Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Patrick qui?

image J'admire Christian pour avoir consacré un billet malin au départ de PPDA. Pour ma part, je suis au regret de le constater, trente ans d'exercice d'un pape de la médiasphère n'ont pas produit chez moi la plus petite trace susceptible de motiver le moindre avis. Triste destin que celui de l'animateur de JT qui, en dépit d'une exposition quotidienne, ne laisse qu'une si faible empreinte. A tout le moins son départ donne-t-il l'occasion de mesurer les véritables effets de l'existence médiatique. Et comme pour le cas Bétancourt, c'est encore grâce à internet qu'on perçoit le mieux la disproportion entre l'hypertraitement sélectif de la machine médiatique et la perception réelle de ces événements.

PS. Ah oui, je n'avais pas encore évoqué ici la libération d'Ingrid. On peut faire court. Mesuré à l'aune de la croyance en un système de l'information rationnel, la démesure du traitement médiatique a pu apparaître choquante, excessive ou vaine. Je pense tout le contraire. Ce sont de tels événements qui nous dévoilent l'inanité de cette mythologie, et manifestent dans toute sa limpidité la mission du journalisme. Celle-ci n'a guère varié depuis Homère: nous faire trembler, gémir, pleurer ou rire tous ensemble, accomplir la purgation des émotions par le récit partagé. Plutôt que l'instrument d'une démocratie éclairée, le journalisme est un art social qui s'ignore.

Vers une nation sans mémoire?

Communiqué de l'Association des archivistes français.Depuis quelques mois est annoncée la disparition de la direction des Archives de France dans le cadre de la RGPP. Cette disparition est maintenant actée, et le pilotage de la fonction archives se trouve fondue, au ministère de la Culture et de la Communication, dans une "direction générale des patrimoines de France".

L’Association des archivistes français, qui représente une large majorité des responsables et des collaborateurs des services d’archives publics et privés, ne peut s’y résoudre.

1) Les archives sont l’arsenal juridique et informationnel de l’Etat, avant même d’en représenter le patrimoine matériel et immatériel. Elles sont aussi un outil majeur pour l’exercice de la démocratie. Elles ne peuvent être réduites à un ensemble patrimonial.

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La tactique du coup de grâce

image Quelle est la meilleure tactique pour se débarrasser des derniers reliquats de l'Etat-providence? Affamer d'abord la bête, puis, lorsque celle-ci n'a plus que la peau sur les os, lui donner le coup de grâce en disant: ça vaut mieux comme ça. Au lieu de la levée de boucliers que suscite toute modification institutionnelle, cette technique encourage une réception apaisée et complice.

Mise au point par la droite américaine pendant les années Reagan, cette tactique a été parfaitement acclimatée en France. Après le démantèlement du CNRS, le retour au contrôle direct de l'Elysée sur la télévision publique en a montré le scénario dans sa beauté sulpicienne. Il fallait écouter les apôtres gouvernementaux nous expliquer qu'il s'agissait d'un progrès dans la transparence pour constater l'efficacité du piège. C'est donc parce que l'Etat n'a jamais su donner les moyens de son indépendance à l'institution qu'il a fondé dans ce but que celle-ci se voit dépouillée de ses missions. Dans la France de 2008, nul ne songe qu'on aurait pu expérimenter la direction inverse, en conférant au CSA une dose de liberté ou de représentativité citoyenne. Tout à la démonstration que l'hypocrisie sarkoziste est capable de dépasser l'hypocrisie mitterrandienne, le chef de l'exécutif a évidemment d'autres chats à fouetter.

Laissons-le lutter contre le fantôme des années Minitel. En restaurant la télévision d'Etat sur toutes les chaînes, il ne fait qu'accélérer un processus de transfert qui trouble jusqu'à Arrêt sur images. Dans son plaidoyer du jour pour la télé publique, Daniel Schneidermann admet que «le combat n'est pas enthousiasmant». Il est vrai qu'en cherchant les motifs qui pourraient nous convaincre, l'éditorialiste chante surtout les louanges d'internet. On ne peut pas lui donner tort. Tant que l'actuel président pensera que sa réélection en 2012 dépend du contrôle des moyens d'avant-hier, il contribuera mécaniquement à accroître l'attractivité du canal de demain. Avec tous nos encouragements.

Edit du 01/07/08. Démonstration inattendue de l'axiome ci-dessus: le soir même de l'intervention sur FR3 du chef de l'Etat, rue89 diffusait un "off" des quelques minutes précédant l'émission, où l'invité s'offusque qu'un technicien refuse de le saluer. Il y aurait beaucoup à dire sur ce geste de défi, en passe de devenir une nouvelle figure de style du régime. Mais dans le match télévision vs internet, il y a fort à parier qu'on ne retiendra de l'épisode que ces quelques minutes de footage, plutôt que l'émission d'une heure et quart. Un déplacement qui en dit long, et que tous les efforts de contrôle semblent impuissants à contrecarrer...

Le gratuit est-il vraiment un désastre pour la démocratie?

Critiquant les méfaits de la gratuité à l'occasion de la discussion sur le projet de loi Hadopi, Luc Le Vaillant, journaliste à Libération, reprend les arguments tirés de l'évangile du "there is no free lunch", assortiment d'idées reçues sur l'inévitable marchandisation des échanges culturels diffusé par les lobbies industriels. Sur cette base, il peut paraître logique d'affirmer que «la préférence d’Internet pour la gratuité est en train de faire exploser l’ensemble du système informationnel et culturel». Mais est-il juste d'étendre le modèle de l'industrie de la musique enregistrée ou de la presse payante à l'ensemble des échanges culturels, pour prédire «un désastre annoncé pour la démocratie citoyenne»?

Les économistes ont trop souvent limité leur travail à l'analyse des échanges monnayés, laissant dans l'ombre des pans entiers de nos sociétés, qui ne relèvent que marginalement de ce principe. Pourtant, dans les domaines des arts, des savoirs et des pratiques culturelles, il est facile de montrer que les choix essentiels relèvent de l'usage gratuit et de l'appropriation collective, et que l'avis général est qu'un droit de propriété sans limite serait insupportable pour la collectivité. Quelques exemples.

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Sarko ne m'amuse plus

Comme un polichinelle qui pendouille hors de sa boîte. Se souvient-on encore des joutes fiévreuses, du "casse-toi pauv'con", des analyses pour contrer l'adversaire? Ces derniers temps – je le note au passage –, j'ai l'impression que le ressort est cassé. N'arrive plus à m'intéresser, le vendeur de journaux. C'est à la lumière du piteux entretien de CBS dans Libé et du peu d'intérêt qu'il suscite chez moi et dans ma partie de blogosphère (ce type est si inconsistant que ce n'est que par ses femmes qu'on s'aperçoit des fluctuations de son image), que j'en prends conscience. Ses phrases, ses sauts, ses tics – Sarko ne m'amuse plus. Non qu'il m'ait jamais beaucoup fait rire. Mais le goût de l'ironie ou de la caricature pouvait encore, il y a peu, atténuer l'amertume. Là, non. Même plus exaspéré. Je suis juste fatigué, dégoûté, honteux. Est-ce le KO par abandon? Le même que celui des grévistes, des syndicats, assommés par l'avalanche? Ou ce moment de l'histoire des tyrannies, du ressac où se préparent d'autres passions, plus dures et plus violentes? Ce que je sens confusément, c'est que cet abattement va de pair avec la démonstration de l'inutilité de toute contradiction, la ruine de toute forme d'argumentation, la perversion systématique du dialogue par le mensonge. Que fait-on, en politique, lorsqu'il n'y a plus de porte de sortie – juste le mur qui s'élève, chaque jour un peu plus? L'avenir le dira. Pour aujourd'hui, noter ce sentiment d'impuissance nauséeuse, qui me renseigne mieux que tout autre sur la nature véritable du régime. En dernière analyse, le ressort qui a cassé n'est pas celui de la machine Sarkozy, mais celui du formalisme démocratique. Ce qui est autrement plus grave.

Le numérique révise l'histoire, ou André Zucca à Disneyland

image J'ai enfin pu accéder aux diapositives originales d'André Zucca à la BHVP. J'avais demandé cet accès dès l'invitation qui m'avait été faite par l'association Paris Bibliothèques d'animer les débats organisés autour de l'exposition "Les/Des Parisiens sous l'occupation". Cette faculté m'a été refusée jusqu'à ce que le nom du nouveau directeur de la BHVP soit connu. Tous les spécialistes que j'ai croisé depuis deux mois m'ont affirmé n'avoir pu observer les originaux. Virginie Chardin, commissaire de l'exposition "Paris en couleurs" en 2007, qui proposait quarante vues d'après les diapositives de Zucca, a par exemple effectué ses choix à partir de la vision de ce qu'elle nomme les «bruts de scans». Ceux-ci l'avaient frappé par leur aspect, qui donnait l'impression d'un état de conservation exceptionnel et d'une iconographie de très grande qualité. Il est probable que je sois le premier observateur extérieur à la BHVP à avoir eu accès aux originaux depuis leur numérisation, fin 2006.

Les photographies couleur d'André Zucca n'avaient pourtant rien d'un fonds inconnu. Elle furent publiées pour la première fois en 1974 dans l'ouvrage de Hervé Le Boterf, La Vie parisienne sous l'occupation, 1940-1944 (éditions France-Empire), volume préparé du vivant du photographe avec son accord, dont la parution suscita immédiatement un reportage dans le Sunday Times du 9 juin, illustré de pas moins de 28 photos couleurs, puis un autre dans Paris-Match un mois plus tard, assorti de 13 reproductions. Depuis lors, cette iconographie, disponible par l'intermédiaire des éditions Tallandier qui en géraient la diffusion, sera utilisée dans de nombreux ouvrages illustrés sur la période, dont le plus connu est Paris sous l'occupation, publié en 1987 chez Belfond par Gilles Perrault, avec des commentaires de Jean-Pierre Azéma.

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Ballade irlandaise (with a little help from my friends)

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D'Atget à Zucca, ou comment naissent les légendes

image Lors des débats organisés par l'association Paris Bibliothèques pour accompagner l'exposition André Zucca ("Des Parisiens sous l'occupation", BHVP), un consensus s'est rapidement dégagé pour regretter l'insuffisance d'analyse historique de la part du commissaire, Jean Baronnet, comme de l'instigateur de la manifestation, Jean Derens. A rebours de la position qu'ils ont tous deux revendiquée – selon laquelle tout ce qu'il était nécessaire de savoir était bien connu et qu'on pouvait s'en tenir sur l'oeuvre de Zucca à une approche de type esthétique – la plupart des intervenants ont souligné les difficultés d'interprétation de la période et la nécessité d'une mise en contexte rigoureuse.

Dans cette controverse, on attendait avec curiosité l'éclairage de Jean-Pierre Azéma, préfacier du catalogue et caution historique de l'exposition. Lors du débat du 31 mai, l'historien a précisé les conditions de son intervention, imposée par Bertrand Delanoë pour rééquilibrer un projet dont le déficit d'histoire inquiétait déjà les services culturels de la mairie. Tout en prenant ses distances avec les organisateurs, Azéma n'a cependant pas dévié de l'analyse proposée par la préface, selon laquelle ces images montrent «le regard et le plaisir de l'esthète privilégiant un Paris qui lui est propre.» Au contraire, il a renforcé ce point de vue par la définition d'une catégorie particulière de photographes, les «reporters d'images», à laquelle appartenait Zucca. Selon lui, la caractéristique de ces «fournisseurs d'images» est qu'«ils ne font pas de commentaires, ce ne sont pas des journalistes. Eux, on leur commande des photos. Zucca n'a fait ni légendes, ni articles. (...) Du coup, on comprend qu'ils vont être instrumentalisés. Ils vont livrer un matériau brut. On peut leur faire dire ce qu'on veut».

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Justice expéditif (Stress)

Début mai 2008, le groupe Justice met en ligne sur les plateformes YouTube et Dailymotion son dernier clip, illustrant le morceau Stress. Réalisé par Romain-Gavras, du collectif Kourtrajmé, le film, très attendu, scandalise et devient un hit en quelques jours, alimentant forums et échanges nerveux. La presse nationale relaie le buzz (Le Monde, Libé). (...) Et comme souvent au cinéma ou à la télévision, cette étude, ce travail descriptif passent par la violence, une dramatisation ou une tension. Pour le dire d’une formule, Stress est une analyse iconographique des figures contemporaines de la transgression et de l’insoutenable social.

Par Aka, L'oBservatoire, 17/05/2008.
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Un sourire qui en dit long

Encore un billet passionnant sur le blog d'Errol Morris, qui a déjà suscité 412 commentaires en dix jours. Dans le cadre d'un documentaire qu'il a réalisé sur les photos d'Abou Ghraib ("Standard Operating Procedure", 2008), le cinéaste s'est longuement penché sur le personnage de Sabrina Harman, l'une des gardiennes de la prison irakienne. Chacun se souvient du choc des visages souriants des tortionnaires, qui posaient le pouce levé à côté des prisonniers – l'un des traits les plus commentés de ces images, sur le mode de la condamnation morale.

Mais que signifie exactement un sourire sur une photo? A Errol Morris, Sabrina Harman affirme aujourd'hui avoir réalisé ces images avec l'idée de documenter ce qui lui apparaissait comme des mauvais traitements. Une déclaration qui n'aurait guère de valeur si elle n'était étayée par des courriers de l'époque («I took more pictures now to "record" what is going on», lettre du 20 octobre 2003, citée par Le New Yorker). Comment expliquer la contradiction apparente entre cette intention et la mine réjouie qu'elle arbore sur les photos? A Morris, la jeune femme explique qu'il s'agit d'une attitude stéréotypée provoquée par la situation de pose. Le cinéaste sollicite alors l'expertise du psychologue Paul Ekman, spécialiste de l'interprétation des expressions faciales qui, appuyé sur les expériences de Duchenne de Boulogne, identifie dans la mimique de Harman les caractéristiques du "sourire social" – une expression forcée qui ne traduit aucune gaieté réelle.

A partir de ces éléments, Morris décrit la réaction à la photo de Harman comme une imputation basée sur un réflexe social. La rencontre du stéréotype photographique (le "say cheese smile") avec une situation hors normes provoque un sentiment de scandale. «Instead of asking: Who is that man? Who killed him? The question becomes: Why is this woman smiling? (...) And even if she is not guilty, she stands in (in the viewer’s imagination) for those who are. (...) Harman didn’t murder al-Jamadi. She provides evidence of a crime, evidence that this was no heart attack victim. (...) It is now our job to make sure that her photographs are used to prosecute the people truly responsible for al-Jamadi’s death.» (“Plutôt que de se demander: qui est cet homme? qui l'a tué? la question devient: pourquoi cette femme sourit-elle? (...) Et même si elle n'est pas coupable, elle vaut (dans l'imagination du spectateur) pour ceux qui le sont. (...) Ce n'est pas Harman qui a tué Al-Jamadi. Elle a fourni des preuves du crime, des preuves qu'il n'avait pas été victime d'une crise cardiaque. (...) Notre travail est maintenant de nous assurer que ses photographies sont utilisées pour poursuivre les vrais responsables de la mort d'Al-Jamadi”).

Illustrations: 1) Photographie de Sabrina Harman par Charles A. Graner, prison d'Abou Ghraib, 4 novembre 2003. 2) Duchenne de Boulogne stimulant à l'aide d'électrodes les muscles du visage d'un sujet atteint de paralysie faciale, ''Mécanisme de la physionomie humaine, ou Analyse électro-physiologique de l'expression des passions applicable à la pratique des arts plastiques", Bailliere, 1862.

La propagande qui se lêve tôt

Après moins de trois mois d'éclipse relative, France 2 nous faisait assister hier au retour en fanfare de la propagande à la papa. Rapidement repérée par Arrêt sur images, la séquence de la visite à Rungis aura été multidiffusée dès Télématin, puis dans les éditions successives du JT. Rien n'a changé depuis Zucca: l'image est en couleurs, les sourires satisfaits et toutes les conventions en poutres apparentes. Du nanan pour les journalistes, à qui ça n'a pas demandé trop d'efforts pour décoder le message du président-et-madame-à-la-rencontre-de-la-France-qui-se-lève-tôt.

Tout aussi caricaturale que sa politique, la communication de Sarkozy décourage l'analyse. Sauf à relever comme sa principale caractéristique un incroyable culot pour enfiler les perles, enfoncer les portes ouvertes et cultiver le cliché. Chirac a définitivement trouvé son maître et Rungis effacé le salon de l'agriculture. Si l'on met de côté l'hypothèse d'avoir voulu fournir aux enfants des écoles une illustration frappante de la notion de populisme, ne reste pour comprendre cette allégorie que la panique du service public face à la perspective de l'effondrement de son financement.

Ajoutons que se précise, séquence après séquence, la fonction de Carla dans le rôle de la jolie fille qu'on exhibe. La familiarité du camelot est désormais le répertoire favori de l'hôte de l'Elysée. A cette pose, il est facile de prédire le destin de fictions analogues. Mais elle confirme l'utilité d'avoir épousé une image.

L'EHESS chatte sur Agoravox

Au moment où l'EHESS teste son nouveau site web, saluons l'intervention sur Agoravox de Pap Ndiaye, maître de conférences à l'Ecole. A l'occasion de la parution de La Condition noire. Essai sur une minorité française (Calmann-Lévy), l'historien met en ligne deux extraits significatifs de l'ouvrage et invite à un chat sur cette même plate-forme aujourd'hui à 17h30. Une manière de présenter une enquête savante plus en phase avec l'actualité du sujet que le rituel compte rendu dans les Annales, qu'on lira d'ici un an ou deux.

Est-ce qu'un dinosaure ressemble à un dauphin?

Les lecteurs assidus de ce blog savent que celui-ci ne rate pas une occasion de s'interroger sur l'existence des dinosaures. Ou plutôt: sur la familiarité que créée leur existence en images, qui finit par remplacer leur absence. Je ne suis pas clair? Pas grave, j'ai un autre exemple sous la main. L'autre jour, en allant accompagner les mômes dans un de ces parcs dont je tairai le nom, je me retrouve faute de mieux à chercher à échapper au soleil devant un bal de dauphins. De ces animaux impressionnants, j'observe la masse et le grain de peau sous l'eau qui ruisselle. Jusqu'à ce que je ne sais quel Jiminy Cricket me souffle à l'oreille: dis donc, vieux, ce ne serait pas le premier que tu vois en vrai? Et pour être tout à fait franc, oui, j'ai un gros doute, mais en même temps, pas moyen d'être sûr... Je suis de la génération qui a mangé du Flipper et du Skippy avec ses premières tartines de peanut butter, de ceux qui seraient capables d'en chanter le générique sur le plateau des "Enfants de la télé". C'est pourquoi il m'est presque impossible de croire que ces mouvements si familiers, ces évolutions gracieuses que je connais par coeur, je n'en ai jamais aperçu que des images sur écran. Tout se passe comme si j'avais oublié n'avoir jamais vu un delphinidé. Alors oui, je me demande: est-ce qu'un dinosaure ressemble à un dauphin? Si vous voyez ce que je veux dire...

Qui sont les assassins de la presse?

image Avec Daniel Schneidermann, Jean-François Kahn est l'un des rares journalistes à avoir conservé son sens critique à l'égard de sa profession. Dans un récent article au titre évocateur ("A ceux que ne révolte plus l'assassinat possible de la presse quotidienne", Marianne, n° 578, 17/05/2008), il fustige une nouvelle fois avec énergie l'«asservissement croissant» d'une presse en voie de désagrégation. Là où j'ai du mal à suivre le raisonnement, c'est quand ces vigoureux polémistes effectuent in fine l'immanquable tête-à-queue qui revendique pour le coupable le privilège de poursuivre dans l'ornière. A-t-on vu poindre une esquisse de guérison des maux qu'ils dénoncent inlassablement? Leurs avis éclairés ont-ils enfin été entendus par leurs confrères? Que nenni! Ce qui n'empêche nullement Kahn de conclure contre toute logique que «la disparition, ou la mise sous tutelle, du Monde constituerait un crime contre la République presque au même titre que la disparition ou la mise sous tutelle du Parlement.» Puis, plus loin, que «les citoyens de ce pays, les démocrates de quelque sensibilité qu'ils se réclament, ne devraient épargner aucun effort, reculer devant aucune mobilisation ou apport. Il ne s'agit pas seulement de nos confrères du Monde; il s'agit aussi de nous tous, lecteurs ou non lecteurs, mais républicains.»

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Cycle de conférences "Lire et interpréter l'image photographique"

image Jeudi 29 mai à 19 h: Comment exposer la photographie?
Rencontre animée par André Gunthert, chercheur et maître de conférences à l’EHESS.
Intervenants: Quentin Bajac, directeur du département photographique du Musée National d’Art Moderne de Beaubourg. Virginie Chardin, commissaire d’expositions photographiques. Daniel Girardin, commissaire de l’exposition "Controverses" (musée de l’Elysée, Lausanne). Jean-Luc Monterosso, directeur de la Maison Européenne de la Photographie.

Samedi 31 mai à 15h: La photographie est- elle un bon témoin de l’histoire?
Rencontre animée par André Gunthert, chercheur et maître de conférences à l’EHESS.
Intervenants: Jean-Pierre Azéma, historien, spécialiste de la Seconde Guerre Mondiale, auteur de la préface du catalogue "Les Parisiens sous l’Occupation" (éd. Gallimard/ Paris Bibliothèques). Françoise Denoyelle, professeur d'histoire de la photographie à l’ENS Louis-Lumière. Pascal Ory, professeur d’histoire culturelle et d’histoire politique à l'université Paris 1.

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André Zucca, la couleur rêvée

image "Les/des Parisiens sous l'Occupation" a suscité la plus importante polémique occasionnée par une exposition de photographies en France. A juste titre: les questions qu'elle soulève sont passionnantes et touchent à l'acception fondamentale des fonctions de l'enregistrement visuel. Que nous montre l'exposition de la BHVP? Une galerie d'images de propagande traduisant la vision de l'occupant? «Le regard et le plaisir de l'esthète privilégiant un Paris qui lui est propre» (J.-P. Azéma)? Ou encore la perception équilibrée d'un état historique de la capitale collaborationniste?

Pour répondre à cette question, chacun scrute le contenu des images. L'un y repère un exemplaire du magazine Signal. D'autres y voient les affiches de propagande, les drapeaux nazis ou le portrait de Pétain. On compte le nombre d'étoiles jaunes (deux seulement sur 270 images). Une autre approche consiste à mesurer l'écart entre ce que montrent les photographies de Zucca et les souvenirs des témoins: on note l'absence des files d'attente devant les magasins d'alimentation; on relève la faible sensibilité du film Agfacolor, qui oblige à sélectionner une exposition forcément ensoleillée. Ce à quoi les tenants de l'interprétation esthétisante des photos de Zucca ont beau jeu de répondre qu'il montre aussi les clochards fouillant dans les poubelles. Le commissaire de l'exposition, Jean Baronnet, va plus loin et s'indigne: en quoi photographier un drapeau nazi relève-t-il de la propagande? Ne peut-on pas voir cette image comme un document témoignant objectivement de la période?

Bonne question. Qu'est-ce qui fait une photo de propagande? Faute de répondre précisément à cette interrogation, l'exercice d'interprétation sauvage qui s'exténue dans l'image ne permet de trancher ni dans un sens ni dans l'autre. Et pour cause. Aucune photo ne peut être considérée "en soi" comme propagandiste. Ceux qui sont familiers de la période connaissent bien ces images – à commencer par celles des discours du Führer – qui circulent d'un camp à l'autre, à chaque fois lestées d'une interprétation opposée. La propagande est un contexte d'utilisation, qui fige le sens d'un contenu en un message univoque. C'est pourquoi on ne peut juger de la dimension propagandiste d'une image qu'en fonction de son usage (ou, à défaut, de l'intention qui a présidé à sa réalisation).

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"Les Parisiens sous l’occupation", une exposition qui fait débat

Une chronologie de la polémique autour de l’exposition "Les Parisiens sous l’occupation" des photographies couleur d’André Zucca (1897-1973), du 20 mars au 1er juillet 2008 à la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris (BHVP). Catalogue: Jean Baronnet, Jean-Pierre Azéma, Les Parisiens sous l'occupation. Photographies en couleur d'André Zucca, Paris, Gallimard/Paris Bibliothèques, 2008.

André Zucca, le photographe. Avant la deuxième guerre mondiale, André Zucca avait entamé une carrière de reporter-photographe, pour le journal Paris-Soir ou Paris-Match notamment. En 1941, il est engagé par les Allemands pour travailler au magazine Signal et photographier Paris, désormais zone occupée. «En échange, il recevait une carte professionnelle, un Ausweiss et des rouleaux de pellicules en noir et blanc et couleurs pour son Rolleiflex et son Leica» (J. Baronnet, cat. p. 7). Zucca accède ainsi à du matériel photographique – denrée rare en cette période pour les photographes français et aux pellicules couleur Agfacolor alors même que ce procédé est encore nouveau en photographie – et au droit de photographier la capitale soumise à l’occupation militaire allemande, pour un magazine dont les visées propagandistes sont claires.

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De la valeur-absolue historique d’une image

Peut-on parler de la valeur-absolue historique d’une image comme on parle en mathématiques de la valeur absolue d’un nombre? En mathématiques, celle-ci désigne la valeur numérique du nombre sans tenir compte de son signe; autrement dit, à cette valeur absolue numérique vient s’ajouter un signe "plus" ou un signe "moins", selon l’usage qui en est fait dans une opération. L’exposition, à la Bibliothèque Historique de la ville de Paris, de plus de deux cents photographies en couleurs d’André Zucca, intitulée "Les Parisiens sous l’occupation", offre une bonne occasion d’en discuter. Il existe, en effet, un côté gigogne – et fascinant – dans ces photographies en ce qui concerne leur (r)apport à l’histoire, le titre de cette exposition renvoyant expressément à une période de l’histoire, et non des moindres.

L'Atelier du Lhivic, 28/04/2008.
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