Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Ce que Versac m'a appris

image On reconnaît les bons blogs à ce qu'ils nous apprennent. J'ai beaucoup appris chez Versac, et d'abord ce que pouvait être un exercice libre et éclairé du blogging. J'ai beaucoup aimé ça. Cette curiosité-là, que ne guide nul consensus, nulle obligation, juste celle qui vous mène d'elle-même au bon endroit. Cette générosité-là, celle qui donne en partage, non du haut d'une autorité ou pour justifier un salaire, mais en toute gratuité. Cette disponibilité-là, si étrange pour celui qui ne sait que toiser, si étonnante par son respect, sa patience. Cette humanité-là, toute prête au doute, à la faille et même à l'emportement, dans l'absolue confiance qu'elle fait à la sincérité du moment – et à ses lecteurs. C'est tout cela que j'ai découvert chez Versac, soir après soir, matin après matin, par les petits touches discrètes de l'impressionnisme du blog. Ce que ne comprendront jamais ceux qui font du blog comme ils parlent dans leurs micros, c'est que dans ce nouveau monde qui se redessine chaque jour, il y a tant à apprendre. Voilà pourquoi, oui, Versac aura été pour moi l'un de ces phares, trop rares, dans la brume d'internet. Jamais au sens d'une autorité. Toujours au sens de ce qui éclaire lorsqu'on cherche son chemin, ce qui cligne de l'oeil quand on se croit arrivé à bon port. Aujourd'hui, Versac éteint la lumière. On ne confondra pas une publication et son auteur. Nul besoin de pleurer Nicolas, qu'on retrouvera sans tarder sur d'autres routes. Mais saluer le bel instrument qu'il a créé, lui dire tout le plaisir qu'on a eu à le lire et l'en remercier avec chaleur. Merci pour cette totale absence d'arrogance – cette qualité si incompréhensible pour ceux qui se rient des blogs, ce bol d'air pur dont nous avons tant besoin. Je n'oublierai pas Versac et tout ce qu'il m'a appris – jusqu'à sa dernière leçon. Chapeau bas, camarade, et à très bientôt.

Carnaval de la recherche à visage humain

Editeur de Revues.org, Calenda et l'Album des sciences socales, le Centre pour l’édition électronique ouverte (Cléo) propose sous l'intitulé de "Carnaval des carnets de recherches en sciences humaines et sociales" une sélection régulière des meilleurs blogs. ARHV a l'honneur d'y figurer aux côtés des excellents Langue sauce piquante, La feuille, Affordance.info, Open access blog et Figoblog.

De la part de l'équipe auprès de qui j'ai appris les rudiments du web 2.0, cette mention me fait le plus grand plaisir. Je me souviens encore du jour où, penaud, j'annonçais sur la liste de Revues.org la création de mon premier blog sous Blogger, m'attendant à une volée de bois vert. 700 billets et près de trois ans plus tard, la métamorphose n'est pas encore achevée, mais elle a clairement dépassé le stade de l'irréversibilité. Prolongement idéal du séminaire de recherche, le blog est un merveilleux outil scientifique, une mémoire de travail et un accélérateur de recherches comme je n'en ai jamais eu. Il produit un nouveau point d'équilibre entre la formalisation de la chose publiée et la prise de note, le brouillon ou l'expérience. Il renouvelle la dynamique de l'échange entre pairs grâce au partage sur la place publique. Il développe l'imagination et encourage à tester les limites. Mais ce qu'il apporte, il le fait en douceur, au rythme de chacun, sans obligation, avec beaucoup de tolérance pour les essais et les erreurs. C'est peut-être pour cette raison, parmi toutes les autres, qu'il s'adapte si bien à la pratique de la recherche. Face à d'immenses défis, l'institution savante est soumise à une inflation vertigineuse de ses dispositifs et de ses procédures. Instrument d'une science à visage humain, le blog contribue à rééquilibrer le rapport entre l'institution et le véritable producteur des connaissances: le chercheur. Je suis certain que c'est exactement de cela dont nous avons le plus besoin aujourd'hui.

L'image et le son (de la République des blogs)

image Avec Nick Carraway (alias Julien Rivet) et moi-même, l'EHESS était dignement représentée hier à l'anniversaire des deux ans de la République des blogs (certes moins qu'avec Marc Ferro et Roger Chartier, mais ils étaient retenus par un comité des Annales).

La réunion des blogueurs politiques initiée par l'indispensable Versac se doublait de la diffusion en direct de l'émission Minuit Dix, pilotée par Laurent Goumarre et Jean-Baptiste Soufron. Ce qui fait qu'après avoir réglé mes comptes d'homme à homme avec Laurent Gloaguen – dit le Flingueur, dit le Retour de la Revanche, dit le Sébastien Chabal de la blogosphère (un partout, match nul) –, j'ai pu expérimenter l'étrange réfraction de la virtualité blogosphérique par la virtualité radiophonique. Avoir l'image en même temps que le son permettait d'apprécier la gestuelle qui double in petto le message audible. Mais accentuait aussi l'effet saut à l'élastique sur la planète Mars que produit la rencontre du virtuel avec le plancher des vaches – en l'occurrence celui du café le pavillon Baltard.

Avec un spécial dédicace à Quitterie Delmas, ultra en forme dans une savoureuse rossée du piteusissime représentant gouvernemental, commissaire politique aux blogs ou chose du genre, qui fut à la hauteur de la campagne de pub qui pollue actuellement les écrans. Un grand merci à l'ami Versac, que j'ai pu toucher (en attendant Jane Birkin), et qui mérite définitivement un cierge.

Une mise en jambes pour le Bhicc

image Bienvenue au tout nouveau Bhicc, blog d'histoire culturelle du cinéma, animé par nos amis Anne Kerlan-Stephens, Christophe Gauthier et Dimitri Vezyroglou, responsables du séminaire "Histoire culturelle du cinéma" (IHTP/Paris 1) à l'INHA. Le 18 juin était incontestablement un bon jour pour inaugurer cet organe – qui ne rime pas pour rien avec Lhivic (avec toutes mes excuses pour les clous et les vis qui traînent dans les coins, on fignole ça dès que possible...).

Il fallait la verve d'Anne pour saluer à sa manière la disparition de Cyd Charisse, tout en esquissant un habile pas de deux entre radio et cinéma. Le nouveau venu intègre dès maintenant la petite communauté du Planet Histoire visuelle, notre agrégateur de blogs, indispensable dans tout bon lecteur de fils RSS. Encouragements et commentaires sont attendus de pied ferme!

Requiem pour Elkabbach

Georges Marchais a finalement gagné. On apprend aujourd'hui que Jean-Pierre Elkabbach sera remplacé dès la semaine prochaine à la tête d'Europe 1 par Alexandre Bompard, patron des sports du groupe Canal+ et ancien collaborateur de François Fillon (ce qui ne devrait pas modifier beaucoup la ligne politique de la station). Un départ sans gloire, après l'annonce prématurée de la mort de l'ami des mémés. Parmi les innombrables agressions que l'intervieweur réservait avec constance aux syndicalistes, aux représentants des partis de gauche et autres fonctionnaires, je retiendrai celle adressée un matin à un chercheur du CNRS. Il s'agissait de confronter le scientifique avec le comble de l'ignominie libérale: le bénéfice d'un «poste à vie». Cher Jean-Pierre, toi que j'ai toujours entendu causer dans le poste depuis ma tendre enfance, toi qui l'a conservé jusqu'au bel âge de 70 ans, n'as-tu pas été heureux de pouvoir faire ton métier, celui que tu aimes et que tu as choisi, jusqu'au bout – et même au-delà? Alors tu comprendras qu'un chercheur reprenne en guise de salut ce voeu historique: tais-toi, Elkabbach!

(Un voeu qui n'est pas près de se réaliser, car dans le privé, les postes à vie s'étendent largement au-delà des limites usuelles: le journaliste le plus décrédibilisé du PAF devrait conserver son interview politique du matin sur Europe 1. En bonne logique manageriale, la tête de turc de la blogosphère devrait également se voir confier la direction de Lagardère News, structure vouée à mettre en valeur les contenus numériques du groupe.)

L'EHESS chatte sur Agoravox

Au moment où l'EHESS teste son nouveau site web, saluons l'intervention sur Agoravox de Pap Ndiaye, maître de conférences à l'Ecole. A l'occasion de la parution de La Condition noire. Essai sur une minorité française (Calmann-Lévy), l'historien met en ligne deux extraits significatifs de l'ouvrage et invite à un chat sur cette même plate-forme aujourd'hui à 17h30. Une manière de présenter une enquête savante plus en phase avec l'actualité du sujet que le rituel compte rendu dans les Annales, qu'on lira d'ici un an ou deux.

Dans la peau d'un blog embedded

Trois mois après le lancement du Flipbook, il est temps de dresser un bilan de l'expérience. Sur la suggestion de mes camarades de la rédaction web de 20 Minutes, j'avais créé ce second blog avec l'idée de disposer d'un outil de prise de notes plus souple qu'ARHV, débarrassé notamment des contraintes liées à son branding universitaire. Il s'agissait également d'expérimenter le principe du blog embedded: sachant que 20 Minutes fait partie des sites français les plus consultés, être hébergé sur sa plate-forme devait permettre d'accéder à des audiences supérieures à celles d'ARHV et de se frotter à un lectorat différent.

33 billets et 308 commentaires plus tard, le premier volet de l'expérience n'a été qu'a demi satisfaisant. Malgré certaines ouvertures thématiques, il m'a fallu me rendre à l'évidence: on ne se refait pas. Mon souhait de me livrer à une prise de notes moins structurée (qui était en principe la condition de possibilité pour faire face à la gestion simultanée de deux blogs) n'a pas vraiment fonctionné. Combien de fois, au moment de choisir le support d'un billet, me suis-je dit: ça, c'est pour le Flipbook! Traduction: l'idée à développer présentait a priori un caractère moins élaboré, une réflexion moins aboutie. C'était oublier que la rédaction est précisément un exercice de structuration et d'organisation de la pensée. J'avais beau commencer mon billet sans y voir clair – une ou deux heures plus tard, l'écriture avait débrouillé les fils et livrait un résultat qui n'aurait pas juré parmi les posts du blog concurrent.

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Qui sont les assassins de la presse?

image Avec Daniel Schneidermann, Jean-François Kahn est l'un des rares journalistes à avoir conservé son sens critique à l'égard de sa profession. Dans un récent article au titre évocateur ("A ceux que ne révolte plus l'assassinat possible de la presse quotidienne", Marianne, n° 578, 17/05/2008), il fustige une nouvelle fois avec énergie l'«asservissement croissant» d'une presse en voie de désagrégation. Là où j'ai du mal à suivre le raisonnement, c'est quand ces vigoureux polémistes effectuent in fine l'immanquable tête-à-queue qui revendique pour le coupable le privilège de poursuivre dans l'ornière. A-t-on vu poindre une esquisse de guérison des maux qu'ils dénoncent inlassablement? Leurs avis éclairés ont-ils enfin été entendus par leurs confrères? Que nenni! Ce qui n'empêche nullement Kahn de conclure contre toute logique que «la disparition, ou la mise sous tutelle, du Monde constituerait un crime contre la République presque au même titre que la disparition ou la mise sous tutelle du Parlement.» Puis, plus loin, que «les citoyens de ce pays, les démocrates de quelque sensibilité qu'ils se réclament, ne devraient épargner aucun effort, reculer devant aucune mobilisation ou apport. Il ne s'agit pas seulement de nos confrères du Monde; il s'agit aussi de nous tous, lecteurs ou non lecteurs, mais républicains.»

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Compte rendu de "Devenir media", d'Olivier Blondeau

Olivier Blondeau est chercheur-enseignant en Sciences de l’information et de la communication à l’université de Lille 3. Dès le tournant des années 2000, il amorce une série de travaux sur les formes de militantisme sur le web et, plus globalement, sur les possibilités d’expression et de participation offerte par cet environnement. Il est l’auteur d’une thèse intitulée Les orphelins de la politique et leurs curieuses machines. Expérimentations, esthétiques, techniques et politiques à l’ère des réseaux, soutenue en 2006 (IEP, Paris). Il a, à de nombreuses occasions, collaboré avec Laurence Allard, maître de conférences en sciences de la communication à l’ université Lille 3, (UFR Arts et Culture), qui consacre elle aussi ses recherches aux différents aspects de l'"activisme électronique" (voir notamment la série de conférences qu’elle anime sur ce thème au Centre Pompidou en 2006-2007).

L'Atelier du Lhivic, 14/05/2008.
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Le mensonge d'un artisan, la réalité d'un artiste

image On a les controverses qu'on peut. Pendant qu'une exposition du musée de l'Elysée (Lausanne) propose de réfléchir sur les photos qui font débat, à Paris, c'est l'accrochage "Les Parisiens sous l'Occupation" qui subit depuis plusieurs semaines les feux de la polémique. L'exposition de la BHVP exploite le fonds couleur du photographe André Zucca (1897-1973) en omettant de préciser qu'il s'agissait d'un collaborateur notoire et de nuancer l'image idyllique qu'il donne du Paris de 1942.

Le site "Arrêt sur images" a suivi de près l'affaire. Dans son édition du 18 avril dernier, Daniel Schneidermann a convié la spécialiste Françoise Denoyelle et le chroniqueur Alain Korkos pour faire le point. Tout en jugeant l'exposition intéressante, l'historienne déplore à son tour l'absence de tout appareil critique, qui nuit à la compréhension des photographies. L'animateur essaie de trouver des circonstances atténuantes en relevant le caractère "informatif" des images. Qui se résume pour lui à la découverte des joies de la baignade sur les quais – opportunément rapprochées de "Paris-plage" – ou des courses à Longchamp.

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L'expérience interdite, thèse express sur Facebook

Intéressant hoax que "L'expérience interdite", groupe créé par une soi-disant Hélène Fontainenaud sur Facebook: «Je suis étudiante en psychologie et je suis en train d'écrire une thèse sur la formation des sectes et leur propagation. Un journaliste du Monde a écrit un article où il expliquait comment aujourd'hui, n'importe quelle personne pouvait créer un groupe sur Facebook et toucher 100.000 personnes en quelques semaines. Il demandait donc à Facebook de surveiller de plus près le contenu des groupes et les messages véhiculés. Facebook a préféré fermer les yeux, prétextant que le volume d'information rendait tout contrôle impossible. Alors voilà, le but de ma thèse est de montrer qu'il est en effet possible de créer un groupe et d'y faire adhérer plus de 100.000 personnes en un mois.»

Quoique je ne sois pas grand clerc en psychologie, je serais assez surpris de voir un directeur inscrire un telle thèse. C'est bien dommage, car le sujet de la charmante demoiselle aura été bouclé en quatre jours. Créé le 21 mars 2008 à minuit, son groupe atteignait les 100.000 membres dès le 25 mars (jour 1: 462 membres, jour 2: 6 000 membres, jour 3: 52.600 membres, jour 4: 100.000 membres; d'après DigitalBSE). Devant un succès aussi rapide, le projet est révisé pour atteindre 250.000 membres, toujours en un mois (ce nombre est aujourd'hui de 247.207). Si c'était moi, je dirais qu'il s'agit d'une deuxième thèse, pourquoi pas en théorie des ensembles.

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La Lhivicsphère s'agrandit (suite)

image Comme promis, après le démarrage le mois dernier de l'atelier "Etudes visuelles: Problèmes et méthodes", piloté par Gaby David et Audrey Leblanc, le blog L'Atelier du Lhivic essuie les plâtres, permettant aux étudiants du labo de prolonger leurs travaux par un espace d'échanges publics. Merci à Rémy Besson pour ses heures de sommeil en moins, et à vos coms pour encourager les premiers posteurs! Les participants à l'atelier, qui disposent également d'un groupe sur Facebook et d'un autre sur Flickr, n'auront en tous cas plus d'excuse pour manquer une séance: la date de la prochaine réunion est annoncée sur le blog.

Face au développement bienvenu de ces nouvelles ressources, j'ai également concrétisé ma promesse de la création d'un agrégateur des blogs visuels, sous la forme d'un "planet" Histoire visuelle, sous Wordpress (beta version). Cet outil, qui affiche les derniers billets publiés sur les blogs Amateur d'art, ARHV, Arts des nouveaux médias, iPhotocom, L'Atelier du Lhivic, Le Flipbook, Mots d'images, Souris de compactus et ViteVu, peut être consulté comme un site, mais est surtout destiné à fournir un nouveau fil d'abonnement rss, qui permettra de suivre en temps réel les publications de ces organes. Au-delà de l'aspect technique, ce nouvel outil témoigne aussi à sa manière des liens qui se tissent au sein de la blogosphère et des échanges bien réels que cet espace favorise.

Nota bene aux autres auteurs de ma blogroll, notamment Afrique in Visu, Christian Delage, Diplomatie Ouest-indienne, Iconique.net: mon agrégateur a pour l'instant des problèmes pour reconnaître correctement vos flux. Il va falloir regarder sous le capot pour réparer ça.

Joffrin à Libé, Olivennes à l'Obs: vive les blogs!

L'arrivée de Denis Olivennes à la tête de l'Obs va, selon lui, contribuer à “civiliser l’univers pour l’instant sauvage du Net”. Un début prometteur, avec une formule qui en rappelle une autre – et se transforme illico en pub pour les blogs!

Internet et l'imputation

Quel est le rapport entre l'image victorieuse d'Alain Bernard après son 100 mètres, la nomination de Nicolas Princen au pôle internet de l'Elysée et le SMS soi-disant envoyé à Cécilia? Merci de déposer les copies sur mon bureau, vous avez deux heures.

Trouvé? La bonne réponse est: l'imputation. Voilà trois événements pour lesquels nombreux sont ceux qui ont sauté des prémices à la conclusion, sans preuves suffisantes, par la grâce de ce merveilleux dispositif à économiser la pensée.

En voyant l'impressionnante carrure du nageur, il est à peu près impossible de ne pas se demander si celle-ci peut être le produit de la nature seule. Dans le contexte des nombreuses affaires de dopage qui ont entaché le sport de haut niveau ces dernières années, il est tout aussi difficile de résister à l'idée selon laquelle l'hypertrophie musculaire d'Alain Bernard est un signe apparent de cette dérive. Cela en l'absence de tout autre élément d'information (il est utile de préciser ici qu'en ce qui me concerne, je me garderai bien de conclure dans un sens ou dans l'autre).

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Les six principales broutilles à mon sujet

image Ca devait arriver. Taggé par Emmanuel Raveline, me voici attrapé à mon tour par la chaîne des six choses insignifiantes que mes lecteurs ne savent pas de moi (et aimeraient probablement continuer à ignorer), ou "Quirky Meme" (ou "6 Most Non-Important Things About Me"), attesté dans sa version française depuis le 2 février 2008.

D'après la généalogie dressée par Tom Roud, mon rattachement à l'arbre s'effectue au niveau de Gizmo, via Allegro Vivace, Optimum et éconoclaste. On peut également suivre une ligne plus directe, en tenant compte du fait qu'Emmanuel a également été taggé sous son identité de Ceteris Paribus, toujours par Gizmo.

1. J'ai été un fan absolu de la comtesse de Ségur, née Rostopchine, dont j'ai dû lire l'oeuvre cinq ou six fois aux alentours de dix ans, dans l'édition à la reliure bleue du Cercle du bibliophile, qui reprenait les illustrations de l'édition Hachette. Ce fut mon premier contact avec l'illustration classique, qui a nourri ma conviction d'une image prédite par le texte.

2. J'ai vu de mes yeux Georges Pompidou (de loin, en 1972), Coluche (en 1988 à la Bastille), Emmanuelle Béart (en 1989 à Nice), Jack Lang (je ne sais plus quand, au ministère), Jacques Derrida (en 1992, à l'EHESS) et Benoît Thieulin (en 2007, au siège du PS). Mais je n'ai jamais rencontré Mitterrand, ni Jane Birkin, ni Versac.

3. Au moment de passer la frontière pour entrer en Allemagne de l'Est, du temps du rideau de fer, le douanier a trouvé que je ne ressemblais pas à mon portrait. Il faut dire que je m'étais teint les cheveux en blond canari. Ca a été la dernière fois.

4. Par l'effet d'une légère dyslexie, il m'arrive encore de confondre ma droite et ma gauche. En voiture, lorsqu'il me faut indiquer une direction, j'évite les erreurs en désignant le véhicule à suivre. A mon grand étonnement, cette confusion a connu une aggravation sensible depuis le 6 mai 2007.

5. En voyant Clara Dupont-Monod l'autre jour à "Un café, l'addition", la nouvelle émission de Pascale Clarck, je me suis persuadé, quelques heures durant, d'avoir eu une liaison avec elle dans ma prime jeunesse. La vérification chronologique a dissipé cette illusion. C'est peu dire que je le regrette.

6. Lors d'une conférence récente, ayant oublié de préparer la petite-blague-rituelle-qui-détend-l'atmosphère, j'ai indiqué que je n'avais pas préparé de petite blague rituelle qui détend l'atmosphère. Ca a marché aussi.

Comme le veut la coutume, je renvoie la balle à François Bon, Béat Brüsch, Virginie Clayssen, Olivier Ertzscheid, Narvic et Nicolas Voisin.

Les étonnants chiffres de Flickr

image Une équipe française a réalisé durant l’été 2006 une étude statistique sur les usagers et les usages de Flickr. Ils ont récolté et épluché TOUTES les données publiques sur les 4.8 millions d’inscrits au site de partage de photos (groupes, commentaires, favoris, contacts et bien sûr photos). (...) En réalité, aucun usage de Flickr n’est majoritaire. 62% des gens n’ont aucune photo, 65% n’ont aucun contact, 87% n’ont jamais posté de commentaire, 84% n’en ont jamais reçu, 93% n’ont choisi aucun « favori ». 92% ne participent à aucun groupe. Au final, seuls 3% des utilisateurs utilisent TOUTES les fonctionnalités de Flickr.

Par Laurent Suply, 29/02/2008, Suivez le Geek (via Hubert Guillaud).
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Le Flipbook, pour feuilleter les images

image "La rumeur et les images". C'était une note jetée l'autre jour sur un post-it (entre "la conventionnalité circonstancielle" et "le spectacle de soi"). Et je ne sais plus du tout ce que je voulais dire par là. Avec un intitulé pareil, inutile de dire que c'est dommage. Voilà exactement pourquoi j'ai accepté la création du Flipbook.

Rappel pour les étourdis: suite à la publication d'un classement des blogs scientifiques par Wikio au début du mois, mes camarades de 20 Minutes.fr (avec qui nous avons travaillé l'an dernier pour le Vidéomètre) m'invitent à ouvrir un second blog sur leur plate-forme. Un second blog? Pourquoi faire? Il s'avère que je viens de consacrer un billet à l'affaire Simone de Beauvoir. Et que j'ai constaté que, pour comprendre la réception de la couverture de l'Obs, il fallait intégrer au schéma la réaction à la diffusion des photos deshabillées de Laure Manaudou et de Valérie Bègue. Mais voilà, pour ces deux cas, j'ai omis de procéder au relevé que j'effectue d'habitude sous la forme d'un billet, et qui me permet de garder la mémoire d'une date, des sources et des rebonds d'un buzz. Plus d'un mois après, retrouver ces traces dans le fouillis du réseau me fait perdre un temps précieux. Or, je sais très bien pourquoi je n'ai pas mentionné ces deux cas. Parce que je vois d'ici la réaction de certains de mes lecteurs, qui froncent déjà le sourcil quand j'évoque Cécilia ou Carla. Et que je n'ai pas envie de passer pour un gros beauf qui collectionne les photos pour camionneurs (ou aviateurs: le point est controversé de savoir laquelle des deux professions a donné son essor à la vogue des pin-up).

Mais il n'y a pas que ma pudibonderie. J'ai créé ARHV comme un blog scientifique. Ce qui, pour certains, est déjà une contradiction dans les termes. Pas besoin d'insister sur mon domaine de recherche, les images, que nombre de mes collègues jugent pas vraiment sérieux. Le travail de négociation sur ce qui peut participer de l'aire légitime du blog est un réglage de chaque jour, qui s'effectue au jugé, sans carte ni boussole. Avec parfois des dérapages ou des erreurs. Mais aussi beaucoup de matière inutilisée, par manque de temps – ce que je me pardonne – ou par manque de courage – ce qui me turlupine.

Voilà pourquoi un second blog me paraît une bonne idée. Comme en atteste son premier billet, consacré comme de juste aux avanies de la nouvelle miss France, celui-ci pourra accueillir des sujets plus légers, des signalements plus rapides et de façon générale tous les objets qui me titillent sans que je sache encore s'ils en valent la peine. Un purgatoire, un sas de décompression. Note toujours, on verra plus tard – telle pourrait être sa devise. Compte tenu de l'environnement 20 Minutes, je crains un peu la teneur des commentaires, mais on verra bien (précision: je ne suis pas responsable des pubs, et bien sûr ce n'est pas payé).

L'intéressant, c'est qu'il suffit de créer l'outil pour constater que ça fonctionne. La théorie de cet essai de pragmatique de la publication est la poursuite du principe même du blog: descendre d'un degré, ou desserrer d'un cran. Tout ce que j'ai observé depuis trois ans me convainc que c'est aujourd'hui la chose la plus utile sinon la plus nécessaire dans le domaine savant.

Edit: bilan de l'expérience au 25/05/2008.

Le Parisien découvre la viralité

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Fier de l'occasion de mettre en avant sa nouvelle plate-forme de diffusion de vidéos, le site du Parisien.fr avait mis en ligne samedi soir l'enregistrement de l'arrivée de Nicolas Sarkozy au salon de l'Agriculture avec son désormais célèbre "Casse toi, pauvre con!", dûment muni d'un bandeau "Le Parisien".

Mais le succès rencontré par cette vidéo, rapidement signalée par divers sites de presse (Le Monde, le JDD, 20 Minutes, etc.), a visiblement pris au dépourvu une rédaction peu habituée au buzz. Devant les difficultés de Kewego - la plate-forme choisie par le quotidien - pour faire face à l'afflux de demandes simultanées, occasionnant une diffusion hachée de la séquence, plusieurs dizaines d'internautes entreprenaient, dès samedi soir, d'en télécharger des copies sur Dailymotion puis sur Youtube.

Interloquée par l'existence de ces reproductions, alors qu'elle croyait disposer d'une interface qui l'interdisait ("Nos vidéos ne sont pas censées êtres blogables, grâce à un lecteur vidéo spécifique à notre site", selon Armelle Thoraval), la rédaction du Parisien demandait à Dailymotion le retrait des premières copies (ainsi qu'à Youtube, sans succès, pour cause de week-end). En vertu des règles de la propriété intellectuelle, la plate-forme française n'avait pas d'autre choix que de s'exécuter. Résultat: dès dimanche matin, des dizaines de nouvelles copies affluaient sur Dailymotion et Youtube, certaines issues de nouvelles reproductions à partir de l'original, sans le bandeau du quotidien. Le dimanche soir, la séquence était également recopiée à partir des extraits de JT de TF1 ou France 2. Les retraits de Dailymotion lui ont entretemps porté tort: agacés par les  coupures d'accès, la plupart des sites de presse, d'habitude fidèles à la plate-forme française, ont alors renvoyé à la version sur Youtube.

Le Parisien a perdu la bataille de la viralité: en voulant préserver son copyright, il a poussé les internautes à recourir à d'autres sources. La version désormais multicopiée sur Dailymotion ne porte plus le bandeau du quotidien. Dernier épisode du feuilleton: peu de temps après avoir passé le cap du million de consultations, ce matin à 9h50, la version orginale de la vidéo sur Kewego vient d'être retirée de la plate-forme (alors qu'elle est toujours accessible sur le site du Parisien). Une bonne occasion de publicité perdue - et la démonstration visible par tous que la rédaction a encore tout à apprendre du phénomène du buzz.

A sa décharge, la montée en consultation de la vidéo est la plus forte jamais observée pour une vidéo à caractère politique (plus importante que celle de la vidéo "Sarkozy G8", qui a battu depuis tous les records). Les caractéristiques virales de cette séquence sont inhabituelles, en raison de la multiplication très rapide des copies, mais aussi de l'apparition de remix musicaux - phénomène nouveau dans ce contexte - qui témoigne d'un passage d'un buzz passif à une viralité active. Le nombre et la dispersion des copies rendra plus difficile la mesure et le suivi d'une fréquentation qui s'annonce sans précédent.

Nota bene: article initialement publié sur Le Flipbook.