Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Le gréviste, l'instituteur et le journaliste

Contrairement à l'image un peu primitive qu'en proposent ces temps-ci les médias, le fonctionnaire a plus d'un tour dans son sac. Qu'on en juge: voici la poésie que fait apprendre aujourd'hui l'instituteur à mon fils en classe de CM1.

Le Cochon, la Chèvre et le Mouton

Une chèvre, un mouton, avec un cochon gras,
Montés sur même char, s'en allaient à la foire.
Leur divertissement ne les y portait pas;
On s'en allait les vendre, à ce que dit l'histoire.
(...) Dom Pourceau criait en chemin
Comme s'il avait eu cent bouchers à ses trousses:
C'était une clameur à rendre les gens sourds.
Les autres animaux, créatures plus douces,
Bonnes gens, s'étonnaient qu'il criât au secours:
Ils ne voyaient nul mal à craindre.
Le charton dit au porc: “Qu'as-tu tant à te plaindre?
Tu nous étourdis tous: que ne te tiens-tu coi?
Ces deux personnes-ci, plus honnêtes que toi,
Devraient t'apprendre à vivre, ou du moins à te taire:
Regarde ce mouton; a-t-il dit un seul mot?
Il est sage. - Il est un sot,
Repartit le cochon: s'il savait son affaire,
Il crierait comme moi, du haut de son gosier;
Et cette autre personne honnête
Crierait tout du haut de sa tête.
Ils pensent qu'on les veut seulement décharger,
La chèvre de son lait, le mouton de sa laine:
Je ne sais pas s'ils ont raison;
Mais quant à moi, qui ne suis bon
Qu'à manger, ma mort est certaine.
Adieu mon toit et ma maison.”

Dom Pourceau raisonnait en subtil personnage:
Mais que lui servait-il? Quand le mal est certain,
La plainte ni la peur ne changent le destin;
Et le moins prévoyant est toujours le plus sage.

Jean de La Fontaine, Fables.

La moralité, selon Fox News

Ou quand une chaîne se proclame des “bonnes” valeurs familiales, tout en montrant le plus de nudité et de violence possible. Quel tour de force: Fox News shows more sexualized violence and humiliation than probably any other network — all in the name of condemning it - while under-showing violence in Iraq, all in the name of supporting it...

Par Jerome Itu, Inside the USA, 14/11/2007.
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Libé n'a plus d'yeux pour les étudiants

image Une manif a mille visages. Phénomène polymorphe aux contours imprécis, elle offre à la vue tout l'éventail des comportements – et au photographe une vaste gamme de traitements. Selon l'angle retenu, on peut la montrer nombreuse ou anémique, souriante ou morose, dynamique ou amorphe. C'est dire si le choix d'une image est ici significatif. Significatif, non de l'événement, mais du regard qu'on porte sur lui.

En mars 2006, lors de la crise du CPE, Libération, fidèle à son histoire, s'était rangé du côté des manifestants. La grille de lecture visuelle était clairement la référence à mai 68. Volontiers éclairées par la lueur chaude d'un fumigène, les images chantaient l'ode à la jeunesse, au dynamisme et à la liberté. Un an et demi plus tard, beaucoup de choses ont changé. Joffrin a remplacé July à la tête du journal. Sarkozy a remplacé Villepin à la tête du pays. Sous le losange rouge, pour la première fois, les manifestations étudiantes ont perdu leur air de fête.

Sur la couverture du 9 novembre 2007 (voir ci-contre), foin des jeunes filles souriantes de jadis, trois jeunes gens occupent l'espace. On distingue quelques têtes à l'arrière-plan, mais la vue est en contre-plongée: impossible de savoir s'ils étaient dix mille ou deux cent – va savoir pourquoi, on n'a pas l'impression qu'ils étaient bien nombreux. Les couleurs sont froides et sombres, l'horizon bouché. Pas un brin de ciel bleu, qui signifie l'espoir. Surtout, ces trois étudiants sont entre eux: pas un coup d'oeil vers nous, pas un regard en avant, ni vers l'extérieur. Ils sont tout entiers à leur préoccupation du moment. Qui n'a pas l'air des plus aimables. Le personnage central, la bouche ouverte sur un cri, a les yeux presque clos. Une attitude reprise par son compagnon de gauche, dont le bas du visage est coupé. Comme les deux oreilles qui encadrent la scène, à gauche et à droite de l'image, et la referment à la manière d'un flipper. Le tout forme un bloc grimaçant et bizarre, sorte d'évocation moderne du Laocoon.

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Colloque: "L’auteur de cinéma: histoire et archéologie d’une notion"

image L’auteur de cinéma: histoire et archéologie d’une notion
Colloque international, 6-8 décembre 2007
Institut national d’histoire de l’art
Galerie Colbert, Salle Vasari, 1er étage, 75002 Paris
accès par le 2, rue Vivenne ou par le 6, rue des Petits-Champs. Métro Bourse ou Palais-Royal

Organisation scientifique: Christophe Gauthier et Dimitri Vezyroglou
Institut d'histoire du temps présent/CERHEC, université Paris 1

Jeudi 6 décembre 2007

  • 9 h 00 – Accueil des participants et ouverture du colloque.

Mot de bienvenue de Fabrice d’Almeida, directeur de l’Institut d’Histoire du Temps Présent (CNRS), d’Eric Darragon, directeur de l’équipe d’accueil 4100 Histoire culturelle et sociale de l’art (Paris I) et de Jean Gili, directeur du Centre d’études et de recherches sur l’histoire et l’esthétique du cinéma (Paris I).

  • 9 h 30 – Introduction, François Thomas (Paris III).

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Des idées à l’affiche

Lorsque nous déambulons à travers la ville, nos regards sont distraits par de multiples messages visuels, certains "sauvagement" placardés sur les murs, d’autres encadrés avec soin dans un mobilier urbain conçu tout spécialement à cet effet, je veux parler des affiches. L’affiche est la toile de fond de notre environnement citadin, elle émaille le parcours de nos trajets quotidiens. (...) Mais au fait, d’où sort-elle? Annonce commerciale ou institutionnelle, en avant-première de son "affichage public", l’affiche publicitaire est l’aboutissement d’une réflexion, d’un cheminement parfois long et sinueux, pour que l’idée d’un visuel ou d’une accroche jaillisse de l’esprit du graphiste (ou plutôt de l’affichiste), pour qu’il la fixe sur le papier et que, une fois validée, imprimée, et affichée, l’accroche capte l’attention du passant et retentisse dans son esprit.

Par Agnès Stienne, blog du Monde diplo, 07/11/2007 (via Rezo.net).
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ARHV veille sur les images

Graphique de la progression de la fréquentation du domaine lhivic.org depuis novembre 2005

500e billet sur ARHV (dont 470 par votre serviteur), ouvert il y a deux ans. L'heure de faire le point en chiffres.

- Rang Technorati: 153 (40.190).
- 3.619 visiteurs uniques/jour pour le mois d'octobre (soit 112.193, dont 21% par fil RSS; ce chiffre était de 44.000 en novembre 2006).

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La preuve par l'image

Une primeur sans doute, une bande-annonce qui ne montre aucune image du film, mais seulement les réactions du public lors de la première ce film d'horreur espagnol. De quoi convaincre les aficionados du genre...

Par Alain Gerlache, Le Blog Medias, 06/11/2007.
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Au fond du jardin, ma consolation

En manière d'hommage à ce joli blog découvert par hasard, Animaregard – et aussi parce que pas le temps aujourd'hui (soutenance de thèse demain) – voici un petit échantillon visuel "à la manière de Hélène M." (à ne pas manquer chez elle: le cairn aux chewing-gums, la photo numérique jamais vue, sans oublier l'incroyable typo en "étron de caniche").

image De quoi qu'est-ce? Indice n° 1: j'ai été absolument fasciné, il y a quelques années, par la lecture de La Vie est belle (Points Seuil, 1991-2004, en anglais: Wonderful life: the Burgess Shale and the nature of history). Stephen Jay Gould est un de mes auteurs préférés, dont j'admire la profondeur autant que le sens du récit. La Vie est belle reste pour moi un livre magique, parce qu'il fait toucher du doigt, avec la faune de Burgess (-525 millions d'années), l'étrangeté absolue de formes vivantes qui ne sont comparables avec aucune espèce connue. Indice n° 2: je suis un historien dont le regret le plus sincère est que la machine à remonter le temps ne soit qu'un rêve à tout jamais inatteignable.

Je ne verrai jamais de mes yeux la faune de Burgess, et ça, que voulez-vous, quand j'y pense, ça me met au coeur le plus affreux des chagrins. C'est pour ça qu'on me voit parfois errer, au fond du jardin, les mains dans les poches et les yeux dans le vague. Et qu'y a-t-il donc, au fond du jardin? Au fond du jardin, il y a un bac à compost, où s'entassent les épluchures et les restes des repas. Dans cet humus, on aperçoit des merveilles: des oligochètes, ou lombrics, descendants directs des annélides du Cambrien, les plus anciens animaux pluricellulaires, des oniscides, plus communément appelés cloportes, crustacés terrestres qui ressemblent comme deux gouttes d'eau aux arthropodes primitifs. Une vermine grouillante et prodigieuse, qui s'ébat et fouille et tripaille. Ma machine à remonter le temps du pauvre.

Comme la gauche, Facebook ne sert à rien

La France a inventé le Minitel, Tim Berners-Lee le web. Est-ce pour cette raison que, au pays de Molière, toute innovation en ligne doit d'abord essuyer un violent tir de barrage? Après Google ou Wikipédia, dont les auteurs français nous ont puissamment démontré le caractère pernicieux, néfaste et vain, la mode littéraire de la rentrée est au Facebook-bashing.

Exemple-type: à l'instar de Finkielkraut consacrant tout un livre à une matière qu'il ignore[1], un quidam, après avoir passé quelques heures sur le site, se fend d'un article sur Agoravox pour nous assurer que “Facebook n’a aucun intérêt” (sauf les groupes). Bon samaritain, il nous alerte: “Derrière Facebook, il y a un business, de l’argent à faire. D’où mon interrogation sur le devenir de toutes ses informations que l’on va entrer dans Facebook, leur exploitation, enfin leur pérennité”. Et conclut, impavide: “Alors Facebook, un futur geôlier?”

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Projection du film "Universités, Le Grand Soir"

Projection publique du film Universités, Le Grand Soir
Vendredi 9 novembre 2007, à partir de 16h, Grande Salle de l’ENS, 48, Boulevard Jourdan, 75014 Paris (M° Porte d’Orléans ou RER Cité U. ou T3 Montsouris)
Entrée libre

Un film (68’) proposé par Sauvons la Recherche-Paris et l’Autre campagne

La France vit depuis 1968 dans la crainte des manifestations étudiantes. Aucun gouvernement n'a réussi à réformer depuis, en profondeur, un système qui n'est plus adapté au monde moderne. Les aménagements postérieurs à 1968 n'ont pas rompu totalement avec cette idée bien française que la finalité de l'Université n'est pas de s'adapter mais de transformer la société. (Claude Goasguen, délégué chargé de la Recherche et de l'Université à l'UMP).

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La valise rouge, ou le hors champ

Déjà signalé sur ce blog, le buzz d'une image fixe est beaucoup moins facile à évaluer que celui d'une vidéo. En l'absence de carrefours d'audience tels YouTube ou Dailymotion, sans compteur de vues ni situation chronologique, la surveillance de la circulation d'une photographie reste une affaire qui relève du connoisseurship plus que d'une approche méthodique. En la matière, toutefois, un signe ne trompe pas. La rapidité de sa reproduction en des lieux divers est un indicateur fiable de son caractère viral.

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Le campement rue de la Banque évacué

image Le campement des mal logés de la rue de la Banque a encore été évacué ce matin vers 11h, après une première intervention des forces de l'ordre hier vers 6h, lors de laquelle toutes les tentes avaient été confisquées. Après une nuit pénible, une nouvelle intervention musclée ce matin, au cours de laquelle plusieurs personnes ont été blessées, a délogé complètement les familles, repoussées plus loin dans la rue. Un peu plus tard, Josiane Balasko et Emmanuelle Béart viendront apporter leur soutien, après Guy Bedos et Richard Bohringer avant-hier et Depardieu hier.

Ici, Emmanuelle Béart au micro de RTL dans la rue de la Banque, face au cordon de CRS après l'expulsion.

Par Hughes Léglise-Bataille, photo légendée sur Flickr, album "Droit au logement", 1er novembre 2007.

Le déménagement de l'EHESS sonne-t-il le glas des sciences humaines?

image Une tribune signée par quelques savants de renom, publiée le 26 octobre sous le titre "Menace sur les sciences humaines", a relancé la polémique à propos du déménagement de l'EHESS et de l'EPHE. Cet épisode ne convaincra pas les spectateurs éloignés de l'institution de son désir de renouvellement. Malgré les profonds bouleversements du paysage médiatique, ce sont toujours les colonnes du Monde qui donnent le signal de l'émoi intellectuel. ARHV avait (évidemment) informé ses lecteurs, de façon précise et équilibrée, dès le 25 septembre – un mois plus tôt. Aucun élément factuel nouveau n'est intervenu dans l'intervalle qui modifie la description proposée.

Au moment où l'on évoque de plus en plus sérieusement le démantèlement du CNRS, l'article du Monde surfe complaisamment sur les peurs de la communauté académique. Il émane de la faction opposée au déménagement, auteur de la pétition et du site satirique Braudel's Nightmare. La veille, le Nouvel Observateur montrait qu'on pouvait avoir une lecture sensiblement différente du même scénario. D'autres contributions, comme celle de Baptiste Coulmont, sont venues entretemps enrichir la discussion et rappeler la diversité des points de vue.

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Compte rendu de "L’Oeil du photographe", de John Szarkowski

John Szarkowski, L’Oeil du photographe (traduit de l'américain par Lise-Éliane Pomier), Milan, Cinq Continents, 2007, 156 p, 156 ill. bichromie, 35 €, ISBN 978-88-7439-397-8.

Excellente initiative de la part des éditions Cinq Continents que cette version française (et italienne) d’un des livres clefs de l’histoire de la photographie américaine. Reproduction quasi-identique des éditions de 1966 et de 1980, ce volume au prix très abordable (35 €) présente une traduction (qui aurait pu être un peu meilleure et surtout plus fluide, mais qui reste passable) de l’essai fondateur de la pensée de John Szarkowski sur la photographie, ainsi que la série des images dans une qualité d’impression bien supérieure aux éditions d’origine.

Szarkowski (1925-2007), un peu photographe à ses heures, est surtout un grand conservateur qui a structuré par sa position centrale au MoMA et la durée de son mandat (1962-1991) non seulement ce qui s’est vu et fait aux États-Unis en matière de photographie, mais surtout qui a établi une conception de la photographie qui a duré au moins trois décennies. Il est aujourd’hui commun de dénoncer l’autorité parfois un peu dictatoriale que celui-ci a exercé sur le champ. Mais cette critique, quoique justifiée, doit aussi nous inciter à nous (re)plonger dans son travail. Car Szarkowski, contrairement à celui de bien des conservateurs, a produit des ouvrages qui ne sont pas des catalogues d’exposition (bien que fondés sur des expositions "repères") mais de vraies expressions théoriques formulées à travers une présentation des images. L’Oeil du photographe est donc à regarder autant qu’à lire. Véritable présentation manifeste, autant que musée imaginaire, cette collection d’images est remarquable par son ampleur et la version française nous permet de la (re)découvrir, avec un plaisir renouvelé, 40 ans après sa parution.

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Bourdieu still alive on Facebook

Après Dailymotion, Bourdieu revient hanter Facebook...

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