Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Un an après…

Alors que l'on commémore le premier anniversaire de la faillite de Lehman Brothers, il convient de prendre un certain recul. Les économistes médiatiques, que l'on ne citera pas par charité se sont discrédités par les diverses palinodies que nous avons pu entendre depuis 2007 (cf. F. Lordon, "Les Disqualifiés", Miméo). Souvenons nous de cet économiste, fréquemment invité à la télévision et qui se permet de conseiller les socialistes français, qui déclarait à l'été 2007 que la crise était purement celle du marché hypothécaire américain et qu'elle était de toute manière sous contrôle… Il sévit encore, là ou toute personne honnête serait allé cacher sa honte au plus profond d'une forêt.

Pourtant, cette crise, un certain nombre d'économistes l'avaient vue venir, et parfois de très loin. Ce ne sont cependant pas eux que l'on entend le plus, que ce soit dans les médias ou la communauté académique. Comprenne qui pourra…

Lire la suite...

Hadopi: "un dispositif pédagogique"

Communiqué du ministère de la culture et de la communication: "Réaction de Christine Albanel à la décision du Conseil constitutionnel, mercredi 10 juin 2009".

«Christine Albanel se félicite que le principe d’un dispositif pédagogique de prévention du piratage ait été validé par le Conseil constitutionnel. Il s’agit d’une avancée capitale dans la lutte qu’elle entend continuer à mener contre le pillage des droits des créateurs et en faveur d’un Internet civilisé.

La ministre regrette de ne pouvoir, comme le Gouvernement et le Parlement l’avaient souhaité, aller jusqu’au bout de la logique de «dépénalisation» du comportement des internautes, en confiant à une autorité non judiciaire toutes les étapes – y compris le prononcé de la sanction – du processus. Elle prend acte sur ce point du choix du Conseil constitutionnel et proposera au Président de la République et au Premier ministre de compléter rapidement la loi Création et Internet pour confier au juge le dernier stade de la «réponse graduée». Parallèlement la mise en place de la Haute Autorité instituée par la loi, exclusivement chargée du volet préventif de la lutte contre le piratage, se fera selon le calendrier prévu et les premiers messages d’avertissement seront adressés dès l’automne aux abonnés à Internet.

Lire la suite...

A la recherche du modèle économique: et la pub?

image Une fois n'est pas coutume, je restitue un élément de la conversation de l'autre soir, au café des Arts et Métiers. Johan H*** raconte une rencontre récente de spécialistes des médias. Les journalistes, dit-il, étaient tous flippés - mais les plus flippés, c'étaient les publicitaires. Le problème n° 1 des médias en ligne, chacun le sait, est l'absence de ressources suffisantes pour soutenir des projets ambitieux. Mais plutôt que de pointer du doigt les rédactions, mes voisins de table tombent d'accord pour situer le fond du problème du côté des agences de pub, incapables de créer une communication innovante, adaptée aux nouveaux médias. Seul Google a su inventer un nouveau modèle. Pourquoi pas les autres, demandé-je? Trop d'argent: corruption, rigidités, incapacité de se renouveler. Je biche: moi qui ne suis pas un chaud partisan du modèle libéral, voilà une profession qui, quoique caressée dans le sens du poil par la main invisible, a l'air encore plus malade que l'université fonctionnarisée. Mais j'ai surtout l'impression d'avoir saisi un élément important de l'équation, que je n'avais pas encore aperçu. Merci les gars. Et merci de corriger ou de compléter ce dessin schématique, à propos duquel je n'ai pas encore lu grand chose sur la toile.

Le long terme, le court terme et la bonne foi…

Réponse à mes contradicteurs sur la question du protectionnisme.

Comme il fallait s’y attendre, la crise a – enfin – permis au débat sur le protectionnisme de s’ouvrir. Ayant défendu, avec d’autres comme J-L Gréau, E. Todd et H. El-Karoui, la thèse du protectionnisme, mais l’ayant fait aussi au titre d’universitaire, il est logique que mes positions suscitent la critique.

Un véritable débat devrait avoir pour but de définir soigneusement les arguments utilisés par les uns et les autres pour en tester la pertinence et dégager, progressivement, ce qui peut être retenu de ce qui doit être abandonné. Mais, un véritable débat doit éviter la caricature et l’usage d’arguments de mauvaise foi. Dans le cas du protectionnisme, ce n’est – hélas – pas toujours le cas car ce thème semble toucher à des domaines qui ressortent de l’émotif, voire de l’inconscient.

Ces critiques se concentrent sur mon article récent dans Le Monde Diplomatique. En réalité ce texte vient à la suite de publications nombreuses sur ce sujet, dont la première fut l’ouvrage La Fin de l’Eurolibéralisme (2006). Si l’on veut critiquer de manière sérieuse et honnête mes positions, le matériau ne manque pas. Il devrait permettre à mes lecteurs critiques de se faire une opinion assez juste de ce que j’ai dit, et n’ai pas dit, sur la question du protectionnisme. Force cependant m’est de constater qu’ils ont eu, hélas, la mémoire courte et la lecture sélective.

Lire la suite...

Hadopi: surveiller et punir internet

Nicolas Sarkozy est le partisan résolu d’une gouvernance moderne, basée sur un dialogue avec l’opinion publique à travers les médias et les corps constitués. Son usage de l’outil législatif manifeste cette option. Plutôt qu’à établir les règles du jeu social, les lois soumises au Parlement servent à adresser des messages ou à afficher une politique.

C’est bien sous cet angle qu’il convient d’examiner la loi "Création et Internet", ou Hadopi, du nom de la nouvelle administration qu’elle institue. Son but avoué est de limiter l’échange de fichiers audiovisuels en ligne, défini comme "piratage", par la suspension de l’abonnement pour les comptes recourant aux plates-formes de partage, ou peer to peer, pour télécharger et diffuser des contenus protégés par le droit d’auteur.

Lire la suite...

Isabelle Bruno: "Evaluer, c'est la santé!"

image Dans le cadre de l'opération "Changeons le programme", Isabelle Bruno, maître de conférences en science politique à l'université Lille 2, est intervenue jeudi 5 février à l'INHA.

Analysant l'application des modèles du management à l'espace européen de la recherche, Isabelle Bruno montre comment le benchmarking (évaluation), devient une technique de gouvernement aussi puissante qu'anti-démocratique. Une contribution lumineuse pour décrypter les discours technocratiques et comprendre les soubassements des politiques ministérielles.

Faut-il se réabonner à Arrêt sur images?

image Comme un certain nombre de spectateurs de feu l'émission "Arrêt sur images", j'ai déboursé 30 € en janvier 2008 pour continuer à avoir accès à sa version en ligne. Il faut dire que Schneidermann ne lésinait pas sur la promo: on allait voir ce qu'on allait voir! «Pas la peine de chercher, ça ne ressemblera à rien d’existant», promettait l'animateur, qui assurait: «Sur Internet, tout est possible!»

A un an d'intervalle, le dépaysement a sans doute été moindre qu'annoncé. Qu'importe le flacon, @si a continué à nous offrir en ligne ce qu'elle savait faire à l'écran: de la veille des médias, du plateau, avec une couche de forum par-dessus. Rien ne ressemble plus à un Schneidermann hertzien qu'un Schneidermann haut-débit. Moins décalé que le BigBangBlog, qui faisait alors office de coulisses de l'émission et qui profitait de la liberté de ton du web, @si a tâtonné pendant plusieurs mois, délaissant Kewego pour Dailymotion, cherchant le bon rythme. Puis a stabilisé une formule construite autour d'une pluie de billets courts – les "vite-dits" –, des chroniques, avec les éditoriaux du maître des lieux, des articles plus étoffés réunis en "dossiers", enfin les plateaux vidéo, à un rythme grosso modo hebdomadaire.

Une grosse machine, qui suppose des moyens à la hauteur. Au moment de son interruption sur France 5, "Arrêt sur images" enregistrait une audience d'environ 800.000 téléspectateurs. En août 2007, une pétition de soutien en faveur de la reprise de l'émission totalisait 180.000 signatures. En se lançant dans l'aventure du web payant, Scheidermann tablait sans doute sur des chiffres d'échelle comparable. En fin d'année dernière, @si ne comptait pourtant qu'un peu moins de 40.000 abonnés – un chiffre bien en deçà des audiences de naguère. Au moment fatidique du renouvellement des abonnements de janvier, c'est la douche froide: 13.000 abonnés perdus, un sur deux. Le site se retrouve avec un étiage de 26.000 membres, à peu de choses près le même qu'il y a un an.

Lire la suite...

Hadopi, la loi en retard d'une crise

image Dans le clip publicitaire produit par les services de Nadine Morano, toutes les nuisances du web viennent frapper à la porte d'un pavillon cossu. Il est à craindre que ces images trahissent la perception d'une bonne partie des élites françaises: internet vient de l'extérieur. Ce corps étranger ne peut rien apporter de bon. Inconnues de la culture bourgeoise, ses références menacent la quiétude de l'univers familial.

Malgré l'existence discrète d'un secrétariat d'Etat au développement de l'économie numérique, c'est bien cette perception caricaturale qui semble guider la politique du gouvernement actuel. Depuis la détestable loi DADVSI, élaborée pour protéger l'industrie des contenus culturels contre l'invasion ennemie, les pratiques du net s'effectuent aujourd'hui sous le régime de la contrebande. Le professeur des écoles utilise bel et bien Google images pour fournir à sa classe les ressources iconographiques dont il a besoin mais, faute d'une formation adéquate, il est incapable d'apprendre à ses élèves à maîtriser les mécanismes des moteurs de recherche. L'universitaire recourt à Delicious, Flickr, Dailymotion ou Facebook pour diffuser les documents multimédia que son institution est incapable de mettre à la disposition des étudiants.

Plutôt que de se protéger des méfaits d'internet, la France a aujourd'hui désespérément besoin d'une mise à jour juridique et intellectuelle pour profiter pleinement de ses ressources. Telle n'est malheureusement pas la fonction de la loi Hadopi, préparée par Denis Olivennes alors qu'il était encore patron de la Fnac – et dont l'adoption a accumulé les retards. En attendant de «civiliser l’univers pour l’instant sauvage du Net», la riposte graduée renforce sa perception comme espace de l'infraction, de la déviance et de la turpitude. N'y a-t-il que des pirates, des trafiquants et des pédophiles sur internet, comme le criait haut et fort à l'Assemblée nationale Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP? La permanence de cet imaginaire et de son corollaire répressif enferme les pouvoirs publics dans une logique de prohibition qui est, on le sait, une course à l'échec.

Lire la suite...

2009: récession ou dépression?

Les effets de la crise financière se font désormais sentir dans le « secteur réel » tant aux Etats-Unis que dans les pays de l’Europe occidentale où 2009 devrait être caractérisée par une récession d’ampleur variable suivant les pays. Ces effets restent, par contre, moins sensibles dans certains des pays dits « émergents ». Le groupe des BRIC (Bresil-Russie-Inde-Chine) devrait ainsi connaître une croissance supérieure à 6%. D’autres pays émergents pourraient par contre subir plus gravement les effets de cette crise, en raison de leur forte dépendance des marchés des pays occidentaux.

Les dynamiques de transmission de la crise sont aujourd’hui complexes. Si les effets des désordres financiers sur le secteur réel des économies sont aujourd’hui bien identifiés, les effets de rétroaction du secteur réel vers la sphère financière restent largement sous-estimés. Ceci contribue à entretenir une vision qui, encore aujourd’hui, est indûment optimiste quant à la profondeur et la durée de la crise actuelle. La possibilité d’un glissement d‘une logique de récession vers une logique de dépression existe et ne doit pas être ignoré. C’est en réalité tout l’enjeu de 2009 et des politiques publiques qui seront mises en oeuvre durant cette année.

Lire la suite...

Pourquoi la télé diabolise Facebook

«Ne pas s'inscrire sur ces sites de réseaux sociaux.» Tel était le conseil conclusif après le reportage diffusé par France 2, le 4 décembre 2008, dans l'émission Envoyé spécial ("Planète Facebook", 32", par Jérémie Drieu et Matthieu Birden). Quelques mois après l'achèvement de la campagne victorieuse de Barack Obama, qui avait su trouver dans la convivialité de Facebook le moyen de favoriser une relation plus souple et plus moderne à la mobilisation politique, la France de la loi Hadopi, parfaitement servie par la télévision publique, marquait encore une fois sa différence.

Aux Etats-Unis, où la série télévisée "Les Simpsons" peut parodier "Everyday", la vidéo culte de Noah Kalina, les pratiques numériques sont pleinement intégrées à la culture commune. Mais au pays de Nadine Morano, foin de digital literacy, on en est encore à la "fracture numérique". Autrement dit à l'ignorance et au rejet, qui continuent de structurer le rapport de l'intelligenstia ou des grands médias à la société de l'information.

Quel intellectuel français a pris des positions marquantes en faveur du web 2.0? Quel journal national a porté un regard éclairé sur les réseaux sociaux? Quel ouvrage nous a expliqué la nouvelle économie que nous préparent les grands moteurs de recherche? Je compte sur mes lecteurs pour combler mes lacunes, mais il faut bien admettre qu'à toutes ces questions, la réponse ne jaillit pas spontanément. Ce qui n'empêche nullement les pratiques numériques de prospérer. Les Français ont reconnu sans l'aide d'aucun plan gouvernemental tout l'intérêt de ces nouveaux outils, et sont désormais plus de 5 millions à utiliser Facebook. Le problème de la patrie d'Asterix n'est pas situé du côté des usages. Il est tout entier dans le déficit explicatif et le refus par les élites d'accorder une dimension culturelle aux TIC.

Lire la suite...

Quand YouTube remplacera Google

La facilité d’accès aux vidéos en ligne, incarnée par la plateforme de partage de vidéo YouTube, change profondément la société, concluaient les intervenants du Web 2.0 Summit à San Francisco qui discutaient sur le sujet du web et de la politique (vidéo, transcription en français des meilleurs moments). YouTube est récemment devenu le second moteur de recherche du monde selon Comscore (passant devant Yahoo!), avec 344 millions de visiteurs uniques (voir les chiffres d’audience mis en avant par Didier Durand). En juillet 2008, 75 % des internautes américains ont visionné 5 milliards de vidéos en ligne, soit plus de 54 vidéos en moyenne par personne et par mois, estime Comscore. Non seulement presque tout le monde regarde des vidéos en ligne, mais toute conversation, significative comme insignifiante, est désormais filmée - et tous ces films sont accessibles sur YouTube.

Par Hubert Guillaud, InternetActu, 11/12/2008.
Lire la suite...

Extension du domaine de la recherche vidéo...

...ou l'avènement de la voie remontante

D’après un rapport de ComScore, YouTube était dès le mois d’août 2008 devenu le deuxième plus important site générateur de trafic de recherche du net grillant la politesse à Yahoo! et se positionnant dans la roue de son grand frère Google.

Mais voilà, au cours de la nuit du 4 au 5 décembre 2008, YouTube a enclenché le turbo-boost et a déployé ce qui s’avère être le plus important portail de recherche vidéo au monde voire le plus important portail de recherche tout court en termes de reach (l’estimation de cette assertion reste à faire).

Pas de révolution majeure dans l’ergonomie du site pour arriver à ce résultat. YouTube a simplement incorporé dans l’ensemble des lecteurs exportables de sa plateforme un champ de recherche vidéo.

Lire la suite...

Oui, la télévision publique est digne de notre soutien

image Une révolution. Alors que le JT de France 2 traite habituellement les conflits sociaux avec dédain, de manière expéditive, l'édition d'hier soir a témoigné d'un étonnant retournement.

Au lieu de donner la parole aux «victimes», «prises en otage» par les grévistes, la caméra nous montrait de longues séquences d'un cortège joyeux et bigarré, s'attardant sur les visages souriants de manifestants pour une fois sympathiques. Plusieurs représentants de la CGT étaient interviewés respectueusement.

Plus surprenant: le téléspectateur découvrait, médusé, qu'un mouvement social pouvait être autre chose qu'une grogne instinctive, que celui-ci pouvait être motivé par de véritables problèmes, reposant sur une analyse des conditions économiques dont la rédaction nous restituait scrupuleusement le détail. Mieux encore: le représentant du gouvernement, invité sur le plateau pour s'expliquer, se faisait ni plus ni moins couper la parole par Pujadas, qui osait lui opposer de vrais arguments. Et si l'on n'échappait pas, in fine, au rituel micro-trottoir, celui-ci présentait des opinions contrastées, dont plusieurs visiblement en faveur de la protestation.

J'ignore ce qui explique cette soudaine considération pour les grévistes, mais choisir de consacrer pas moins de vingt minutes d'antenne à une manifestation qui n'a rassemblé qu'environ 3000 participants est incontestablement le signe d'une nouvelle attention à l'égard des mouvements sociaux et le témoignage d'une impartialité qui fait plaisir à voir.

MàJ, 10h50. Un commentateur me fait remarquer à juste titre que mon analyse est malheureusement faussée. Cette couverture si extensive, ce journalisme si attentif n'étaient motivés que par le corporatisme et la défense d'intérêts particuliers, puisque cette mobilisation était dédiée à la défense de la télévision de service public. Malgré ma déception, cette découverte confirme la justesse du traitement habituel des mouvements sociaux sur France 2, qui ne sont finalement que l'expression archaïque d'égoïsmes catégoriels.

Un nouveau Bretton Woods?

Il faut reconnaître, et les marchés financiers l’ont fait avec leur cynisme habituel, que ce G-20 est un échec. Il ne pouvait en être autrement car il a été convoqué de manière précipitée, avec une administration américaine moribonde et sans que les autres pays n’aient réussi à constituer un front commun qui aurait pu contraindre les Etats-Unis à modifier sur le fond leurs positions habituelles. Personne n’était présent pour porter les propositions alternatives qui, aujourd’hui, sont les seules à pouvoir apporter des solutions à la crise en s’attaquant à ses causes réelles.

Dans ces conditions, on est très loin de l’objectif initial d’un «nouveau Bretton Woods». Le processus d’une réforme du système monétaire international n’a même pas été engagé. De cet échec va naître dans les mois qui viennent un processus de fragmentation du système monétaire et financier international.

Le point de rupture entre partisans du désordre ancien et partisans d’une véritable reconstruction du système monétaire financier se concentrera sur deux questions: le contrôle des capitaux et des formes de protectionnisme permettant d’éviter l’importation des effets dépressifs des politiques de certains pays.

Seule la combinaison du contrôle des capitaux (le retour à la convertibilité en compte courant) et de mesures de protection peut permettre de créer des espaces de stabilité au sein du désordre actuel. À terme, seule cette combinaison peut garantir, comme Keynes le montrait dès 1941, l’articulation entre des règles négociées de comportement entre pays pour éviter les politiques prédatrices (commerciales, sociales ou écologiques) et la liberté d’action – la souveraineté des politiques économiques et sociales – qui est nécessaire pour que chaque pays puisse trouver sa propre trajectoire sociale et économique de développement. Pour ne pas refaire une fois de plus, une fois de trop, les mêmes erreurs il convient de bien se pénétrer des leçons des débats de 1941 à 1946 sur la reconstruction du système monétaire international, ainsi que de celles de la désintégration du système de Bretton Woods.

Extrait de "L’économie politique internationale de la crise et la question du «nouveau Bretton Woods». Leçons pour des temps de crise", texte inédit (32 p.), lire en ligne, télécharger le pdf (1,2 Mo).

La science des quotas

image Avec Valérie Pecresse arrive la science mise en quotas. Installée dans ses murs en mars 2007, l'agence pour l'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur (AERES) a commencé ses travaux. Son site web montre de beaux locaux refaits à neuf dans un hôtel parisien chic. D'une main, le gouvernement fait miroiter des promesses de primes, de l'autre, il fait pleuvoir formulaires et demandes de rapport sur les chercheurs et les institutions. L'un des principaux instruments de cette politique du chiffre est un classement des revues scientifiques, à partir duquel on pourra étalonner chercheurs et laboratoires. Las, la publication prématurée d'une première liste au mois d'août a suscité la fronde des savants. Alors que le rôle des évaluateurs suppose une rigueur au-dessus de tout soupçon, les incohérences et les absences de cette nomenclature ont réveillé toutes les inquiétudes et constitué une bien piètre entrée en matière. Les articles et les protestations se multiplient, et une pétition demande le «retrait complet et définitif de la "liste des revues" de l’AERES».

Bref, on est ici dans du Sarkozy pur jus. De l'affichage et des moulinets de bras par devant, des outils inconsistants et beaucoup d'arrières-pensées par derrière. Le président de la République, on le sait, a la foi du charbonnier pour les indicateurs chiffrés. Mais il est plus facile de mettre en courbes des officiers de police que des experts de la mesure. Premiers utilisateurs des instruments statistiques, les savants sont bien placés pour savoir que ces images, plutôt que de traduire fidèlement la réalité, servent à choisir comment on veut la montrer.

Lire la suite...