Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Colloque "Photographes/cinéastes, amateurs d'images"

Colloque international, 29-30 mai 2008, Tours, université François-Rabelais, site Tanneurs, amphi extension 2
UFR Lettres et Langues - Filière Arts du spectacle, équipe de recherches EA 2115 - Histoire des représentations
Conception et organisation du colloque: Clément Chéroux et Valérie Vignaux

La photographie et le cinéma amateurs sont dorénavant reconnus comme une part importante du patrimoine culturel du XXe siècle: des archives en France et à l'étranger collectent, conservent et valorisent ces images produites hors des circuits professionnels. Au cours de deux journées de colloque des chercheurs et des conservateurs montreront, à partir de leurs expériences respectives, comment ces images ou ces objets sont en train de modifier nos regards - valorisation de l'intime et du privé - mais aussi nos savoirs - représentations nouvelles des événements historiques et sociaux.

Jeudi 29 mai 2008. Voir le monde en images

Les images amateurs comme source d'histoire

  • 9h30 Ouverture: Valérie Vignaux (Université François-Rabelais de Tours), images amateurs et histoire du cinéma
  • 10h00 Ilsen About (Institut universitaire de Florence): images du monde ordinaire, la photographie amateur, une source pour l'histoire
  • 10h30 Pause
  • 11h00 Didier Mouchel (Pôle image de Haute Normandie): archéologie du photo reportage et histoire locale
  • 11h30 Christian Joschke (Université de Lyon 2): miniaturisation, démultiplication, appropriation - les amateurs et la culture artistique au tournant du siècle
  • 12h00-12h45 Discussion

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Journée d'études "Trucs, trucages et effets spéciaux, de Méliès à Spielberg"

Cinémathèque française, lundi 2 juin 10h à 13h et de 14h30 à 18h, salle Henri Langlois, 51 rue de Bercy, 75012 Paris.

Il s’agira d’esquisser une histoire des trucages cinématographiques, depuis la célèbre panne de caméra de Méliès jusqu’à nos jours. Plus encore, de mieux connaître, selon les termes mêmes du magicien de Montreuil, ce «métier qui consiste à réaliser tout, même ce qui semble impossible, et à donner l’apparence de la réalité aux rêves les plus chimériques, aux inventions les plus invraisemblables de l’imagination.» De facture artisanale au début du cinéma, les effets spéciaux deviennent bientôt une industrie, rouage essentiel de l’usine à spectacles. Les années 1930 constituent ainsi un premier âge d’or dans les studios hollywoodiens, puis les séries B, dans les années 1950, en reviennent à une inventivité bricolée. Des auteurs atypiques, d’Abel Gance à Stanley Kubrick (2001, l’Odyssée de l’espace), conjuguent génialement effets spéciaux et poésie. A partir de la fin des années 1970, on assiste à l’irrésistible (?) montée en puissance des effets visuels et de ses moyens, accompagnée par la création de sociétés indépendantes spécialisées. Mais dans quel monde cinématographique vit-on depuis La Guerre des étoile?

Programme

  • 10h. Introduction. Serge Toubiana et Laurent Mannoni
  • 10h15. Laurent Mannoni, "Les films à trucs, de Marey à Hulk en passant par Méliès..."

Laurent Mannoni est directeur scientifique du patrimoine à la Cinémathèque française. Il a réalisé plusieurs expositions sur Étienne-Jules Marey et Georges Méliès, ainsi que l'exposition permanente de la Cinémathèque. Il est l'auteur de nombreuses contributions sur les débuts du cinéma. En 2006, il a publié : Histoire de la Cinémathèque française (Gallimard). Il est le commissaire de l’exposition Méliès, magicien du cinéma.

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Qui sont les assassins de la presse?

image Avec Daniel Schneidermann, Jean-François Kahn est l'un des rares journalistes à avoir conservé son sens critique à l'égard de sa profession. Dans un récent article au titre évocateur ("A ceux que ne révolte plus l'assassinat possible de la presse quotidienne", Marianne, n° 578, 17/05/2008), il fustige une nouvelle fois avec énergie l'«asservissement croissant» d'une presse en voie de désagrégation. Là où j'ai du mal à suivre le raisonnement, c'est quand ces vigoureux polémistes effectuent in fine l'immanquable tête-à-queue qui revendique pour le coupable le privilège de poursuivre dans l'ornière. A-t-on vu poindre une esquisse de guérison des maux qu'ils dénoncent inlassablement? Leurs avis éclairés ont-ils enfin été entendus par leurs confrères? Que nenni! Ce qui n'empêche nullement Kahn de conclure contre toute logique que «la disparition, ou la mise sous tutelle, du Monde constituerait un crime contre la République presque au même titre que la disparition ou la mise sous tutelle du Parlement.» Puis, plus loin, que «les citoyens de ce pays, les démocrates de quelque sensibilité qu'ils se réclament, ne devraient épargner aucun effort, reculer devant aucune mobilisation ou apport. Il ne s'agit pas seulement de nos confrères du Monde; il s'agit aussi de nous tous, lecteurs ou non lecteurs, mais républicains.»

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Journées d'études à l'IMEC

image En clôture du séminaire "L'archive et le portrait", organisé en partenariat avec l'IMEC (Institut Mémoires de l'édition contemporaine), le Lhivic a organisé deux journées d'études sur site, les 19 et 20 mai 2008 (voir album). Accueillis dans les conditions privilégiées de l'abbaye d'Ardenne à Caen, les étudiants ont pu examiner un large échantillon de fonds photographiques, représentatifs de la variété des conditions de formation et de conservation de ces ensembles.

Fondé en 1988, l'IMEC conserve les archives de maisons d'édition, de librairies ou d'organes de presse ainsi que des archives de personnalités du monde littéraire et intellectuel. La politique de conservation de l'institut présente la particularité d'étendre l'attention généralement réservée à l'archive papier aux documents multimédia. L'IMEC conserve donc non seulement des correspondances, des manuscrits ou des ouvrages, mais aussi des photographies, des films, des vidéos, des enregistrements sonores, etc. Ces divers documents posent des problèmes de conservation spécifiques.

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Cycle de conférences "Lire et interpréter l'image photographique"

image Jeudi 29 mai à 19 h: Comment exposer la photographie?
Rencontre animée par André Gunthert, chercheur et maître de conférences à l’EHESS.
Intervenants: Quentin Bajac, directeur du département photographique du Musée National d’Art Moderne de Beaubourg. Virginie Chardin, commissaire d’expositions photographiques. Daniel Girardin, commissaire de l’exposition "Controverses" (musée de l’Elysée, Lausanne). Jean-Luc Monterosso, directeur de la Maison Européenne de la Photographie.

Samedi 31 mai à 15h: La photographie est- elle un bon témoin de l’histoire?
Rencontre animée par André Gunthert, chercheur et maître de conférences à l’EHESS.
Intervenants: Jean-Pierre Azéma, historien, spécialiste de la Seconde Guerre Mondiale, auteur de la préface du catalogue "Les Parisiens sous l’Occupation" (éd. Gallimard/ Paris Bibliothèques). Françoise Denoyelle, professeur d'histoire de la photographie à l’ENS Louis-Lumière. Pascal Ory, professeur d’histoire culturelle et d’histoire politique à l'université Paris 1.

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André Zucca, la couleur rêvée

image "Les/des Parisiens sous l'Occupation" a suscité la plus importante polémique occasionnée par une exposition de photographies en France. A juste titre: les questions qu'elle soulève sont passionnantes et touchent à l'acception fondamentale des fonctions de l'enregistrement visuel. Que nous montre l'exposition de la BHVP? Une galerie d'images de propagande traduisant la vision de l'occupant? «Le regard et le plaisir de l'esthète privilégiant un Paris qui lui est propre» (J.-P. Azéma)? Ou encore la perception équilibrée d'un état historique de la capitale collaborationniste?

Pour répondre à cette question, chacun scrute le contenu des images. L'un y repère un exemplaire du magazine Signal. D'autres y voient les affiches de propagande, les drapeaux nazis ou le portrait de Pétain. On compte le nombre d'étoiles jaunes (deux seulement sur 270 images). Une autre approche consiste à mesurer l'écart entre ce que montrent les photographies de Zucca et les souvenirs des témoins: on note l'absence des files d'attente devant les magasins d'alimentation; on relève la faible sensibilité du film Agfacolor, qui oblige à sélectionner une exposition forcément ensoleillée. Ce à quoi les tenants de l'interprétation esthétisante des photos de Zucca ont beau jeu de répondre qu'il montre aussi les clochards fouillant dans les poubelles. Le commissaire de l'exposition, Jean Baronnet, va plus loin et s'indigne: en quoi photographier un drapeau nazi relève-t-il de la propagande? Ne peut-on pas voir cette image comme un document témoignant objectivement de la période?

Bonne question. Qu'est-ce qui fait une photo de propagande? Faute de répondre précisément à cette interrogation, l'exercice d'interprétation sauvage qui s'exténue dans l'image ne permet de trancher ni dans un sens ni dans l'autre. Et pour cause. Aucune photo ne peut être considérée "en soi" comme propagandiste. Ceux qui sont familiers de la période connaissent bien ces images – à commencer par celles des discours du Führer – qui circulent d'un camp à l'autre, à chaque fois lestées d'une interprétation opposée. La propagande est un contexte d'utilisation, qui fige le sens d'un contenu en un message univoque. C'est pourquoi on ne peut juger de la dimension propagandiste d'une image qu'en fonction de son usage (ou, à défaut, de l'intention qui a présidé à sa réalisation).

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"Les Parisiens sous l’occupation", une exposition qui fait débat

Une chronologie de la polémique autour de l’exposition "Les Parisiens sous l’occupation" des photographies couleur d’André Zucca (1897-1973), du 20 mars au 1er juillet 2008 à la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris (BHVP). Catalogue: Jean Baronnet, Jean-Pierre Azéma, Les Parisiens sous l'occupation. Photographies en couleur d'André Zucca, Paris, Gallimard/Paris Bibliothèques, 2008.

André Zucca, le photographe. Avant la deuxième guerre mondiale, André Zucca avait entamé une carrière de reporter-photographe, pour le journal Paris-Soir ou Paris-Match notamment. En 1941, il est engagé par les Allemands pour travailler au magazine Signal et photographier Paris, désormais zone occupée. «En échange, il recevait une carte professionnelle, un Ausweiss et des rouleaux de pellicules en noir et blanc et couleurs pour son Rolleiflex et son Leica» (J. Baronnet, cat. p. 7). Zucca accède ainsi à du matériel photographique – denrée rare en cette période pour les photographes français et aux pellicules couleur Agfacolor alors même que ce procédé est encore nouveau en photographie – et au droit de photographier la capitale soumise à l’occupation militaire allemande, pour un magazine dont les visées propagandistes sont claires.

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La défaite de la photographie

L'image de la guerre dans la presse illustrée allemande, 1938-1945

À l'époque de la Première guerre mondiale, compte tenu de l'état de la technique photographique et de l'immaturité de la presse illustrée, l'iconographie diffusée représente une exploration des possibles de l'information par l'image, beaucoup plus qu'une forme achevée du photojournalisme. Au moment du déclenchement du second conflit mondial, au contraire, la grammaire du reportage illustré comme la disponibilité de matériels autorisant la prise de vue dans des conditions extrêmes sont des acquis de longue date. La guerre de 1939-1945 peut donc être considérée comme le premier conflit majeur (mais aussi le dernier grand conflit "classique") se déployant dans l'environnement d'une économie de l'information visuelle arrivée à maturité. Doté des outils susceptibles de traduire en images le déroulement d'une guerre pour un large public, le journalisme photographique va-t-il, pour la première fois, en produire l'expression? Il n'en est rien: l'illustration de l'époque nous fait assister à l'évanouissement de l'événement – première étape d'une défaite de la photographie comme véhicule de l'information.

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De la valeur-absolue historique d’une image

Peut-on parler de la valeur-absolue historique d’une image comme on parle en mathématiques de la valeur absolue d’un nombre? En mathématiques, celle-ci désigne la valeur numérique du nombre sans tenir compte de son signe; autrement dit, à cette valeur absolue numérique vient s’ajouter un signe "plus" ou un signe "moins", selon l’usage qui en est fait dans une opération. L’exposition, à la Bibliothèque Historique de la ville de Paris, de plus de deux cents photographies en couleurs d’André Zucca, intitulée "Les Parisiens sous l’occupation", offre une bonne occasion d’en discuter. Il existe, en effet, un côté gigogne – et fascinant – dans ces photographies en ce qui concerne leur (r)apport à l’histoire, le titre de cette exposition renvoyant expressément à une période de l’histoire, et non des moindres.

L'Atelier du Lhivic, 28/04/2008.
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Compte rendu de "Devenir media", d'Olivier Blondeau

Olivier Blondeau est chercheur-enseignant en Sciences de l’information et de la communication à l’université de Lille 3. Dès le tournant des années 2000, il amorce une série de travaux sur les formes de militantisme sur le web et, plus globalement, sur les possibilités d’expression et de participation offerte par cet environnement. Il est l’auteur d’une thèse intitulée Les orphelins de la politique et leurs curieuses machines. Expérimentations, esthétiques, techniques et politiques à l’ère des réseaux, soutenue en 2006 (IEP, Paris). Il a, à de nombreuses occasions, collaboré avec Laurence Allard, maître de conférences en sciences de la communication à l’ université Lille 3, (UFR Arts et Culture), qui consacre elle aussi ses recherches aux différents aspects de l'"activisme électronique" (voir notamment la série de conférences qu’elle anime sur ce thème au Centre Pompidou en 2006-2007).

L'Atelier du Lhivic, 14/05/2008.
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Parution du "Vocabulaire technique de la photographie"

Les éditions Marval annoncent la parution du Vocabulaire technique de la photographie, sous la direction d'Anne Cartier-Bresson.

Tant beau livre qu’usuel, le Vocabulaire technique de la photographie présente pour la première fois les termes exacts et la définition précise des techniques photographiques, des plus anciennes aux plus contemporaines. Publié sous la direction d’Anne Cartier-Bresson, directrice de l’Atelier de restauration et de conservation de la Ville de Paris (ARCP), chercheuse associée au Lhivic, cet usuel reproduit systématiquement les différents supports, accompagnés de détails des images vus sous la loupe (x3) ou sous le microscope (x30) afin que le lecteur puisse découvrir et identifier ce qui les caractérise. Les auteurs sollicités, experts de la photographie, de son histoire et de ses techniques, signent les articles de leur spécialité. Ce vocabulaire technique est aussi un beau livre reparcourant, grâce aux grands noms de la photographie ancienne et contemporaine, l’histoire de ce médium.

Direction: Anne Cartier-Bresson. Coordination et contributions: Christine Barthe, Jean-Paul Gandolfo, Bertrand Lavédrine, Bernard Marbot. Contributions: Marie Beutter, Jean-Louis Bigourdan, Jean-Philippe Boiteux, Joachim Bonnemaison, Cécile Bosquier, Nathalie Boulouch, Sabrina Esmeraldo, Alan Greene, André Gunthert, Luce Lebart, Jean-Gabriel Lopez, Jean-Louis Marignier, Laurence Martin, Paul Messier, Jérôme Monnier, Mark Osterman, Denis Pellerin, Sandra Petrillo, Marion Pieuchard, Estelle Rebourt, Pierre-Lin Renié, Grant Romer, Joel Snyder, Dusan Stulik, Carole Troufléau, Flavie Vincent-Petit. ISBN: 978-2-8623-4400-3, 24 x 28 cm, 496 p., ill. coul., 110€.

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La presse est-elle encore fiable?

image En quelques mois, les affaires du faux SMS au Nouvel Observateur, de l'annonce prématurée de la mort de Pascal Sevran sur Europe 1, puis de la bourde spectaculaire du Monde à propos des photos d'Hiroshima ont atteint les médias les plus réputés. La revendication d'exactitude du journalisme n'est-elle plus qu'un souvenir? Nous n'en sommes pas là. Mais le diagnostic unanime que suscitent ces faux-pas, de l'aveu même de leurs auteurs, désigne la pression du web dans un univers ultra-concurrentiel. Au sein d'organes fragilisés par la crise, la barre de l'exigence parfois s'abaisse devant la perspective du scoop, et fait omettre les procédures élémentaires de vérification, au profit d'une publication accélérée.

Devant cette accumulation, les plus insouciants se draperont dans la vanité des déclarations d'intention et des protestations de zèle. Mais il semble clair que, les mêmes causes produisant les mêmes effets, ces bévues sont autant de présages d'une évolution inéluctable. Comme il paraît peu probable de voir la presse retrouver rapidement la situation de prospérité qui fut la sienne dans les années 1970, ne faut-il pas admettre de modifier plutôt nos attentes et nos habitudes? Relevant combien l'écriture journalistique s'était renouvelée au contact d'internet pendant la période récente, Benoît Raphaël dresse un récapitulatif en dix points des nouvelles pratiques éditoriales, au nombre desquelles il retient les modèles de la conversation, du work in progress, de la déhiérarchisation, du référencement, etc. On pourrait y ajouter désormais l'erreur, bien connue des blogs, où elle n'est pas un drame. Le manque de fiabilité y est compensé par la vérification collective des commentateurs, l'apprentissage de l'humilité et la pratique de la rectification. Désormais imitée par les plus grands éditeurs, Wikipédia a démontré qu'un tel faisceau d'autocorrections pouvait fournir de meilleurs résultats que l'application paresseuse du formalisme éditorial classique.

La presse a-t-elle vraiment le choix? A moins d'attendre que la multiplication des faux-pas achève de miner une confiance déjà chancelante, ne vaut-il pas mieux afficher son droit à l'erreur et partager avec les blogs l'efficacité d'un savoir modeste? A tous le moins, le constat de la réalité du journalisme tel qu'il se fait devrait-il faire réfléchir les plus anciens au ridicule de certaines déclarations. Le web a bien des vices et bien des défauts, mais s'il a une qualité, c'est d'avoir ringardisé l'arrogance. Franchement, qui s'en plaindra?

Soutenance de thèse "Guerre des images, guerre sans image?", Par Marie Chominot

La thèse de doctorat d'histoire "Guerre des images, guerre sans image? Pratiques et usages de la photographie pendant la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962)", présentée par Marie Chominot sera soutenue le mercredi 14 mai 2008 à 9h00 à l'Université Paris VIII, salle: D 143.

Jury: Benjamin Stora (directeur), Omar Carlier, Stéphane Audouin-Rouzeau, Michel Poivert, Christian Delage, Abdelmadjid Merdaci.

Hiroshima: les photos que Le Monde n'avait jamais vues

Après le dérapage d'Europe 1 annonçant la mort de Pascal Sevran avec quinze jours d'avance, c'est le quotidien Le Monde qui tombe dans le piège de la course au scoop avec internet. Dans son édition datée du 10 mai, un article intitulé "Hiroshima: ce que le monde n'avait jamais vu", présente avec force trémolos un groupe de 10 photographies rendues publiques il y a une semaine par la Hoover Institution. Ces «sidérantes photos de corps flottant dans les eaux», prétendument réalisées par un amateur anonyme à Hiroshima dans les jours suivant le bombardement atomique du 6 août 1945, ont été remises en 1998 au musée par un soldat américain, Robert L. Capp, entretemps décédé.

«En raison de la censure draconienne imposée par l'occupant américain sur tout ce qui touchait au bombardement d'Hiroshima (puis de Nagasaki, trois jours plus tard), on ignora pendant des mois l'ampleur de la tragédie dont furent victimes des populations essentiellement civiles», explique le quotidien. Un second article de Claire Guillot, intitulé "La censure américaine a caché les images de victimes", achève de fignoler un parfait scénario pour X Files: des images qui dévoilent pour la première fois le vrai tableau d'une horreur insoutenable ont été dissimulées pendant des années à cause de la "culture du secret" américaine.

Cerise sur le gateau: «Alors que le débat se développe sur Internet, la presse américaine n'a pas encore évoqué la divulgation de ces nouvelles photographies de la tragédie d'Hiroshima. Ni la presse japonaise, du reste», écrivent Sylvain Cypel et Philippe Pons, correspondants du journal à New York et à Tokyo, fiers de ce scoop qui fleure bon le scandale.

Pas de chance: Sean Malloy, l'historien à l'origine de la révélation de ces images, a publié aujourd'hui sur sa page web un avertissement dans lequel il explique avoir reçu des indications prouvant que deux au moins de ces photographies illustrent en réalité le tremblement de terre de Kanto en 1923. Une telle identification laisse planer un sérieux doute sur l'ensemble de la collection. Courageusement, le jeune chercheur déclare assumer la responsabilité de cette erreur et procéder à des vérifications complémentaires. Dans l'intervalle, la Hoover Institution a effacé toute trace de ce faux-pas sur son site web.

Contrairement à ce que laisse entendre Le Monde, des photographies de victimes réalisées par des Japonais immédiatement après les bombardements atomiques existent et ont fait l'objet d'études détaillées par les spécialistes. La revue Etudes photographiques a notamment publié en 2006 des extraits des deux plus anciens corpus conservés, analysés par Michael Lucken ("Hiroshima-Nagasaki. Des photographies pour abscisse et ordonnée", Etudes photographiques, n° 18, mai 2006, p. 4-25). 

Avec tous mes remerciements à Sandrine Crouzet pour ses précieuses indications. 
Nota bene: article initialement publié sur Le Flipbook.

Que se passe-t-il pendant la photo? (Flickr et la vidéo)

Un mois après l'introduction de la vidéo sur Flickr, quel bilan tirer de l'expérience? Depuis l'ouverture des plate-formes visuelles, l'un des éléments les plus flagrants de l'organisation du paysage des contenus en ligne est le constat que photo et vidéo ne servent pas aux mêmes fonctions. Alors que sur Flickr ou Picasa, les contenus originaux forment la quasi-totalité du corpus, sur YouTube ou Dailymotion, de l'aveu même des concepteurs, la majorité des vidéos téléchargées relèvent de l'archive: extraits d'émissions télévisées ou reproductions de DVD.

Ce simple constat n'était pas facile à produire avant la création des plate-formes visuelles, qui ont ouvert un accès sans précédent aux sources privées. Si les albums de photographie de famille avaient fait l'objet de diverses investigations, il était plus difficile de se rendre compte de l'état des pratiques d'enregistrement vidéo. La forte proportion des usages de reproduction a été tout à la fois révélée et encouragée par les services comme YouTube.

Question nouvelle pour la recherche, celle du partage des usages entre photographie et vidéo engage une interrogation fondamentale des pratiques d'enregistrement. Les dispositifs d'enregistrement sonore ont par exemple été imaginés pour favoriser la captation de la voix et la réalisation de contenus originaux proches des usages amateurs de la photographie, avant d'être employés surtout pour la reproduction manufacturée de musique enregistrée (cf. Ludovic Tournès, Du phonographe au MP3, Autrement, 2008). Ces exploitations éditoriales ne sont pas absentes du paysage de la photographie, où elles s'incarnent notamment à travers la carte postale. Les usages privés des images fixes n'en restent pas moins structurés par la production personnelle.

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