Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

En mettre plein les yeux et rendre "Apocalypse" irregardable

La série télévisée Apocalypse nous rend «visibles» un certain nombre de documents relatifs à la Seconde Guerre mondiale. Nous les rend-elle regardables, ­«lisibles», pensables, compréhensibles pour autant? Quelle est donc sa position ? Les réalisateurs, les producteurs et les directeurs de programme se sont ­contentés d’adopter une posture typique du monde commercial, l’autocélébration : projet «pharaonique», émission «miracle», «révélation» de l’histoire… On a remonté des archives visuelles en leur restituant, dit-on, «une qualité d’image tout simplement époustouflante ! De quoi convaincre tout le monde !» (dixit Daniel Costelle, l’auteur du commentaire). La chaîne de ­télévision, de son côté, a réussi la prouesse de transformer une «commémoration» – le soixante-dixième anniversaire du déclenchement de la guerre  – en cet «événement» nommé prime time.

Par Georges Didi-Huberman, Ecrans, 22/09/2009.
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Séminaire "Quand les images prennent position"

L'Ecole nationale des beaux-arts de Lyon a mis en ligne l'enregistrement vidéo de l'intervention de Georges Didi-Huberman, "Quand les images prennent position" (14-16 novembre 2007), dans le cadre du séminaire "La construction du réel dans l'art contemporain".

Réf.: Quand les images prennent position.

Parution de "Quand les images prennent position", par Georges Didi-Huberman

Les éditions de Minuit annoncent la parution de: Quand les images prennent position. L'Oeil de l'histoire. 1, par Georges Didi-Huberman, dans la collection "Paradoxe", 268 p. ill., 22,50 €.

Dans un monde où les images prolifèrent en tous sens et où leurs valeurs d’usage nous laissent si souvent désorientés – entre la propagande la plus vulgaire et l’ésotérisme le plus inapprochable, entre une fonction d’écran et la possibilité même de déchirer cet écran –, il semble nécessaire de revisiter certaines pratiques où l’acte d’image a véritablement pu rimer avec l’activité critique et le travail de la pensée. On voudrait s’interroger, en somme, sur les conditions d’une possible politique de l’imagination.

Cet essai, le premier d’une série intitulée "L’Oeil de l’histoire", tente d’analyser les procédures concrètes et les choix théoriques inhérents à la réflexion de Bertolt Brecht sur la guerre, réflexion menée entre 1933 et 1955 par un poète exilé, errant, constamment soucieux de comprendre une histoire dont il aura, jusqu’à un certain point, subi la terreur. Dans son Journal de travail comme dans son étrange atlas d’images intitulé ABC de la guerre, Brecht a découpé, collé, remonté et commenté un grand nombre de documents visuels ou de reportages photographiques ayant trait à la Seconde Guerre mondiale. On découvrira comment cette connaissance par les montages fait office d’alternative au savoir historique standard, révélant dans sa composition poétique — qui est aussi décomposition, tout montage étant d’abord le démontage d’une forme antérieure — un grand nombre de motifs inaperçus, de symptômes, de relations transversales aux événements. On découvrira ainsi, dans ces montages brechtiens, un lieu de croisement exemplaire de l’exigence historique, de l’engagement politique et de la dimension esthétique.

On verra enfin comment Walter Benjamin – qui a été, en son temps, le meilleur commentateur de Brecht – déplace subtilement les prises de parti de son ami dramaturge pour nous enseigner comment les images peuvent se construire en prises de position.

Colloque "L'histoire de l'art depuis Walter Benjamin"

image Colloque EHESS-INHA, sous la direction scientifique de Giovanni Careri et de Georges Didi-Huberman
En collaboration avec le Département des études et de la recherche de l’INHA, dans le cadre du programme Histoire de l’Histoire de l’Art, coordonné par Anne Lafont (INHA).

5-6 décembre 2008, Institut national d’histoire de l’art, salle Giorgio Vasari, 2 rue Vivenne, 75002, Paris (entrée libre).

Le monde de la recherche philosophique, historique et littéraire a depuis longtemps reconnu la valeur toujours plus décisive que représente l’œuvre de Walter Benjamin. Ce penseur hors normes a revisité un grand nombre de notions cardinales pour les sciences humaines, proposant de nouveaux modèles d’historicité comme de nouvelles façons de lire et de regarder les œuvres de la culture, depuis l’art baroque jusqu’à la photographie et le cinéma des années 1930 en passant par la poésie romantique, le roman moderne, l’architecture urbaine ou le théâtre expérimental. Il reste aux historiens de l’art la tâche de faire un point sur la valeur d’usage de notions telles que l’aura, l’image dialectique, l’anachronisme, le montage, la «lisibilité» ou la reproductibilité technique. Le colloque s’interrogera sur les conditions d’application à l’histoire de l’art d’une théorie de l’historicité qui se présente en faisant recours au terme d’«image» et à celui d’«image dialectique». Il s’interrogera aussi sur l’esthétisation du politique à l’époque moderne. Quelle est la portée des analyses de Benjamin dans les conditions «bio-politiques» actuelles, quelle place y jouent les nouvelles technologies, et comment peut-on penser le rapport entre esthétique et éthique dans ce contexte?

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Séminaires du Lhivic, 2008-2009

image Peuples exposés (politique de l’imagination, suite)

  • Georges Didi-Huberman, INHA, auditorium, 1er et 3e lundis du mois, 18h-20h, 1e séance le 10/11/08 puis du 01/12/08 au 18/05/09.

Il s’agira cette année d’interroger la représentation des peuples. Walter Benjamin évoquait le rôle de l’historien comme étant de rendre la parole aux sans-noms (nous pourrions, aujourd’hui, ajouter: aux sans-logis, aux sans-papiers, etc). La question posée revient donc à savoir quel est le statut des “figurants” dans la représentation moderne, en particulier dans le cinéma. À partir d’une enquête de longue durée sur le portrait de groupe et la figuration des peuples — depuis Jacques Callot jusqu’à Francisco Goya, mais aussi depuis l’éthique humaniste jusqu’aux poèmes de Baudelaire —, nous étudierons plus précisément cette figuration des peuples dans le cinéma, à partir d’exemples précis dont les plus importants seront puisés dans l’oeuvre d’Eisenstein, de Rossellini et, surtout, de Pier Paolo Pasolini (séminaire ouvert aux auditeurs libres).

Histoire des images numériques

  • André Gunthert, INHA, salle Walter Benjamin, 2e et 4e jeudis du mois, 17h-19h30, du 13/11/08 au 1825/06/09.

Le paysage des pratiques de l’image s’est considérablement modifié dans la période récente. De l’ordinateur au téléphone portable en passant par les blogs ou les plates-formes visuelles sur internet, de nouveaux outils de production, de stockage et de transmission des images, appuyés sur le développement des technologies numériques, ont connu une diffusion rapide. Le séminaire proposera une première approche de l’histoire de ces évolutions, de leurs répercussions culturelles et sociales, ainsi qu’une réflexion historiographique sur les conditions nécessaires à la construction du récit historique (séminaire ouvert aux auditeurs libres).

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Séminaire "Connaissance par les montages et politiques de l'imagination" en ligne

image Les Archives audiovisuelles de la recherche signalent la mise en ligne de l'enregistrement vidéo du séminaire de Georges Didi-Huberman, "Connaissance par les montages et politiques de l'imagination" (séance du 17 mars, réalisation: Margot Sputo-Mialet, Lisette Winkler). En prenant comme point de départ les photomontages réalisés à partir d’images de guerre par Bertolt Brecht entre 1933 et 1945, le chercheur s'interroge sur la méthode dialectique qui consiste à «faire prendre position» aux images elles-mêmes. La distanciation brechtienne, la nature épique de sa dramaturgie poétique, la question du réalisme et de la «prise de position» politique sont revisitées avec l’aide du plus exigeant des commentateurs de Brecht, son ami Walter Benjamin.

Parution de "La Ressemblance par contact", par Georges Didi-Huberman

Ni histoire ni anthropologie de l’empreinte, ce livre issu du catalogue de l'exposition "L'Empreinte", présentée au centre Pompidou en 1997, propose, sous la forme d’une promenade socratique, une exploration de tous les bords de l’image, lorsque celle-ci se refuse à faire œuvre. Des masques mortuaires à “Feuille de vigne femelle” de Marcel Duchamp, en passant par la Véronique, le Saint-Suaire, les moulages ou les cires anatomiques, Didi-Huberman déploie un ensemble de figures rétives à l’histoire de l’art où, dans l’articulation complexe qu’elles proposent des questions de la ressemblance, de la multiplication et de la technique, l’on peut voir se dessiner une véritable archéologie de la pratique photographique – en butte au même rejet de la part des instances de l’art, pour des motifs similaires. Outre qu’il présente l’intérêt de montrer la permanence de problématiques que l’on croyait à tort liées au seul site photographique, cet essai fournit un intéressant guide méthodologique pour penser ce qui apparaît bien comme une très particulière catégorie de représentations. Insistant sur la valeur heuristique de l’empreinte, attentif à l’ensemble de ses aspects procéduraux, Didi-Huberman démontre en effet l’extrême richesse de ce modèle, dont la particularité tient moins à son essence indiciaire qu’aux multiples effets de lecture et de réception culturelle dans lesquelles elle est prise.

Réf.: Georges Didi-Huberman, La Ressemblance par contact. Archéologie, anachronisme et modernité de l'empreinte, Paris, Minuit, 2008, 382 p., 97 ill. NB.

Parution de "L'image ouverte" par Georges Didi-Huberman

Les éditions Gallimard annoncent la parution de:
L'Image ouverte. Motifs de l'incarnation dans les arts visuels
Par Georges Didi-Huberman.

Ce livre interroge les relations anthropologiques cruciales que les images entretiennent avec le corps et la chair, au-delà des notions usuelles d'anthropomorphisme ou de représentation figurative. Y sont analysées les diverses façons dont les images vivent la chair, que ce soit la chair d'Aphrodite formée de l'écume ou celle du Christ sacrifié sur la croix. Paganisme et christianisme, chacun avec ses propres cadres de pensée, auront, en effet, tous deux cherché à atteindre, voire à transgresser, les limites de l'imitation: là où les métaphores deviennent métamorphoses, là où les signes qui représentent deviennent les symptômes qui incarnent. On découvrira cette puissance extraordinaire des corps lorsqu'en eux la chair vise l'image, par exemple dans la stigmatisation de saint François au XIIIe siècle, les crucifiements des Convulsionnaires de Saint-Médard au XVIIIe siècle ou les "clous" hystériques de la Salpêtrière au XIXe siècle. Une traversée impressionnante d'images qui ne sont pas faites pour décorer, simuler ou consoler, mais pour agir, nous bouleverser et nous donner accès à quelque chose comme une profondeur.

Collection "Le temps des images", 410 p., ill. NB et coul., 35 €.
Nota Bene: billet n° 300.

Séminaire "De la photographie à l'image numérique" à l'ENS

Séminaire Christian Caujolle, "De la photographie à l'image numérique"
Ecole Normale Supérieure, 45 rue d'Ulm, salle d'Histoire, 2eme étage de l'escalier D.
Chaque mardi, 10h30-12h30, entrée libre.

  • 20 février, Christian Caujolle, autour de la projection de Half Life, de Michael Ackerman.
  • 27 février, Bernard Faucon, pourquoi un photographe abandonne sa pratique, il y a une dizaine d'années; quelles sont ses recherches actuelles, qui utilisent le numérique.
  • 6 mars, Quentin Bajac (CGP), "Une perspective historique, du daguerréotype à l'épreuve numérique".
  • 13 mars, Sébastien Calvet, jeune photographe, qui suit actuellement la campagne de Ségolène Royal pour le journal Libération. Comment un jeune auteur se confronte à la problématique entre information et propagande.
  • 20 mars, Pascal Convert, autour de la mémoire, de l'intégration du document dans la création contemporaine. Comment on passe de la photographie à l'image et de l'image à la sculpture.
  • 27 mars, Georges Didi-Huberman (EHESS), un premier bilan de trois années de recherches sur "la lamentation": "Images de la lamentation, Images lamentables ?"
  • 3 avril, Didier Semin (à confirmer), professeur d'histoire de l'art contemporain à l'Ensba.

Parution du "Danseur des solitudes", de G. Didi-Huberman

Les éditions de Minuit annoncent la parution de:
Le Danseur des solitudes
Par Georges Didi-Huberman.

Il ne s'agit, dans ce livre, que de regarder et de décrire philosophiquement, autant que faire se peut, un grand danseur de baile jondo, Israel Galvan. Il s'agit de reconnaître dans son art contemporain un art de “naissance de la tragédie“. Il s'agit d'écouter son rythme et de reconnaître dans ses mots - au moins trois d'entre eux: la jondura ou “profondeur“, le rematar ou l'art de “mettre fin“ et le templar, intraduisible - de grands concepts esthétiques que notre esthétique ignore encore.

Quatre chapitres d'un travail en cours sur l'art du cante jondo, le “chant profond“, écrits sous la forme d'un journal, d'octobre 2004 à août 2005.

http://www.leseditionsdeminuit.fr

Programme du séminaire "L'effet de réel et les images"

image Animé par Christian Delage, Georges Didi-Huberman, André Gunthert, Michel Poivert.

Depuis le milieu du XIXe siècle, l’apparition des technologies d’enregistrement et de transmission des informations a été accompagnée par l’émergence d’un nouveau paradigme du rapport au réel, que l’on propose d’identifier à travers la notion d'effet de réel. Le séminaire sera consacré à l’analyse historique et théorique de la constitution et des usages de cette représentation.

Les 1ers et 3e mercredis du mois, de 16 h à 19 h (INHA, 2, rue Vivienne, 75002 Paris, salle Walter Benjamin), 2e semestre 2005-2006.

  • 15/02/06 - André Gunthert, "Du roman dans l'image".
  • 01/03/06 - Sylvain Maresca, "Les apparences de la vérité, ou les rêves d'objectivité du portrait photographique".
  • 15/03/06 - Georges Didi-Huberman, Christian Delage, "Les premières images des camps, entre témoignage et preuve".
  • 05/04/06 - Clément Chéroux, "Déjà vu. La représentation photographique des attentats du 11 septembre 2001".
  • 03/05/06 - Nathalie Boulouch, "La couleur, c'est la vie! Couleur et effet de réel en photographie".
  • 17/05/06 - Michael Lucken (Inalco), "Hiroshima-Nagasaki: des photographies pour abscisse et ordonnée".
  • 07/06/06 - Christian Delage, Caroline Moine "De l'écrit à l'image. Filmer le procès de Nuremberg".

Séminaire de recherche, ouvert aux auditeurs libres.

Programme des enseignements 2005-2006

Séminaires de master

  • Le "moment historique" et sa représentation photographique, Michel Poivert, 24 h, 1er semestre (jeudi, 15 h-16 h 30, Jeu de Paume, 1, place de la Concorde, 75008 Paris, auditorium, à partir du 13 octobre).
  • Problématiques d'histoire de la photographie, André Gunthert, 24 h, 1er semestre (mercredi, 16 h-19 h, INHA, 2, rue Vivienne, 75002 Paris, salle Walter Benjamin), à partir du 23 novembre).
  • Pratiques historiennes des images animées, Christian Delage, 24 h, 2e semestre (lundi, 13 h-15 h, amphithéâtre, 105 bd Raspail, 75006 Paris, du 13 février au 26 mai).

Séminaires de recherche

  • Ninfa dolorosa, ou les figures de la lamentation, Georges Didi-Huberman, 24 h (1ers et 3e lundis, 19 h-21 h, EHESS, 105 bd Raspail, 75006 Paris, amphithéâtre, à partir du 7 novembre).
  • Nouvelles pratiques des images, André Gunthert, 24 h, 2e semestre (2e et 4e mercredis, de 16 h-19 h, INHA, 2, rue Vivienne, 75002 Paris, salle Walter Benjamin, à partir du 8 février).
  • L'effet de réel et les images, C. Delage, G. Didi-Huberman, A. Gunthert, M. Poivert, 24 h, 2e semestre (1ers et 3e mercredis, de 16 h-19 h (INHA, 2, rue Vivienne, 75002 Paris, salle Walter Benjamin, à partir du 15 février).

Création du Laboratoire d'histoire visuelle contemporaine (Lhivic)

image Groupe de recherche du Centre d'histoire et théorie des arts à l'EHESS, composé de Nathalie Boulouch (université Rennes II), Clément Chéroux (académie de France à Rome), Jean-Paul Colleyn (EHESS), Marin Dacos (EHESS), Christian Delage (université Paris VIII), Georges Didi-Huberman (EHESS), André Gunthert (EHESS), Michel Poivert (université Paris I), cette nouvelle équipe vient renforcer les travaux consacrés à l'image au sein de l'Ecole.
Dédié à l'étude des pratiques iconographiques caractéristiques de la période contemporaine, en particulier la photographie et le cinéma, le Lhivic a pour objectif d'encourager et d'orienter la recherche spécialisée et de permettre aux étudiants de disposer de bonnes conditions d'accueil, dès la rentrée prochaine. Nous sommes entrés depuis peu dans une période de mutation des pratiques de l'image. Outre l'approfondissement des connaissances sur les médias d'enregistrement, leurs usages et leurs interrelations, les travaux du Lhivic viseront dès l'an prochain à observer et à décrire les transformations en cours.