Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Un nuage dans mon Powerpoint, svp!

image Les historiens d'art de ma génération ont accueilli avec soulagement les logiciels de présentation visuelle type Powerpoint. La lecture malaisée des diapositives, les inévitables interversions ou inversions, les longues séances de reclassement, les images perdues ou abîmées, l'encliquetage du carrousel, les hoquets et cafouillages divers des projecteurs ont laissé à chacun son lot de disgrâces en direct, dont on n'aime pas réveiller le souvenir. Face à ces défauts, la facilité de sélection des images, la sureté de la projection, la possibilité de légendage ou de comparaison d'images, l'encombrement restreint offerts par les nouveaux outils ont constitué autant d'avancées bienvenues. Encore fallait-il s'assurer de la disponibilité d'un vidéoprojecteur, et que celui-ci soit d'une définition suffisante et correctement réglé - facteurs qui étaient loin d'aller de soi il y a encore trois ans dans les universités et autres lieux de culture français. Aujourd'hui, ne pas disposer de cet équipement est devenu exceptionnel.

Pourtant, un Powerpoint n'est pas forcément le meilleur support pour l'enseignement. Initialement pensé pour les présentations brèves dans un cadre entrepreneurial, le logiciel impose une linéarité intangible, bien adaptée à un discours soigneusement rôdé qu'on n'interrompt pas avant la fin. Mais il manque vite de souplesse devant des étudiants un tant soit peu réactifs, et devient d'autant moins pratique qu'on aime à susciter le dialogue. Un cours est heureusement un espace plastique, plus ouvert à l'interaction qu'une démonstration de produit. En séminaire, combien de fois revient-on en arrière ou se déplace-t-on vers l'avant pour retrouver l'image appropriée? Quand on ne sort pas carrément du diaporama, pour aller chercher sur son disque dur ou sur internet la ressource manquante. Combien de fois aurait-on aimé pouvoir raccourcir ou au contraire allonger tel développement, en ajustant en temps réel le nombre d'images? Dans chacun de ces cas, on rêve à une interface plus malléable, dont la manipulation de l'iPhone donne à peu près l'idée. Représenter sous forme de nuages les groupes d'images d'une photothèque ne devrait pas être d'une insurmontable difficulté. Un tel outil, où l'on pourrait choisir du doigt le visuel adapté, serait l'instrument idéal du conférencier du XXIe siècle. Qui mettra un nuage dans mon Powerpoint?

La loupe de Daguerre

image Comment décrire une photographie à quelqu'un qui n'en a jamais vu? Comment faire comprendre qu'il s'agit d'un nouveau type d'image, dont les caractéristiques diffèrent de tout ce qui est alors connu? Dans les lettres ou les comptes rendus rédigés dans les premiers mois de l'année 1839 à propos du daguerréotype, avant la divulgation du procédé, plus encore que l'aspect monochrome ou l'absence de mouvement, un trait a particulièrement frappé les observateurs: l'extrême finesse de la définition, qui se traduit par une incroyable minutie des détails. Pour rendre leurs lecteurs sensibles à cette dimension, qui suffit à distinguer le daguerréotype des représentations manuelles, Jules Janin, Alexander von Humboldt ou Samuel Morse relatent invariablement la même expérience (voir annexe ci-dessous). En examinant la plaque à l'aide d'une loupe, on y voit surgir de menus phénomènes, invisibles à l'œil nu: des brins de paille aux fenêtres des bâtiments du Louvre, une vitre cassée colmatée avec du papier, le texte d'une affiche, l'ombre projetée d'un oiseau sur le sable.

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La culture visuelle s'invite à Neuchâtel

14 heures d'enseignement répartis sur deux jours représentent sans nul doute une épreuve pour les étudiants. Pour le professeur, l'exercice revient à emprunter le rythme du marathon tout en essayant de maintenir pour chaque séquence la qualité du sprint. Une performance physique dont je suis sorti épuisé, mais ravi. Invité par Luc Debraine, journaliste au Temps, à inaugurer le premier cours de culture visuelle proposé par le nouveau master en journalisme et gestion des médias de l'université de Neuchâtel, j'étais partie prenante du programme original concocté par Vincent Kaufmann, qui compte parmi ses intervenants invités Catherine Bertho-Lavenir, Edwy Plenel ou Francis Pisani.

Elaboré a priori, mon plan de bataille a subi quelques modifications en cours de route. La confrontation avec un public neuf, éveillé et réactif, mais doté de points de repères différents de ceux auxquels je suis accoutumé au sein de mon labo, imposait une souplesse et la capacité d'adapter l'offre en temps réel. Au moment où une certaine technocratie nous chante les louanges de l'e-learning, entendue comme la réponse idéale à la pénurie organisée des formateurs, cette expérience m'a rappelé à quel point le rapport concret avec une classe est la condition essentielle de ce dialogue subtil, où l'on mesure par quelques signes discrets – un oeil qui s'allume, un rire, un bâillement, un soupir... –, la réaction de son auditoire à l'enseignement proposé.

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Bilan d'un trimestre du blog SLRU-EHESS

image Ouvert le 26 janvier 2009, le blog SLRU-EHESS, consacré au mouvement des enseignants-chercheurs, a publié 132 billets de 42 auteurs et 110 commentaires. Bénéficiant d'un large éventail de ressources multimédia, il a pu mettre à disposition de ses lecteurs 13 vidéos et diaporamas, 42 photos et 9 podcasts originaux, une documentation pdf accessible en flash, une revue de presse de 175 liens, ainsi qu'une veille permanente sur les principales sources d'information par l'intermédiaire de flux RSS.

Fréquentation: février/34.686 visiteurs uniques; mars/32.738 VU; avril/29.222 VU (moyenne: 1086 VU/jour, statistiques Urchin). Trafic total: 280 Go.

Réf.: slru.ehess.org

"Susan Boyle", ce n'est que de la télé

image Avant de se demander de quoi "Susan Boyle" est le nom (j'ai failli choisir ce titre, mais j'ai reculé devant la perspective d'une attaque en piqué de trolls badiouphiles et/ou badiouphobes), il convient d'établir s'il s'agit ou non d'un symptôme. Il y a plusieurs méthodes pour vérifier ce point. L'une est de balancer un billet sans attendre, en comptant sur les commentaires pour construire un état des lieux. Une autre est au contraire de laisser refroidir, pour voir si ça remue encore quelques jours plus tard. Bien des tentations n'ont pas survécu à ce traitement sans pitié. "Susan Boyle" (pour être clair: j'appelle "Susan Boyle" non la dame écossaise âgée de 47 ans, douée d'un physique ingrat mais d'un beau brin de voix, remarquée le 11 avril dernier lors de son passage à l'émission "Britain's got talent", mais la séquence issue de cette prestation, disponible notamment sur Youtube, qui a enregistré une fréquentation sans précédent), elle, résiste et gratte, bien après la date de péremption. Assez pour aller y regarder de plus près.

"Susan Boyle" est la première vidéo virale que je ne suis pas allé voir sur internet (jusqu'à aujourd'hui, du moins: c'est l'écriture de ce billet qui a suscité ma première consultation). Pourquoi faire, puisque j'en avais vu l'essentiel, réduit à quelques extraits, à la télévision? Soit un cheminement inverse de celui habituellement dessiné à partir du signalement d'un média en ligne, un réseau social ou un e-mail. Ce qui changeait d'emblée le rapport à l'objet. Au lieu d'une énigme qui sollicite notre participation, comme le rébus d'une chasse au trésor, ce cadeau déjà déballé décourageait plutôt la curiosité.

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A la recherche du modèle économique: et la pub?

image Une fois n'est pas coutume, je restitue un élément de la conversation de l'autre soir, au café des Arts et Métiers. Johan H*** raconte une rencontre récente de spécialistes des médias. Les journalistes, dit-il, étaient tous flippés - mais les plus flippés, c'étaient les publicitaires. Le problème n° 1 des médias en ligne, chacun le sait, est l'absence de ressources suffisantes pour soutenir des projets ambitieux. Mais plutôt que de pointer du doigt les rédactions, mes voisins de table tombent d'accord pour situer le fond du problème du côté des agences de pub, incapables de créer une communication innovante, adaptée aux nouveaux médias. Seul Google a su inventer un nouveau modèle. Pourquoi pas les autres, demandé-je? Trop d'argent: corruption, rigidités, incapacité de se renouveler. Je biche: moi qui ne suis pas un chaud partisan du modèle libéral, voilà une profession qui, quoique caressée dans le sens du poil par la main invisible, a l'air encore plus malade que l'université fonctionnarisée. Mais j'ai surtout l'impression d'avoir saisi un élément important de l'équation, que je n'avais pas encore aperçu. Merci les gars. Et merci de corriger ou de compléter ce dessin schématique, à propos duquel je n'ai pas encore lu grand chose sur la toile.

Le Monde passe aux aveux

image Un magnifique cas d'école. Le 1er avril dernier, le sociologue Jérôme Valluy, militant de la première heure du mouvement des enseignants-chercheurs, diffusait sur la liste de discussion de la coordination universitaire un appel à boycotter le journal Le Monde, sous la forme ironique d'une "Charte de bonne conduite" (voir ici-même: "Adieu, Monde cruel"). On a pu lire, notamment sur le blog de Luc Cédelle, l'expression de la stupeur incrédule qui a saisi le boulevard Blanqui devant cette atteinte aux droits imprescriptibles du journalisme "de référence". Non, était-il opposé en substance, Le Monde n'avait rien à se reprocher, sa couverture de la crise était juste et équilibrée. On préférait botter en touche, déplorant le mauvais goût de cette persécution antimédiatique, pure manifestation du terrorisme intellectuel ultragauchiste.

Trois semaines après la diffusion de la "Charte", c'est Jérôme Valluy qui a gagné. Le 22 avril, le quotidien a publié un dossier approfondi de 8 pages, qui répond sans rire aux questions essentielles: "Qui sont les acteurs de la crise?", ou encore: "Quels sont les points du litige?" ...pas moins de trois mois après le début du conflit. Ce record de promptitude journalistique a suscité l'hilarité de quelques confrères peu charitables ("Incroyable: Le Monde découvre l'existence d'un conflit dans les facs"). Mais cet exercice de rattrapage tardif est aussi un aveu qui donne rétrospectivement raison à ceux qui critiquaient la couverture du quotidien. Car la restitution des raisons du conflit est cette fois bien plus en faveur des enseignants-chercheurs, qui ne sont plus présentés comme un troupeau borné hostile à la magie réformatrice, mais comme des professionnels en butte à l'incohérence des pouvoirs publics. Il reste bien sûr des erreurs factuelles, qui témoignent du peu de familiarité des journalistes avec le mouvement («Derrière la mobilisation, deux moteurs: le Snesup, syndicat majoritaire chez les universitaires, et les différentes coordinations nationales» affirme par exemple un "chapô". Alors que c'est bien la coordination nationale des universités, secondée par les associations SLU, SLR et QSF, qui a lancé et organisé la mobilisation. Mentionner le Snesup, autrefois proche du parti communiste, en première place des "moteurs" trahit le réflexe du Monde de gauchiser le mouvement).

On ne saura probablement jamais combien de désabonnements ont conduit le quotidien à cette spectaculaire volte-face. Y apercevra-t-on la preuve de l'indépendance tant vantée du journalisme? Ou plutôt celle de l'efficacité de la pression du lobbying, seul levier susceptible de peser désormais sur l'industrie médiatique? Telle a bien été la perception immédiate de la "Charte" par la direction du quotidien. Puisse cette interprétation du poisson d'avril de Valluy ramener au bercail les lecteurs égarés.

  • Réf.: Dossier "Universités", Le Monde daté du 23 avril 2009, p. I-VIII.

Vieux, décrépis, grippe-sous, les médias français ne méritent pas l’internet

L’omerta est la règle suivie par tous les médias français d’avant la révolution du réseau, avec toujours comme ultime justification la survie des formats anciens, seuls capables d’être réellement rémunérateurs, au détriment de tout ce qui a fait que l’internet est une respiration, mieux un nouvel ordre. Aujourd’hui, la situation est incroyablement dangereuse sur la toile française. La survie est devenue la règle pour les médias "Pure Players" francophones. Quelques exemples: Deezer, Dailymotion sont étranglés par les revendications des ayants droit, d’un côté, et un sous financement de l’autre. Leur existence même est engagée. Sur le front de l’information, Bakchich, Rue89, etc., voient leurs revenus publicitaires largement menacés par les effets de la crise. Sans parler des radios en ligne, qui lèvent des fonds dans une unique perspective: décrocher une hypothétique licence de radio numérique terrestre.

Par Emmanuel Torregano, Electron libre, 24/04/2009 (via Jean-Baptiste Soufron/FB).
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L'autonomie veut dire la mise au pas des universitaires

Dans votre dernier livre, "Conditions de l'éducation", vous mettiez l'accent sur la crise de la connaissance. Le mouvement actuel dans l'enseignement supérieur n'en est-il pas une illustration?

L'économie a, d'une certaine manière, dévoré la connaissance. Elle lui a imposé un modèle qui en fait une machine à produire des résultats dans l'indifférence à la compréhension et à l'intelligibilité des phénomènes. Or, même si c'est une de ses fonctions, la connaissance ne peut pas servir uniquement à créer de la richesse. Nous avons besoin d'elle pour nous aider à comprendre notre monde. Si l'université n'est plus du tout en position de proposer un savoir de cet ordre, elle aura échoué. Or, les savoirs de ce type ne se laissent ni commander par des comités de pilotage, ni évaluer par des méthodes quantitatives.

N'est-ce pas pour cela que la question de l'évaluation des savoirs occupe une place centrale dans la crise?

Alors que les questions posées par les modalités de l'évaluation sont très complexes, puisqu'elles sont inséparables d'une certaine idée de la connaissance, elles ont été réglées de manière expéditive par l'utilisation d'un modèle émanant des sciences dures. Ces grilles d'évaluation sont contestées jusque dans le milieu des sciences dures pour leur caractère très étroit et leurs effets pervers. Mais, hormis ce fait, ce choix soulève une question d'épistémologie fondamentale : toutes les disciplines de l'université entrent-elles dans ce modèle? Il y a des raisons d'en douter.

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Small is beautiful (10): Le portrait du professeur

Création hier de mon profil sur Owni. Comme à chaque ouverture de compte web 2.0, je cherche une photo pour remplacer la vignette standard par mon portrait. Je ne suis pas chez moi – donc pas d'accès à ma photothèque. Je me rabats sur le tag "me" de mon compte Flickr. Fugitivement, je me souviens du dilemme que fut, en 2005, lors de mon inscription sur la plate-forme visuelle, le choix d'un autoportrait. Encore peu familier avec l'idée de voir ma tronche associée à chacun de mes faits et gestes, j'avais choisi, comme beaucoup de newbies, une image qui me cache plutôt qu'une image qui me montre: un reflet de mon visage saisi par inadvertance lors d'une reproduction de photo. Mais au-delà de son caractère protocolaire, cette solution présentait l'avantage de répondre à un problème simple. Je ne disposais en 2005 que d'un très petit nombre de photos de moi – et d'aucune image récente convenable pour cet usage.

Quatre ans plus tard, grâce à l'habitude qui s'est progressivement installée au Lhivic de documenter les séminaires, le matériel à ma disposition est nettement plus abondant. Sous le tag "me", pas moins de 76 portraits de votre serviteur en situation, dans des postures toutes plus dignes les unes que les autres de gloire et d'immortalité. Mais hier, va savoir, était-ce bile, était-ce humeur, pas moyen. Voilà que je me mets à les examiner l'une après l'autre sous toutes les coutures, à grands coups de clics furieux sur la vignette loupe. Là, c'est l'éclairage qui n'est pas à mon avantage. Sur celle-ci, j'ai l'air benet. Sur celle-là, on dirait que je m'endors. En voilà une qui est bien – mais justement, un peu trop: on va croire que je me vois en guest de la Nouvelle Star. Sur celle-là, on ne voit que mes cheveux gris. Et sur celle-ci, déjà ancienne, j'ai l'air trop jeune.

Quand c'est parti comme ça, inutile d'insister. Je choisis par plaisanterie un portrait de moi en buveur de bière. Manière de répondre à côté, parce qu'il faut bien se plier à l'usage, en dévoilant, à défaut de la profondeur de ma réflexion, l'étendue de mon humour. Bref, photo numérique ou pas, la réponse à l'injonction de se montrer reste une affaire délicate, à chaque fois renégociée, toujours transitoire, comme dans l'impossibilité de donner jamais pleine et entière satisfaction.

Spectres de la photographie. Arago et la divulgation du daguerréotype

Foucault, spectre solaire, 1844

Aujourd'hui comme hier, le rôle joué par François Arago dans la divulgation du daguerréotype en 1839 garde un goût prononcé d'aventure républicaine. Il se raconte comme la geste typiquement française d'un bon génie clairvoyant et désintéressé, qui inscrit la naissance de la photographie sous le signe des grands destins en lui octroyant le double baptême de l'Assemblée nationale et de l'Académie des sciences. Cultivée tout au long de la seconde moitié du XIXe siècle par les historiographes de l'enregistrement argentique, cette légende s'articule à un travail de constitution de l'origine, nécessaire à la bonne réputation du médium[1]. En mettant l'accent sur l'enthousiasme de l'accueil réservé à la nouvelle technologie[2], cette élaboration vise à installer l'évidence de la rencontre de la photographie avec la Nation. Ce faisant, elle réduit Arago à un simple médiateur et minimise la complexité du dispositif scientifico-politique qu'il met en oeuvre.

Dans la foulée du cent-cinquantenaire du médium, en 1989, la nouvelle historiographie de la photographie accorde progressivement plus d'importance au rôle d'Arago et reconnaît le caractère exceptionnel du processus de divulgation. Sa chronologie est affinée, sa dimension symbolique mieux prise en compte. Pourtant, les raisons permettant de comprendre les choix de l'astronome demeurent obscures. Sa réponse à la proposition de Daguerre est expliquée par sa sensibilité à l'idéologie progressiste[3]; le sens de son intervention est interprété comme une «politisation» de l'invention lui procurant une plus-value républicaine et patriotique[4]. Chacune de ces analyses apporte un éclairage précieux, mais laisse un sentiment d'inachevé. Quelle que soit la réalité de l'engagement d'Arago, élu député des Pyrénées-orientales depuis 1830 et futur membre du gouvernement provisoire de février 1848, ce serait faire injure à la sincérité de ses convictions républicaines que de ne pas constater la distinction nette entre ses activités politiques et ses responsabilités scientifiques. Malgré l'affirmation selon laquelle «le daguerréotype ne comporte pas une seule manipulation qui ne soit à la portée de tout le monde[5]», il faut considérablement tordre le sens de son célèbre rapport à la Chambre pour admettre de le ranger parmi les grandes pages du saint-simonisme. En réalité, l'accentuation de la dimension politique de son action, son interprétation exclusive en termes d'intérêt général évacuent toute interrogation d'un mobile personnel et se conforment au schéma de la légende républicaine non moins qu'aux idées reçues sur l'héroïsme des savants. Selon Anne McCauley, «ses motivations paraissent transparentes: en tant que scientifique ayant participé lui-même à des expérimentations optiques, il était tout naturel qu'il fut impressionné par la découverte capitale de Daguerre, et qu'il cherchât à attirer les honneurs de l'Etat sur une invention majeure[6]

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Ces artistes fantômes que sont les rappeurs français

Selon certains médias, je suis "le rappeur qui veut faire tuer Eric Zemmour". Voilà pour les présentations. Mes papiers? J'en ai quelques-uns, comme ceux que nous avons reçus cette semaine: une notification d'avocat signifiant qu'une plainte a été déposée par M. Eric Zemmour et ses avocats auprès du procureur de la République pour "des faits de menaces de crimes" et "d'injure publique". Ces accusations visent le texte d'un de mes titres récemment paru sur la Toile.

Revoilà donc le spectre terrifiant du rap aux valeurs morales crapuleuses et aux invectives criminelles. C'est le retour du hip-hop qui terrorise. Ennemi sanguinaire des institutions les plus honorables de ce pays. Les monstres sont revenus. La psychose nous rattrape. Quoiqu'elle ne nous ait jamais vraiment quittés.

Encore une fois, un rappeur est placé au centre de la polémique. Il faudra le clouer au pilori ou le faire passer à la barre. C'est seulement à cette condition que l'ordre social, médiatique et surtout moral retrouvera son harmonie. Cette fois-ci, la foudre m'a choisi.

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Valérie Pécresse, ministre de la liquidation de l'université?

image Petit problème de logique. Affirmer: 1) qu'on a tenu compte des "inquiétudes" des universitaires et réécrit le décret statutaire; 2) que la "grogne" est calmée; 3) que les quelques "perturbations" restantes sont le fait d'une petite minorité manipulée par l'ultra-gauche. Ce qu'ont répété Pécresse et Darcos tout le mois de mars. Comment passer de cette description apaisante à l'idée que «l'année universitaire sera menacée» si les cours ne reprennent pas après les vacances de Pâques, ainsi que le signifie la ministre depuis début avril? Car de deux choses l'une, ou bien la contestation se limite à quelques UFR fanatisées, auquel cas on ne voit pas bien comment cette impéritie locale serait susceptible de mettre en danger tout le système universitaire – ou bien la menace est réelle, auquel cas il faut se résoudre à penser que la mobilisation contre les projets gouvernementaux est large et vivace.

Cette dramatisation du conflit dans la bouche de Pécresse, immédiatement relayée par les médias soudain angoissés par la dégradation de "l'image des universités", est en réalité la première marque de reconnaissance de l'ampleur du mouvement par le ministère. Après la période des négociations en trompe-l'oeil et les annonces victorieuses de "sortie de crise" (dont la relecture un ou deux mois plus tard n'est pas sans effets comiques involontaires) est venu le temps des exhortations et des menaces. Sans reprise des cours et passage des examens, vous nuisez à la crédibilité de l'université et prenez le risque d'une fuite des étudiants dès la rentrée prochaine, dit en substance la ministre.

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Ils ne comprennent que la force

Il en dit des choses, ce film, par sa seule palette de couleurs! Prenez l’une des images que l’on a vues partout: Sonia Bergerac, la prof de français interprétée par Isabelle Adjani, coincée contre un mur par l’un de ses élèves, un grand Noir prénommé Mouss. Le teint diaphane, ses yeux bleus remplis à la fois de défi et de désarroi, elle porte un chemisier d’une blancheur éclatante, tandis que son agresseur est engoncé dans un blouson d’un noir brillant, avec un col de fourrure sombre. Tout au long du film, Madame Bergerac fait ainsi une tache lumineuse, symbole de pureté, de fragilité, d’innocence et de… blancheur, au milieu de ses élèves basanés.

Par Mona Chollet, Le Lac des signes, 12/04/2009.
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Ridicules réactionnaires

Il y'a quelques jours est sortie une vidéo qui a fait plus vite le tour du ouèb qu'une idée dans la tête d'Ivan Rioufol. On y voyait une agression dans un bus d'un jeune plutôt propre sur lui par d'autres jeunes plutôt pas propres sur eux, sur les choses de 3 heures du mat' à Paris. Et vu que les agresseurs étaient plus du genre à écouter du rap que du Michel Sardou, la chose a déclenché un buzz considérable et fulgurant dans les pauvres cervelles molles en ébullition permanente des réactionnaires de tout poil. Enfin ! Enfin ils tenaient LA preuve qu'ils avaient raison, qu'ils ne prêchaient pas dans le vide. Enfin ! Il se passait quelque chose qui allait venger le réac de sa vie de frustrations et d'aigreurs, il avait la certitude d'avoir décroché le gros lot, et là, pour le coup, il allait pouvoir se lâcher pour de bon...

Par CSP, 11/04/2009.
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