Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Inauguration du mémorial de Royallieu

En France, pendant l’Occupation, le camp de Royallieu est le deuxième en importance après celui de Drancy. Près de 45.000 personnes y sont passées, en provenance de toutes les prisons de France et à destination des camps nazis. Plus de la moitié ne sont pas revenues.

Pour importante qu’elle soit, cette histoire n’est pas connue du grand public, tandis que peu de chercheurs s’y sont intéressés.

L’une des raisons de la faiblesse historiographique vient sans doute de la destruction des archives du camp par l’armée allemande lors de son départ en 1944. La campagne de recherche conduite par la Fondation pour la mémoire de la déportation et par la mairie de Compiègne depuis l’année 2000 a néanmoins porté ses fruits : des documents ont été trouvés et rassemblés, côté allemand comme côté français, émanant des autorités administratives et politiques comme des internés eux-mêmes. Ils révèlent la complexité et les multiples enjeux liés à l’existence et au fonctionnement du camp, qui rendent difficile de se tenir à une seule monographie de son histoire. Ce qui s’est passé à Royallieu entre 1941 et 1944 renvoie simultanément à la politique d’occupation allemande, aux rapports entre Vichy et les Allemands, mais aussi aux conflits du pouvoir nazi, entre centre (Berlin) et périphérie (le commandement militaire allemand en France), comme entre l’armée allemande et la Gestapo.

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Parution "Photographies", n°1, mars 2008

A noter la parution dans les prochains jours de la nouvelle revue anglaise Photographies, éditée par Routledge – dont le premier numéro accueille une traduction d'un article de votre serviteur: inutile de dire qu'elle bénéficie ici d'un préjugé tout ce qu'il y a de favorable!

Sommaire

  • Daniel Rubinstein, Katrina Sluis, "A Life more Photographic. Mapping the Networked Image"
  • Gail Baylis, "Remediations. Or, when is a Boring Photograph not a Boring Photograph?"
  • Nina Lager Vestberg, "Archival Value. On Photography, Materiality and Indexicality"
  • Juha Suonpää, "Blessed be the Photograph. Tourism Choreographies"
  • Jessica Catherine Lieberman, "Traumatic Images"
  • André Gunthert, "Digital Imaging Goes to War. The Abu Ghraib Photographs"

Contact: Liz Wells, Faculty of Arts, Scott Building, University of Plymouth, Drake Circus, Plymouth PL4 8AA, UK, e-mail: photographies(à)plymouth.ac.uk.
Accès web (payant): www.informaworld.com...

Shoah: pourquoi un nom de cinéma?

«Un lycéen sur deux ignore ce qu'est la Shoah» a affirmé aujourd'hui sur RTL le ministre de l'éducation. Mais qui connait vraiment le sens de ce mot? Le grand écrivain et philologue Henri Meschonnic indiquait en 2005 dans les colonnes du Monde que ce terme, dans la Bible, «désigne une tempête, un orage et les ravages (...) laissés par la tempête dévastatrice». Autrement dit «un phénomène naturel», du même ordre que l'ouragan Katrina. Il rappelle que son usage, en français, s'est imposé à la suite du film éponyme de Claude Lanzmann, en 1985 (tout comme celui du terme "holocaust" en anglais, avait suivi le feuilleton télévisé du même nom, diffusé en 1978).

Selon Meschonnic, l'usage du mot "shoah" pour désigner le génocide «est une pollution de l'esprit». «Tout se passe comme si Claude Lanzmann, l'auteur du film Shoah, identifiait son film à la nomination de l'innommable même, ayant choisi ce nom hébreu, de son propre aveu, parce qu'il ne connaît pas l'hébreu (Libération du 24 janvier 2005) : "J'ai choisi ce nom parce que je ne comprenais pas ce qu'il voulait dire". Où se mêlent l'idée de "destruction" et "aussi bien (celle d')une catastrophe naturelle". D'où est privilégié l'"opaque", renforçant ainsi l'identification entre l'innommable au sens d'une horreur que le langage ne peut pas dire, et l'effet de nom "éponyme", "acte radical de nomination", qu'il s'approprie: "L'auteur de la Shoah, c'est Hitler. Lanzmann, c'est l'auteur de Shoah".»

Je ne suis pas certain que l'usage d'un nom de cinéma soit la meilleure façon de favoriser la compréhension d'un événement. Puisque notre gouvernement sollicite beaucoup la discipline historique, il peut être utile de lui rappeler que le plus grand spécialiste en la matière, Raul Hilberg, avait sobrement intitulé son maître livre: La destruction des Juifs d'Europe (Fayard, 1988). Pour ma part, je continue à utiliser le terme d'"extermination" qu'employaient les historiens avant le film de Lanzmann, qui qualifie avec précision et sans pathos inutile le processus appliqué par le régime nazi, tout en préservant sa dimension spécifique. On voudra bien ne voir dans cette position qu'un témoignage dépourvu de toute intention prescriptive.

L'EHESS déménagera porte de la Chapelle en 2009

image Après de longues négociations et de houleuses discussions internes, l'avenir immobilier des prochaines années de l'EHESS a pris une figure plus assurée avec l'assemblée générale du 8 février, qui a entériné le déménagement dans le courant de l'année universitaire 2008-2009 de l'administration et d'une bonne partie des centres de l'Ecole dans un bâtiment loué par la mairie de Paris, situé 11, rue du Pré, à proximité de la porte de la Chapelle (cliquer sur l'image pour d'autres aperçus). La plupart des enseignements resteront localisés au 105, bd Raspail.

Rappel des épisodes précédents: alors que la direction de l'EHESS planchait sur le scénario d'un déménagement de l'Ecole sur le futur site dit "cité des Humanités et des Sciences Sociales" à Aubervilliers à l'horizon 2012, le durcissement des obligations de santé publique ont précipité l'obligation de quitter la Maison des sciences de l'homme, localisation historique de l'EHESS depuis 1975 au 54, bd Raspail, pour procéder à son désamiantage. La date butoir pour libérer ces locaux est fixée à la rentrée 2008. Cette échéance étant incompatible avec le scénario "cité des Humanités", une première localisation tampon est alors proposée par le ministère de la recherche, à Aubervilliers, sur la parcelle 521. Cette proposition suscite une forte opposition au sein de l'Ecole, manifestée par plusieurs prises de position dans la presse, qui soulignent l'état d'impréparation du site et ses difficultés d'accès. L'assemblée générale des enseignants du 17 novembre 2007 se prononce à l'unanimité contre ce projet, et donne mandat à la présidente, Danièle Hervieu-Léger, d'explorer d'autres pistes, notamment en liaison avec la mairie de Paris.

Au cours du mois de janvier se concrétise l'hypothèse de reloger les bureaux de l'Ecole sur le site du 11, rue du Pré, actuellement occupé par l'administration postale. Outre des dimensions compatibles avec cet hébergement, celui-ci présente l'avantage d'une desserte par le métro. Il reste toutefois plusieurs problèmes, notamment celui du déménagement des bibliothèques des centres, ainsi qu'une présence d'amiante (sous forme encapsulée, et donc neutralisée). Ces dossiers doivent faire l'objet d'examens complémentaires. Estimant qu'aucune meilleure proposition n'est susceptible de se présenter, l'assemblée des enseignants s'est prononcée le 8 février en faveur de cette option de relogement provisoire. En raison des difficultés matérielles soulevées par un déménagement d'une telle ampleur, il est probable que celui-ci aura lieu dans le courant de l'année universitaire 2008-2009. L'assemblée a également émis le voeu d'un retour au 54, bd Raspail, après l'achèvement du désamiantage, évoquant une "trilocalisation" de l'Ecole à l'horizon 2012 (site Aubervilliers, site Raspail, site Jourdan).

It's the democracy, stupid!

image Bon papier d'Eric Aeschimann ce matin dans Libération, qui liste les ingrédients du malaise qui s'aggrave face aux errements apparents du système démocratique, illustré notamment par le récent livre d'Alain Badiou, mais aussi par la multiplication de témoignages en faveur de l'abstention, dont je retiendrai par exemple celui, éclairant, d'Agnès Maillard, du Monolecte.

Je comprends parfaitement et partage à plus d'un titre la déception d'Agnès. Mais je me demande quand même si sa réponse ne revient pas à jeter le bébé (la démocratie) avec l'eau du bain (la mécanique électorale). Cas concret non politique: un étudiant me demande rendez-vous pour une inscription en thèse. Le doctorat est un engagement sur plusieurs années, qui suppose un investissement certain de la part du directeur, et passe donc par un nécessaire processus de sélection. Mais si l'étudiant m'est inconnu, de quels éléments puis-je disposer pour faire le bon choix? L'affaire va se régler en général par la lecture du projet de thèse et un rendez-vous d'une heure. Cette pratique, on l'imagine, ne prémunit qu'à peine contre de graves déconvenues. Un étudiant peut très bien m'avoir ébloui en rendez-vous et s'avérer parfaitement exécrable dans la durée (inutile de préciser qu'il s'agit là d'un exemple imaginaire - tous mes étudiants sont bien sûr délicieux...).

Face à ce risque, un collègue m'explique qu'il a décidé de n'inscrire que des étudiants avec lesquels il a déjà travaillé en master. Cette expérience lui donne une information beaucoup plus complète sur les capacités du candidat et les moyens d'un jugement bien mieux assis. On ne peut bien sûr pas comparer terme à terme cet exemple avec le choix d'un dirigeant politique. Mais ce cas montre qu'il est possible de réfléchir à d'autres systèmes de sélection. L'appareil électoral en vigueur ne nous donne pas les moyens d'arbitrer en connaissance de cause entre des personnalités ou des compétences: il nous permet de sélectionner des campagnes, et il faut reconnaître qu'il le fait avec une grande efficacité. Que ce type de prestation ne confère aucune sorte de garantie sur l'effectivité d'un mandat ne devrait pas nous surprendre. Si nous ne sommes pas satisfaits des résultats que produit ce système, nous devrions pouvoir le modifier pour faire porter le mécanisme de sélection sur ce que nous souhaitons vraiment choisir. Et ne pas désespérer de la démocratie.

Cynisme et bêtise

Obscène: je ne trouve pas d’autre mot pour qualifier l’annonce faite par Sarkozy au dîner du CRIF. Désolé de rompre avec la tradition de distance ironique de ce blog, mais là je n’ai vraiment pas envie de rire. L’initiative consistant à faire "porter" aux enfants de CM2 la mémoire des enfants victimes de la Shoah résulte en effet d’un cynisme répugnant et d’une bêtise insondable, qui en dit long sur l’individu qui nous gouverne.

Par Dan, Radical Chic, 15/02/2008.
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Les écrivains sont vos libraires

image On s’est tellement entendu dire, toute cette année, qu’à se mêler de parler des livres on interfère avec le jardin réservé des libraires, que depuis quelque temps je ne parle même plus ici des livres que je reçois ou lis, et c’est sans doute un virage global: côté Internet, on aurait préféré évidemment d’autres modes d’association ou d’invention, mais, après tout, Internet trouve d’abord sa pertinence à ce qui se crée, s’expérimente et se diffuse par Internet même. Il n’a pas vocation de «media», mais est vecteur autonome, qui superpose ses pratiques à celles existantes.

La littérature qui peu à peu y trouve place, ou la critique qui peu à peu s’y établit, est littérature ou critique à part entière, nous pouvons donc très bien nous occuper seulement de ce qui se passe (se publie) en ligne. C’est bien plus dramatique pour les instances critiques traditionnelles, qui s’érodent si vite, ou courent après nos blogs, et encore plus dramatique, je n’arrête pas d’y insister, pour l’université globalement absente du Net, alors que c’est le principal lieu ou lien de travail des étudiants eux-mêmes, y compris dans le rapport avec leurs enseignants.

Par François Bon, Le Tiers Livre, 15/02/2008
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Mystery Girl in Harajuku

Valentine's day. Et une question: les réseaux sociaux, ces miroirs aux alouettes pour narcisses crédules, sont-ils capables de passer la barrière du vrai réel avec ses auréoles sous les bras? La réponse en images sur Flickr, où l'on découvre toute l'histoire dans les commentaires de la photo de Matt – et le résumé sur Wired (merci à Rémi pour son à-propos).

Polaroid, fin de l'image-objet

image Créée en 1937, la firme Polaroid a annoncé en fin de semaine dernière sa décision de mettre un terme définitif à sa production de films instantanés.

Les commentaires ont souligné la fin du "miracle de l'instantané": “on ne pourra plus donner des "polas" en remerciement immédiat des photos glanées en voyage”. Or, cette possibilité est préservée en photographie numérique avec le développement de mini-imprimantes portables (comme l’illustre ce portrait réalisé par Philippe Tarbouriech au confins du Tibet et présenté sur son compte Flickr).

Une caractéristique essentielle de ces films n’apparaît pas dans les commentaires: Polaroid était le dernier procédé photographique populaire à image unique. La fin d’un type d’images qui s’était maintenu dans toute l’histoire de la photographie depuis le daguerréotype puis l’ambrotype, le ferrotype ou les divers procédés instantanés (Fujifilm produit encore des films instantanés, incompatibles avec la quasi-totalité des appareils Polaroid).

Un polaroid était l’exemple même de la photographie que l’on conserve comme objet, de la photo privée que l’on partage peu. A l’opposé des réseaux sociaux dématérialisés qui se sont imposés si rapidement que l’unicité du polaroid n’est même plus évoquée.

Pourquoi Carla pèse. Leçon sur le style

image Christian Salmon est l'intellectuel du moment. En tête des ventes, son petit livre, Storytelling (La Découverte, 2007), a mis en exergue une manière simple d'expliquer les travers de notre époque. En provenance d'outre Atlantique, le modèle de la construction de récit se serait imposé au marketing avant d'être importé sur le terrain politique. Après avoir valu à son auteur une chronique régulière dans les colonnes du Monde, le storytelling, successeur fun du "décryptage", est désormais mis à toutes les sauces dès qu'il s'agit d'interpréter un fait d'actualité. Familier – comme tout historien – du rôle déterminant du récit dans l'organisation des phénomènes, je ne pense pourtant pas qu'il puisse nous fournir cette clé universelle. A côté des stories, d'autres agents influent sur notre compréhension du monde. Le dévissage de Sarkozy nous rappelle l'importance de ce facteur décisif de l'interprétation: le style.

Si l'on cherche à démêler les raisons du brutal retournement qui affecte l'aura présidentielle depuis le début de l'année, à travers les nombreux articles qu'y consacrent les médias, on finit par comprendre que, derrière la plongée des sondages, les journalistes ont un aliment solide. Celui-ci est apporté par les "remontées de terrain" que leur livrent leurs contacts politiques de retour de leur fief. Rendus plus sensibles aux signaux de l'opinion publique par la proximité des échéances municipales, les notables de droite reviennent avec un message catastrophé émanant de leur propre électorat. Au premier rang des mécontentements, l'abandon de l'objectif d'augmentation du pouvoir d'achat. Appuyé sur la réalité du porte-monnaie, confirmé par la terrible phrase des “caisses déjà vides”, ce constat paraît relever d'une analyse raisonnable. Plus surprenant est la récurrence, dans la série des récriminations, de la liaison du président avec Carla Bruni. Au-delà du conservatisme des papys et mamies, choqués d'un remariage si expéditif, comment expliquer objectivement le poids de cet argument répété dans les témoignages de terrain?

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L'homme qui mangeait son chapeau

Cruelle est la politique – devaient se dire les protégés du dernier roitelet, avant que la guillotine ne tombe. Aujourd'hui, c'est la vidéo qui joue le rôle de cet instrument sans pitié. Vérifions combien les énoncés d'un jour peuvent dévoiler le lendemain tous leurs sous-entendus, avec cette interview de la Télé Libre où John-Paul Lepers joue le rôle du chat et David Martinon celui de la souris.

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Remixer le politique

image Un mois après l'émouvant discours "Yes We Can" prononcé par le candidat démocrate Barack Obama à Nashua, ce slogan continue à retentir sur internet. Dès le lendemain de sa victoire aux primaires de New Hampshire, le 9 janvier, ses partisans mettaient en ligne la vidéo du discours sur YouTube. Vu entretemps plus de 340.000 fois, cette séquence de 13:09 min mêle de longs extraits du discours, entrecoupé de scènes des supporteurs accourus en foule. La particularité de ce discours ne repose pas seulement sur le ton répétitif et cadencé, parfois quasi slammé, d'Obama, mais aussi sur les réponses de son public, qui scande en rythme son nom ou les slogans. La musicalité particulière de cette vidéo, qui n'est pas sans rappeler le célèbre discours de Martin Luther King, a inspiré le chanteur Will.i.am.

Comment réalise-t-on un remix d'un discours politique viral? La version "Yes We Can-Barack Obama Music Video" par Will.i.am est une compilation en noir et blanc de 4:30 min avec 17 artistes, chanteurs et acteurs. Sur un écran divisé en bandes verticales, les interventions chantées sont disposées en vis-à-vis du rappel des séquences de la vidéo initiale, reprenant ou répondant à la voix d'Obama. Les vivats de la foule, les applaudissements et la phrase répétée "Yes We Can" forment des ingrédients rythmiques du remix. Mis en ligne le 2 février sur plusieurs sites, dont YouTube, le clip a déjà été vu plusieurs millions de fois en une semaine.

Pourtant, le clip de Will.i.am n'est pas la première reprise du discours d'Obama. "Fired up, Ready to go!", une des phrases du candidat démocrate, avait également inspiré une autre adaptation musicale - également diffusée sur YouTube depuis le 27 janvier 2008. Mais ce clip ne reprend que quelques phrases isolées du discours, et n'intègre pas les éléments caractéristiques puissants issus du contexte de la vidéo originale. Avec une centaine de milliers de vues, cette version rock-choral du groupe Bergevin Brothers semble avoir rencontré moins de succès.

La comparaison des deux clips montre l'originalité de celui composé par le chanteur de Black Eyed Peas. Musicalement plus sobre, avec un simple accompagnement à la guitare sèche, il fait reposer l'essentiel de sa composition sur le remix et l'image d'Obama. Le clip se clôt sur le mot "HOPE", qui se transforme en "VOTE", avec un appel générique à la mobilisation électorale repris en commentaire.

En écho au changement réclamé par le candidat démocrate, le glissement du discours politique dans la forme du remix musical constitue une illustration de plus de la vitalité de la campagne d'Obama. Il témoigne aussi que le discours politique peut encore offrir un espace d'expérimentation et de renouvellement à l'expression militante.

Obama, un candidat "Africain-Américain"?

Je me trouvais aux États-Unis au début de l’année 2007 quand Barack Obama annonça officiellement à Springfield (Illinois), par une belle et froide journée d’hiver, son entrée dans la course à l’élection présidentielle. C’était le 10 février, et son allocution était retransmise en direct sur CNN. Tout en proclamant la nécessité d’un changement dans la vie politique américaine, le jeune candidat démocrate se plaçait dans la continuité de l’histoire américaine, celle des grandes figures de rassembleurs de la nation comme Abraham Lincoln: In the shadow of the Old State Capitol, where Lincoln once called on a divided house to stand together, where common hopes and common dreams still, I stand before you today to announce my candidacy for President of the United States.

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L'anti-sarkozysme est un humanisme

Impression curieuse, dont j'ai pris conscience récemment. Confronté à des cercles inconnus, à l'occasion d'interventions ou de rencontres, cela fait plusieurs fois que j'observe que la petite blague anti-sarkozyste, jetée comme ça au débotté, fonctionne de plus en plus comme un clin d'oeil, un signe de connivence, un salut amical pour détendre l'atmosphère. Sans danger. Sans portée politicienne. Comme un pur message phatique pour établir la communication, attirer la sympathie.

D'accord, les mondes que je côtoie ne sont pas d'une grande diversité sociologique – profs, théâtreux, journalistes, producteurs culturels... Mais je ne me souviens pas d'avoir jamais joué du personnage de Chirac de la même manière. Et ce qui me frappe, c'est le degré élevé de certitude – de plus en plus élevé au fur et à mesure de la propagation constatée du phénomène – avec lequel je manipule ce type d'allusion, en principe toujours risquée avec des inconnus, dans des occasions tout ce qu'il y a de sérieux. Au fond, même un billet comme celui-ci m'aurait paru tout à fait inconvenant il y a encore un an, en raison de la neutralité qu'exigent mes fonctions professorales.

Mais voilà, je n'ai pas exactement l'impression de trahir cette neutralité quand il est question de Sarkozy. Huit mois après son accession au pouvoir, le sentiment est plutôt que celui-ci a cessé d'être un personnage politique comme un autre, au sens d'un représentant d'une tendance estampillée, dont la préférence relève du registre des convictions privées. Plutôt une sorte de figure ou d'emblème, un joker que chaque prise de parole, chaque acte public, enferment chaque jour un peu plus dans sa propre caricature.

Le soupçon: l'anti-sarkozysme a cessé d'être une position relative sur l'échiquier des tendances, mais est progressivement devenu la marque d'une disposition plus générale, d'ordre culturel et social, quasi indépendante de l'opinion politique personnelle. En un mot: l'anti-sarkozysme est un humanisme. C'est peu dire que j'en suis tout surpris.

Illustration: Remise de l'ordre du mérite à Maud Fontenoy par Nicolas Sarkozy (J-P. Pelissier/Reuters): première réponse à la requête "Sarkozy" sur Google images, ce matin 8 février (source: bozarblog).

La Lhivicsphère s'agrandit

image Après Afrique in Visu, premier blog inspiré par les nouvelles méthodes du Lhivic, créé en octobre 2006 par Jeanne Mercier et Baptiste de Ville d’Avray, deux nouveaux blogs visuels ont récemment fait leur apparition.

Paroles d'images est un outil collectif ambitieux, piloté par Rémy Besson, consacré à la thématique de l'éducation à l'image, sous Wordpress (avec des extensions sur Flickr, Dailymotion et Del.icio.us). Inauguré en partenariat avec le festival Cinéduc (Maison des enseignants de Grenoble), il se donne pour mission de rendre compte des débats et de les compléter par plusieurs interviews-vidéo (Georges Gay, Pierre Mathios, Jean-Marie Génard, Philippe Meirieu, Perrine Boutin, Batlomiej Woznica, etc.). A suivre pendant toute la durée de la manifestation (4-17 février).

iPhotocom est le carnet de recherche de Fatima Maria Aziz, étudiante en master (et commentatrice prolifique sur ARHV...) qui étudie les usages culturels de YouTube. Rédigé en anglais ou en français, selon l'humeur du moment, le site est développé sous Blogger. Fatima vient d'acquérir son premier reflex numérique: cette digital-photo native, habituée à l'écran de son téléphone portable, découvre avec surprise les rudiments de la pratique photographique, et tient note au jour le jour de ses progrès.

D'autres projets en cours de réalisation viendront bientôt se joindre à cette petite avant-garde, comme le blog de l'atelier "Etudes visuelles: Problèmes et méthodes", sous l'impulsion de Gaby David et Audrey Leblanc. De quoi imaginer la création prochaine d'un agrégateur qui permettra de suivre en temps réel le développement de la Lhivicsphère.

Le complexe de Gradiva. Théorie de la photographie, deuil et résurrection

Article republié à l'occasion du commentaire de la "Petite histoire de la photographie" (1931) de Walter Benjamin, dans le cadre du séminaire "Théorie des images" (CEHTA/INHA).


Dans Gradiva, nouvelle de Wilhelm Jensen rendue célèbre par son commentaire freudien[1], un archéologue tombe amoureux d'une jeune fille représentée sur un antique bas-relief[2]. «Il tisse autour d'elle ses fantaisies, il lui imagine un nom (Gradiva) et une origine, il transporte cet être qu'il a créé dans la ville de Pompéi, ensevelie voici plus de 1800 ans[3].» Il se rend sur les lieux et, au cours d'une rêverie diurne, «tandis qu'il anime ainsi le passé par son imagination, il voit soudain, sans pouvoir en douter, la Gradiva de son bas-relief sortir d'une maison et, d'un pas léger, gagner (...) l'autre côté de la rue[4].» On apprendra par la suite que la jeune fille aperçue par l'archéologue est une amie d'enfance - à qui son sentiment amoureux s'adressait en réalité, via le détour de cette construction fantasmatique complexe.

À l'exemple de Roland Barthes[5], oublions un instant cette fin et la leçon qu'en tire Freud, pour ne conserver que l'épure du délire de reviviscence que propose le conte de Jensen. Celui-ci se présente comme une variation sur le très ancien motif qui, de Pygmalion au Portrait de Dorian Gray, prête vie à la représentation - mais avec cette particularité que la dimension historique y remplit une fonction éminente. Là où le mythe grec voyait la déesse Vénus animer une statue d'ivoire, création ex nihilo du sculpteur[6], Gradiva installe une distance de plusieurs siècles entre le désir et son objet: une personne qui a vécu autrefois, et qui n'existe plus. «Docteur en archéologie et professeur d'université[7]», le héros exerce non seulement une profession qui le place dans un rapport privilégié avec ce passé, mais il occupe la fonction par excellence de qui ressuscite les mondes disparus. En d'autres termes, il n'est pas celui qui, à l'instar de l'artiste, donne vie (par les moyens de l'art) à la matière inerte, mais celui qui, comme l'historien, a pour mission de faire revivre (par les moyens de la science) une personne ou un univers dont on suppose qu'ils ont réellement existé. Ce léger déplacement de la structure du mythe - qui place à côté de la vie son symétrique manquant: la mort - fait tout l'intérêt de la Gradiva de Jensen, et permet de l'utiliser comme modèle pour analyser l'un des procédés récurrents des théories de la photographie: la figure de résurrection.

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Compte-rendu du cycle "Africamania" à la Cinémathèque française (1)

image La Cinémathèque française propose actuellement un cycle intitulé "Africamania, 50 ans de cinéma africain" (17 janvier-17 mars 2008). L’intérêt du volet programmation de ce cycle, réside à la fois dans la présentation d’une rétrospective autour des filmographies de réalisateurs comme Ousmane Sembene, Idrissa Ouedraougo, Souleymane Cissé, etc., mais aussi dans l’organisation de projections en avant-première de films encore en quête de réseaux de diffusion (comme le premier long-métrage de Cheick Fantamady Camara, Il va pleuvoir sur Conakry, 2007). En plus de ces actes réels de soutien à la production cinématographique africaine, il y a dans le discours de la Cinémathèque et dans sa traduction pratique une volonté affirmée de diversifier les activités, ainsi que les publics. En conférant ampleur et durée à cette manifestation, l’objectif serait en quelque sorte de marquer un nouveau départ, de «(re)donner une place d’honneur au cinéma africain dans le paysage culturel français».

Qu’en est-il du volet plus scientifique de ce cycle, construit autour d’un diptyque de tables-rondes consacrées à l’histoire du cinéma africain et à la création au présent? Le 26 janvier dernier, a eu lieu la première table-ronde intitulée "Histoires du cinéma africain des années 60 à nos jours", à partir de laquelle on peut déjà proposer certains constats.

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Ressources de la communication par l'image

Je sais, ce n'est pas bien de prendre sa famille comme sujet d'expérience. Mais c'est quand même pratique (de plus, pour le chercheur, il n'y a ni amis ni famille dès que la science est en jeu).

J'ai récemment convaincu ma mère de franchir le pas de la connexion haut débit. Du coup, mes enfants, qui utilisent l'ordinateur principalement pour surveiller leurs blobs ou pour de coupables recherches sur YouTube, ont eu envie de se mettre à l'e-mail pour écrire à mamie. Après un premier essai réussi, la deuxième tentative s'avère plus élaborée. Quelques photos déformées sont réalisées directement avec la caméra intégrée du MacBook, par l'intermédiaire de ce formidable outil qu'est Photo Booth. Intitulé "Dernière nouvelle" (sic), l'e-mail est composé d'une sélection de trois photos, accompagnées chacune d'une légende fantaisiste, comme: "Un macaque est rentré dans la maison des C***", ou: "Un enfant se fait kidnapper!" (ci-dessus, image de droite).

Cet exemple illustre à merveille mon propos de l'autre jour sur le recours des plus jeunes (ou des moins rompus aux pratiques de l'écrit) aux images comme outil de communication. Un propos qui prend tout son relief dans le cadre du débat sur l'affaiblissement de la culture lettrée, évoqué par Jean-Michel Salaün à partir de deux rapports récents – discussion prolongée ce jour chez Virginie Clayssen.

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