Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Compte rendu du "Vocabulaire technique de la photographie"

image Anne Cartier-Bresson (dir.), Le Vocabulaire technique de la photographie, Paris, Marval/Paris Musées, 2008, 24 x 28 cm, 496 p., ill. coul., bibl. ind., 110€.

Pour ceux qui s’intéressent aux techniques photographiques, il y avait le "Nadeau", c’est-à-dire The Encyclopedia of Printing, Photographic and Photomechanical Processes, publié en 1989, qui, tel un dictionnaire non illustré, recensait et définissait les différentes techniques liées à la photographie. L’année dernière, Bertrand Lavédrine publiait un ouvrage illustré et pratique pour (re)connaître et conserver les photographies anciennes. Désormais, les restaurateurs, les conservateurs, les historiens et les étudiants disposent de ce que l’on appelle déjà dans les cercles d’initiés le «VTP», à savoir Le Vocabulaire technique de la photographie. Publié sous la direction d’Anne Cartier-Bresson après plusieurs années de travail et d’aléas éditoriaux, cet ouvrage est une somme de presque 500 pages, imprimées en quadrichromie, qui regroupe des notices historico-techniques sur les procédés qui touchent de près ou de loin à la photographie.

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Le daguerréotype, première expérience open source

image Le récit des grandes conquêtes techniques du XIXe siècle s’est longtemps conformé au modèle des découvertes scientifiques. Grâce à François Arago, la photographie a fourni dès 1839 l’un des premiers exemples de ce schéma valorisant. Mais celui-ci impliquait une contrainte: la disparition de toute forme d’intéressement personnel, la dissimulation des potentialités commerciales, l’effacement de la dimension économique. Dans la France post-révolutionnaire, comme le progrès politique, le progrès technique n’était ni une affaire industrielle ni une affaire commerciale, mais une valeur universelle, une res publica qui devait appartenir à tous. C’est en raison de ce statut honorifique que l’historiographie spécialisée, élaborée dès les années 1850, va constamment et systématiquement ignorer les aspects économiques de la pratique photographique. Aujourd’hui encore, les travaux en la matière représentent le parent pauvre de la recherche, loin derrière ceux analysant les multiples facettes de l’économie du cinéma, ce qui contribue à conserver aujourd’hui à l’histoire de la photographie un aspect anachronique.

Pourtant, la question économique joue un rôle crucial dans la constitution de l’histoire du médium au XIXe siècle. Non seulement parce que la photographie, avant de devenir un art, sera d’abord un commerce puis une industrie, mais aussi parce que la définition de la photographie sous les traits de la science aura une influence décisive sur la façon qu’auront ses acteurs d’évaluer leurs mérites respectifs. Des pionniers comme Daguerre, Talbot ou Disdéri verront leur étoile pâlir à partir du moment où leur intervention aura été perçue comme entachée par l’appât du gain, par l’absence de ce noble désintéressement qui devait être la marque des innovateurs en matière photographique. De cette même détermination provient l’essor de la figure des amateurs et la légende de leur rôle décisif dans les progrès du médium.

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Parution de "L'image sans qualités", de Paul-Louis Roubert

image Les éditions du Patrimoine annoncent la parution de L'Image sans qualités. Les beaux-arts et la critique à l'épreuve de la photographie, 1839-1859, par Paul-Louis Roubert.

L’annonce de l’invention de la photographie sous la forme du daguerréotype, en 1839, est un événement capital qui place la société au coeur d’une ère nouvelle pour l’art, dans laquelle une image synonyme de précision, de vérité et d’invulnérabilité met en crise face au public tout un pan de la représentation fondée sur la figuration et l’imitation des formes du visible. Rapidement, des petites scènes de genre, des portraits, produits par des artistes tels que Meissonier jettent le trouble sur l’utilisation d’un outil que la critique n’acceptera jamais mieux que maintenu dans le rôle non pas seulement de la «petite maîtresse» (selon le mot de Baudelaire en 1855), mais aussi dans celui de l’«humble servante» (comme l’écrit Gautier en 1857), celle qui opère en coulisse et n’est jamais visible sur la scène. Durant deux décennies on assiste à des affrontements, des polémiques où sont entraînés critiques et théoriciens – Gautier, Baudelaire, Janin, Delécluze, Töpffer… –, mais aussi peintres et sculpteurs – Ingres, Clésinger, Delacroix, Meissonier, Courbet, Gérôme…

Au-delà de la suspicion entretenue à l’endroit de certaines œuvres présentées au Salon des beaux-arts, se révèle pour la critique d’art la véritable crainte, qui affecte jusqu’à son exercice même, de voir s’imposer auprès des artistes comme de la foule le modèle de création mécanique et automatique véhiculé par le daguerréotype. Ainsi à partir de 1839 se pose la question de l’évaluation d’un art contemporain de la photographie, dans laquelle menace non pas l’assimilation de la photographie à l’art par une élite, mais celle de l’assimilation de l’art à la photographie par le public. Ce livre retrace la naissance d’un affrontement dans lequel une image jugée sans qualités au regard de l’art contraint malgré tout ce dernier à se redéfinir.

Éditions du Patrimoine, 176 pages, 39 €.

Daguerre et Wikipedia (fin)

A mon grand désappointement, l'affaire Daguerre vs Wikipédia se clôt par un fiasco. Rappel des épisodes précédents: en novembre dernier, consultant les articles "Daguerre" et "Daguerréotype" de l'encyclopédie en ligne, je constate qu'il sont illustrés par une reproduction du "Cabinet de curiosités", incunable de 1837 appartenant à la Société française de photographie (SFP). Une mention de copyleft explique que cette image relève du domaine public “en raison de la date de mort de son auteur” (Daguerre est mort en 1851). Cette justification pose à mes yeux un problème intéressant. Parmi les familiers des collections de la SFP, nous sommes quelques-uns à savoir que le daguerréotype en question s'est presque complètement effacé et présente aujourd'hui l'aspect d'un miroir. Cette photographie n'a plus été exposée depuis le début du XXe siècle. D'après mes vérifications, la seule reproduction en circulation est celle effectuée à partir d'une copie de 1925, en noir et blanc, par l'archiviste Georges Potonniée. Je décide alors de tirer argument de la différence d'aspect visible à l'oeil nu entre l'état actuel de l'original et la reproduction de 1925 (voir ci-dessus) pour interpeller Wikipédia sur ce blog et publier pour la première fois une image de l'aspect contemporain du "Cabinet". Fin du premier acte.

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Daguerre et Wikipedia (suite...)

image J'avais signalé en novembre dernier que l'encyclopédie en ligne Wikipedia, qui utilisait une reproduction du "Cabinet de curiosités", célèbre daguerréotype de 1837, pour illustrer ses articles "Daguerre" et "Daguerréotype", ne pouvait recourir à l'argument de la date de la mort de son auteur (en 1851), pour conclure au caractère libre de droits de l'image. Celle-ci diffère en effet du tout au tout de l'aspect de la plaque existante, conservée dans les collections de la Société française de photographie, aujourd'hui presque totalement effacée (voir ci-contre). Pour mettre à l'épreuve la réalité des circulations du réseau, je m'étais abstenu de soumettre directement cette objection à Wikipédia, et avais décidé d'attendre que l'information trouve seule son chemin. Il aura fallu patienter près de neuf mois – un délai un peu long compte tenu de l'instantanéité revendiquée des outils électroniques – mais ma bouteille à la mer est finalement arrivée à bon port. Hier, les rédacteurs de la version francophone de l'encyclopédie ont pris en compte mes arguments et estimé qu'il était préférable de retirer cette image des articles concernés.

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Wikipédia, Daguerre et le copyleft

image L'encyclopédie en ligne Wikipedia illustre ses articles "Daguerre" et "daguerréotype" (ci-contre) d'une reproduction de l'icône des origines de la photographie: la plaque de 1837 naguère connue sous le titre de "cabinet de curiosités". Plus ancien enregistrement argentique connu, conservé dans les collections de la Société française de photographie depuis 1897, cette image a rituellement illustré presque toutes les histoires généralistes du médium de la seconde moitié du XXe siècle. C'est visiblement dans l'une de ces publications que Wikipédia a pioché la (très mauvaise) reproduction utilisée en ligne. Aucune autorisation n'a été demandée à la Société française de photographie - et pour cause: une indication de copyleft précise que cette image relève du domaine public en raison de la "date de décès de son auteur" (mort en 1851).

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Histoire du daguerréotype en Belgique

Marie-Christine Claes (Institut royal du Patrimoine artistique) et Steven F. Joseph, historien de la photographie, proposent une conférence intitulée "Le daguerréotype en Belgique: les multiples reflets d’une image unique" à l'université libre de Bruxelles, le mardi 22 novembre à 20h15 (auditoire H2215, avenue Paul Héger, en face de la bibliothèque des sciences humaines).
Transmis par Sylvie Aubenas sur Photohist.

Lettre autographe de Daguerre

Sotheby's a procédé le 15 juin à la mise en vente d'un courrier autographe de Louis Daguerre au député Ludovic Vitet, daté du 18 juillet 1839 (vente n° PF5009, lot 70, estimation: 1000-1500 €, prix de vente: 9000 €).

Texte: ”Je viens vous prier de vouloir bien prévenir M. le Ministre que j'aurai l'honneur de me rendre chez lui dimanche matin. Je vois avec plaisir que cette expérience sera tenue secrète parce que la confection des appareils n'est pas encore tres avancée...” (S.l., 18 juillet 1839, 1 p. in-4, adresse au dos).

Via Dick King, University of Arizona, liste PhotoHistory@yahoogroups.com, 13/06/2005.