Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Soutenons les médias alternatifs avec Ségolène

image Toutes les initiatives audacieuses qui tentent de changer la situation de la concentration de la presse méritent d’être soutenues, au nom de la liberté de l'information et du pluralisme.

Ecrit Ségolène Royal, en suggérant de souscrire dès maintenant un abonnement de 9 € par mois (108 €/an) au projet de média en ligne MediaPart. Comme Versac et Nicolas Voisin, j'aime bien Benoît Thieulin – mais révolutionner le journalisme avec Edwy Plenel, ça ressemble quand même beaucoup à une bonne blague. Alors, parce que moi aussi je pense qu'il faut soutenir “les initiatives audacieuses qui tentent de changer la situation de la concentration de la presse”, j'ai un conseil à donner à Ségolène Royal. Poster sans attendre une missive sur les réseaux Désirs d'avenir en faveur de l'excellent portail Rezo.net (désormais doté de flux RSS). Un média qui, par un travail de fourmi, révolutionne quotidiennement le paysage de l'information. Un média “financièrement indépendant et exigeant éditorialement, (qui) cherche à inventer une réponse ambitieuse aux trois crises – démocratique, économique, morale – qui fragilisent l'information en France”. Sans tambours ni trompettes, ni papier de lancement dans le Monde. A gauche. Et pour pas un sou.

Tristesse du readymade

Les pratiques de citation et de détournement de Richard Prince ont suscité de nombreux débats depuis 1977. Intitulé "If the copy is an artwork, then what's the original?" (si la copie est une oeuvre d'art, alors qu'est l'original?), un article récent publié par le Herald Tribune a relancé la discussion. De la pire manière. “Que pensent les auteurs des images originales des photographies de leurs photographies, magnifiées en oeuvres d'art, mais sans que leur nom apparaisse nulle part?”, s'interroge le quotidien, en suivant les pas de Jim Krantz visitant la rétrospective actuellement proposée par le Guggenheim de New York. Photographe ayant produit des publicités pour Marlboro, Krantz est l'un de ceux dont les images ont été reprises par Prince. Les prix récemment atteints par les oeuvres du plasticien ("Untitled (Cowboy)" avait été la première photographie a dépasser le million de dollars en vente aux enchères en 2005) ont jeté de l'huile sur le feu – mais pas autant que la crise de l'édition musicale face au téléchargement, qui encourage une vision restrictive et policière de la création artistique.

L'article du Herald Tribune met en scène avec talent la souffrance d'un auteur spolié, qui réclame “reconnaissance et compréhension”. Comment ne pas s'émouvoir au récit de la tristesse du modeste artisan, qui se clot sur ces mots: “Ce n'est pas courant de voir un artiste qui n'est pas le créateur de sa propre oeuvre, et je ne comprends pas la frénésie tout autour. (...) Si je recopiais Moby Dick, est-ce que ça deviendrait mon oeuvre? Je ne sais pas. Mais je ne le pense pas.”

Pourtant, qu'aurait-on dit d'un article relatant la souffrance de Louis Duval, obscur concepteur chez Jacob Delafon d'un modèle d'urinoir, injustement dépossédé par Duchamp de son droit à la propriété intellectuelle et à la reconnaissance devant l'histoire? Quelle différence, à dire vrai, entre cet objet industriel devenu le paradigme de l'art du XXe siècle et une commande publicitaire dûment rémunérée, transformée par Prince en oeuvre?

Dans un débat rapidement devenu nauséabond, il faut saluer le courage d'un Thomas Hawk, photographe qui ose prendre la défense du plasticien sur son blog: “Je pense vraiment que le monde est meilleur avec Richard Prince et son merveilleux travail plutôt que si nous en étions privés.” Et Hawk d'inviter quiconque à faire usage de ses photographies dans un cadre créatif: “Si quelqu'un veut utiliser mes photos comme une partie de son propre processus créatif, qu'il le fasse.” Un point de vue libertaire et généreux devenu rare en matière artistique.

Une nouvelle taxe sur l'audiovisuel en ligne ?

Un amendement au projet de loi de finances rectificative a été voté à l'assemblée nationale. Il prévoit, sans qu'aucune concertation n'ait eu lieu, une nouvelle taxe, sur les recettes publicitaires de "tout site internet" qui diffuse des créations cinématographiques ou audiovisuelles: Art. 302 bis KF. – I. – 1. Il est institué une taxe assise sur le montant hors taxe sur la valeur ajoutée des sommes versées par les annonceurs et les parrains, pour la diffusion de leurs messages publicitaires et de parrainage, aux redevables mentionnés au 2 ou aux régisseurs de messages publicitaires et de parrainage. Ces sommes font l’objet d’un abattement forfaitaire de 4 %.

Par Versac, 12/12/2007.
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Visitez la France et ses musées

On ne dira pas le contraire: ce blog n'abuse pas des éditos politiques. Mes lecteurs m'autoriseront-ils à en glisser un sous le tapis, à l'occasion de la visite officielle de Mouammar Khadafi? On va faire comme si. Parce qu'il n'est pas si courant que j'exprime mon accord plein et entier avec le régime.

De une, avec les récriminations de Rama Yade qui – après celles de Fadela Amara – confirment la valeur qu'il faut accorder à la soi-disant "ouverture". Un ministre du gouvernement Sarkozy peut avoir la sensibilité qu'il souhaite et en témoigner librement. Pour ce que ça change.

De deux, avec la phrase de bienvenue du président: “Si nous n'accueillions pas les pays qui prennent le chemin de la respectabilité, que devrions-nous dire à ceux qui prennent le chemin inverse?” Qui traduit bien l'idée selon laquelle le problème n'est pas tant de savoir si la Libye est devenue une grande démocratie – mais de comprendre que c'est la France qui a fait la moitié du chemin vers la monocratie.

Visitez la France et ses musées. Après celui de la liberté de la presse, on ouvrira bientôt celui des droits de l'homme (en attendant le musée de l'université).

Nonfiction: (ne pas) comprendre Facebook et l'internet social

Le site nonfiction.fr, je l'avoue, me laisse perplexe. J'aurais pourtant dû me réjouir de voir un nouvel organe, accessible gratuitement, plutôt orienté à gauche, se consacrer au compte rendu des essais et de la production intellectuelle. Mais le blogueur est soupçonneux de nature. Un plan média à la grosse caisse, marqué par quelques parutions d'articles sur vrai papier avant même l'ouverture du site, ça ne fleure pas vraiment le web 2.0 ni le garage band. Alors évidemment, quand à l'occasion du lancement, le blogueur découvre en page de garde le portrait du pape des magazines, BHL himself – mais pas le moindre fil RSS (installés depuis) et une interaction restreinte, il se dit qu'on essaye de lui vendre du jarret au prix du filet, et de faire passer une resucée du Nouvel Obs pour un portail.

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La nature de l'histoire selon l'histoire naturelle

image Mes collègues historiens, lorsqu'ils discutent théorie de l'histoire, citent volontiers Hérodote, Michelet, Fustel, Bloch ou Veyne. Je n'ai pas souvenir (et serai ravi qu'on me rafraichisse la mémoire en cas d'erreur) de voir Darwin figurer parmi leurs principales références. C'est un tort. Lorsqu'on étudie les pratiques visuelles, on croise couramment d'autres approches – notamment l'histoire de l'art, l'histoire des techniques ou l'histoire des sciences –, qui nous aident à prendre du recul. Personnellement, je regrette beaucoup que les historiens de l'événementiel n'aient pas plus d'occasions de se confronter à l'histoire naturelle. C'est grâce à Stephen Jay Gould – l'un des plus grands historiens du XXe siècle et, avec Ricoeur, l'un des penseurs les plus profonds et les plus subtils de la temporalité –, que j'ai pour ma part découvert les capacités de questionnement de cette autre science historique, celle du vivant, qui a tant à voir avec la nôtre et tant à lui apporter.

Un exemple parmi d'autres – en forme de signalement pour la liste des cadeaux de Noël: le dernier ouvrage traduit en français de Richard Dawkins, professeur de biologie à Oxford et auteur du Gêne égoïste (Odile Jacob, 1996). Dans Il était une fois nos ancêtres. Une histoire de l'évolution (une traduction un peu fade du bien meilleur: The Ancestor's Tale. A Pilgrimage to the Dawn of Evolution, Houghton Mifflin Co, 2004), Dawkins décide de renverser le sens du récit. Au lieu d'une chronologie qui se déroule du passé à nos jours, il suit le fil de l'évolution à l'envers, s'éloignant du présent pour s'enfoncer vers l'origine. Le recours au modèle du pélerinage (ou de la machine à remonter le temps) a ici un but bien précis: désarçonner l'interprétation finaliste de l'histoire évolutive, qui découle tout naturellement de la vision rétrospective. Je n'ai le livre que depuis hier, et n'en ai parcouru que les quatre-vingt premières pages. Je ne sais pas encore si ce retournement de perspective tient ses promesses (j'ai l'impression que la composition de l'ouvrage, sous la forme de "fiches-cuisines" relativement indépendantes, facilite cette inversion). Mais je suis convaincu d'emblée de la fécondité du schéma, qui redéfinit immédiatement les enjeux de l'histoire autour de la notion de causalité, quelque soit le sens de la flèche du temps, et qui suggère de nous interroger sur la fausse ingénuité de nos outils de récit.

  • Richard Dawkins, Il était une fois nos ancêtres. Une histoire de l'évolution (trad. de l'anglais par Marie-France Desjeux), Paris, Robert Laffont, 2007, ill. index, 29 €.

L'album-photo définitif sur Hergé?

image Publié à l'occasion du centenaire de Hergé, cet épais volume d'un millier de pages, rédigées par l'ancien secrétaire de la fondation Hergé, avait été annoncé à grands coups de trompe comme la biographie "définitive" de Georges Remi. J'ai péniblement atteint la page 265 et ne suis pas sûr de poursuivre beaucoup au-delà – ce qui, pour un tintinophile, ne me paraît pas un signe très encourageant. Avoir nagé jusqu'à plus soif dans les archives du maître n'est visiblement pas une condition suffisante pour produire un essai historique digne de ce nom. A défaut d'un compte rendu proprement dit, je préfère m'acquitter d'un signalement en forme de recueil d'impressions non définitives, mais déjà marquées par la déception.

Pour autant qu'on puisse en juger après une lecture si brève, l'ouvrage me paraît souffrir de trois défauts rédhibitoires: un gros plan permanent sur Hergé, qui laisse constamment de côté les éléments de contexte. Impossible, en lisant l'ouvrage de Goddin, de connaître ce qui fait l'ordinaire d'une carrière d'illustrateur, de la pratique publicitaire ou de l'édition illustrée de l'époque. Sans cet arrière-plan, on ne comprend pas non plus ce qui fait les qualités propres du dessinateur. Cette constante myopie devient des plus gênantes au moment de l'évocation des rapports à la grande histoire, qui prend un tour volontiers bêtifiant: «En Allemagne, un homme infiniment plus dangereux que Rastapopoulos vient de gagner les élections. (...). Adolf Hitler a les pleins pouvoirs» (p. 189). No comment.

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J-332: une campagne en mal de blagues

La grève des scénaristes et auteurs de télévision, qui a démarré il y a maintenant plus d’un mois, peut-elle affecter le scénario des prochaines élections? Le blog du très sérieux Foreign affairs s’en est ému en début de semaine. D’abord, les séries se sont arrêtés et comme le remarque malicieusement le blog – après John McCain, d’ailleurs –, sans Jack Bauer dans 24h pour promouvoir l’usage de la torture, comment les républicains vont-ils pouvoir se justifier?

Par Gilles Bouvaist, USA 2008, 07/12/2007.
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Projection du film "Considérant que..."

La MJC Monplaisir et LaPRA présentent, dans le cadre de Vues sur Opinions: Considérant que..., documentaire de Dominique Roberjot et Christine Della-Maggiora (82', 2005-2007, Latitude 21 Productions)
Le jeudi 13 décembre 2007 à 20 h, en présence de Christine Dalla-Maggiora, rencontre-débat avec le public.

Tarif participatif: 5 €, MJC Monplaisir, 25 avenue des frères Lumière, 69008 Lyon.
Métro: ligne D (Sans Souci), Bus: 9 (Saint-Gervais), 23 (Lycée Colbert), 36 (Manufacture des tabacs ou Lycée Colbert).

“Ce film documentaire est le fruit d’une rencontre et d’un cri d’alarme qui nous ont profondément touchées. Il y a deux ans, nous sommes parties au Chili pour effectuer le repérage d’un documentaire sur le peuple Mapuche. Nous avons rencontré la Lonko (chef de communauté) Juana Paillalef et sa famille. Nous avons passé avec eux 10 jours au sud de la rivière Bio Bio pour préparer un scénario sur le thème de la criminalisation de la lutte Mapuche pour la récupération de leurs terres ancestrales.

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Les humeurs d'un journaliste

Michel Guerrin a publié dans "Le Monde des livres" daté du 9 novembre 2007 un assassinat en règle de L'Art de la photographie, volume dirigé par nos soins récemment publié aux éditions Citadelles & Mazenod. Tout y passe. Du prix «qui refroidit» à la couverture mensongère. Des «grands maîtres» absents, alors que des «nanards», des «seconds couteaux», «des dizaines de noms obscurs sont là». Des textes que leurs auteurs, «qui ont fait leur trou», «ont publié précédemment» forment un ensemble incohérent, à peine reliés entre eux par un «climat marxisant». Et l'article de se terminer sur ce cri: «Au final, une question: les auteurs du livre mettent en avant leurs analyses mais ont-ils regardé les images? On pense au grand Eugène Atget et à son travail sur Paris dont les rédacteurs se demandent pourquoi sa gloire a été orchestrée alors que "toutes les villes du monde ont connu au tournant du XXe siècle des campagnes de documentation patrimoniale". La réponse est simple: parce qu'il est meilleur que les autres.»

Chercheurs en histoire de l'art, professeurs d'université ou conservateurs de musée, les onze auteurs qui cosignent cette somme ne sont pas des inconnus. Réunis depuis plus d'une douzaine d'années au sein de la Société française de photographie, ils ont patiemment oeuvré à l'approfondissement de la recherche, inaugurant quantité de nouveaux chantiers, pilotant colloques et expositions, publiant ouvrages et articles, formant inlassablement de nouveaux chercheurs. L'Art de la photographie offre la première grande synthèse de ce long travail d'équipe, unique au monde dans l'histoire de la spécialité.

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Actes de la journée d'études "La photographie d'après-guerre: identité et inspiration"

Les interventions de la journée d'études doctorales "La photographie d'après-guerre: identité et inspiration", proposée le 27 juin 2007 à l'INHA par l’équipe d’accueil "Histoire culturelle et sociale de l’art" (université Paris 1) sont accessibles en pdf sur le site de l'ARIP (Association de recherche sur l'image photographique).

Comment illustrer son cours d'extraits de films

image Fiche pratique. En discutant avec des collègues ou des étudiants, je m'aperçois que l'idée de recourir à des extraits de films pour illustrer un cours ne va pas encore de soi. Au mieux, on utilise l'ordinateur portable pour lire des DVD, qu'on a pris soin de caler, par le biais d'une lecture préalable, au moment voulu. Il est pourtant possible, avec un minimum de moyens, d'isoler et de présenter proprement une série de séquences animées.

Disclaimer #1: on se bornera ici à l'environnement Mac (une description équivalente dans un environnement PC/Linux est la bienvenue en commentaire).
Disclaimer #2: je renonce à évoquer l'aspect juridique du problème. A vrai dire, personne n'y comprend plus rien. Et tout le monde se débrouille en faisant fi des dispositions inapplicables du ministère. A minima, s'agissant d'extraits, on s'appuiera tout simplement sur le droit de citation.

Il n'est évidemment pas question d'envisager ici des instruments de copie ou de montage complexes. Un prof ou un étudiant n'aura recours à l'extrait filmé que si ces moyens sont simples et utilisables avec des outils courants. Mon expérience m'a fait renoncer à la copie de DVD, qui suppose un crackage préalable – c'est interdit – et surtout une longue procédure de recopie intégrale, avant de pouvoir accéder au contenu et de le tronçonner en extraits. Encore envisageable lorsqu'il s'agit d'analyser une oeuvre et une seule, cette méthode devient très peu pratique dès qu'on veut comparer plusieurs films. Il existe un moyen beaucoup plus efficace: un petit logiciel de copie d'écran, très simple à utiliser: SnapzProX, d'Ambrosia Software. Cet outil est payant: 29 $ dans sa version de base, téléchargeable en ligne, utilisable 15 jours en démonstration. Je l'utilise depuis des années, il est fiable et fonctionne parfaitement dans tous les environnements OSX, PPC ou Intel, Tiger et Leopard.

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Le Swiss Press Photo reconquiert le glacier d'Aletsch

C'est le blog Diplomatie Ouest-indienne qui nous l'apprend: le prix Swiss Press Photo 2007 a été attribué au photographe zurichois Michael Würtenberg, pour une "interprétation" (à droite) d'une installation de l'américain Spencer Tunick, réalisée le 18 août 2007 en collaboration avec Greenpeace pour attirer l'attention sur le réchauffement planétaire (à gauche).

Je n'ai aucun goût pour ces mises en scène à grand spectacle, et je trouve plutôt affligeant de voir l'exercice photographique postmoderne, d'Arthus-Bertrand à Tunick, se réduire à quelques gimmicks facilement identifiables pour la presse magazine. Mais le choix du jury suisse n'en reste pas moins des plus curieux. Würtenberg est en effet l'auteur des deux photos ci-dessus: celle, officielle, de l'installation de Tunick (à gauche), tout comme la seconde, parue dans la NZZ am Sonntag, à laquelle il appose sa propre signature, cette fois comme concepteur (à droite). Plus conforme au style des cartes postales ou des calendriers, cette "interprétation" présente l'avantage de remplacer les peu esthétiques bas-ventres par le galbe plus affriolant des fessiers, et de restituer à la montagne sa jolie couleur bleue. Mais on ne peut s'empêcher de se demander si, tel Tintin plantant le drapeau de la FERS au sommet de l'aérolithe (L'Etoile mystérieuse), le Swiss Press Photo ne se sert pas de cette image pour reconquérir le glacier d’Aletsch – y réapposer symboliquement la marque de fabrique locale, de préférence à l'envahissement cosmopolite occasionné par Tunick. Après l'affaire de l'affiche du mouton noir de l'UDC, faut-il voir dans cette étrange attribution un "touche pas à mon glacier" typiquement helvétique? On attend les explications du jury, qui n'a fourni pour l'instant qu'une argumentation peu convaincante.

Facebook is la bouteille à la mer

image Au service militaire, il y avait ceux qui y avaient été – et puis les autres. Ceux qui auraient bien aimé savoir, mais n'auraient jamais osé franchir la porte. A chaque époque ses plaisirs interdits. Facebook, c'est un peu comme le bordel de jadis. C'est du moins ce qu'on se disait en entendant Paul Amar nous assurer, la main sur le coeur, qu'il n'irait jamais en ces lieux. Mais qui n'en brûlait pas moins de regarder sous les jupes, entretenant, l'oeil égrillard, quelque jeunesse blonde au sourire ultra-brite.

Pour Paul Amar et tous les autres qui aimeraient bien savoir – mais n'ont pas forcément une fille d'ancien ministre déchu sous la main –, levons un coin du voile. Que se passe-t-il sur Facebook? Pour commencer par le commencement, dans Facebook, il y a le "is". Juste après la photo et le nom, comme dans Twitter, le "is" nous dit de nos amis le temps qu'il fait, l'endroit, l'humeur, ou rien. Comme l'embrayeur de Roman ou l'index de Rosalind, il n'est rien par lui-même, pure interface entre l'identité avouée et l'état revendiqué, petit transistor à un état qui réveille de l'engourdissement électronique.

Comme tout sur Facebook, on peut s'en servir ou pas. Il y a ceux qui toisent le "is", l'ignorent ou le négligent. Car le "is" parle anglais, c'est son malheur – comme tout le site qui n'a d'yeux que pour la jeunesse dorée des cités cosmopolites. Des factions militent pour disposer d'un Facebook qui s'exprimerait enfin dans la langue de Molière – un Facebook qui dirait "est", comme vous et moi, qui commanderait sa baguette et mettrait son béret.

Grossière erreur. L'anglais de Facebook sur les terres de Bourgogne ou de Brie, c'est comme l'accent de Jane ou de Romy. Un écran de fumée, un voile poétique, un pas de côté. Ceux qui ont connu le Flickr d'avant l'internationalisation regretteront toujours les expressions d'origine (aujourd'hui remplacées par: "Vous aimez vous amuser? Utilisez Flickr" – no comment). Certes, les anglophones aussi jouent avec leur "is", brodent, fleurissent et ne se bornent pas à la liste prémâchée des: "at home", "at work", "sleeping", etc. Mais on ne m'enlèvera pas de l'esprit que le vrai plaisir du "is" commence avec les langues romanes, ouraliennes, altaïques, dravidiennes, nigéro-congolaises – en un mot: toutes celles qui n'entravent que pouic à celle de Shakespeare.

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Compte rendu de la première assemblée générale des collectifs SLU et SLR

L’assemblée générale qui s’est tenue à Paris (Jussieu), jeudi 29 novembre, organisée par les collectifs "Sauvons l'Université!" (SLU) et "Sauvons la Recherche" (SLR), a réuni 350 personnes. Une trentaine de sites universitaires étaient représentés par des collègues participant à titre individuel ou mandatés par leur université: sciences dures et sciences humaines, universités de province et de Paris, grandes écoles, CNRS. Des ATOSS étaient également présents.

Les enseignants présents ont d’abord apporté leur soutien aux revendications des étudiants, condamné les épisodes récents de répression policière et analysé les mesures annoncées par la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, estimant que celles-ci n’apportaient rien de neuf.

La loi LRU a été analysée par les présents qui en ont signalé tous les dangers: reculs de la démocratie à l’université, pouvoirs exorbitants du président et d’un CA non représentatif, risques d’arbitraire dans les modalités de recrutement des enseignants-chercheurs, etc.

Une analyse détaillée des 1,8 milliards affectés à l’enseignement supérieur et à la recherche a fait apparaître également la supercherie consistant à annoncer des augmentations substantielles de budget: une fois défalqués les dégrèvements fiscaux du crédit impôt recherche, les dépenses liées à la consolidation de la situation des personnels, le paiement des arriérés de l’Etat et l’inflation il ne reste que 105 millions d'euros (démonstration sur le site de SLR). Il a été également rappelé que pour la première fois depuis plusieurs décennies aucune création de poste n’interviendra cette année.

Une discussion s’est engagée sur les modalités d’action, et notamment sur les moyens de se faire entendre par des médias plutôt sourds: lettres ouvertes à la presse, conférences de presse, et l’arme classique de la démonstration de force, en allant très nombreux manifester. Une motion réclamant l’abrogation de la loi (un débat suivi d’un vote a eu lieu sur: abrogation ou suspension) tout en admettant la nécessité de la réforme, mais d'une autre réforme, a été votée (voir ci-dessous).

Une journée d’action aura lieu le 6 décembre avec appel à informer, à manifester et éventuellement à faire grève.

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