à 20 h à partir du 5 novembre (INHA, salle Walter-Benjamin, galerie Colbert, 2 rue Vivienne, 75002 Paris, ouverts aux auditeurs libres).

  • Recherches en histoire visuelle (1er et 3e jeudis du mois, du 5 novembre 2009 au 20 mai 2010)

L'image est aujourd'hui au cœur de la société de l'information. Non plus comme un spectacle auquel on assiste passivement, mais comme un outil de médiation que chacun peut mettre en oeuvre. Cette révolution est liée à la combinaison de trois facteurs techniques, qui s'est produite entre 2003 et 2005: l'arrivée à maturité de la technologie des photocapteurs; la diffusion rapide du haut débit; les services proposés par les systèmes interactifs du web 2.0. Caractérisée par la collectivisation des contenus visuels, l'utilisation des images comme support d'interaction et de communication, ou encore par l'ubiquité des images, un nouveau paysage visuel s'élabore sous nos yeux. Le séminaire proposera une première approche de l’histoire de ces évolutions et de leur mise en récit.

  • Mythes, images, monstres (2e et 4e jeudis du mois, du 12 novembre 2009 au 27 mai 2010)

En articulation avec le séminaire "Recherches en histoire visuelle", ce séminaire poursuit les travaux entamés en 2008 sur la question des images comme support de mythes. Comment et pourquoi l'image devient-elle médiateur de récit? Par quel mécanisme et dans quelles condistions en vient-elle à à se substituer au représenté? On étudiera notamment le rôle de l'iconographie dans la modélisation scientifique et technique, les élaborations de la culture populaire, ou encore la part visuelle de la construction des récits journalistiques.

Tous les séminaires de l'EHESS

Parution de "Photo de presse. Usages et pratiques"

Les éditons Antipodes annoncent la parution de Photo de presse. Usages et pratiques, sous la direction de Gianni Haver, 278 p., 50 ill., 21 €.

Consommée au quotidien, la photographie de presse fait partie de notre paysage visuel depuis bien plus d'un siècle. Si elle a été rejointe par d'autres formes de mise en image de la réalité, sa fonction ne s'est pas estompée. La photographie de presse a même gagné en considération : des prix prestigieux lui sont consacrés chaque année et certains de ceux qui étaient autrefois considérés comme de simples artisans jouissent désormais d'une renommée internationale.

La plupart des auteurs de cet ouvrage entament leur réflexion à partir de cet objet ultime qu'est le magazine illustré (ou quelquefois la presse quotidienne, désormais illustrée elle aussi). Ils ne se limitent pas à en questionner les qualités formelles et artistiques, mais considèrent en priorité la photographie de presse comme un objet symbolique, socialement inscrit, qui permet de questionner ce qui est montrable et de quelle manière ce qui est montrable est effectivement montré.

Cet ouvrage explore également les terrains dans lesquels l'image de presse est réinvestie par d'autres usages, qui la distancient de son usage premier en l'introduisant au musée ou dans une exposition d'art.

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En mettre plein les yeux et rendre "Apocalypse" irregardable

La série télévisée Apocalypse nous rend «visibles» un certain nombre de documents relatifs à la Seconde Guerre mondiale. Nous les rend-elle regardables, ­«lisibles», pensables, compréhensibles pour autant? Quelle est donc sa position ? Les réalisateurs, les producteurs et les directeurs de programme se sont ­contentés d’adopter une posture typique du monde commercial, l’autocélébration : projet «pharaonique», émission «miracle», «révélation» de l’histoire… On a remonté des archives visuelles en leur restituant, dit-on, «une qualité d’image tout simplement époustouflante ! De quoi convaincre tout le monde !» (dixit Daniel Costelle, l’auteur du commentaire). La chaîne de ­télévision, de son côté, a réussi la prouesse de transformer une «commémoration» – le soixante-dixième anniversaire du déclenchement de la guerre  – en cet «événement» nommé prime time.

Par Georges Didi-Huberman, Ecrans, 22/09/2009.
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Carl Havelange: "Une histoire du regard"

Diffusion live de la communication de Carl Havelange, "Une histoire du regard", séminaire "Pratiques des images dans la société de l’information", 4e Ecole doctorale d’été, EHESS – Institut TELECOM (7 au 11 septembre 2009, Ile de Porquerolles). Régie: Lucas Morlot.

Parution de "Diplopie", par Clément Chéroux

Les éditions du Point du Jour annoncent la parution de Diplopie. L'image photographique à l'ère des médias globalisés. Essai sur le 11 septembre 2001, par Clément Chéroux, 136 p., 65 ill., 20 €.

Qu'avons nous vu du 11-Septembre? L'attentat contre les tours jumelles fut sans doute l'événement le plus photographié de l'histoire des médias. Mais, paradoxalement, la presse n'a diffusé qu'un très petit nombre de ces images. La couverture de l'événement, à la une des journaux américains des 11 et 12 septembre 2001, s'est faite principalement à travers 6 images-types réparties en seulement 30 photographies différentes. Contrôlées par un nombre réduit de diffuseurs, l'image s'uniformise, le contenu documentaire s'appauvrit. Ce que le 11-Septembre permet de comprendre, ce sont les effets de la globalisation sur les représentations photographiques de l'actualité.

Les images se répètent, mais semblent aussi répéter quelque chose. La photographie de Thomas Franklin des trois pompiers hissant le drapeau américain sur les décombres du World Trade Center apparaît ainsi comme une citation directe de l'icône de Joe Rosenthal des six Marines dressant le Stars and Stripes sur l'île d'Iwo Jima en février 1945. De même, le nuage de fumée dans le ciel de Manhattan après l'attentat a été abondamment comparé à celui qui, soixante ans plus tôt, s'était élevé au-dessus de Pearl Harbor après l'attaque japonaise. Dans leurs représentations médiatiques, les événements d'aujourd'hui ressemblent de plus en plus à ceux d'hier. Ce dont le 11-Septembre est le signe, c'est en somme d'une autre forme de globalisation qui agit non plus simplement horizontalement, sur toute la planète, mais aussi verticalement, à l'échelle de l'histoire.

Clément Chéroux est historien de la photographie et conservateur au Centre Pompidou. Il a notamment publié Mémoire des camps. Photographies des camps de concentration et d'extermination nazis (Marval, 2001), Fautographie, petite histoire de l'erreur photographique (Yellow Now, 2003), Le Troisième Oeil. La photographie et l'occulte (Gallimard, 2004).

Le microfilm, non-archive de l'image

Pas plus qu’il n’existe de transparence du médium photographique, il n’existe de transparence matérielle des microfilms. On pourrait même aller jusqu’à parler de l’opacité des microfilms tant se perdent les informations quant au traitement visuel d’un évènement par ce procédé de conservation, qui semble tenir les images pour quantité négligeable dans la perception et la transmission d’une information, d’un évènement ou d’une actualité. Alors même que la presse s’appuie toujours davantage sur les images, et en revendique l’importance, ce système de conservation par microfilms relève d’une complète contradiction car il ampute l’objet qu’il s’agit de conserver d’une de ses plus importantes composantes: les images.

Par Audrey Leblanc, L'atelier du Lhivic, 23/07/2009.
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La Lune est pour demain. La promesse des images

(Version illustrée sur l'Atelier des icônes) Selon Jean-Claude Schmitt, les usages visuels contemporains ne sauraient se comparer avec les pouvoirs de l'image médiévale. Au fondement de l'anthropologie chrétienne, celle-ci opère la médiation entre le visible et l'invisible: «En un mot, elle s'incarne suivant le paradigme central de la culture chrétienne.» (Schmitt, 2002). Issues de la froide rationalité d'un univers désenchanté, les images du XXe siècle ne semblent pas pouvoir rivaliser avec cet horizon. Pourtant, une compréhension plus affûtée du monde contemporain a montré à quel point cette rationalité n'était que le nom d'une nouvelle croyance (Stengers, 1993; Daston & Galison, 2007). Comme hier les mystères de la foi, c'est la science qui alimente aujourd'hui le feu des rêves. En puisant dans ce bouillant chaudron, les industries culturelles s'avèrent bel et bien capables d'incarner l'invisible, et se servent des images pour créer des mondes. Comme la culture chrétienne médiévale, le système mass-médiatique s'adresse à tous à travers l'image. Comme elle, il s'appuie sur la puissance de la figuration pour favoriser l'objectivation du récit. Comme elle, il fait de l'imaginaire le moteur d'une société.

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Absentes Pictura Praesentes (Que font les images?)

Je dois à mon père d'avoir lu enfant l'un des piliers de la culture populaire américaine: Edgar Rice Burroughs, auteur de John Carter et de Tarzan (auquel le musée du Quai Branly consacre actuellement une exposition qui montre bien le phénomène d'objectivation du héros romanesque dans l'univers des mass-media).

Moins bien exporté en France, John Carter est toujours resté pour moi un héros sans imagerie – un vrai héros imaginaire, comme ceux de Dumas avant qu'on aie la télé, héros de ma subjectivité – à peine alimentée par quelques couvertures illustrées, lointaines héritières des pulps où le Warlord of Mars faisait ses premiers pas en 1912 ("Under the Moons of Mars" dans le magazine All-Story). C'est hier seulement, en faisant une recherche sur l'édition populaire, que j'ai découvert par hasard que ce personnage avait aussi ses versions BD (ainsi qu'un film en préparation, sous la direction d'Andrew Stanton, des studios Pixar).

J'ai toujours dit que le blog était un excellent carnet de notes. Mais cet outil public est mal adapté à la description de l'émotion très personnelle que j'ai ressenti – dont je ne livrerai qu'un schéma volontairement appauvri. Il suffit de noter qu'une bonne quarantaine d'années sépare ma première lecture de la découverte de l'existence en image du fier virginien aux yeux gris. Quelque chose de l'ordre du: "Je le savais", "C'était bien ça". Quelque chose d'un soulagement immense de voir ainsi concrétisée ma théâtralisation privée – et simultanément la révélation de l'ampleur de ma frustration de n'avoir jamais vu John Carter autrement qu'en rêve.

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Un fautoreportage qui dit vrai

image A l'occasion du grand prix Paris Match 2009, Guillaume Chauvin et Rémi Hubert, étudiants aux arts déco de Strasbourg, ont soumis un photoreportage prétendument consacré à la dégradation des conditions de la vie étudiante. Copie conforme du catalogue des idées reçues médiatiques, leur projet accumule, dans un noir et blanc misérabiliste, les vues de jeunes gens obligés de se nourrir dans les poubelles ou poussés à la prostitution pour payer leur scolarité (voir illustration). Témoignant de la parfaite adéquation de cette proposition avec l'entendement journalistique, qui voit l'université comme un repaire de SDF, le jury a décerné le premier prix à ce bel exercice d'agit-prop, publié avec les honneurs dans le numéro de cette semaine (n° 2533 du 25 juin 2009).

Faux reportage, cette critique en acte du photojournalisme est d'une décapante justesse. Elle démontre le caractère conventionnel de la construction de l'actualité, tributaire de schémas caricaturaux, et prouve que les codes du photojournalisme sont parfaitement identifiables et reproductibles. Elle montre aussi comment la pratique quotidienne du journalisme visuel a inversé le schéma revendiqué d'un enregistrement objectif de l'événement. Au contraire, les images des deux strasbourgeois sont bel et bien construites comme les illustrations gravées du XIXe siècle, c'est à dire comme des projets iconiques, supports d'un récit préalable. La majorité de l'imagerie médiatique relève en réalité de ce modèle, et non du soi-disant témoignage sur le vif. Dépité de s'être fait prendre à son propre piège, l'organe de propagande du sarkozysme a finalement annulé le concours. Pour une démonstration aussi impeccable, pour leur humour et leur inventivité, le Lhivic décerne au contraire à Chauvin et Hubert les palmes avec félicitations du jury!

Le nom de la rose

Dimanche 21 juin, tôt levé. Connection, Facebook. Trouve la note de Natacha Quester-Séméon, "Iran: elle s’appelait Neda", qui renvoie sur son blog, Mémoire vive. Découvre la vidéo de la mort de Neda Agha Soltan sur Facebook. Sur Twitter, plusieurs tweets renvoient de même à l'événement. Narvic fournit divers liens, dont un vidéogramme sur Twitpic, qui montre le visage couvert de sang de la jeune femme.

Je dois partir dans la matinée pour un colloque. Je n'ai pas beaucoup de temps. Je suis choqué et ému par la vidéo, incapable de produire une analyse sur le vif, je n'en ai aucune envie. Mais la qualité de l'information réunie par Natacha, l'angle de son analyse et bien sûr la dimension empathique qu'introduit le nom de la jeune femme, souligné dès le titre du billet, me poussent à rédiger un signalement, composé d'un extrait et d'un lien.

Mettre ou non l'image? Facebook ne propose pas de lecteur exportable, il n'est donc pas possible d'y renvoyer de la même façon qu'à une vidéo sur YouTube. Etant donné son caractère choquant, mon premier réflexe est de m'abstenir. Mais en l'espace de quelques minutes, je me rends compte que le vidéogramme s'est déjà imposé à moi. Je corrige mon billet, en lui associant la copie reproduite sur Twitpic, en petit format.

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Le souvenir de la mailbox

C'est en 1991 que j'ai traversé pour la première fois l'Atlantique. Je me rappelle très bien du premier détail insolite qui m'avait frappé. Alors que mes amis me ramenaient de l'aéroport en voiture, un accessoire m'a sauté aux yeux: répétée de propriété en propriété, la fameuse boîte aux lettres extérieure, toute en rondeurs sur son piquet. Un objet que je n'avais jamais vu de mes yeux – sauf dans mes lectures enfantines, dans Le Journal de Mickey.

Impression étrange: non pas apercevoir un objet inconnu, mais plutôt voir se matérialiser une image - et simultanément découvrir une information derrière la fantaisie du dessin. Pour un petit européen des années 1960, le réalisme disneyien restait relativement opaque. Pas encore de Desperate Housewives pour identifier ces jardinets, ces palissades de bois ou ces maisons à bardeaux typiques des suburbs américains. C'est pourquoi le lecteur assidu de Mickey que j'étais mettait dans le même sac ces menus détails incompréhensibles avec les bizarreries du bon père Walt - comme les souris en costume ou les gants blancs à quatre doigts.

S'apercevoir qu'une forme qu'on croyait imaginaire est un objet du monde réel est un de ces petits chocs qu'on n'oublie pas. Un peu comme ce quidam qui s'esclaffe à la vue de Mickey en chair et en os dans Sous le plus grand chapiteau du monde (The Greatest Show on Earth, Cecil B. DeMille, 1953). Trois fois rien. Et en même temps, petite fêlure qui fait froid dans le dos, la rencontre de la fantasmagorie et du palpable, comme un interdit brisé.

Réfléchir sur les images se fait parfois avec trois fois rien. Me fascine l'attention enfantine, si scrupuleuse, qui a enregistré chaque détail, même le plus inutile. La puissance qu'elle confère au dessin, réservoir d'informations si riche, malgré son apparente pauvreté. Et la magie de la concrétisation, passage du visuel au visible, petit tremblement du quotidien. De la fiction au réel, il n'y a pas qu'une voie à sens unique, mais des allers-retours innombrables et paradoxaux, dont je commence seulement à mesurer l'ampleur. Le souvenir de la mailbox est un petit jalon sur cette piste. La suite à la rentrée dans le séminaire "Mythes, images, monstres".

La culture visuelle s'invite à Neuchâtel

14 heures d'enseignement répartis sur deux jours représentent sans nul doute une épreuve pour les étudiants. Pour le professeur, l'exercice revient à emprunter le rythme du marathon tout en essayant de maintenir pour chaque séquence la qualité du sprint. Une performance physique dont je suis sorti épuisé, mais ravi. Invité par Luc Debraine, journaliste au Temps, à inaugurer le premier cours de culture visuelle proposé par le nouveau master en journalisme et gestion des médias de l'université de Neuchâtel, j'étais partie prenante du programme original concocté par Vincent Kaufmann, qui compte parmi ses intervenants invités Catherine Bertho-Lavenir, Edwy Plenel ou Francis Pisani.

Elaboré a priori, mon plan de bataille a subi quelques modifications en cours de route. La confrontation avec un public neuf, éveillé et réactif, mais doté de points de repères différents de ceux auxquels je suis accoutumé au sein de mon labo, imposait une souplesse et la capacité d'adapter l'offre en temps réel. Au moment où une certaine technocratie nous chante les louanges de l'e-learning, entendue comme la réponse idéale à la pénurie organisée des formateurs, cette expérience m'a rappelé à quel point le rapport concret avec une classe est la condition essentielle de ce dialogue subtil, où l'on mesure par quelques signes discrets – un oeil qui s'allume, un rire, un bâillement, un soupir... –, la réaction de son auditoire à l'enseignement proposé.

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Ethnographiques.org: analyser les rassemblements à l’aide de matériaux sonores et visuels

image "Analyser les rassemblements à l’aide - ou à partir - de matériaux sonores et visuels: enjeux et résultats", appel à contributions de la revue Ethnographiques.org

Le rassemblement, c’est-à-dire la coprésence de plusieurs personnes en un lieu donné, peut prendre diverses formes : manifestation politique ou religieuse, réunion sportive ou artistique, foule piétonnière… Il se caractérise en revanche dans tous les cas par sa dimension de performance publique. Le rassemblement est le lieu et le temps de mises en scène et de représentations, dont les tonalités et les ambiances, propres à l’événement, sont liées tant aux décors, aux rythmes, aux sons et aux publics qui s’y expriment, qu’à une dramaturgie dans laquelle la multiplicité des acteurs s’engagent dans des séquences d’interaction, la plupart du temps structurellement réglées.

Si les travaux se proposant d’étudier ce type de «comportement collectif» à l’aune des discours (écrits et oraux) qu’il suscite ont tout leur intérêt, les récits ex post ne permettent pas de rendre compte de tout ce qui se passe in situ. Or les dynamiques propres aux rassemblements ne sont pas réductibles à la mobilisation des ressources nécessaires à leur déclenchement ou à leurs effets sur les publics et les cibles. Dans une approche critique des travaux des théoriciens du collective behavior, des chercheurs (on pense en particulier aux travaux de Clark McPhail) ont montré que quelque chose se passe dans l’action, dont il convient par conséquent d’observer la morphologie, le fonctionnement, le temps de la mise en rythme, en forme, en cœur. Des notions telles que l’imitation, l’adhésion, l’émotion collective ou la ritualisation se trouvent réinterrogées à nouveaux frais grâce à l’observation minutieuse des séquences d’interactions et du déroulement des situations.

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L'affiche d'Obama: triomphe du copyleft

image On ignorait jusqu'à présent quelle était la source photographique de la fameuse affiche créée par Shepard Fairey à l'occasion de la campagne de Barack Obama. Sur The Daily Beast, James Danziger pense avoir trouvé la clé du mystère. Repérée par Michael Cramer sur Google images (voir ci-contre, licence CC), une photo publiée par ''Time'' en 2007 était attribuée par erreur à Jonathan Daniel, de Getty Images. Danziger identifie son véritable auteur: le photographe Jim Young, de Reuters. Interrogé, celui-ci affirme n'avoir pas reconnu sa photo derrière le dessin. Il est vrai que le graphiste aurait procédé à diverses transformations, à commencer par un retournement latéral, ainsi qu'une recomposition du buste.

Au moment où une version de cette affiche accède à la prestigieuse National Portrait Gallery, il n'est pas sans intérêt de noter qu'elle a été réalisée sans la moindre autorisation, pas plus de l'auteur de la photographie que d'Obama lui-même, et qu'elle a d'abord été placardée de façon sauvage, sans demander l'accord de l'équipe de campagne, à la manière des remix et autres contributions librement proposées par divers créateurs. En comparant cette image avec le portrait officiel du président français, on se convaincra que le non-respect des dispositions de la propriété intellectuelle ou du droit à l'image n'a pas que des mauvais côtés (avec mes remerciements à Rémi Douine).

image MàJ. Merci à Pierre de nous mettre sur la piste d'une autre image (ci-contre, cliquer pour agrandir), qui semble une meilleure candidate que celle repérée par Cramer. Plusieurs commentaires ont dans l'intervalle contredit l'affirmation de Danziger (voir notamment chez Tom Gralish). D'après une recherche sur TinEye, cette photo, qui porte bien le crédit Associated Press, mais pas de nom d'auteur, semble avoir été diffusée surtout hors des Etats-Unis. Ces éléments correspondent aux indications fournies par Shepard Fairey (voir ci-dessous, commentaire n° 3).