Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Moi Tarzan, toi smiley

image Je n'ai plus beaucoup d'occasions d'écrire à la main. Le dernier usage qui, chez moi, a résisté à la transition typographique est la prise de notes rapide, en séminaire ou en colloque, pour laquelle je n'ai pu me résoudre à perdre ma vieille habitude du carnet sténo. C'est donc sur ce dispositif que je me suis vu, dans le feu d'un relevé, écrire pour la première fois un smiley "à la main". C'est une expérience curieuse. Préparé par un recours usuel à ce signe dans mes e-mails, le besoin s'est manifesté spontanément, alors que je souhaitais ajouter une marque d'ironie à la prise de notes d'une intervention qui me faisait sourire. Je me suis donc vu griffonner sur le papier une combinaison de caractères ASCII née sur écran. Ca se fait tout seul (on écrit: point-virgule, tiret, parenthèse), mais c'est assez vertigineux, un peu comme l'expérience de Tarzan apprenant à lire l'anglais sans l'avoir jamais entendu – mon passage préféré dans Tarzan of the Apes (Edgar Rice Burroughs, 1914).

Je me souviens d'une discussion que nous avions eu avec Jean-Michel Besnier à France-Culture, où celui-ci semblait dénier à l'"émoticône" (terme non reconnu officiellement, la Délégation générale à la langue française et aux langues de France lui préfère celui de "binette", la Commission générale de terminologie et de néologie celui de "frimousse"...) le statut de signe de ponctuation à part entière. A mon humble avis, le passage à la graphie constitue un témoignage manifeste de l'installation dans l'usage courant de ce logogramme. Je suis heureux d'offrir à mes lecteurs la preuve photographique (libre de droits) de ce grand moment de l'histoire linguistique ;-)

Journée d'études "Du film au numérique. Vies et mort de la pellicule?"

image Lundi 21 janvier 2008, Cinémathèque française, 51 rue de Bercy, 75012 Paris.
Entrée libre sur réservation préalable à l’adresse: conservatoire(à)cinematheque.fr

Comment le support pelliculaire est-il apparu en cinématographie? Quels ont été les différents formats? Quelle industrie a engendré la pellicule? Quel est l’avenir du film par rapport au tout numérique? Existe-t-il un "style" engendré par la prise de vues en numérique?

Matinée (10h-12h30)

  • Serge Toubiana et Laurent Mannoni: présentation du Conservatoire
  • Thierry Lefebvre: La pellicule: mais d'où vient ce support ?
  • Philippe Loranchet: Les premières années du numérique
  • Laurent Mannoni: Pellicules, formats, matériaux

Après-midi (14h-17h30)

  • François Ede: Pour une petite histoire des laboratoires
  • Béatrice de Pastre: La conservation des films, premières prises de conscience
  • Jean-Pierre Neyrac: Restauration numérique et conservation des données
  • Jean-Pierre Beauviala: Mon invention de la caméra hybride (film/numérique)
  • Table ronde: "Tournages, post production et diffusion numérique", avec Céline Bozon (sous réserve), Pierre-William Glenn, Philippe Grandrieux, Pierre Lhomme, Marc Nicolas.

Y aura-t-il de l'histoire de l'art à l'école?

Le 14 décembre dernier, Eric Gross rendait le rapport qui lui avait été commandé par les ministres de l'Education nationale et de la Culture. Nous avions signalé à l'époque la curieuse formulation de la lettre de mission qui laissait mal augurer du résultat. Les conclusions du rapport Gross sont effectivement ambiguës et décevantes. D'abord parce que l'on y parle sans arrêt d'enseignement artistique et culturel, une dénomination beaucoup trop vague. Ensuite parce que s'il suggère de rendre obligatoire l'histoire des arts à l'école, c'est aussitôt pour indiquer que la création d'un horaire effectif dans cette matière n'est pas envisageable, et pour proposer qu'elle soit systématiquement prise en compte par les professeurs des autres disciplines.

Par Didier Rykner, La Tribune de l'Art, 02/01/2008.
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French Visual Studies, or the Authorized Scholarship

image I would like to describe briefly the very unhappy situation of the visual studies in the French legal context. This could be characterized by two major points: 1) the absence of any kind of fair use, 2) the absence of quotation right for still images. In 2005, when the journal La Revue de l'Art opened its online version, it was published without its iconography, to avoid the payment of new reproduction fees (you may notice that, in the example shown on the screen, the illustrations are engravings from the 19th century, that it to say pictures in the public domain). Without fair use or quotation right, there is in fact no public domain for still images. As a picture is an existing thing conserved by a collection, if you want to publish it, you have to ask for.

That's why we can describe the common law of visual history in France as "authorized scholarship". The best way to publish his research is in a catalog of some great exhibition by the musée d'Orsay or the musée du Louvre, which hold the copyright of the works they are showing. In all other cases, the researcher may verify that the possibility of any critical evaluation is strictly linked to the quotation right. For a reader published last year, I wanted to describe the famous case of the O. J. Simpson cover doctored by the Time in 1994. That meant that the publisher had to obtain the permission of the magazine. As we can easely understand, Time was not very happy to see this old story published again, and refused to give its copyright.

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Que nous disent les images contemporaines?

Plus que jamais, les images envahissent notre quotidien et il existe désormais une réelle demande d’analyse et de décryptage de ces images dans notre société. Signe des temps, les programmes scolaires mettent l’accent sur ce média: les textes officiels indiquent ainsi qu’en classe de seconde, "la lecture s’applique aussi à l’étude de l'image. On utilisera des images fixes et mobiles, pour s’attacher à dégager les spécificités du discours de l’image et mettre en relation le langage verbal et le langage visuel" (Bulletin officiel du 7 novembre 2002). Cette discussion argumentée autour de l’image est également mise en avant comme un moyen de développer l’esprit critique. Créé il y a deux ans, le Laboratoire d’histoire visuelle contemporaine (Lhivic), dirigé, au sein de l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) par André Gunthert, historien, s’inscrit dans cette volonté de susciter un regard critique sur les images.

Par Sophie Blitman, Banque des savoirs, 26/12/2007.
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Six35, nouveau webJT

image Première édition aujourd'hui de six35, rendez-vous web en forme de JT hebdomadaire (tous les jeudis vers 18h35), concocté par Nicolas Voisin, blogueur et fondateur du PoliTIC'Show, qui ambitionne d'ouvrir "une fenêtre alternative d'information et d'analyse des débats".

Un premier numéro d'une quinzaine de minutes, présenté par Magali Lacroze, centré sur les droits de l'homme, propose une formule à rôder, qui n'est pas sans rappeler iPol ou les formats courts de Canal+. Pour l'instant, meilleur dans ses dérapages que dans son imitation de JT classique, mais avec déjà plein de bonnes idées — et l'inimitable Voisin's touch, reconnaissable à sa capacité de fabriquer ou de repérer quelques images qui restent dans les têtes (ne pas manquer la fin). A suivre et à enrichir de toutes contributions (contact<à>six35.fr, GoogleGroup, groupe Facebook)...

Réf.: http://www.six35.fr.

Séminaire "Frontières et territoires de l’histoire du cinéma"

Après une année de travaux préparatoires au colloque "L’auteur de cinéma: histoire et archéologie d’une notion", le séminaire "Histoire culturelle du cinéma" revient à des questions épistémologiques et méthodologiques pour tenter de cartographier une discipline – l’histoire du cinéma – avec les outils de l’historien. Il ne s’agit pas de tracer des frontières pour défendre un pré carré, mais au contraire de perméabiliser l’histoire du cinéma en la faisant dialoguer avec les disciplines voisines (cette année: l’histoire de l’art, l’histoire du théâtre, l’histoire de la photographie), et d’envisager son territoire comme celui d’une appropriation du cinéma comme objet historique.

  • 16 janvier 2008: Christophe Gauthier, Dimitri Vezyroglou, séance introductive.
  • 13 février 2008: François Albera (Lausanne) et Philippe Dagen (Paris I), Frontières I - Histoire du cinéma et histoire de l’art.
  • 12 mars 2008: Antoine de Baecque (Editions Complexe), Territoire I - Les formes cinématographiques de l’histoire.
  • 26 mars 2008: Pascale Goetschel (Paris I, sous réserve) et Chantal Meyer-Plantureux (Caen), Frontières II - Histoire du cinéma et histoire du théâtre.
  • 16 avril 2008: Sylvie Lindeperg (Paris III), Territoire II - Le film dans l’histoire.
  • 14 mai 2008: André Gunthert (EHESS) et Olivier Lugon (Lausanne), Frontières III - Histoire du cinéma et histoire de la photographie.
  • 4 juin 2008: Christian Delage (Paris VIII, EHESS), Territoire III - L’image comme preuve.

Séminaire animé par Christophe Gauthier et Dimitri Vezyroglou, salle Walter Benjamin, INHA, 2 rue Vivienne, 75002 Paris, 18h-20h.

1895 en ligne

1895, l'excellente revue de l’association française de recherche sur l’histoire du cinéma, dirigée par Laurent Véray, vient d'ouvrir sa version en ligne, hébergée par Revues.org. Seul périodique français exclusivement consacré à l’histoire du cinéma, expression privilégiée de la recherche française et étrangère, 1895 accueille des articles de fond, largement documentés, qui ont vocation à servir de référence, des contributions de jeunes auteurs aussi bien que des traductions des meilleurs spécialistes étrangers. Le site offre à lire 10 numéros en texte intégral (2000-2004) et les sommaires et résumés des 10 derniers numéros (2004-2007).

Réf.: http://1895.revues.org

Simone de Beauvoir revue et corrigée par le Nouvel Obs

image A mon sens cette grossièreté, sans parler de sa lâcheté – j’imagine la lettre que Simone de Beauvoir leur aurait écrite si au Nouvel Obs ils s’étaient aventurés sur ce genre de pente très savonneuse de son vivant, à l’auteur du Deuxième sexe – s’augmente d’un traitement post-image très étonnant. Donc en supposant que le maquettiste du Nouvel Obs ait, à peu de choses près, les mêmes méthodes de travail que les miennes, la séquence suivante d’opérations a été produite à partir de l’image orginale d’Art Shay. 1. Recadrage — cela paraît peu de choses mais cela permet de faire disparaître le siège des toilettes sur la droite sur lequel sont notamment posés, c’est une supposition, les vêtements de Simone de Beauvoir, de même que de montrer un peu moins du carrelage lépreux de la salle de bain. 2. Eclaircissement général de l’image et légère augmentation du contraste — ce qui permet étonnamment de donner à cette salle de bain des airs nettement plus fastueux que ceux de la salle de bain de Nelson Algren...

Par Philippe De Jonckheere, Le bloc-notes du désordre, 05/01/2007.
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Il y a une vie après le séminaire

image La science n'est pas toujours morose. Après le séminaire, on se retrouve Aux bons crus, pour refaire le match autour d'un muscat sec (j'espère que le patron aura l'amabilité de nous offrir une tournée générale pour cette publicité gracieuse). Hier soir, tout y est passé: de Marin à Simondon, Facebook et poke, et bien sûr Laure et Carla. Ce conciliabule d'anthologie méritait bien quelques photos souvenirs.

Faute de disposer d'une connexion pendant la période des vacances, je me vois dans l'obligation de suspendre l'alimentation de ce blog jusqu'au début de l'année prochaine (commentaires validés jusqu'à ce soir, après il faudra attendre). En souhaitant de très bonnes fêtes à mes lecteurs, un père Noël généreux et un repos réparateur. Rendez-vous en 2008 pour des billets encore plus éblouissants, des analyses encore plus fines, des images encore plus belles (et maintenant, arrêter le muscat).

Crions au people

Résumons: Sarkozy a décidé de se promener au bras d'un top-model devant les photographes à Mickeyville pour faire oublier le désastreux accueil de Khadafi. Un “conte de Noël” fabriqué avec art, estime Christian Salmon, spécialiste du storytelling.

Il est curieux de voir à quel point les médias tiennent à être manipulés, et s'acharnent à dépeindre le nouveau maître en Machiavel des médias (“Plus que tout autre homme politique avant lui, Nicolas Sarkozy a compris comment fonctionne le monde médiatique. Il sait l'utiliser à merveille, il en maîtrise toutes les ficelles, tous les automatismes”, Le Parisien, 18/12/2007).

Curieux, parce que ça ne cadre pas. Comme le souligne Arrêt sur images, qui a fait les comptes, la moisson de photos attendue après ce traquenard s'avère étonnament maigre: une dans Point de Vue, une dans Match, la même dans VSD. La relecture de la version de rue89 montre que toute l'affaire se résume à un deal entre Christophe Barbier de L'Express et Colombe Pringle de Point de Vue. Un coup, certes, mais pas de qui l'on croit. Interviewé par Le Parisien, l'un des sept paparazzi présents sur les lieux avoue avoir suivi en moto le cortège présidentiel jusqu'à Disneyland. On est loin du shooting prémédité par l'Elysée – ou alors, ils font sacrément mal leur boulot. Si on avait vraiment voulu nous montrer quelque chose, le résultat serait en-dessous de tout.

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Speaking of pictures. Le baiser de l'hôtel de ville

Quelle différence y a-t-il entre une mise en scène publicitaire et une photographie de reportage? L'exemple célèbre du "Baiser de l'hôtel de ville" nous montre que la distance a pu être moins grande que ce qu'on imagine communément. Robert Doisneau (1912-1994) est en 1950 un photographe confirmé, membre de l'agence Rapho, dont les activités vont des portraits de vedettes de cinéma aux vues de la banlieue parisienne en passant par les reportages industriels. Un vaste éventail auquel Doisneau imprime sa marque de fabrique: le sceau de la "photographie humaniste", une esthétique où prime la dimension humaine. C'est en toute connaissance de cause que le magazine américain Life lui passe commande d'une série de photographies destinées à former la partie visuelle d'un reportage.

La charmante impudeur des jeunes couples parisiens qui s'embrassent dans la rue forme un sujet folklorique et pittoresque. Tout est inventé dans cette double page: des photographies, faux instantanés composés à dessein, aux légendes, qui donnent prétendument la parole au photographe (“My camera exposure was five seconds. The kiss took somewhat longer”; le temps d'exposition de l'appareil était de cinq secondes. Le baiser aura duré un peu plus longtemps). Pourtant, à l'évidence, la rédaction n'y a pas vu malice. Pour le grand magazine illustré, il s'agit d'un traitement éditorial ordinaire. La réalisation d'un véritable reportage sur un thème aussi léger aurait demandé un temps disproportionné et soulevé d'insurmontables problèmes de droit à l'image. Doisneau sait que Life refuserait de vrais instantanés, dont la publication risquerait d'avoir des suites juridiques. Il met donc à profit sa maîtrise des images sur le vif pour en recréer fidèlement les conditions et l'aspect, avec ses flous de mouvement et ses détails inattendus.

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Et le jeu vidéo créa la femme. Lara Croft, une héroïne postmoderne

Lara Croft est l’une des premières héroïnes de pixel dans l’histoire des jeux vidéo à présenter une personnalité complexe et indépendante. Conçu en 1996 par le studio de création britannique Core Design, filiale d’Eidos Interactive, le jeu vidéo Tomb Raider met en scène une jeune femme archéologue: aventurière, sportive et sexy, et représente l’un des premiers jeux vidéo à montrer une héroïne féminine. Fruit du remarquable travail graphique du designer Toby Gard cette "Indiana Jones" en version féminine à la personnalité libérée, est née de l’imaginaire d’un homme.

Par Margherita Balzerani, Agence française pour le jeu vidéo Edit n° 7, 08/12/2007.
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The Tourist Guy

Peu de jours après le crash du 11 septembre 2001, cette photo a énormément circulé sur internet et a été vue par des millions de personnes. On y voyait un touriste innocemment photographié sur une terrasse du World Trade Center alors qu'un avion allait percuter la tour dans la seconde suivante. L'appareil photo contenant le cliché aurait été retrouvé dans les décombres... Il s'agissait d'un faux. Mais point de démarche artistique, éducative ou sociale dans cette photo. Juste un peu d'humour noir.

Par Béat Brüsch, Mots d'images, 16/12/2007.
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Refermer la Boîte à images

Mauvaise nouvelle ce matin: après une longue chronologie des 15 décembre, de 1805 à nos jours, un dernier billet de la Boîte à images annonce la fermeture du plus célèbre des blogs visuels. Ka et moi n'avons pas tout à fait la même approche ni les mêmes curiosités. Mais pour un amateur d'images, ses promenades érudites appuyées sur de longues piles d'illustrations étaient un rendez-vous à ne pas manquer. Qui d'autre que lui, sur le web, était capable d'associer Jean Reno dans Les Visiteurs et un portrait par Jan Van Eyck? De revisiter Vermeer aussi bien que Magritte, Majorelle ou Rodtchenko, de révéler les origines des Gitanes, de Mandrake ou du père Noël, de nous raconter La chute d'Icare ou les reflets dans un miroir? En trois ans, près de 600 billets et 7000 images publiées, c'est un panorama immense qui a été parcouru. Un cours du soir à ciel ouvert, pour tous les amoureux de l'image. Suivi par une troupe de commentateurs fidèles, qui venaient discuter les interpétations, apprécier les mises en rapport, échanger des liens.

A un moment où il est beaucoup question de refonder les médias en ligne à coups d'abonnements, de publicité et d'ouverture du capital, il faut souligner que le partage de cet exercice nous était offert gratuitement. Un bon blog est une chose rare. Sa fréquentation répétée peut engourdir la reconnaissance de la faveur qui nous est faite. La clôture de la Boîte à images, fut-elle provisoire, vient nous rappeler le caractère fragile de cet effort. Au début de l'année, Ka avait tenté de stabiliser cette activité en demandant le versement d'un euro à ses lecteurs. Les résultats de cette proposition n'avaient pas dépassé un niveau symbolique. Qu'à cela ne tienne. Avant même de regretter la fermeture de la Boîte – et en espérant un possible retour –, il faut d'abord remercier Alain Korkos pour cette contribution sans équivalent, dont nous avons été nombreux à profiter.

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