Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Controverses

image Cette exposition avait fait du bruit à Lausanne, elle est maintenant à la Bibliothèque Nationale (jusqu’au 24 mai). Elle regroupe environ 80 photographies de 1839 à aujourd’hui, qui ont, pour une raison ou une autre, été le sujet de controverses, longuement expliquées dans des textes à côté des photos et exposés encore plus en détail dans le catalogue. Disons d’emblée que c’est une exposition didactique, dense, qu’on visite lentement; elle est chronologique, alors que, face à ces images, on raisonnerait plutôt par thèmes. Il y a bien des raisons à la controverse, et, face à une certaine confusion dans la visite, j’ai tenté de les classer de mon mieux. Il y a d’abord des controverses qui ne sont pas dans la photo, mais à côté, dans le contexte, celles qui concernent droit d’auteur, droit de reproduction et droit à l’image, disons la ‘cuisine’.

Par Lunettes rouges, Amateur d'art, 16/03/2009.
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Hadopi: surveiller et punir internet

Nicolas Sarkozy est le partisan résolu d’une gouvernance moderne, basée sur un dialogue avec l’opinion publique à travers les médias et les corps constitués. Son usage de l’outil législatif manifeste cette option. Plutôt qu’à établir les règles du jeu social, les lois soumises au Parlement servent à adresser des messages ou à afficher une politique.

C’est bien sous cet angle qu’il convient d’examiner la loi "Création et Internet", ou Hadopi, du nom de la nouvelle administration qu’elle institue. Son but avoué est de limiter l’échange de fichiers audiovisuels en ligne, défini comme "piratage", par la suspension de l’abonnement pour les comptes recourant aux plates-formes de partage, ou peer to peer, pour télécharger et diffuser des contenus protégés par le droit d’auteur.

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Ethnographiques.org: analyser les rassemblements à l’aide de matériaux sonores et visuels

image "Analyser les rassemblements à l’aide - ou à partir - de matériaux sonores et visuels: enjeux et résultats", appel à contributions de la revue Ethnographiques.org

Le rassemblement, c’est-à-dire la coprésence de plusieurs personnes en un lieu donné, peut prendre diverses formes : manifestation politique ou religieuse, réunion sportive ou artistique, foule piétonnière… Il se caractérise en revanche dans tous les cas par sa dimension de performance publique. Le rassemblement est le lieu et le temps de mises en scène et de représentations, dont les tonalités et les ambiances, propres à l’événement, sont liées tant aux décors, aux rythmes, aux sons et aux publics qui s’y expriment, qu’à une dramaturgie dans laquelle la multiplicité des acteurs s’engagent dans des séquences d’interaction, la plupart du temps structurellement réglées.

Si les travaux se proposant d’étudier ce type de «comportement collectif» à l’aune des discours (écrits et oraux) qu’il suscite ont tout leur intérêt, les récits ex post ne permettent pas de rendre compte de tout ce qui se passe in situ. Or les dynamiques propres aux rassemblements ne sont pas réductibles à la mobilisation des ressources nécessaires à leur déclenchement ou à leurs effets sur les publics et les cibles. Dans une approche critique des travaux des théoriciens du collective behavior, des chercheurs (on pense en particulier aux travaux de Clark McPhail) ont montré que quelque chose se passe dans l’action, dont il convient par conséquent d’observer la morphologie, le fonctionnement, le temps de la mise en rythme, en forme, en cœur. Des notions telles que l’imitation, l’adhésion, l’émotion collective ou la ritualisation se trouvent réinterrogées à nouveaux frais grâce à l’observation minutieuse des séquences d’interactions et du déroulement des situations.

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Le poker menteur de Valérie Pécresse

image Les enseignants-chercheurs avaient-ils des craintes sur les dérives du présidentialisme promu par les lois et projets du gouvernement? Comme pour mieux les en convaincre, Valérie Pécresse a choisi d'incarner jusqu'à la caricature tous les défauts possibles de la gouvernance qui attend les établissements post-LRU. Absence d'écoute et de dialogue, pilotage autoritaire, double langage, manipulations médiatiques: tels sont quelques-uns des traits saillants qu'a fait apparaître la gestion ministérielle de la crise.

Le décret sur le nouveau statut des enseignants-chercheurs a été rédigé sans la moindre concertation. Il comprend pourtant plusieurs décisions explosives. Dans un contexte de gel des postes statutaires et d'inflation des tâches administratives, exigées par la logique de fonctionnement sur projet, la perspective de modulation d'une charge d'enseignement déjà trop lourde ne pouvait que mettre le feu au poudres.

Dès le 22 janvier 2009, la réunion d'une Coordination nationale des universités, suivie par une manifestation d'une ampleur sans précédent le 10 février, qui fait descendre dans la rue plusieurs dizaines de milliers d'enseignants, chercheurs, personnels et étudiants, formaient autant de symptômes d'une protestation historique. Loin de rechercher le dialogue, Valérie Pécresse opte dès ce moment pour une gestion strictement politicienne de la crise, en accumulant des opérations de diversion et de communication qui s'adressent, non à la communauté universitaire, mais prioritairement à l'opinion publique.

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La photo sur Facebook: des chiffres peu concluants

image Quand Techcrunch France intitule un billet "10 milliards de Photos sur Facebook", on peut être sûr que l'annonce va faire le tour de la blogosphère locale en quelques heures. Ce qui prouve que le web, s'il a le goût des chiffres qui claquent, n'a guère de mémoire – puisque cette annonce, ARHV avait été un des premiers à la relayer, dès le 15 octobre 2008.

L'intérêt de l'adaptation par Alain Eskenazi du billet de Michael Arrington est ailleurs: dans l'ajout d'une statistique comparative de la consultation des principaux sites photos (avec Flickr, Picasa, Photobucket), issue d'une étude de l'institut comScore. Ces courbes montrent le décollage des usages de la photo sur Facebook depuis l'automne dernier, qui paraît suivre la croissance du réseau (passé de 100 à 150 millions de membres entre septembre et décembre 2009 2008).

L'interprétation de cet envol soudain est curieusement omise dans la version française du billet. Selon Arrington, c'est la nouvelle maquette du site, permettant l'accès aux albums photos par un onglet, qui explique cet essor. Les chiffres sont toutefois à prendre avec précaution. Rapportée au nombre de téléchargements, la consultation des images sur Flickr (3,3 milliards de téléchargements pour 66,7 millions de visiteurs uniques mensuels) est ainsi proportionnellement plus élevée que celle de Facebook (10 milliards de téléchargements pour 153,3 millions de VUM). Trop imprécise pour qu'on puisse véritablement en tirer des leçons, cette comparaison appelle à collecter des données plus fines pour livrer des indications utilisables.

Daniel Cohn-Bendit, Bruno Latour et les mystères de la science

image L'affiche paraissait alléchante: 40 ans après, à l'occasion de la mobilisation universitaire, l'ancien leader étudiant retrouvait le chemin des amphis. C'était Daniel Cohn-Bendit lui-même qui avait souhaité manifester son soutien au mouvement des enseignants-chercheurs, dans le cadre de sa campagne pour les européennes. Pour ne pas risquer de voir le symbole cannibaliser le message, il avait préféré l'EHESS à la Sorbonne.

Pourtant, alors que la veille, une visite de Dany le rouge au squatt du collectif Jeudi Noir avait mobilisé une cohorte de journalistes, sa présence dans les anciens bâtiments de la faculté des sciences n'a pas suscité le moindre intérêt de la presse – dûment alertée par son équipe. Aucun photographe pour immortaliser le retour de l'enfant prodigue, pas la moindre télé pour capter les déclarations du député vert.

Sur place, l'intervention de l'ancien étudiant en sociologie paraissait pour le moins en décalage avec le sentiment d'urgence manifesté par les autres orateurs à la tribune. La sympathie abstraite que ressentait Cohn-Bendit pour le mouvement universitaire se dissolvait dans un brouillard de considérations très éloignées du terrain.

C'est en écoutant le député européen que je me suis mis à soupçonner qu'il fallait réviser la thèse classique de Bruno Latour, selon laquelle la science est une activité comme une autre. Dans un article récent du "Monde", le sociologue ravive sa critique d'une supposée «autonomie de la science», qui se confond selon lui «avec la tour d'ivoire, avec le corporatisme, avec le mandarinat de droit divin, voire avec la simple paresse.»

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Rencontre avec Daniel Cohn-Bendit à l'EHESS

image "Changeons le programme" a proposé le 27 février le débat: "Quelle politique européenne de la recherche et de l'enseignement supérieur?" (EHESS, 105, Bd Raspail, amphithéâtre, modération: Cyril Lemieux). Daniel Cohn-Bendit, député européen a répondu aux interventions de Sylvain Piron (EHESS), Laurence Giavarini (SLU) et Michel Saint-Jean (SLR) en présentant diverses réflexions sur la politique européenne de la recherche (album).

Avec la participation de:

Christine Albanel lutte pour l'emploi

On sait Christine Albanel très impliquée dans la lutte contre le piratage, au point que certains se posent la question de son indépendance. On a beau être habitué à tout, sa dernière proposition, limiter les points Wifi publics à une liste blanche de sites autorisés arrive à nous surprendre.

Il y aurait plus de 150.000.000 de sites internet dans le monde selon les évaluations les plus fiables. En tout cas, il y en a beaucoup, ce dont la ministre de la Culture se doit d’être consciente.

Petit problème: sachant qu’il faut environ deux minutes à un être normalement constitué pour comprendre si un site permet ou non le téléchargement (et, pendant qu’on y est, contient ou non des images pédophiles, révèle ou non la manière de fabriquer une bombe nucléaire dans sa cuisine ou bien, plus grave encore, se montre désagréable ou non avec Frédéric Lefèbvre), prenant en compte le temps nécessaire pour trouver les sites internet à évaluer (il n’existe pas d’annuaire exhaustif de l’internet, mais c’est probablement le prochain chantier du ministère de la Culture); combien faut-il de temps pour constituer cette «liste blanche», en prenant des semaines de travail de 35 heures (on ne compliquera pas avec des heures supplémentaires) et cinq semaines de congés payés?

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Peinture interdite

L'autre semaine, petit séjour à Londres en famille. Au programme: British Museum, Science Museum, National Gallery... Tous gratuits, vive le libéralisme anglo-saxon! Bémol: si la photo est autorisée dans les musées de science ou d'archéologie, elle est rigoureusement proscrite à la galerie nationale de peinture. Raisonnement probable du musée: la quasi totalité des oeuvres exposées étant tombée dans le domaine public, la photographie familiale serait susceptible de produire une concurrence déloyale à la vente de cartes postales, catalogues et autres diaporamas stéréoscopiques.

On est affligé qu'une si grande générosité soit entachée par un si petit calcul. Car en vertu de l'interdit, le seul endroit qui ne figure pas dans mon album londonien, le seul moment à jamais exclu de l'histoire visuelle familiale est la National Gallery.

Certes, dira-t-on, l'histoire de l'art fait de la mémoire son appui et son guide. On peut s'en contenter. Mais il ne faudra pas venir pleurer en constatant que l'empreinte des beaux-arts n'est plus aussi présente qu'autrefois et que la culture des humanités, aux yeux de nos mômes, a du mal a soutenir la comparaison avec celle des sciences et techniques, si ouverte et si captivante.

On ne remplace pas les photos qu'on n'a pas faites en collant des cartes postales dans l'album. Il me navre de n'avoir pu photographier mes fils en grande conversation devant un tableau de Salvator Rosa. Car cet événement n'appartient pas au musée, mais à mon histoire familiale.

Les photos sont la trace de l'appropriation des lieux et des choses qui fonde l'expérience du tourisme. Et leur éditorialisation n'est rien d'autre que la construction d'une histoire. Ainsi, ce ne sont pas juste quelques images qui manquent dans l'album. Comme la trace manquante d'un site militaire sur une photographie aérienne, l'absence de ces photos est la marque indélébile d'une privation d'histoire. C'est un acte violent, pour des raisons misérables.

Responsables des musées de peinture, oubliez vos tracas comptables. Le tort que vous faites en interdisant la photo est bien plus grand que ce que vous croyez. Laissez la photo entrer dans vos musées. Elle ne vous volera pas vos tableaux. Elle les fera exister au sein de l'histoire des familles, où ils seront à égalité avec tous nos souvenirs.

"En matière de photographie, nous sommes entrés dans l'ère du soupçon"

image Rencontre avec André Gunthert, chercheur en histoire visuelle contemporaine et maître de conférences à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), à l'occasion de la présentation de l'exposition "Controverses". Propos recueillis par Sylvie Lisiecki, Chroniques de la Bibliothèque nationale de France, n° 48, mars-avril 2009, p. 7.

  • Qu’est ce qui vous a particulièrement intéressé dans cette exposition?
  • "Controverses" illustre parfaitement l’évolution de notre façon de voir les images. Les usages qui sont faits de l’image médiatique et les transformations des techniques d’enregistrement ont modifié au cours des quinze dernières années la perception des images par le grand public. On a vu se manifester un soupçon qui venait contredire la vieille tradition de la vérité photographique, laquelle depuis le 19ème siècle avait établi la validité et l’objectivité du document photographique. Elle permettait en particulier à la presse d’établir la vérité d’un fait par la photographie. Ici, celle-ci n’est pas mobilisée pour ce qu’elle montre mais pour ce qu’elle raconte. Ce n’est plus la question de la vérité qui est posée. Le visiteur regarde l’image comme le sujet d’une controverse et comme le support d’un récit. Par rapport à la vision un peu naïve de la photographie comme d’un médium qui vise à dévoiler le réel, à le documenter, on perçoit ici combien la photographie participe de ce qu’elle représente: elle n’est pas seulement un miroir du monde mais aussi un acteur des débats et des désordres du monde. Elle se constitue comme un laboratoire actif de la controverse, un lieu par lequel la discussion se produit et donne l’occasion à certaines questions de se poser, y compris des questions de société graves et pressantes comme celles qui se posent autour de la pédophilie, de la politique, des faits-divers…

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L'exposition en ligne: exhibition ou iconoclasme?

image Labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France, disait le bon Sully. Quatre cents ans plus tard, si l'on s'enquiert de savoir quels sont les appas d'internet, on n'entendra qu'un cri: narcissisme et exhibition. L'amour de soi et le désir de se montrer. C'est curieux comme chaque fois que je tombe sur cette paire, je pense à Baudelaire: celui du "public moderne et la photographie", où le poète dénie à la populace tout droit à se voir représenter à sa ressemblance[1]. Le portrait, oui da, pour les princes ou les héros – mais pour les «drôles et les drôlesses», fi donc, quelle faute de goût!

Sournois mélange de racisme de classe et de souvenirs du catéchisme (qui enseigne que la modestie est la qualité qui sied aux âmes simples), l'a-priori qui gouverne l'accusation d'exhibitionnisme est qu'il n'y a aucune raison de s'intéresser au sort des humbles, qui feraient mieux de rester à leur place. Les mêmes psychologues improvisés ne songeraient pas à chercher des poux dans la tête à Michel Houellebecq ou Bernard-Henri Levy, lorsque ces auteurs se livrent en public à un tendre numéro d'effeuillage en duo. — Ah mais! Ils sont célèbres, c'est donc bien normal de s'intéresser à eux, comme à Loana ou à Carla. Les people sont riches et beaux, ils ont le droit d'étaler leurs abdos en première page des journaux. Quel présentateur télévisé, quel intellectuel radiophonique irait reprocher à ces gens-là de s'aimer outre mesure ou de désirer se montrer?

Comme autrefois la photographie, internet est le média des petits et des sans-grade, qui permet à ceux qui n'y ont pas droit d'accéder à une notoriété par définition usurpée. La cause est entendue – et la démonstration d'une parfaite circularité. Les délaissés des lieux d'exposition légitimes voudraient-ils attirer l'attention sur eux? C'est donc qu'ils pêchent par orgueil ou sont atteints de névrose obsessionnelle.

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Le web change le droit. La preuve par Facebook

Comme les années 1960 ont eu les soucoupes volantes, on se souviendra des années 2000 par la peur de Facebook. Cet ogre moderne ne se nourrit pas de la crainte d'être mangé tout cru, mais du cauchemar d'être dépossédé de ce nouveau bien aussi précieux que fragile: notre identité numérique. A partir d'un billet paru le 15 février sur The Consumerist, relayé en France par le site Ecrans, le soupçon a couru la blogosphère comme un feu de brousse: Facebook aurait modifié subrepticement ses conditions générales d'utilisation de façon à s'arroger "tous les droits, pour toujours" sur les contenus mis en ligne sur le réseau social.

Et les journalistes de conseiller de quitter aussitôt la plate-forme, suscitant une vague de résiliations de la part de geeks crédules, pestant et sacrant qu'on ne les y reprendrait plus. Du calme, camarades! Face au danger, rappelons un principe simple, que tout usager des multiples conventions auxquelles nous expose le commerce contemporain devrait écrire en lettres de feu au-dessus des toilettes: la loi prévaut sur le contrat. Nous signons tous les jours des contrats rédigés en dépit du bon sens, par des prestataires soucieux de protéger leurs arrières. Mais ces textes n'ont de valeur que dans la mesure où ils sont conformes à la loi. Dans le cas contraire, ces accords ne sont que des chiffons de papier, que le premier tribunal venu aura tôt fait de désavouer.

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Test comparatif express: Slate.fr vs Rezo.net

image Slate.fr est arrivé. Le nouveau média en ligne (dites "pure player", c'est plus chic), compte parmi son quintette directorial Jean-Marie Colombani, ancien patron du Monde, Jacques Attali, conseiller de Mitterrand et de Sarkozy, Eric Le Boucher, libérateur de la croissance française et mon pote Johan Hufnagel, ancien de Libé, viré de 20minutes.fr, l'un des meilleurs connaisseurs du web côté rémouleurs d'infos.

Mon autre copain Narvic est tout émoustillé par cette aventure. Comme quelques amis journalistes, ce que je comprends. Narvic nous le décrit tant et plus: leur horizon est bien sombre, un petit nouveau dans le bac à sable, qui sait, ça pourrait changer le jeu. Mais moi qui ne suis pas journaliste, je vois que cette naissance intéresse surtout les journalistes. Pour les autres, on va faire comme d'habitude sur le web: on va prendre son temps pour lire, se faire son idée, juger tranquillement.

En attendant, une première impression vite fait? A la une, un article traduit de Slate.com, "Pourquoi Billy Joel est-t-il si nul?" Un éloge du jogging astucieusement décalé par Blandine Grosjean: "Peut-on faire du jogging sans être sarkozyste?" En invité surprise, la "chronique inaugurale" de François Hollande, qui recommande "Que le PS soit «simplement lui-même»". Et on retrouve Bandine Grosjean, décidément en verve, qui nous explique avec Benoît Helme que "Les journalistes hommes ne séduisent pas les femmes politiques", illustré avec une jolie photo de Rama Yade.

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Universités: y a-t-il un pilote dans l'avion?

L'arrogance de ces gens les perdra. Effrayé par l'inexorable montée de la mobilisation universitaire, qu'il a lui-même contribué à alimenter, Nicolas Sarkozy s'est résolu hier à prendre la décision de retirer le projet de décret sur le statut des enseignants-chercheurs. Manque de chance – ou de pratique – il l'a fait si discrètement que personne ne s'en est aperçu. Il faut dire que la formule du chef de l'Etat était des plus sybillines, demandant «que soient rapidement explorées de nouvelles pistes pour l’évaluation des enseignants-chercheurs et l’organisation de leurs services.» Devant l'absence de réaction de la presse, les services de l'Elysée ont remis ce matin les points sur les i: oui, il fallait bien comprendre que le projet actuel était abandonné. Résultat, ce soir, un article du Monde.fr intitulé "l'Elysée annonce de nouvelles pistes" n'y voit qu'un «nouveau coup de canif» dans le projet de réforme. Seul France-Info a titré: "Nicolas Sarkozy retire le décret Pécresse" (merci à Libertaire pour son signalement).

Après la promesse d'une médiation éphémère, il est douteux que les universitaires accueillent avec reconnaissance ce nouveau cafouillage. Villepin avait été plus courageux – et plus efficace – en annonçant lui-même le retrait du CPE et en y mettant les formes nécessaires à une sortie de crise. Nicolas Sarkozy, qui ne semble pas avoir pris la mesure de la colère du monde de l'éducation, ne s'en tirera pas à si bon compte. «C’est pathétique ce manque de savoir faire!» aurait déclaré le président à propos de Valérie Pécresse, selon le Canard Enchaîné. Cet homme est décidément charmant. Et l'expression tout à fait appropriée. La ministre pourra bientôt lui retourner le compliment, quand on constatera dans les jours qui viennent l'insuffisance de ce retrait sur la pointe des pieds.

Pour sauver l'université, il suffit d'un blog

image La mobilisation universitaire donne l'occasion de le mesurer tous les jours: dans la France sarkozyienne, la vie intellectuelle est mal-aimée. Dégradation de l'image des élites, réflexes poujadistes et utilitarisme néolibéral sont autant d'ingrédients qui alimentent un anti-intellectualisme très en vogue, jusqu'au sommet de l'Etat. Dans ce désamour, les médias jouent un rôle non négligeable. Alors que la presse internationale se fait volontiers l'écho des principaux travaux et rencontres universitaires, les journalistes français témoignent à l'endroit de la production scientifique d'une paresse coupable. Oblitérée par quelques figures médiatiques qui n'ont aucun lien avec la recherche, la vie intellectuelle semble se résumer au commentaire salonnard de l'actualité.

Dès lors, comment s'étonner de la réception par les médias du mouvement qui anime les facs? Encore moins connu que le monde des cheminots, celui des universitaires s'est d'abord attiré des commentaires aussi désobligeants qu'imbéciles. Depuis quelques jours, l'ampleur de la mobilisation et la circulation d'informations contredisant la propagande ministérielle contribuent à modifier ce portrait à charge. Un organe aura joué un rôle décisif pour transmettre cette interprétation plus favorable: le blog de Sylvestre Huet, journaliste à Libération, {Sciences2}.

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