Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Débat: "La part de fiction dans les images documentaires"

Dans le cadre d'une "Carte blanche à l'EHESS" des Rendez-vous de l'histoire de Blois, Rémy Besson et Audrey Leblanc, doctorants au Lhivic, proposent une rencontre-débat intitulée "La part de fiction dans les images documentaires", retransmise en direct (non archivé).

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CFP "Arrêts sur images. Pour une combinaison de la photographie et du film"

Appel à communications pour le colloque international "Arrêts sur images. Pour une combinaison de la photographie et du film", les 9 et 10 avril 2010, musée du quai Branly, 37, quai Branly, 75007 Paris.

Ethnologues, sociologues, artistes et historiens de l’image sont invités à venir partager leurs expériences et leurs réflexions sur: les manières de produire et d’articuler les images fixes et les images animées; les vertus respectives de ces images et de leur association.

Dès les premières expéditions scientifiques, les explorateurs utilisent le support visuel dans leurs procédures de recherche et de restitution. Les voyageurs naturalistes tracent alors des croquis et des dessins pour donner à voir une part de l’environnement dans lequel vivent les hommes qu’ils observent. Avec l’invention de la photographie, les explorateurs du XIXe siècle disposent d’un outil remarquable qu’ils emploient avec enthousiasme pour consigner leurs observations. À la fin du XIXe siècle, Étienne-Jules Marey invente un dispositif d’enregistrement complexe permettant la mise en série de plusieurs prises de vue photographiques: la chronophotographie. Cette invention débouche rapidement sur celle du cinéma. Dès le début du XXe siècle, des ethnographes introduisent ces nouveaux outils d’appréhension du réel dans leurs procédures de recherche, et certains d’entre eux utilisent indifféremment la photographie et le film.

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En mettre plein les yeux et rendre "Apocalypse" irregardable

La série télévisée Apocalypse nous rend «visibles» un certain nombre de documents relatifs à la Seconde Guerre mondiale. Nous les rend-elle regardables, ­«lisibles», pensables, compréhensibles pour autant? Quelle est donc sa position ? Les réalisateurs, les producteurs et les directeurs de programme se sont ­contentés d’adopter une posture typique du monde commercial, l’autocélébration : projet «pharaonique», émission «miracle», «révélation» de l’histoire… On a remonté des archives visuelles en leur restituant, dit-on, «une qualité d’image tout simplement époustouflante ! De quoi convaincre tout le monde !» (dixit Daniel Costelle, l’auteur du commentaire). La chaîne de ­télévision, de son côté, a réussi la prouesse de transformer une «commémoration» – le soixante-dixième anniversaire du déclenchement de la guerre  – en cet «événement» nommé prime time.

Par Georges Didi-Huberman, Ecrans, 22/09/2009.
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Parution de "Jean Rouch, cinéma et anthropologie"

Les éditions des Cahiers du Cinéma/INA annoncent la parution de Jean Rouch. Cinéma et anthropologie, textes réunis par Jean-Paul Colleyn, préface d’Edgar Morin, 220 pages, 30 ill., 25 Euros.

Jean Rouch est une figure centrale du cinéma ethnographique. Dès les années 40, il filme avec sa caméra 16 mm ses missions sur et autour du fleuve Niger, et en 1949, il remporte avec L’Initiation à la danse des possédés le prix du festival du film maudit de Biarritz qui sera suivi de bien d’autres avec Les Maîtres fous, Moi,un noir, Chronique d’un été, La Pyramide humaine, La Chasse au lion à l’arc pour ne citer que les plus connus.

Les critiques des Cahiers du cinéma, Jean-Luc Godard, Éric Rohmer ou Jacques Rivette, convaincus de l’originalité créatrice et de la portée novatrice de sa démarche, reconnurent dans son défi lancé au "cinéma professionnel" le précurseur de la Nouvelle vague.

Lorsque le cinéaste, caméra à l’épaule, filme un rituel africain, il improvise ses cadrages, ses mouvements, le rythme de ses plans dans une chorégraphie qui évoque celle du jazz. Le film s’accomplit lorsque son inspiration est à l’unisson de l’inspiration collective. Il brouille les frontières des genres en réalisant avec ses amis nigériens des sortes d’ethno-fictions, et à l’intérieur même du documentaire, il invente un nouveau mode cinématographique, celui du documentariste qui s’immerge totalement dans la réalité qu’il décrit et interagit avec elle.

Jean-Paul Colleyn réunit ici les textes où Jean Rouch raconte sa trajectoire, ses années de formation, son métier d’ingénieur, son goût pour le cinéma, ses voyages en pays dogon, synthétise ses expériences d’anthropologue aux côtés de Germaine Dieterlen sur les traces de Marcel Griaule, retrace la réalisation de ses films, revenant sur les questions de méthode, sur le "cinéma-vérité" comme sur la poésie du cinéma.

Edgar Morin, avec qui Jean Rouch a réalisé Chronique d’un été, préface cet ouvrage. Marc Henri Piault, actuel président du comité du film ethnographique du Musée de l’Homme, le complète d’une analyse sur la portée propre du cinéma en anthropologie.

Dernières acquisitions de la vidéothèque de l'EHESS

  • "Valse avec Bachir" d'Ari Folman, 2008, 86 mn. N’ayant aucun souvenir de son expérience lors de la 1e guerre du Liban, au début des années 1980, Ari Folman décide de partir à la rencontre de ses anciens camarades de guerre maintenant éparpillés dans le monde entier. Au fur et à mesure de ses rencontres, Ari plonge dans le mystère et sa mémoire commence à être parasité par des images de plus en plus surréalistes…
  • "Cocorico! Monsieur Poulet" de Jean Rouch, 1974, 93 mn. Dans une 2 CV bringuebalante, Lam, surnommé M. Poulet, s’en va en brousse chercher les poulets qu’il vendra à Niamey. Assisté de Tallou et Damouré, il espère faire des affaires juteuses. Mais les imprévus s’accumulent, les poulets sont introuvables, le fleuve Niger difficile à traverser. Et une diablesse ne cesse de jeter des sorts.
  • "Bataille sur le grand fleuve" de Jean Rouch, 1950, 33 mn. Epopée fluviale au cours de laquelle les pêcheurs Sorko chassent au harpon les hippopotames du fleuve Niger. Une compétition magique entre l’animal et l’homme.
  • "Cimetières dans la falaise" de Jean Rouch, 1951, 18 mn. Document ethnologique et bouleversant témoignage sur les funérailles d’un jeune noyé en pays Dogon, falaise de Bandiagara au Mali.

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L'écologie vue du ciel

Home

Je n'ai jamais été un fan d'Arthus-Bertrand, qui est à mes yeux un peu moins qu'un photographe publicitaire - disons plutôt un photographe de calendriers. Ce qui suffit à expliquer son succès populaire: les calendriers illustrés (qui sont un des produits d'édition les plus appréciés, avec les livres culinaires ou les guides touristiques) fournissent une indication très sûre à propos des stéréotypes iconographiques les plus digestes ou des images les plus pin-upables.

Réalisé à partir d'une seule idée visuelle, toujours la même depuis le carton de La Terre vue du ciel (1999), Home est moins un film qu'un album de photos animé. Avec un gros désavantage sur l'image fixe: le perpétuel travelling qui traverse chaque plan, à la manière d'un diaporama affligé d'un "effet Ken Burns" sous iPhoto, conduit le spectateur au bord de la nausée, le coeur soulevé par cet incessant roulis des images.

Un film qui n'arrive jamais à fixer, à regarder quelque chose en face est une étrange négation du cinéma. Cette absence de confrontation avec le réel, ce détachement permanent confèrent aux images un aspect aussi évanescent et abstrait qu'une publicité pour parfum. Toute la virtuosité de l'hélicoptère, l'incroyable débauche de paysages n'y peuvent rien. L'écologie vue du ciel reste aussi jolie, chic et froide qu'un flacon de Balenciaga. Un triomphe de l'illustration, qui mangera n'importe quel discours.

Le dispositif est plus intéressant. Arthus-Bertrand a souvent innové en la matière. On se souvient de l'exposition des images de La Terre vue du ciel sur les grilles du jardin du Luxembourg – une première souvent imitée depuis. La diffusion simultanée de Home à la télévision, au cinéma et sur internet est là encore une nouveauté dont les difficultés de réalisation (avec notamment des versions différentes pour contourner l'interdit légal) disent assez le caractère exceptionnel.

L'idée d'une diffusion globale signifie l'identification de l'écologie comme nouveau grand récit des sociétés occidentales. Le pari est loin d'être idiot, et le choix d'une complète transmédialité très révélateur de la nouvelle cartographie des médias. Mais comment illustrer ce mythe? Home propose une sorte d'extension prodigieuse d'une seule photographie: celle de la Terre vue de l'espace, prise par Apollo 17 en 1972 - image culte d'une certaine écologie, donnée comme la clé d'une prise de conscience de l'unité et de la fragilité de la planète-mère. Je ne suis pas sûr que le film soit à la hauteur de l'ambition affichée – mais il conviendra d'en juger avec quelques années de recul. Si le genre s'impose ou connaît d'autres variations, on pourra alors admettre qu'on est en face d'une nouvelle mythographie.

Journée d'études "La matérialité des images"

image Journée d'études du Laboratoire d'histoire visuelle contemporaine (Lhivic/EHESS), sous la direction de Gaby David, André Gunthert et Audrey Leblanc.
Vendredi 13 février 2009, salle Vasari, INHA, 2 rue Vivienne, 75002 Paris (entrée libre).

Programme

1. L'impulsion des sources (modération: André Gunthert)

  • 9h15. Ouverture.
  • 9h30. Cécile Nédélec, "André Jammes, collectionneur et historien de la photographie".
  • 10h. Fanny Lautissier, "Les archives photographiques face aux enjeux de la transition numérique".
  • 10h30. Estelle Blaschke, "Roger-Viollet/La Parisienne de photographie: la dimension économique du patrimoine visuel".
  • 11h. Marc Lenot, "Miroslav Tichy, le retrait de l'artiste".
  • 11h30. Amélie Segonds, "Recherche d'images et indexation visuelle: enjeux et problèmes".
  • 12h. Discussion.

2. Les supports de l'imaginaire (modération: Christian Delage)

  • 14h. Marie-Eve Bouillon, "Figures du tourisme. L'agence Neurdein et le Mont Saint-Michel".
  • 14h30. Audrey Leblanc, "Usages du document dans le photojournalisme. La construction de l'image de mai 1968".
  • 15h. Rémy Besson, "Le thème du train dans Shoah, entre agent de l'histoire et acteur du récit".
  • 15h30. Discussion et pause.
  • 16h30. Sarah Bertrand, "La viralité des vidéos en ligne. Etude de cas".
  • 17h. Gaby David, "Le camphone et la construction de l'automédialité".
  • 17h30. Fatima Aziz, "Partager l'identité. Usages du portrait sur Facebook".
  • 18h. Discussion.

Pourquoi la télé diabolise Facebook

«Ne pas s'inscrire sur ces sites de réseaux sociaux.» Tel était le conseil conclusif après le reportage diffusé par France 2, le 4 décembre 2008, dans l'émission Envoyé spécial ("Planète Facebook", 32", par Jérémie Drieu et Matthieu Birden). Quelques mois après l'achèvement de la campagne victorieuse de Barack Obama, qui avait su trouver dans la convivialité de Facebook le moyen de favoriser une relation plus souple et plus moderne à la mobilisation politique, la France de la loi Hadopi, parfaitement servie par la télévision publique, marquait encore une fois sa différence.

Aux Etats-Unis, où la série télévisée "Les Simpsons" peut parodier "Everyday", la vidéo culte de Noah Kalina, les pratiques numériques sont pleinement intégrées à la culture commune. Mais au pays de Nadine Morano, foin de digital literacy, on en est encore à la "fracture numérique". Autrement dit à l'ignorance et au rejet, qui continuent de structurer le rapport de l'intelligenstia ou des grands médias à la société de l'information.

Quel intellectuel français a pris des positions marquantes en faveur du web 2.0? Quel journal national a porté un regard éclairé sur les réseaux sociaux? Quel ouvrage nous a expliqué la nouvelle économie que nous préparent les grands moteurs de recherche? Je compte sur mes lecteurs pour combler mes lacunes, mais il faut bien admettre qu'à toutes ces questions, la réponse ne jaillit pas spontanément. Ce qui n'empêche nullement les pratiques numériques de prospérer. Les Français ont reconnu sans l'aide d'aucun plan gouvernemental tout l'intérêt de ces nouveaux outils, et sont désormais plus de 5 millions à utiliser Facebook. Le problème de la patrie d'Asterix n'est pas situé du côté des usages. Il est tout entier dans le déficit explicatif et le refus par les élites d'accorder une dimension culturelle aux TIC.

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Séminaire "Pratiques historiennes des images animées"

Séminaire de master, lundi de 15 h à 17 h, à l’amphithéâtre de l’EHESS, 105 bd Raspail, 75006 Paris, du 10 novembre 2008 au 9 février 2009.
(A noter que l’horaire annoncé initialement a été modifié.)

Pour l’historien, un film ne s’inscrit presque jamais dans un univers déconnecté de toute référence. Il possède même de nombreuses marques d’historicité, signes, entre autres, du caractère collectif de sa production, de sa mise en œuvre et de ses usages. Marc Bloch avait ainsi vu dans le cinéma «un des plus merveilleux baromètres culturels et sociaux dont nous disposions… Gibier pour nous, vraiment». Les efforts menés ici ou là pour favoriser une approche méthodique de lecture des films ont contribué à leur appropriation par les chercheurs. Leur usage se répand désormais dans des travaux dont ils ne sont pas la source principale, tout en privilégiant, dans leur lecture, les exigences d’une analyse scientifique.

Ce séminaire propose aux étudiants un état de l’historiographie du domaine et des outils de lecture des images animées, à la fois pour développer leur esprit critique et pour les familiariser avec des sources précieuses pour la recherche. Séminaire de Master, mention "Histoire" (M1), ouvert aux étudiants formés en histoire, histoire de l'art, études cinématographiques ou études visuelles à partir de la licence et auditeurs libres.

Programme

Le séminaire débutera le 10 novembre avec une invitée exceptionnelle, Vanessa R. Schwartz, venue spécialement de Los Angeles pour présenter un état des recherches actuelles dans le domaine des études visuelles aux États-Unis. Nous indiquons ci-dessous le programme des sept premières séances (celui des séances suivantes sera communiqué ultérieurement).

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Pour Obama, la classe moyenne a le visage de la famille

Brûlant de ses derniers feux, la campagne de Barack Obama nous a livré hier un objet devenu rare: un vrai film de propagande à l'ancienne, sous la forme étonnante d'un publi-reportage de 27 minutes diffusé simultanément sur sept chaînes nationales.

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Le krach du discours, la réponse de la vidéo

En l'espace de quelques jours, sans que rien y ait préparé, les Français ont appris que leur pays passait de la prospérité à la récession. En même temps que la dépréciation des actifs boursiers, le discours explicatif des élites a subi une dévaluation brutale. Politiques et économistes nous l'ont avoué à demi-mot. Comptable de la confiance, qui est le socle de la finance, la parole publique ne peut plus rien dire de vrai. Le ferait-elle qu'elle précipiterait la chute, alors que son rôle est de l'enrayer. Le poids du mécanisme autoréalisateur contraint à une parole vidée de toute signification, qui ne peut que répéter en boucle le fait-dodo de maman à son enfant malade. Ca va aller, ne t'inquiète pas, maman est là.

Ce qui ne fait pas les affaires du grand public. Puisque ceux qui savent sont justement ceux qui ne peuvent rien dire, celui-ci va chercher ailleurs de quoi assouvir une demande d'explication qui grandit aussi vite que croît la catastrophe. C'est alors que l'image parasite revient jouer son rôle et répondre au déficit interprétatif. Parmi les vidéos qui s'échangent ces derniers jours sur le web, on retiendra la remarquable et très pédagogique description du système financier, "L'Argent-Dette", de l'artiste et vidéographe Paul Grignon, dont la version française a été mise en ligne sur Viméo le 16 septembre.


L'Argent Dette de Paul Grignon (Money as Debt FR) from Bankster on Vimeo.

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Séminaires du Lhivic, 2008-2009

image Peuples exposés (politique de l’imagination, suite)

  • Georges Didi-Huberman, INHA, auditorium, 1er et 3e lundis du mois, 18h-20h, 1e séance le 10/11/08 puis du 01/12/08 au 18/05/09.

Il s’agira cette année d’interroger la représentation des peuples. Walter Benjamin évoquait le rôle de l’historien comme étant de rendre la parole aux sans-noms (nous pourrions, aujourd’hui, ajouter: aux sans-logis, aux sans-papiers, etc). La question posée revient donc à savoir quel est le statut des “figurants” dans la représentation moderne, en particulier dans le cinéma. À partir d’une enquête de longue durée sur le portrait de groupe et la figuration des peuples — depuis Jacques Callot jusqu’à Francisco Goya, mais aussi depuis l’éthique humaniste jusqu’aux poèmes de Baudelaire —, nous étudierons plus précisément cette figuration des peuples dans le cinéma, à partir d’exemples précis dont les plus importants seront puisés dans l’oeuvre d’Eisenstein, de Rossellini et, surtout, de Pier Paolo Pasolini (séminaire ouvert aux auditeurs libres).

Histoire des images numériques

  • André Gunthert, INHA, salle Walter Benjamin, 2e et 4e jeudis du mois, 17h-19h30, du 13/11/08 au 1825/06/09.

Le paysage des pratiques de l’image s’est considérablement modifié dans la période récente. De l’ordinateur au téléphone portable en passant par les blogs ou les plates-formes visuelles sur internet, de nouveaux outils de production, de stockage et de transmission des images, appuyés sur le développement des technologies numériques, ont connu une diffusion rapide. Le séminaire proposera une première approche de l’histoire de ces évolutions, de leurs répercussions culturelles et sociales, ainsi qu’une réflexion historiographique sur les conditions nécessaires à la construction du récit historique (séminaire ouvert aux auditeurs libres).

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Valse avec Bachir, l'horizon du visuel

Valse avec Bachir a été amplement commenté lors de sa présentation au dernier festival de Cannes parce qu’il présente la particularité d’être un documentaire d’animation. Son réalisateur, le cinéaste israélien Ari Folman a tout d’abord adopté la technique classique du documentaire en réalisant des interviews filmées d’anciens soldats jetés comme lui en 1982 dans la guerre du Liban. Pour retrouver ses propres souvenirs, si profondément enfouis qu’il les avait complètement effacés, il a sollicité les souvenirs des autres à travers le récit que ceux-ci lui en donnent aujourd’hui. Valse avec Bachir est un film sur la mémoire, ses méandres, ses retours, ses lacunes, ses inévitables transformations, son rapport incertain au réel vécu.

Mais, plutôt que de restituer en l’état les interviews enregistrées, au besoin en les complétant par des images d’archives, Ari Folman a pris le parti de les illustrer au moyen de séquences d’animation conçues de toutes pièces à partir des récits des uns et des autres. A la subjectivité des paroles s’est donc ajoutée la fiction délibérée des images, même si celles-ci sont manifestement inspirées de lieux, de personnages et d’objets réels. Au fond, le réalisateur a voulu assumer complètement le fait que l’on ne peut pas restituer le passé sans le voiler aussitôt de fiction. Dans son film, seules les paroles des différents personnages restituent en l’état la trace enregistrée lors des entretiens. Tout le reste, même l’aspect physique de ses interlocuteurs, a été graphiquement composé ou recomposé. Ainsi, aucun spectateur ne peut croire avoir sous les yeux la réalité vécue au Liban par ces soldats israéliens tant le filtre visuel qui lui en restitue un aperçu est manifestement artificiel.

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Rémy Besson, premier allocataire du Lhivic

image L'école doctorale de l'EHESS est très mal pourvue en allocations de recherche, ressource allouée aux meilleurs étudiants de master pour leur permettre de se consacrer pleinement à leur thèse de doctorat (1.650 euros brut/mois, soit 1,29 fois le Smic pendant trois ans). C'est avec d'autant plus de satisfaction que nous saluons leur attribution à Rémy Besson, dont le dossier a été classé premier parmi les candidats de la mention histoire.

Rémy Besson a soutenu le mois dernier son mémoire de master, intitulé: "Approche historienne de la mise en récit du film de Claude Lanzmann: Shoah", sous la direction de Christian Delage. Grâce à l'étude attentive des transcriptions des rushes conservées aux archives du musée de l'Holocauste à Washington, il démontre que le coeur de l'oeuvre est élaboré à partir du montage sonore et d'un surprenant travail de tissage et de recombinaison des entretiens des témoins. Selon le chercheur, «l'absence de voix off dans Shoah ne correspond pas à un effacement du réalisateur, mais au développement d'un autre mode de narration à travers le montage.» Ce premier résultat de recherche annonce une thèse d'une grande portée, qui permettra de poursuivre l'interrogation du rapport de l'image au témoignage, qui a notamment été au centre de l'ouvrage majeur de Georges Didi-Huberman, Images malgré tout (Minuit, 2003).

Initiateur de "Paroles d'images", association consacrée à l’éducation aux images qui organise régulièrement projections et rencontres, Rémy Besson en a également conçu le blog et a apporté son concours à la réalisation de celui de l'Atelier du Lhivic. Toutes nos félicitations à l'heureux lauréat!

Justice expéditif (Stress)

Début mai 2008, le groupe Justice met en ligne sur les plateformes YouTube et Dailymotion son dernier clip, illustrant le morceau Stress. Réalisé par Romain-Gavras, du collectif Kourtrajmé, le film, très attendu, scandalise et devient un hit en quelques jours, alimentant forums et échanges nerveux. La presse nationale relaie le buzz (Le Monde, Libé). (...) Et comme souvent au cinéma ou à la télévision, cette étude, ce travail descriptif passent par la violence, une dramatisation ou une tension. Pour le dire d’une formule, Stress est une analyse iconographique des figures contemporaines de la transgression et de l’insoutenable social.

Par Aka, L'oBservatoire, 17/05/2008.
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