Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Comment obtenir une bonne lettre de recommandation

image La rédaction de lettres de recommandation constitue une part non négligeable de l'activité d'un professeur. Du point de vue des étudiants, ce travail est souvent perçu comme un pur exercice formel, où il suffit d'aligner quelques phrases creuses et autant de formules toutes faites. Seul compte à leurs yeux le prestige de la signature. Mettons de côté les demandes de consultation d'un fonds, les appuis pour la participation à un colloque et autres attestations qui relèvent en effet de la routine. Mais pour les enjeux plus importants, comme les demandes de bourse, les soutiens à une allocation ou un concours, une telle vision est une grossière erreur. Pour ces ressources chichement octroyées, les recommandations sont au contraire examinées à la loupe, et mobilisent tous les moyens de la science de l'énonciation académique.

Quoique ne faisant pas l'objet d'un enseignement officiel, cette discipline est l'une des plus précieuses de l'univers savant. Burinée par l'habitude des jurys et des rapports, elle s'acquiert en observant la pratique des aînés et les résultats obtenus. Seuls ceux qui ont accédé à l'envers du décor mesurent la redoutable subtilité de ses effets, la puissance d'un mot, la perversité d'une formule. Maîtriser cette rhétorique est une condition indispensable à la participation à la vie universitaire.

Ecrire une bonne lettre de recommandation est aussi difficile qu'écrire un bon article. Il y faut non seulement une analyse des attentes de l'institution, une remise en perspective des travaux du candidat, mais une solide capacité de synthèse et des arguments convaincants. Tout cela ne s'invente pas entre la poire et le fromage. Le meilleur fondement d'un tel exercice est la bonne connaissance du dossier de l'intéressé. Plus sa fréquentation aura été longue et assidue, moins on dira de banalités, mieux on défendra les particularités d'un profil. On peut parfaitement écrire un courrier de soutien aux apparences flatteuses pour quelqu'un dont on ne connaît que superficiellement les qualités – mais un tel appui ne fera pas illusion, manquera de la touche de proximité nécessaire et aura rarement l'effet escompté. Compte tenu des capacités de décodage des initiés, il ne sert à rien d'aller frapper à la porte d'un professeur prestigieux pour quémander une signature. Au contraire, la meilleure lettre de recommandation est le résultat d'un commerce soigneusement cultivé, dans la durée, entre l'étudiant et son directeur. S'entretenir régulièrement avec lui de ses progrès, de ses questions ou de ses doutes n'est donc pas seulement une manière polie de faire participer l'ancêtre à sa recherche – c'est aussi une façon de l'aider à s'en construire une représentation efficace, et donc de préparer sa valorisation future.

Rémy Besson, premier allocataire du Lhivic

image L'école doctorale de l'EHESS est très mal pourvue en allocations de recherche, ressource allouée aux meilleurs étudiants de master pour leur permettre de se consacrer pleinement à leur thèse de doctorat (1.650 euros brut/mois, soit 1,29 fois le Smic pendant trois ans). C'est avec d'autant plus de satisfaction que nous saluons leur attribution à Rémy Besson, dont le dossier a été classé premier parmi les candidats de la mention histoire.

Rémy Besson a soutenu le mois dernier son mémoire de master, intitulé: "Approche historienne de la mise en récit du film de Claude Lanzmann: Shoah", sous la direction de Christian Delage. Grâce à l'étude attentive des transcriptions des rushes conservées aux archives du musée de l'Holocauste à Washington, il démontre que le coeur de l'oeuvre est élaboré à partir du montage sonore et d'un surprenant travail de tissage et de recombinaison des entretiens des témoins. Selon le chercheur, «l'absence de voix off dans Shoah ne correspond pas à un effacement du réalisateur, mais au développement d'un autre mode de narration à travers le montage.» Ce premier résultat de recherche annonce une thèse d'une grande portée, qui permettra de poursuivre l'interrogation du rapport de l'image au témoignage, qui a notamment été au centre de l'ouvrage majeur de Georges Didi-Huberman, Images malgré tout (Minuit, 2003).

Initiateur de "Paroles d'images", association consacrée à l’éducation aux images qui organise régulièrement projections et rencontres, Rémy Besson en a également conçu le blog et a apporté son concours à la réalisation de celui de l'Atelier du Lhivic. Toutes nos félicitations à l'heureux lauréat!

Séminaire "Connaissance par les montages et politiques de l'imagination" en ligne

image Les Archives audiovisuelles de la recherche signalent la mise en ligne de l'enregistrement vidéo du séminaire de Georges Didi-Huberman, "Connaissance par les montages et politiques de l'imagination" (séance du 17 mars, réalisation: Margot Sputo-Mialet, Lisette Winkler). En prenant comme point de départ les photomontages réalisés à partir d’images de guerre par Bertolt Brecht entre 1933 et 1945, le chercheur s'interroge sur la méthode dialectique qui consiste à «faire prendre position» aux images elles-mêmes. La distanciation brechtienne, la nature épique de sa dramaturgie poétique, la question du réalisme et de la «prise de position» politique sont revisitées avec l’aide du plus exigeant des commentateurs de Brecht, son ami Walter Benjamin.

Ecole doctorale d’été "La société de l’information et de la connaissance"

& Manageimage La société de l’information et de la connaissance. Histoire, enjeux et perspectives critiques
IIIème école doctorale d’été
École des hautes études en sciences sociales/Telecom & Management Sud Paris
8-12 septembre 2008

La IIIe école doctorale d’été organisée conjointement par la Division de l’informatique, des systèmes d’information et de la communication de l’École des hautes études en sciences sociales et Telecom & Management Sud Paris (ex-Institut national des télécommunications) se tiendra du 8 au 12 septembre 2008 sur l’île de Porquerolles.

Ce partenariat entre les deux institutions vise notamment à favoriser le dialogue entre sciences humaines et sociales d’un côté et technologies de l’information et de la communication de l’autre.

De tels stages intensifs hors les murs entendent valoriser la spécificité de l’enseignement à l’EHESS en participant à la philosophie pédagogique de l’établissement: la promotion d’une formation personnalisée à la recherche qui met l’accent tant sur sa dimension pratique que théorique. Ces sessions de réflexion et de formation spécialisée sont destinées aux doctorants et post-doctorants des deux établissements, et peuvent éventuellement accueillir des étudiants en Master.

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L'EHESS chatte sur Agoravox

Au moment où l'EHESS teste son nouveau site web, saluons l'intervention sur Agoravox de Pap Ndiaye, maître de conférences à l'Ecole. A l'occasion de la parution de La Condition noire. Essai sur une minorité française (Calmann-Lévy), l'historien met en ligne deux extraits significatifs de l'ouvrage et invite à un chat sur cette même plate-forme aujourd'hui à 17h30. Une manière de présenter une enquête savante plus en phase avec l'actualité du sujet que le rituel compte rendu dans les Annales, qu'on lira d'ici un an ou deux.

"Mai 68, un événement politique", par Claude Lefort

Principaux extraits de l'introduction par Claude Lefort au colloque "Mai 68. Regards sur les sciences sociales" (EHESS, 7 mai 2008).

Colloque "Mai 68. Regards sur les sciences sociales"

image 7 mai 2008, EHESS.

L'événement de Mai 68 est intervenu dans un contexte d'affirmation des sciences sociales. Il a impliqué de nombreux chercheurs de ces disciplines, engagés dans le combat des luttes sociales, intellectuelles et politiques, au plan national comme international. Fort de ces constats, une série de questions s'offre aux chercheurs qui, quarante ans plus tard, souhaitent penser l'événement et en comprendre le sens. En quoi la pratique des sciences sociales a-t-elle agi dans l'engagement de ceux qui les constituaient à la même époque? Comment ces engagements, à rebours, modifièrent-ils les sciences sociales et leurs pratiques? En quoi les thématiques actuelles de recherche et les nouvelles problématiques contribuent-elles enfin à la connaissance de l'événement et des controverses que suscite son quarantième anniversaire? Des chercheurs de l’Ecole des hautes études en sciences sociales proposent quatre grandes tables rondes, introduites par une conférence de Claude Lefort, afin de relever le défi de ces questions qui intéressent la société, la politique aussi bien que les savoirs scientifiques.

Matinée: Amphithéâtre, 105 bd Raspail

Ouverture, par Danièle Hervieu-Léger, EHESS
Présentation, par Marc Abélès, EHESS

9h30 - Mai 68, un événement politique, par Claude Lefort, EHESS

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Bauhaus à l'EHESS

image Aujourd'hui conservée par la galerie Kicken de Berlin (exposée à Lectoure en 2000), la collection des photographies des étudiants du Bauhaus comprend des reproductions d'oeuvres graphiques à caractère documentaire, des enregistrements de l'environnement immédiat des élèves et des prises de vues récréatives, portraits ou groupes, exécutées le plus souvent sans souci de composition ou de cadrage, comme au petit bonheur la chance. Dans le contexte étroitement normé de l'enseignement des arts appliqués, on comprend à quel point la pratique photographique a pu former à la fois un matériau de base et une sorte de friche, un espace de communication et d'échange autorisant une circulation sans contraintes, un outil aussi fluide et invisible que la langue que l'on parle – non signé, non revendiqué, libre d'usage, ouvert à tous.

Déjà signalée ici, la pratique photographique favorisée dans le cadre des activités du Lhivic a atteint une manière de sommet lors de l'événement baptisé "la fête chez le voisin de Claude", dont on peut apercevoir les restes sur notre groupe Flickr. C'est la même insouciance qui est à l'oeuvre, une photographie comme langue et pratique de communication. Une belle fringale, aussi, quelque chose comme une curiosité maintenue en éveil, l'oeil qui cherche, toujours prêt à attraper, comme une gourmandise, l'événement visuel qui passe à sa portée. Ma satisfaction est grande d'avoir pu créer cette familiarité avec l'outil, plus répandue dans les écoles d'art que dans les séminaires de sciences sociales. Cet amusement a encore beaucoup à nous apprendre. Qu'on se le dise: les appareils photos sont les bienvenus dans les cours du Lhivic! La collection commence.

Small is beautiful (4): l'interview sur Skype

Petite chronique des nouveaux usages (suite). L'autre jour, je reçois par e-mail une demande d'interview téléphonique de la part d'une étudiante en maîtrise de communication à l'Université Laval (Québec). Elle a lu mon article sur les "photographies de l'EHESS" publié dans Etudes photographiques et doit rédiger un papier à propos du photo-journalisme citoyen. Elle a trouvé mon adresse gmail en googlant mon nom, requête qui l'a conduit sur ma fiche d'identité en ligne. Je lui réponds par le même canal en lui indiquant mon compte Skype et un créneau d'appel, en tenant compte du décalage horaire (6h). Le moment venu, nous discutons pendant environ une demi-heure, dans des conditions relativement pénibles (écho et décalage prononcés – à noter que la conversation est bien plus agréable entre deux Mac, qui gèrent mieux le retour son), mais gratuitement, des évolutions du photo-journalisme.

Google+gmail+Skype: voilà une combinaison qui ne paraît déjà plus inhabituelle, pour un contact international. Nous y avons recouru comme si de rien n'était. Et pourtant, c'était pour moi la première fois que s'établissait ainsi une demande de rendez-vous académique (là est le symptôme le plus intéressant: face à un nouvel usage, l'obligation est de faire comme si en l'employait depuis longtemps). Il y a encore quelques années, la séquence équivalente aurait nécessité de passer par l'intermédiaire de mon secrétariat et au moins deux semaines de délai. Autant dire qu'il n'aurait pas été possible d'y recourir, pour des étudiants non parisiens, à propos d'une demande d'aide ponctuelle.

Lire aussi sur ce blog:

Un esempio da imitare

Straordinario strumento e punto d'incontro per chi si occupa di immagini visive (fotografia, cinema, audiovisivi) e scienze sociali il sito francese: www.lhivic.org. Costituito da un gruppo di giovani ricercatori condotti da giovani docenti universitari, disponibilissimi, si dimostra un fecondo strumento di incontro, scambio ed opportunità; non solo per le informazioni puntualissime collegate - vi perdere ad esplorare tutti i link - ma per il blog: http://www.arhv.lhivic.org...

Par Annalisa Vio, Pensiero dominante, 18/04/2008.
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Brève occupation de l'EHESS par les sans-papiers

image Hughes Léglise-Bataille m'informe qu'environ 300 sans-papiers ont occupé ce matin l'EHESS, au 105 Bd Raspail. Entrés vers 10h, ils en ont été délogés par les forces de l'ordre vers 13h30, à la demande de l'Ecole. Rassemblés devant les grilles, ils ont ensuite été encadrés jusqu'au métro par la police.

La direction de l'Ecole a reçu une délégation des occupants, et leur a indiqué qu'elle n'acceptait pas d'installation durable dans “un lieu lourdement éprouvé en avril 2006, lors de la crise du CPE”. La présidente a fait savoir qu'elle avait relayé auprès de Brice Hortefeux la demande de rendez-vous des occupants, sans succès. Des étudiants et des enseignants de l'EHESS ont exprimé leur solidarité avec les revendications des manifestants.

L'EHESS déménagera porte de la Chapelle en 2009

image Après de longues négociations et de houleuses discussions internes, l'avenir immobilier des prochaines années de l'EHESS a pris une figure plus assurée avec l'assemblée générale du 8 février, qui a entériné le déménagement dans le courant de l'année universitaire 2008-2009 de l'administration et d'une bonne partie des centres de l'Ecole dans un bâtiment loué par la mairie de Paris, situé 11, rue du Pré, à proximité de la porte de la Chapelle (cliquer sur l'image pour d'autres aperçus). La plupart des enseignements resteront localisés au 105, bd Raspail.

Rappel des épisodes précédents: alors que la direction de l'EHESS planchait sur le scénario d'un déménagement de l'Ecole sur le futur site dit "cité des Humanités et des Sciences Sociales" à Aubervilliers à l'horizon 2012, le durcissement des obligations de santé publique ont précipité l'obligation de quitter la Maison des sciences de l'homme, localisation historique de l'EHESS depuis 1975 au 54, bd Raspail, pour procéder à son désamiantage. La date butoir pour libérer ces locaux est fixée à la rentrée 2008. Cette échéance étant incompatible avec le scénario "cité des Humanités", une première localisation tampon est alors proposée par le ministère de la recherche, à Aubervilliers, sur la parcelle 521. Cette proposition suscite une forte opposition au sein de l'Ecole, manifestée par plusieurs prises de position dans la presse, qui soulignent l'état d'impréparation du site et ses difficultés d'accès. L'assemblée générale des enseignants du 17 novembre 2007 se prononce à l'unanimité contre ce projet, et donne mandat à la présidente, Danièle Hervieu-Léger, d'explorer d'autres pistes, notamment en liaison avec la mairie de Paris.

Au cours du mois de janvier se concrétise l'hypothèse de reloger les bureaux de l'Ecole sur le site du 11, rue du Pré, actuellement occupé par l'administration postale. Outre des dimensions compatibles avec cet hébergement, celui-ci présente l'avantage d'une desserte par le métro. Il reste toutefois plusieurs problèmes, notamment celui du déménagement des bibliothèques des centres, ainsi qu'une présence d'amiante (sous forme encapsulée, et donc neutralisée). Ces dossiers doivent faire l'objet d'examens complémentaires. Estimant qu'aucune meilleure proposition n'est susceptible de se présenter, l'assemblée des enseignants s'est prononcée le 8 février en faveur de cette option de relogement provisoire. En raison des difficultés matérielles soulevées par un déménagement d'une telle ampleur, il est probable que celui-ci aura lieu dans le courant de l'année universitaire 2008-2009. L'assemblée a également émis le voeu d'un retour au 54, bd Raspail, après l'achèvement du désamiantage, évoquant une "trilocalisation" de l'Ecole à l'horizon 2012 (site Aubervilliers, site Raspail, site Jourdan).

Actes des rencontres "Traditions et temporalités des images"

La revue en ligne Images re-vues annonce la publication de son numéro hors-série consacré aux actes de la série de rencontres "Traditions et temporalités des images" (EHESS, 2003-2005).

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Quand les séminaires sur la photo font des photos

image Comment en vient-on à faire des photos en séminaire? En études visuelles, de plus en plus d'étudiants sont munis d'appareils compacts ou de photophones, avec lesquels ils n'hésitent plus à mitrailler l'écran en plein exposé. J'abuse moi-même du procédé, car il n'y a pas meilleur carnet de notes en matière visuelle. Cela dit, obtenir des images lisibles avec la faible lumière du vidéoprojecteur tient parfois du casse-tête, c'est pourquoi je recours souvent à un reflex – plus encombrant et surtout plus bruyant – pour de meilleurs résultats. Profitant de mon statut de spécialiste, j'ignore les regards noirs qui me foudroient – il faut parfois savoir se sacrifier pour établir un usage.

Au Lhivic, cela fait maintenant un an ou deux que la présence de caméras est devenue familière. La disponibilité des outils crée de nouvelles opportunités iconographiques. Depuis quelques séances, lors de la session de rattrapage désormais rituelle, à l'atelier de recherche Aux Bons Crus, mon appareil circule de main en main. Au prétexte de tester la machine, les chercheurs se shootent les uns les autres comme des ados de retour du ski. Il est amusant de constater une amélioration progressive de cette production collective improvisée, qui suggère l'émergence d'un genre, encore en gestation: la photo créative de séminaire. Je parie un paquet de carambar que ce nouveau sport ne fait que commencer.

Post-scriptum. Encore une micro-expérience notable. Jeudi dernier, une connaissance de Facebook, qui se décrit elle-même comme "allergique à la fac", est venue assister au séminaire de son propre chef. Si j'ai bien compris, c'est parce qu'elle trouvait les photos de nos activités sur Flickr "sympathiques". Je ne m'en suis pas rendu compte tout de suite, mais c'est probablement la première fois qu'on vient à mes cours sur la base d'un impetus iconographique. Etrange combinaison (blog + Facebook + Flickr), qui semble produire son effet par accumulation d'informations, jusqu'au geste réel. Moralité: continuons les photos!

Le déménagement de l'EHESS sonne-t-il le glas des sciences humaines?

image Une tribune signée par quelques savants de renom, publiée le 26 octobre sous le titre "Menace sur les sciences humaines", a relancé la polémique à propos du déménagement de l'EHESS et de l'EPHE. Cet épisode ne convaincra pas les spectateurs éloignés de l'institution de son désir de renouvellement. Malgré les profonds bouleversements du paysage médiatique, ce sont toujours les colonnes du Monde qui donnent le signal de l'émoi intellectuel. ARHV avait (évidemment) informé ses lecteurs, de façon précise et équilibrée, dès le 25 septembre – un mois plus tôt. Aucun élément factuel nouveau n'est intervenu dans l'intervalle qui modifie la description proposée.

Au moment où l'on évoque de plus en plus sérieusement le démantèlement du CNRS, l'article du Monde surfe complaisamment sur les peurs de la communauté académique. Il émane de la faction opposée au déménagement, auteur de la pétition et du site satirique Braudel's Nightmare. La veille, le Nouvel Observateur montrait qu'on pouvait avoir une lecture sensiblement différente du même scénario. D'autres contributions, comme celle de Baptiste Coulmont, sont venues entretemps enrichir la discussion et rappeler la diversité des points de vue.

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Bourdieu still alive on Facebook

Après Dailymotion, Bourdieu revient hanter Facebook...

Soutenance de thèse "L'illustration photographique", par Thierry Gervais

image La thèse de doctorat d'histoire de l'art L'Illustration photographique. Naissance du spectacle de l'information, 1843-1914 présentée par Thierry Gervais à l'EHESS sera soutenue le mardi 6 novembre 2007, de 9h à 13h, en salle Vasari, à l'INHA, 2 rue Vivienne, 75002 Paris.

Jury: André Gunthert (directeur de thèse, EHESS), Dominique Kalifa (président, université Paris 1), Anne McCauley (université de Princeton), Michel Poivert (rapporteur, université Paris 1), Christophe Prochasson (co-directeur, EHESS).

Résumé

Entre 1843 et 1914, la photographie devient en France le principal mode d’illustration dans la presse et donne forme à de nouveaux objets. La production photographique se massifie, la reproduction photomécanique permet d’associer les caractères typographiques aux images argentiques et la presse s’empare de ce nouveau tandem pour illustrer ses pages. Du journal L’Illustration créé en 1843 à La Vie au grand air qui se développe à la Belle Epoque, la photographie passe du statut de support iconographique pour le graveur au vecteur principal de l’illustration de l’information. La publication d’images se multiplie dans la presse et, sous la houlette d’un directeur artistique qui agence texte et photographies, le récit de l’actualité en image se déploie sur l’espace de la page, transformant le journal illustré en magazine. Entre ces deux dates, les protocoles de l’illustration photographique sont établis et produisent une information visuelle spectaculaire.

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Les Débats de l'EHESS: Actualités du terrain

image 22-24 octobre 2007, Amphithéâtre, 105, boulevard Raspail, 75006 Paris (entrée libre)

Dans une période où leur autonomie et leur nécessité sont tour à tour ou simultanément menacées, les sciences sociales doivent affirmer un objet commun, le monde habité, et poser cet objet comme leur objet, c’est-à-dire le fruit d’un projet de science. Cet objet n’est donc pas un objet désigné, comme on désignerait à des experts un morceau de réel déjà découpé sur lequel devrait s’exercer leur jugement partiel ; il ne doit pas être non plus un objet empêché, soumis à restriction, simulation ou dissimulation. Cet objet n’est pas non plus seulement un objet donné, ou plutôt, doit être d’autant plus construit qu’il est donné; il doit être ce qu’on appelle un "terrain", élaboré par un protocole scientifique librement consenti. Il doit enfin être restitué, sous des formes dont les technologies contemporaines bouleversent la temporalité.

Cette conception d’un terrain des sciences sociales n’est nullement réservée à la discipline anthropologique, même si le terrain en est une sorte d’emblème. L’objet désigné à l’expert n’est pas le redoutable privilège des sociologues, même s’ils ont pu être spécialement exposés à sa séduction. La ruse face à la contrainte n’a pas seulement obligé l’historien, même si l’enjeu de l’accès aux archives d’État a souvent été décisif dans ses enquêtes.

L’objet des sciences sociales est un objet polymorphe, écrit, sonore, visuel, et c’est sous toutes ses formes qu’il se donne et qu’il se construit. Une épistémologie et une éthique du terrain d’enquête mobilisent donc aussi bien les spécialistes du texte et de l’écrit que ceux de l’image, aussi bien les spécialistes de la langue que ceux de la parole et de l’expression sonore.

Penser le terrain, c’est manifester les sciences sociales dans leur ensemble comme savoir critique du réel.

Edit. Les enregistrements audio des débats sont disponibles sur le site de l'EHESS.

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