Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Le retour de la vengeance (Dove strikes again)

Le Fou est de retour – et il n'est pas content! Ceux qui ont suivi le feuilleton de l'affaire "Diplomatie Ouest-indienne Against ze Reste of ze World" se précipiteront pour la deuxième couche: Dove a encore frappé – et il y a de quoi s'énerver. Sortez vos comm!

PS. Plutôt que "tonton", je préfère qu'on respecte l'appellation traditionnelle de "Don André", faute de quoi, je risque d'avoir des problèmes avec le syndicat. Merci d'en tenir compte.

L'empreinte digitale. Théorie et pratique de la photographie à l'ère numérique

image Le 1er septembre 2007, Sophie, pleine d'enthousiasme après la deuxième diffusion sur France 2 du documentaire de Nils Tavernier, L'Odyssée de la vie[1], note sur son blog: «Je trouve ce document super bien fait! Je vous mets quelques photos trouvées sur le net… Voici donc les photos de l'ovulation à l'accouchement[2].» Suivent quatorze vidéogrammes, copiés sur le site du film, qui présentent les différentes phases de l'embryogénèse.

Maman de deux jeunes enfants, récemment enceinte du troisième, Sophie nous fait partager sur son journal électronique les portraits de ses bambins ainsi que les reproductions de ses premières échographies. S'est-elle aperçue que les images du film auxquelles sa grossesse l'a rendu particulièrement sensible ne sont pas de la même nature que ces enregistrements, mais qu'il s'agit d'images de synthèse? Leur donner le même nom que les photos de ses enfants n'est-elle qu'une facilité de langage, ou bien le symptôme d'une perception indistincte? Visuellement proches des célèbres photographies de Lennart Nilsson[3], dont elles s'inspirent en partie, les animations 3D de L'Odyssée de la vie appartiennent à la dernière génération des images réalisées par ordinateur, auxquelles la sophistication des effets de texture ou de lumière confère un réalisme impressionnant. La formulation de Sophie semble indiquer une confiance élevée à l'endroit des nouvelles images.

Lire la suite...

3e Festival du film militant

A Aubagne a lieu la troisième édition du Festival du film militant, du mardi 9 au samedi 13 octobre 2007. Les thématiques mises avant cette année sont "la souffrance au travail", "les prisonniers politiques aux USA", "Sexualité et politique (luttes de libérations LGBT et féministes)", "guerre sociale en Amérique Latine" ainsi que de nombreuses autres luttes nationales et internationales, d'une actualité brulante, traduites à travers différents formats et genres cinématographiques. Réalisateurs et réalisatrices ainsi que des acteurs et actrices du mouvement social seront présents.

Pour en savoir plus sur le festival et sur l'association SPID , consulter: www.festival.documentaires.info.

Quand les mots font défaut

Apparue dans le sillage du décès de Jacques Martin, une photographie fait actuellement l'objet de nombreuses reprises sur le web (par exemple ici, ici ou ici) et circule également par voie d'e-mail. La plupart de ceux qui reproduisent cette image, comme La Télé libre de John Paul Lepers, qui ne l'assortit d'aucune indication ni légende, n'en ont pas identifié la source: sa publication dans le n° 3044 de Paris Match du 19 septembre 2007, où elle est très précisément décrite: "Le 18 septembre 1984, les Martin reçoivent les Sarkozy. Cécilia tient Judith, née le 22 août. Sur les genoux de sa mère, Marie-Dominique, Pierre Sarkozy, né le 24 août".

Attribuée dans les colonnes du magazine à un(e) certain(e) "M. Le Tac", celle-ci ressemble à une image d'amateur plus qu'à une photographie d'agence. Il est intéressant de noter que la variante reprise sur la toile ne correspond pas à une copie de la version publiée. Comparée à celle-ci, l'image en ligne est plus claire, présente plus de détails dans les ombres, mais aucune trace de la trame quadri de la reproduction sur papier. Un léger défaut de positionnement dans le scan initial, qui fait pencher la photo de quelques dixièmes de degré dans le sens horaire – et que l'on retrouve sur toutes les reprises en ligne – apporte la preuve d'une origine unique. On peut supposer que sa mise en circulation est le fait de quelqu'un qui a eu accès, soit à la photographie originale, soit à une copie de travail, au sein de la rédaction.

Lire la suite...

Ceci n'est pas Auschwitz

image Le Mémorial de l'Holocauste à Washington a rendu public le 20 septembre dernier un album de 116 photographies de 1944 ayant appartenu à un adjudant du camp d'Auschwitz, Karl-Friedrich Höcker.

Il existe peu d'images privées réalisées par les gardiens des camps de concentration allemands. L'exposition "Mémoire des camps" dirigée par Clément Chéroux en 2001 avait présenté plusieurs groupes de photographies amateur, issues de Treblinka ou de Buchenwald. A chaque fois, le contraste est choquant entre ce qu'on sait de ces univers de torture et de mort et la vision d'une vie ordinaire étalée avec insouciance. Les titres des journaux ont cultivé ce paradoxe: "Fröhliche Stunden neben der Gaskammer" (Heures joyeuses près des chambres à gaz, Der Spiegel); "Les photos de la vie heureuse des tortionnaires d’Auschwitz" (Le Monde). La consultation des photographies, disponibles en ligne, confirme le caractère peu informatif d'un corpus qui pourrait être issu d'une garnison quelconque.

Mais à vrai dire, comment aurait-il pu en être autrement? S'attendait-on à la consignation des souffrances des prisonniers ou des remords de l'adjudant? Outre l'interdit strict qui pesait sur la mise en image des conditions de l'extermination, la forme même du recueil privé incitait à l'évacuation de tout détail fâcheux. Sont-ils plus fidèles, nos propres albums, qui sélectionnent eux aussi les sourires, les vacances et les anniversaires, et omettent soigneusement les accidents, les conflits ou les enterrements? Récit de vie esthétisé, soumis à de puissants codes formels et sociaux, bien décrits par Bourdieu, l'album est le support rituel d'un petit théâtre du bonheur plutôt que le reflet de la réalité. L'album Höcker montre comment la photographie, malgré son caractère d'empreinte, peut manquer le réel. Sans retouche, ni trucage. Simplement, en regardant à côté.

Références

Une nouvelle image de la France

Il va falloir s'y faire. Alors que les démagogues n'ont d'yeux que pour le contrôle de l'immigration, présentée comme le problème numéro un de la population française depuis l'apparition du chômage de masse, les démographes ont fait une découverte autrement préoccupante. Le nombre de Français établis à l'étranger serait en forte croissance, de l'ordre de 40% sur la période 1993-2002. Hervé Le Bras a tenté d'estimer la réalité d'une perte de population que les organismes officiels s'efforcent de dissimuler. “En résumé, les prétendues "omissions nettes" ont occulté un puissant mouvement démographique qui s'est lentement construit depuis la fermeture des frontières, un mouvement d'émigration des jeunes hors de France” ("La France, pays d'émigration", Les Quatre Mystères de la population française, Paris, Odile Jacob, 2007, p. 73-74).

A cette vision nouvelle, une campagne de la Fondation pour la recherche médicale donne pour la première fois une image, celle de la fuite des cerveaux, dans un spot réalisé bénévolement par l'agence RMG Connect. Appuyée sur un diagnostic qui vaut pour l'ensemble de la recherche publique, cette campagne alerte sur la crise des vocations provoquée par une politique de la recherche désastreuse, et appelle à soutenir les jeunes chercheurs.

Télécharger le dossier de presse (pdf).

EHESS: un déménagement de trop?

image Pris au piège du durcissement des obligations de santé publique, l'EHESS doit faire face aujourd'hui à de graves interrogations sur sa localisation. En juillet 2006, un rapport d'expert indique que le désamiantage de l'immeuble du 54, bd Raspail, prévu pour être effectué en site occupé, sur la base d'une rotation des bureaux, présente des risques sanitaires et ne peut être réalisé dans les délais imposés par la loi. Cette circonstance imprévue oblige à revoir de fond en comble la programmation du plan quadriennal 2006-2009. La durée du chantier de désamiantage – plusieurs années pendant lesquelles les locaux devront être évacués – mais aussi les besoins criants de locaux et l'éparpillement des sites parisiens de l'EHESS incitent la direction de l'Ecole à envisager une reconfiguration immobilière de grande envergure.

Dès la rentrée 2006, le scénario d'une nouvelle implantation à la lisière d'Aubervilliers et de Saint-Denis est envisagé, non sans susciter une forte opposition, orchestrée par quelques caciques du 54, peu désireux de quitter leurs bureaux du 6e arrondissement. Une longue série de discussions internes se poursuit tout au long de l'hiver 2006-2007, établissant progressivement les contours d'un projet ambitieux, qui comprend la construction d'un immeuble de 25.000 m2, pour un montant de 65 millions d'euros. Ce programme sera inscrit le 23 mars 2007 au contrat de projet Etat-région 2007-2013, avec un apport des deux tiers promis par la région Ile-de-France. Après une assemblée générale houleuse le 31 mars, le conseil scientifique adopte le 9 mai une résolution précisant les souhaits de l'Ecole, dans le cadre d'une nouvelle Cité des Humanités et des Sciences Sociales, vouée à accueillir divers pôles ainsi qu'un campus étudiant.

Mais le 3 septembre dernier, un courrier de la présidente de l'EHESS informe les personnels que la dérogation attendue pour mettre ces plans à exécution a été refusée par la préfecture, obligeant à commencer au plus vite le chantier de désamiantage et à libérer le 54 dès la rentrée 2008, à un moment où le futur immeuble ne sera pas encore livré. Un autre bâtiment, situé sur la parcelle 521, prévu pour accueillir l'EPHE (Ecole pratique des hautes études), devra héberger à ses côtés dans des conditions provisoires les équipes de l'EHESS et de la MSH (Maison des sciences de l'homme). Cette annonce a réveillé toutes les inquiétudes. Ce nouveau déplacement préfigure-t-il l'abandon du premier projet d'implantation? Le partage d'un immeuble de 19.000 m2 entre trois institutions ou ce calendrier précipité constituent-elles des hypothèses réalistes? Une pétition a rapidement surgi pour demander l'interruption du processus, appuyée sur un blog qui, sous le titre Braudel's Nightmare, dévoile des photographies d'un environnement encore inhospitalier. La discussion, vive, se poursuit sur la mailing-list de l'Ecole. Une assemblée générale de tous les personnels est appelée aujourd'hui mardi 25 septembre à 12h dans le hall du 54, bd Raspail pour examiner l'ensemble de ces questions.

Lire la suite:

Pour un droit à la critique des images

image S'il existait un compteur de l'emploi du mot "décryptage", nul doute qu'il aurait atteint en cette rentrée des sommets historiques. Directeurs de programmes, journalistes et Paul Amar ne jurent que par lui. A ce terme qui fleure bon la théorie du complot, je préfère personnellement celui, moins sexy, d'analyse. Mais au-delà du vocabulaire, la décryptolalie témoigne d'un appétit bien réel pour l'interprétation des signes du quotidien. Ce dont on ne peut que se réjouir. Il faut cependant souligner une anomalie. Alors que la loi permet, lorsqu'on étudie un texte, de mentionner le passage qui fait l'objet de l'analyse, en vertu du droit de citation, ce droit n'existe pas en matière d'images fixes. Il s'agit d'une particularité française: les Etats-Unis ou le Canada recourent au fair use, ou usage équitable, et l'Allemagne dispose d'un droit de citation en bonne et due forme protégeant l'argumentation scientifique (voir: "Le droit aux images et la publication scientifique").

En l'absence d'une telle disposition, les candidats au décryptage ne peuvent publier les images sur lesquelles ils travaillent sans l'autorisation expresse de leurs auteurs ou ayants-droits. Cette obligation peut devenir un obstacle infranchissable. Le numéro 17 d'Etudes photographiques proposait par exemple une étude de Marie Bottin consacrée à la réception française de l'oeuvre de Nan Goldin. Réalisé dans les conditions désintéressées et indépendantes de la recherche universitaire, cet article ne prend pas de gants pour décrire les paresses mythographiques d'une certaine critique et ébrèche une légende patiemment construite. Voilà qui n'était guère prudent puisque, pour illustrer cette contribution, encore fallait-il que la rédaction recueille l'accord de l'artiste. Après avoir requis de prendre connaissance du texte, ses représentants ont décidé de nous refuser cette autorisation. L'article a été publié sans aucune illustration.

Lire la suite...

La censure sur Flickr: scandale ou nouveau sport?

image Photographe et blogueur, Thomas Hawk est connu pour l'affection sourcilleuse qu'il porte à la plate-forme visuelle Flickr. Les cas de censure injustifiés trouvent en lui un héraut toujours prêt à la croisade. Dans un billet daté du 21 septembre, il évoque l'image d'un jeune enfant, retirée du site sous prétexte que celui-ci a une cigarette à la bouche. Hawk ne précise ni l'auteur de l'image ni sa source, mais illustre son billet d'une célèbre photographie de 1969 par Joseph Szabo (voir ci-contre). Et livre à la vindicte la notification envoyée par le service: “Images of children under the age of 18 who are smoking tobacco is prohibited across all of Yahoo's properties. I've gone ahead and deleted the image from your photostream. We appreciate your understanding.” (Les images d'enfants de moins de 18 ans fumant du tabac sont interdites sur tous les sites de Yahoo. En conséquence, j'ai effacé cette image de votre flux. Merci de votre compréhension.)

Lire la suite...

Télérama rend hommage à Jacques Martin et moi

Il y a au moins un consensus que les connoisseurs de la blogosphère partagent. Le titre "Actualités de la recherche en histoire visuelle" est à coucher dehors. Schneidermann, toujours fin nez, avait été le premier à repérer ce travers – et il est désormais de bon ton, lorsqu'on cite ARHV, de souligner cette infirmité. Télérama, à son tour, n'omet pas d'enfoncer le clou, dans un dossier intitulé "Comment se retrouver dans la galaxie des nouveaux médias" (n° 3010, 22-28 septembre).

L'examen du web par les anciens médias ne donne pas toujours des résultats convaincants. Mais le panorama brossé par Télérama, quoique rapide, n'est pas sans pertinence. Premier signe qui ne trompe pas: il ne mentionne pas Loïc Le Meur. Plus sérieusement, on sent que les journalistes (Emmanuelle Anizon, Erwan Desplanques, Wéronika Zarachowicz) s'appuient sur une observation réelle et portent un regard positif sur les nouvelles fonctions du réseau. ARHV figure en bonne place dans la galaxie des "médias critiques", aux côtés d'Acrimed et d'@rretsurimages.net, et fait l'objet d'un encadré louangeur (que je vais relire tous les matins en faisant mes actions de grâce, voir ci-dessous). “On attend toujours la révolution annoncée”, conclut néanmoins le papier. Cette phrase est passionnante. La perception qu'ellle exprime fait précisément partie des objets de mon séminaire de cette année, où l'on essayera de comprendre, exemples à l'appui, pourquoi l'on n'aperçoit pas une révolution alors que celle-ci est en marche. Emmanuelle, Erwan, Wéronika, si le coeur vous en dit, vous êtes les bienvenus!

Lire la suite...

Une rencontre fatale

image Texte de l'intervention de Michèle Chomette à la table ronde "Le marché de la photographie historique et de témoignage", le 17 septembre 2007, Drouot-Montaigne.


S'il s'agit de me présenter tout en étant brève, je dirai que ma rencontre avec la photographie en 1975 relève du hasard, hasard soudain, tranchant et éblouissant comme la foudre.

Il y a une vie avant, sans – oubliée, et une longue histoire, avec et pour la photographie, qui m'a menée jusqu'à vous aujourd'hui.

Cette rencontre fatale a été initiée d'emblée sous le signe de la collection, sans que je sois retenue par des barrières et des a priori alors qu'ils étaient légion dans un monde de l'art aveugle – qu'il s'agisse des musées, des critiques, des acheteurs potentiels ou de tout un chacun.

Étant de nature plutôt combative, c'est justement ce qui m'a déterminée à agir en empruntant tous les chemins et formes susceptibles de rendre contagieuse ma propre découverte. Ce furent huit années d'un nomadisme intense pour porter la bonne parole, ou plutôt les bonnes images, à des destinataires qui ne les attendaient pas.

Lire la suite...

La classe...

Carton d'invitation à l'installation et à la remise de l'épée de Lucien Clergue, nouvel académicien des beaux-arts, le 10 octobre 2007 sous la Coupole. Comment on s'habille?

L’art d’insulter le client avec sa propre image

Pour emprunter régulièrement les transports en commun de la région parisienne, de plus en plus d’usagers sont amenés à se procurer une carte d’abonnement nommée "passe Navigo". Sur cette carte figure une photographie de l’abonné(e), prise en agence au moyen d’une simple webcam. Le résultat qu’on m’a proposé en ma qualité de nouvel abonné, il y a déjà quelques mois de cela, est affligeant. Passe encore que ma tête soit complètement décentrée à gauche dans le cadre, mais que mon visage soit seulement éclairé par le néon blafard et hésitant du plafond de l’agence; que la finesse de l’image soit si redoutable qu’on peine à y distinguer l’existence de mes lunettes… Nul besoin d’être un hypersensible de l’image pour estimer que c’est là du grand n’importe quoi. Quelle est l’utilité de ce portrait sur une telle carte? Dans la pratique, je peine à la cerner. La carte est dotée d’une puce lue à distance, qui déclenche une sonnerie à l’attention du conducteur du bus lors de l’embarquement, ou qui provoque l’ouverture d’une porte à l’entrée du métro. Aucun agent ne se soucie de cette photo.

Par Erwan, Iconique.net, 18/09/2007.
Lire la suite...

Call for papers: colloque "Cinéma et bande dessinée"

Cinéma et bande dessinée: affinités, divergences et nouvelles interférences
XV International Film Studies Conference, Udine, 3-6 mars 2008.

Le souci de confronter cinéma et bande dessinée ne date pas d’hier. Au premier abord, il s’explique par une multitude d’affinités et de concordances apparentes. Les deux médias semblent en effet partager une visée similaire: raconter au moyen d’images en séquence. Ils utilisent les images comme matière première de représentation et exploitent l’intarissable potentiel de leur articulation par le recours à une pratique de "montage", au sens large du terme. Mais si le cinéma et la bande dessinée semblent incarner pour le premier la mise en continuité et pour la seconde la mise en contiguïté d’images formant séquence, leur affinité élective demeure somme toute superficielle, et il est à cela plus d’une raison.

En effet, plusieurs systèmes d’expression partagent les mêmes préoccupations de monstration et de montage: le photo-roman, le reportage photographique, la télévision, le site web, le jeu vidéo, etc. On est alors en droit de se demander quelle est la nature réelle du lien entre le 7e et le 9e art. D’autant que les différences peuvent sembler irréductibles. Il suffit pour s’en convaincre d’évoquer des questions aussi cruciales que celle du temps, qui constitue l’essence même du défilement de l’image et du montage cinématographiques et qui, en bande dessinée, n’est accessible que sous forme métaphorique, le lecteur étant le seul maître de son rythme de lecture et de ses arrêts sur image. La question de l’espace en bande dessinée constitue aussi une pierre d’achoppement importante. Ce qui est vu, étant pour ainsi dire toujours prévu (selon l’expression de Peeters), de par la contiguïté tabulaire des images sur la page. Et que dire de la nature de trace dessinée qui forge l’image de bande dessinée, celle-ci entraînant toujours avec elle une sorte d’effet de signature, alors que la monstration filmique reste pour sa part fortement marquée par la performance technologique de captation.

Lire la suite...

Un art comme les autres? La photographie et le musée au tournant du XXe et du XXIe siècle

image En 20 ans, notre perception de la photographie du XIXe siècle et des premières années du XXe siècle a considérablement changé. Jusqu’alors cantonnée au cercle de l’érudition, on peut dire aujourd’hui que la photographie de cette époque a bénéficié de la revalorisation et de l’actualisation de l’ensemble de l’art du XIXe siècle. On pourrait évoquer l’enrichissement des collections ou le développement des institutions spécialisées, mais nous avons préféré souligner la corrélation entre la recherche et la muséographie à travers le rôle des expositions dans la transformation de notre regard sur la photographie. Cette photographie du XIXe siècle appartient désormais à l’histoire de la modernité. Mais, de surcroît, elle s’est dégagée d’une simple valeur documentaire et d’un rôle de servante des arts, la photographie est comprise comme un phénomène de création, au-delà des frontières esthétiques. Cette créativité reconnue a connu un moment fort: en 1989, les grands musées dans le monde fêtaient unanimement les 150 ans de la divulgation de la photographie. Le musée d’Orsay proposait alors une manifestation originale intitulée "L’invention d’un regard", où il ne s’agissait plus de sacraliser les grands noms mais de rendre exemplaires les modalités expressives de la photographie: cadrage,vitesse, plan rapproché, etc. Si un fort tribut était alors versé à la vision américaine de l’art photographique – et notamment à la sensibilité du grand conservateur du MoMA, John Szarkowski, récemment disparu - c’est-à-dire s’il s’agissait bien de faire reposer l’art de la photographie sur les seules spécificités du médium, le propos trouvait en France et en Europe une réception différente, presque paradoxale. Il s’agissait de ce côté de l’Atlantique de regarder les photographies en fonction de leurs usages de l’époque et, de là, en percevoir les enjeux esthétiques. En n’oubliant jamais leurs déterminations socio-économiques, en ne séparant jamais la forme du fond, en établissant une corrélation indéfectible entre créativité et fonctionnalité, bref en ne "déshistoricisant" jamais l’image ce qui avait été le grand projet du dogme moderniste américain. A bien des égards c’est ce qui nous a semblé marquer toute une génération et qui est une position prometteuse aujourd’hui: le retour de la question de l’usage dans l’histoire et l’esthétique des images.

Lire la suite...

< 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 49 50 51 52 53 54 55 56 57 58 59 60 61 62 63 64 65 66 67 >