Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

André Gunthert: "L'image partagée"

Diffusion live de la communication de André Gunthert, "L'image partagée", 4e Ecole doctorale d’été, EHESS – Institut TELECOM (7 au 11 septembre 2009, Ile de Porquerolles). Régie: Lucas Morlot.

Résumé: Plus encore que leur production numérique, c'est la diffusion des photos ou des vidéos par l'intermédiaire des applications du web 2.0 qui a modifié en profondeur notre rapport à l'image. Analysant la transition d'une économie de la distribution contrôlée à une autogestion de l'abondance, cet exposé décrit les deux phases qui ont scandé l'histoire de l'installation des plates-formes visuelles. Après une période initiale placée sous le signe de la «révolution des amateurs», la perception du partage des contenus s'est focalisée sur une symptomatique de l'audience. Gouvernés par l'idée d'une concurrence des anciens et des nouveaux médias, ces deux modèles ne décrivent que très partiellement les mécanismes à l'œuvre, qui relèvent plutôt d'une logique de complémentarité et d'interaction. L'observation des usages réels des plates-formes, comme celui de la consultation encyclopédique, suggère que la socialisation des contenus visuels a créé un nouvel état de l'image comme propriété commune. Aujourd'hui, la valeur d'une image est d'être partageable.

Dominique Cardon: "La photo comme conversation"

Diffusion live de la communication de Dominique Cardon, "La photo comme conversation", 4e Ecole doctorale d’été, EHESS – Institut TELECOM (7 au 11 septembre 2009, Ile de Porquerolles). Régie: Lucas Morlot.

Estelle Blaschke: "Corbis, ou la démesure de l'archive"

Diffusion live de la communication de Estelle Blaschke: "Corbis, ou la démesure de l'archive", 4e Ecole doctorale d’été, EHESS – Institut TELECOM (7 au 11 septembre 2009, Ile de Porquerolles). Régie: Lucas Morlot.

Françoise Préteux: "Images de la vie"

Diffusion live de la communication de Françoise Préteux, "Images de la vie: de l'analyse mathématique à l'aide au diagnostic", 4e Ecole doctorale d’été, EHESS – Institut TELECOM (7 au 11 septembre 2009, Ile de Porquerolles). Régie: Lucas Morlot.

Carl Havelange: "Une histoire du regard"

Diffusion live de la communication de Carl Havelange, "Une histoire du regard", séminaire "Pratiques des images dans la société de l’information", 4e Ecole doctorale d’été, EHESS – Institut TELECOM (7 au 11 septembre 2009, Ile de Porquerolles). Régie: Lucas Morlot.

W.J.T. Mitchell: "On ne nous arrêtera pas"

image L'un des principaux artisans de la création des visual studies, W.J.T. Mitchell (université de Chicago) est arrivé à Paris pour présenter son premier livre traduit en français, Iconologie, paru aux éditions Les Prairies ordinaires. Comme de juste, il a commencé sa tournée par un petit déjeuner à l'INHA, à l'invitation des étudiant(e)s du Lhivic.

Après avoir évoqué le dernier blockbuster, District 9, où les extraterrestres prennent l'apparence de crustacés et figurent la nouvelle menace des migrants, Tom Mitchell a présenté ses prochaines publications. Edité en collaboration, Critical Terms for Media Studies, ouvrage collectif à paraître aux Chicago Press début 2010, fera le point sur les évolutions récentes des medias studies. Cloning Terror est le titre du prochain essai consacré à la manipulation des représentations de la période Bush, que Mitchell caractérise par la fusion des récits du clonage et du terrorisme. En poursuivant sa réflexion sur l'aspect viral du clonage, il le décrit comme la métafigure des images du futur (voir ci-dessous, intervention du 11/09)

La conversation s'est poursuivie sur la prohibition des images dans les religions mosaïques (voir ci-dessous, intervention du 08/09), les métadonnées de la photographie numérique, les caractères du cameraphone, enfin sur l'avenir des visual studies. "We won't be stopped", a-t-il conclu, en encourageant les étudiant(e)s dans leurs recherches. Une première rencontre excitante et joyeuse qui donne le signal des travaux de l'année à venir, en attendant des débats plus formalisés.

Interventions de W.J.T. Mitchell

  • Mardi 8 septembre, 14h - "Idolatry: Nietzsche, Blake and Poussin", suivie d'une table ronde avec François Brunet, Catherine Bernard, Marie-José Mondzain, Marc Vernet, Maxime Boidy et Stéphane Roth, Institut Charles V, université Paris 7, 10, rue Charles V, 75004, Paris.
  • Mardi 8 septembre, 18h - Dialogue avec Jacques Rancière, Les Prairies ordinaires, 206 boulevard Voltaire, 75011 Paris.
  • Jeudi 10 septembre 2009, 18h30 - Conversation publique avec W.J.T. Mitchell, avec la participation de Philippe Bordes, Maxime Boidy et Stéphane Roth, INHA, galerie Colbert, 2, rue Vivienne, 75002 Paris.
  • Vendredi 11 septembre, 19h - "The Future of the Image", musée du Jeu de Paume, auditorium Concorde.

Réf. W.J.T. Mitchell, Iconologie. Image, texte, idéologie, traduit de l'américain par Maxime Boidy et Stéphane Roth, Paris, Les Prairies ordinaires, 2009, 24 €.

Les vidéos de l'INA deviennent citables

Pendant que l'Assemblée nationale se prépare à confirmer la loi Hadopi, fermement soutenue par le ministre de la culture Frédéric Mitterrand, le site de vidéos de l'INA intègre enfin le système de lecture exportable popularisé par YouTube, qui permet de citer les contenus sur un blog en recopiant un code html.

L'annonce officielle précise que «L'Institut National de l'Audiovisuel donne dorénavant la possibilité à toute personne, bloggeurs ou sites web d'utiliser librement les vidéos présentes sur son site», ce qui exclut toute limitation de rediffusion au nom du copyright. Conforme à l'usage en ligne (mais non aux dispositions légales), le recours à la lecture exportable que propose l'INA correspond bien à une extension du droit de citation, qui constitue formellement une entorse aux us de la propriété intellectuelle. Cette innovation témoigne d'une adaptation bienvenue aux nouvelles pratiques du web, et confirme que la véritable valeur d’une image est désormais d’être partageable.

Toutefois, cette application reste "à la française": plutôt que de fournir librement le code, comme sur YouTube, son obtention est subordonnée à un enregistrement en bonne et due forme – avec déclaration des centres d'intérêt et inscription optionnelle à la newsletter de l'institut. La taille de la fenêtre, quant à elle, n'est pas modifiable directement, mais seulement par l'intermédiaire d'un bouton à deux positions (320x240 ou 512x384 px). Encore un petit effort, et l'on pourra enfin citer les précieuses ressources de l'INA comme toutes les vidéos disponibles en ligne.

Extrait: "A quoi rêve von Braun", Cinq colonnes à la une, 03/08/1959 (10:00).

Calme plat sur le front des blogs savants au mois d'août

image C'est à ARHV qu'échoit ce mois-ci le privilège de publier en avant-première le classement des blogs sciences de Wikio de septembre. On se souvient que celui-ci, créé en février 2008, avait occasionné quelques passes d'armes entre Olivier Ertzscheid et moi, à l'époque où nous nous disputions les premières places du classement.

Cette agitation n'est pas de mise au sortir de la torpeur estivale. J'ai moi-même été particulièrement paresseux, puisque le mois d'août n'a enregistré qu'un seul billet et quelques signalements. Comme ARHV conserve son habituelle troisième place, j'en déduis que mes collègues n'ont pas été beaucoup plus actifs que moi. Le reste du classement reproduit lui aussi quasi à l'identique l'ordre du mois précédent. Technologies du langage, de Jean Véronis, conserve son indéboulonnable première place. Baptiste Coulmont gagne un rang, Langue sauce piquante en perd deux, Tom Roud remonte de trois cases... Bref, pas de quoi réveiller Aphatie.

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Parution de "Diplopie", par Clément Chéroux

Les éditions du Point du Jour annoncent la parution de Diplopie. L'image photographique à l'ère des médias globalisés. Essai sur le 11 septembre 2001, par Clément Chéroux, 136 p., 65 ill., 20 €.

Qu'avons nous vu du 11-Septembre? L'attentat contre les tours jumelles fut sans doute l'événement le plus photographié de l'histoire des médias. Mais, paradoxalement, la presse n'a diffusé qu'un très petit nombre de ces images. La couverture de l'événement, à la une des journaux américains des 11 et 12 septembre 2001, s'est faite principalement à travers 6 images-types réparties en seulement 30 photographies différentes. Contrôlées par un nombre réduit de diffuseurs, l'image s'uniformise, le contenu documentaire s'appauvrit. Ce que le 11-Septembre permet de comprendre, ce sont les effets de la globalisation sur les représentations photographiques de l'actualité.

Les images se répètent, mais semblent aussi répéter quelque chose. La photographie de Thomas Franklin des trois pompiers hissant le drapeau américain sur les décombres du World Trade Center apparaît ainsi comme une citation directe de l'icône de Joe Rosenthal des six Marines dressant le Stars and Stripes sur l'île d'Iwo Jima en février 1945. De même, le nuage de fumée dans le ciel de Manhattan après l'attentat a été abondamment comparé à celui qui, soixante ans plus tôt, s'était élevé au-dessus de Pearl Harbor après l'attaque japonaise. Dans leurs représentations médiatiques, les événements d'aujourd'hui ressemblent de plus en plus à ceux d'hier. Ce dont le 11-Septembre est le signe, c'est en somme d'une autre forme de globalisation qui agit non plus simplement horizontalement, sur toute la planète, mais aussi verticalement, à l'échelle de l'histoire.

Clément Chéroux est historien de la photographie et conservateur au Centre Pompidou. Il a notamment publié Mémoire des camps. Photographies des camps de concentration et d'extermination nazis (Marval, 2001), Fautographie, petite histoire de l'erreur photographique (Yellow Now, 2003), Le Troisième Oeil. La photographie et l'occulte (Gallimard, 2004).

La photographie: un accélérateur du visuel

A l'occasion de la sortie de la traduction espagnole de L'Art de la photographie (déjà traduit en italien en 2008), nous republions ci-dessous l'introduction générale du volume paru en 2007 chez Citadelles-Mazenod.


La photographie a longtemps été décrite comme une invention d'époque au pouvoir de fascination incontestable, mais néanmoins auxiliaire, servante des arts et des sciences. Nous commençons seulement à comprendre à quel point son apparition a bouleversé en profondeur l'histoire et la culture contemporaines. Car ce qu'elle nous a apporté est devenu si familier qu'il nous est difficile de l'apercevoir. La révolution qu'elle engage est celle d'une nouvelle proximité avec les images, c'est à dire avec les instruments de la perception et de la connaissance. En modifiant les images du monde, l'image de soi et surtout le rapport même à l'image, elle a changé du tout au tout, de manière irréversible, notre relation à l'expérience visible, au beau et à la vérité.

Cette compréhension neuve de l'apport fondateur des images d'enregistrement est le fruit d'une nouvelle histoire. Depuis une vingtaine d'années, les progrès de la recherche ont transformé un amusement de connaisseurs en un véritable domaine de spécialité. L'ouvrage que vous avez entre les mains témoigne de cette profonde métamorphose. Alors qu'une histoire générale de la photographie représentait jadis l'apogée de la connaissance possible du médium, nous devons aujourd'hui reconnaître qu'un ou deux volumes ne suffiront plus à enfermer l'ensemble des informations disponibles. Comme dans tous les domaines du savoir arrivés à maturité, il faut désormais se résoudre à choisir. Plutôt qu'une agrégation d'informations à vocation exhaustive, qui menait inexorablement les histoires générales du médium vers la désorganisation encyclopédique, l'option retenue ici a été celle de l'intelligibilité et de la synthèse, à travers un retour à la narration.

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How Could This Happen to Annie Leibovitz?

In 2004, still in need of money to help pay for the $1.87 million purchase of the damaged Greenwich Village house, Leibovitz took out a bridge loan, a short-term, typically high-interest financial instrument. The loan was intended to tide her over until she could sell her other properties. Later that year, she sold the 26th Street studio for almost $11.4 million; in 2005, she sold the London Terrace penthouse. Those sales must have generated millions in profit, but they still didn’t get her out of the red. Leibovitz, like so many Americans during the boom years, had been taking out additional mortgages, heaping loan upon loan. Before selling her photo studio, she’d borrowed an additional $3.5 million against it, above the original $2.1 million mortgage. The initial mortgage on the Rhinebeck property was about $1.8 million. Eventually, she had some $11 million mortgaged against it. She’d bought the Greenwich Village property with a $1.2 million loan, and three years later tacked on an addition $2.2 million mortgage. By last year, the total value of the mortgages she was carrying came to about $15 million. Assuming she had a 5 percent 30-year fixed-rate mortgage on that amount, her annual outlay just to service the debt on those loans would have come to almost $1 million. (Illustration: Jeff Koons et Keira Knightley, portfolio pour Vogue, 2005).

Par Andrew Goldman, New York Magazine, 16 août 2009.
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L'écureuil et le regard-caméra

image Délicieux concours du hasard dans l'iconographie estivale. Rappelant que l'une des propriétés distinctives de la photographie est la captation d'événements impréparés, le site du National Geographic a mis en ligne le 13 août dernier un souvenir de vacances remarquable par l'intrusion dans le cadre d'un écureuil pris sur le vif au moment où l'animal regarde la caméra.

C'est la combinaison de deux systèmes techniques qui donne à cet instantané son aspect si particulier: le retardateur, conçu pour permettre l'autoportrait en l'absence d'un tiers, et l'autofocus, qui règle la mise au point sur le motif central. La temporalité de l'attente créée par le premier système provoque le sourire des sujets initiaux de l'image, conscients de se faire voler la vedette par la curiosité du rongeur. La modification automatique de la mise au point sur le sujet le plus proche parachève cette composition impeccable que seule la machine pouvait créer.

Mais ce qui a fait le succès de ce cliché (rapidement assorti d'un squirrelizer, qui imprime l'image de l'écureuil sur n'importe quelle photo en ligne), c'est la combinaison improbable sur une même image de deux régimes visuels opposés. Issue du portrait peint, la convention de la pose, avec son regard fermement planté dans la direction du spectateur, s'est installée dès la période daguerrienne parmi les codes de la photographie. Ce n'est qu'avec l'apparition du cinématographe que se répand la convention documentaire qui prohibe ce qu'on appellera le "regard-caméra".

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Le microfilm, non-archive de l'image

Pas plus qu’il n’existe de transparence du médium photographique, il n’existe de transparence matérielle des microfilms. On pourrait même aller jusqu’à parler de l’opacité des microfilms tant se perdent les informations quant au traitement visuel d’un évènement par ce procédé de conservation, qui semble tenir les images pour quantité négligeable dans la perception et la transmission d’une information, d’un évènement ou d’une actualité. Alors même que la presse s’appuie toujours davantage sur les images, et en revendique l’importance, ce système de conservation par microfilms relève d’une complète contradiction car il ampute l’objet qu’il s’agit de conserver d’une de ses plus importantes composantes: les images.

Par Audrey Leblanc, L'atelier du Lhivic, 23/07/2009.
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Lire tout autour des images

Comment fonctionne le feuilletage? (Ce concept très utile a été créé par Thierry Gervais dans le cadre de sa recherche sur la presse illustrée. Selon lui, c'est la transition de la lecture au feuilletage qui permet de situer l'émergence de la forme magazine, au début du XXe siècle.) Plutôt qu'une lecture déstructurée, il me semble qu'il faut parler d'une lecture structurée par l'image.

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La Lune est pour demain. La promesse des images

(Version illustrée sur l'Atelier des icônes) Selon Jean-Claude Schmitt, les usages visuels contemporains ne sauraient se comparer avec les pouvoirs de l'image médiévale. Au fondement de l'anthropologie chrétienne, celle-ci opère la médiation entre le visible et l'invisible: «En un mot, elle s'incarne suivant le paradigme central de la culture chrétienne.» (Schmitt, 2002). Issues de la froide rationalité d'un univers désenchanté, les images du XXe siècle ne semblent pas pouvoir rivaliser avec cet horizon. Pourtant, une compréhension plus affûtée du monde contemporain a montré à quel point cette rationalité n'était que le nom d'une nouvelle croyance (Stengers, 1993; Daston & Galison, 2007). Comme hier les mystères de la foi, c'est la science qui alimente aujourd'hui le feu des rêves. En puisant dans ce bouillant chaudron, les industries culturelles s'avèrent bel et bien capables d'incarner l'invisible, et se servent des images pour créer des mondes. Comme la culture chrétienne médiévale, le système mass-médiatique s'adresse à tous à travers l'image. Comme elle, il s'appuie sur la puissance de la figuration pour favoriser l'objectivation du récit. Comme elle, il fait de l'imaginaire le moteur d'une société.

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