Lynchage, mode d'emploi
Par André Gunthert, vendredi 9 octobre 2009 à 20:05 (6404 vues) :: Médias
«Depuis le déclenchement de cette affaire INFERNALE, je vis dans l'EPOUVANTE. La France est en proie à une véritable FUREUR de la persécution - et il n'y a pas que la France. C'est TOUTE la planète internet qui est devenue comme une immense FOULE LYNCHEUSE.» Ainsi s'exprimait ce matin sur France Inter l'ancien élève de Roland Barthes, le philosophe à transistor Alain Finkielkraut. Lynchage, chasse à l'homme, hurler avec les loups... Chacun peut observer le recours de plus en plus fréquent à ces expressions qui dépeignent la furie populaire, lorsqu'elle s'acharne sur un homme seul, innocent, désarmé.
La "loi de Lynch", du nom de ce juge américain qui décidait au 18e siècle de raccourcir la procédure judiciaire, trop lente à son goût, a rapidement désigné les débordements de haine s'emparant des populations du Sud des Etats-Unis, qui ont conduit à l'exécution sommaire, le plus souvent par pendaison, de plusieurs milliers de victimes, pour la plupart indiennes et noires. Si le terme ne renvoie plus aujourd'hui qu'à une mise à mort symbolique, sa brutalité choisie s'apparente à la violence de la comparaison avec le nazisme ou la reductio ad hitlerum, que la nétiquette sanctionne du célèbre "Point Godwin". Tout comme les commentateurs donnant libre cours à leur animosité sur les sites de presse en ligne, les éditorialistes médiatiques sont bien connus pour la mesure et la nuance de leur expression. Dans leur bouche, l'accusation de lynchage est un exemple de plus de cette hystérie si familière qu'elle a cessé de nous surprendre, et dont la triste rhétorique d'Alain Finkielkraut est l'un des exemples les plus achevés.
Que de délicatesses et de beaux sentiments! Que de souffrances pudiquement tues ou sincèrement cachées! En un mot, que de littérature! Bien plus qu'on en avait vu depuis oncques au JT de TF1. C'était Mitterrand le neveu se défendant des viles attaques de Le Pen la fille, dans ces sequels de la génération d'après dont notre temps a le secret. Fredo avait le brushing altier des hommes blessés. Devant les yeux mouillés de larmes de la vierge préposée à la lucarne, nimbée d'un halo hollywoodien du meilleur aloi, c'était plié.



Si les photographies illustrant les documents électoraux fournissent une indication sur la campagne des européennes, c'est à coup sûr celle de la complexité du scrutin. Entre les portraits des candidats flanqués de soutiens qui ne figurent pas sur la liste (PS, Modem, Front de gauche), le collage hâtif sous Photoshop de personnalités qui n'ont jamais posé ensemble (UMP, NPA), ou les vignettes vaguement découpées dans des photos de famille (Alliance écologiste indépendante), on peut observer l'éventail des difficultés suscitées par la géométrie d'associations improbables, qu'aucun portrait de groupe ne réussit à résoudre.
Quand on a raison, on ne peut pas avoir tort. C'est apparemment en application de ce profond syllogisme que le régime et ses adeptes sont en train de perdre tout sens de la mesure. Amusante et caractéristique, 
