Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Archéologie de la photo numérique: Hubble

image Je découvre (via Fotostoria) le nouveau site consacré aux archives iconographiques de la NASA, mis en ligne à l'occasion de son cinquantième anniversaire. En association avec le projet Internet Archive, cette ressource offre un libre accès aux collections numérisées des différents centres qui composent l'agence.

Parmi la vaste sélection de photographies, vidéos et enregistrement sonores, scrupuleu-sement documentés, j'extrais cette archive historique des débuts de la photographie numérique: la comparaison de la première photo fournie, le 22 mai 1990, par le Wide Field/Planetary Camera (WFPC) du téléscope spatial Hubble (à droite), avec la portion équivalente du ciel observée au sol par le télescope du Las Campanas Observatory (à gauche). Une image ou chaque pixel correspond à un carré de 0,1 seconde d'arc de côté (contre 0,32), qui démontre simultanément le bénéfice de s'affranchir de l'atmosphère terrestre et le pouvoir de résolution du premier appareil photo numérique de l'histoire, composé de deux caméras distinctes, formées par quatre matrices à CCD Texas Instruments de 800 x 800 pixels – une définition inférieure à celle d'un camphone d'aujourd'hui.

Les chats, les marmottes et les fins de la participation

Novövision est un de mes blogs préférés. Les billets du maître des lieux, Narvic, font le plus souvent preuve de profondeur, de subtilité et de pondération et témoignent d'une connaissance approfondie des mécanismes du web. Ses aperçus d'insider des milieux du journalisme fournissent une vision précieuse sur l'évolution contemporaine de cette profession. De plus, il me cite à tour de bras, ce qui me le rend extrêmement sympathique. — Et là, mes lecteurs les plus assidus attendent le "mais" qui va nécessairement suivre cette brassée de fleurs des champs. Effectivement, je dois dire mon désaccord avec son dernier billet, "Le Web 2.0: une bulle qui se dégonfle lentement". Faute de temps, je ne répondrai pas in extenso au constat global de «l'effondrement» qu'il propose (mais je compte sur mes commentateurs pour me seconder) et me bornerai à répliquer au premier volet du papier, consacré à la promesse soi-disant trahie de l'User generated content.

Qu'est-ce que l'UGC? Disons pour simplifier (mais à vrai dire, à peine) que cette expression désigne les photos et les vidéos que vous et moi envoyons sur Flickr ou sur Youtube. Premier problème: dénommer ces contributions "User generated content" est déjà une façon d'orienter le débat. De la même façon que Bourdieu, dans Un art moyen (Minuit, 1965), lorsqu'il qualifie de «photographie amateur» les productions privées, les installe dans un réseau signifiant qui les dévalorise par avance (le photographe amateur est le contraire du professionnel, celui qui ne sait pas utiliser correctement le matériel, etc.), rentrer dans la logique d'une définition des contenus partagés qui les met en balance avec la production professionnelle donne la réponse à la question avant même de l'avoir posée.

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La George Eastman House sur Flickr

image Après la bibliothèque du Congrès ou le Brooklyn Museum, la George Eastman House est le premier grand musée de photographie à mettre en ligne en libre accès dans la section des Commons de Flickr plusieurs extraits de ses collections. On peut notamment apercevoir de remarquables portraits au daguerréotype du célèbre studio Southworth & Hawes, un groupe de 68 autochromes ou un échantillon du fonds Chusseau-Flaviens, l'une des premières agences de photographies de presse.

Illustration: Charles Spaeth, "Woman in floral silk robe", autochrome, 1915, 11.5 x 8.6 cm, George Eastman House Collection (domaine public).

La raison de Guaino est toujours la meilleure

Henri Guaino revient et il n'est pas content. Comme un criminel qui retourne sur les lieux de son crime, un an après jour pour jour, le conseiller spécial relit son malheureux discours de Dakar. Incroyable exercice d'auto-commentaire qui s'étend en longues citations satisfaites, par la plume même qui l'a produit – accueilli par un quotidien du soir dont on admirera le scrupule.

Guaino n'a pas aimé qu'on le traite de raciste ou de paternaliste. C'est la principale leçon de ce texte qui, plutôt qu'une auto-justification, inflige une volée de bois vert a ses contradicteurs, à grands coups de Senghor, de Lévi-Strauss ou de Braudel. Raciste, Guaino – alors que «jamais un président français n'avait été aussi loin sur l'esclavage et la colonisation»? Qu'on en juge: n'a-t-il pas fait dire verbatim à l'acteur élyséen que, oui, «il y a eu la traite négrière» et que, oui, les Européens «ont eu tort»? Si ça n'est pas du lourd, s'émeut la plume – qui, dans le même souffle, gâche immédiatement son coming-out altermondialiste en ne pouvant s'empêcher, c'est plus fort que lui, de copier-coller aussi la suite, rappel des colons «qui ont construit des ponts, des routes, des hôpitaux, des dispensaires, des écoles»...

Inutile de s'appesantir. J'ai déjà analysé ailleurs les inimitables qualités de l'historien amateur, qui ne connaît qu'une figure de style – l'anaphore –, qu'un outil démonstratif – l'argument d'autorité – et qu'un mode de pensée – le cliché. La vraie information est ailleurs: dans ce retour exaspéré sur une critique jugée intolérable. Aura-t-on semblable explication de texte pour chacun des discours de celui qui est payé pour les produire – et pourquoi pas les réponses aux répliques puis la réfutation des objections? Ce long couloir de pleurnicheries peut s'étendre bien au-delà des deux mandats de Sarkozy. Mais, selon une tactique constante de l'équipe au pouvoir, il s'agit bien ici de réduire à néant toute contradiction, d'imposer à tous une raison et une seule. Qu'on se le dise: on répètera autant qu'il faut slogans et préjugés, sur tous les tons et dans tous les canards (si utiles à la démocratie), jusqu'à en faire l'unique vérité possible. Fut-ce du trou du souffleur, rien ne fera taire cette volonté farouche de prescrire l'histoire. Dans une vision certes plus proche de George Orwell que de Marc Bloch (mais ils ne font ni l'un ni l'autre partie du répertoire de citations du nègre).

De quoi l'antisémitisme est-il le nom?

De celui qui oeuvre contre son propre intérêt, on dit qu'il se tire une balle dans le pied. Mais on cherche encore la figure qui décrirait tout un peloton d'exécution occupé à se massacrer les arpions. Après Claude Askolovitch, après Philippe Val, après Bernard-Henri Lévy, c'est Laurent Joffrin qui vient rejoindre la troupe des snipers manchots. Avec l'audace qui le caractérise, le directeur de Libération pousse l'exercice jusqu'au hara-kiri, convertissant une diatribe contre l'antisémitisme en pure proclamation raciste (article corrigé aujourd'hui dans sa version en ligne après de nombreuses réactions de lecteurs, voir ci-dessous la mention originale). Mais à tous ceux qui ont été abasourdis par la montée en régime de l'affaire Siné, le suicide en direct de Joffrin livre quelques clés précieuses pour comprendre le mode d'emploi de l'accusation d'antisémitisme.

Comment transformer la vigilance en préjugé? Règle numéro 1: emprunter aux antisémites leur mode de raisonnement, qui consiste à appliquer la grille raciale à tort et à travers. Commentant la phrase incriminée de Siné dans Charlie («Il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit!»), Claude Askolovitch, sur RTL, déduit: «Sous-entendu, pour faire son chemin, vaut mieux être juif.» Manque de chance, tel n'est pas le sous-entendu de cette phrase. «Il fera du chemin dans la vie, ce petit!» vise évidemment l'arrivisme de Jean Sarkozy, jeune politique pressé.

Règle numéro 2. Dans la France du ministère de l'immigration et de l'identité nationale, gangrénée par un racisme omniprésent, qui a fait le succès du Front national avant de garantir l'élection de Sarkozy père, produire un distinguo aussi subtil qu'artificiel entre antisémitisme et "anti-intégrisme musulman" (Joffrin: «Réprouver l'intégrisme musulman et dénoncer le pouvoir supposé des juifs ce n'est pas la même chose. On est anti-intégriste dans le premier cas, raciste dans le second. On choisit sa religion, on ne choisit pas sa race.») L'historienne Esther Benbassa a dit ce qu'il fallait penser de ces acrobaties dangereusement boîteuses.

Règle numéro 3. Derrière l'accusation d'antisémitisme, ce qui se cache est bien souvent un incontrôlable prurit antigauchiste. On le constate: d'Askolovitch, qui déclare les chroniques de Siné d'un «gauchisme imbécile», à Joffrin, qui vise les «bataillons quelque peu cacochymes de l’extrême gauche antisioniste», en passant par BHL, qui profite de l'affaire Charlie pour régler ses comptes avec Alain Badiou et l'«islamo-gauchisme», la rage des intellectuels médiatiques à débusquer la haine du juif s'abreuve à une source des plus politiques. C'est l'ineffable Alain-Gérard Slama, commentant Askolovitch sur RTL, qui dévoile le raccourci sous-jacent: «Il y a souvent des liens entre la virulence dans la dénonciation de l'argent, des riches, et l'antisémitisme.» On ne saurait mieux dire que la conscience somnambule du régime. A force de mauvaise foi et d'aveuglement, l'anti-antisémitisme est devenu le nom d'une bien nauséabonde dérive, qui n'a plus rien de la vigilance éclairée, mais tout du règlement de comptes néo-conservateur.

Illustration de Siné, extrait de Complaintes sans paroles de Siné avec d'horribles détails et une préface de Marcel Aymé, Jean-Jacques Pauvert, 1956 (détail).

Lire la suite: "Il faut sauver l'argument d'antisémitisme" (03/08/2008).

I’ll remove the cause... (The Rocky Horror Picture Show)

image The Rocky Horror Picture Show n’est pas un film culte. C’est le film culte par excellence. Les aventures de Brad et Janet chez les Transylvaniens plus ou moins transsexuels continuent de draîner depuis plus de trente ans des milliers de spectateurs, tous les vendredis ou samedis soir, de Los Angeles à Berlin, de Londres à Sydney et de Paris à New York. Le film, dont la production a coûté un million de dollars en 1975, recueilli à peine 400000 dollars dans le très court temps de son exploitation standard, rapporte environ 5 millions de dollars par an à la 20th Century Fox depuis qu’elle a fait le choix de l’exploiter en séances spéciales nocturnes.

Par Dimitri Vezyroglou, Bhicc, 17/07/2008.
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Patrick qui?

image J'admire Christian pour avoir consacré un billet malin au départ de PPDA. Pour ma part, je suis au regret de le constater, trente ans d'exercice d'un pape de la médiasphère n'ont pas produit chez moi la plus petite trace susceptible de motiver le moindre avis. Triste destin que celui de l'animateur de JT qui, en dépit d'une exposition quotidienne, ne laisse qu'une si faible empreinte. A tout le moins son départ donne-t-il l'occasion de mesurer les véritables effets de l'existence médiatique. Et comme pour le cas Bétancourt, c'est encore grâce à internet qu'on perçoit le mieux la disproportion entre l'hypertraitement sélectif de la machine médiatique et la perception réelle de ces événements.

PS. Ah oui, je n'avais pas encore évoqué ici la libération d'Ingrid. On peut faire court. Mesuré à l'aune de la croyance en un système de l'information rationnel, la démesure du traitement médiatique a pu apparaître choquante, excessive ou vaine. Je pense tout le contraire. Ce sont de tels événements qui nous dévoilent l'inanité de cette mythologie, et manifestent dans toute sa limpidité la mission du journalisme. Celle-ci n'a guère varié depuis Homère: nous faire trembler, gémir, pleurer ou rire tous ensemble, accomplir la purgation des émotions par le récit partagé. Plutôt que l'instrument d'une démocratie éclairée, le journalisme est un art social qui s'ignore.

Le mystère de l'album de la Société héliographique

image Le mystère n'est pas seulement un thème de la littérature policière. Comme le montre Edgar Allan Poe dans "La lettre volée", une énigme peut aussi nous amener à reconsidérer la façon même de poser la question. Elle devient alors un outil heuristique puissant. La science connaît nombre de ces mystères, qu'une formulation différente a permis de résoudre, comme la célèbre hypothèse de l'ether, renvoyée au néant par la relativité einsteinienne[1]. Si l'histoire de la photographie ne possède pas d'exemple aussi fameux, elle comprend toutefois plusieurs cas du même ordre[2]. L'une des plus irritantes énigmes du domaine est la disparition du parangon des albums: celui de la Société héliographique.

Le 18 mai 1851, le critique d'art Francis Wey annonce dans les colonnes de La Lumière que la première association de photographes au monde a créé son "Album": «Enrichie des meilleures épreuves obtenues par les plus habiles praticiens, cette collection nombreuse, originale et d'une diversité remarquable, offrira aux curieux, admis à l'explorer, un vaste champ d'observation[3].» Dès la séance du 30 mai, quelques-uns des meilleurs photographes de l'époque, Auguste Mestral, Henri Le Secq, Maxime Du Camp annoncent ou promettent le don de plusieurs épreuves[4]. Un second article de Wey ajoute à cette liste les noms de Désiré Blanquart-Evrard, Charles Nègre, Hippolyte Bayard ou Joseph Vigier[5].

La première série de La Lumière ne comporte aucune illustration photographique. Mais l'ekphrasis enthousiaste du critique donne corps à la vingtaine d'épreuves qu'il décrit. Le prestige de la plus ancienne publication du domaine confère tout son crédit à cette évocation. Dans un article important, Roger Fenton, principal acteur de la fondation de la future Royal Photographic Society, assure avoir consulté cet album dans les bureaux de l'association française[6]. Pendant longtemps, des générations de collectionneurs et de spécialistes chercheront cet Eldorado: le merveilleux florilège des "primitifs" de la photographie sur papier.

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La photo numérique à Place de la toile

image Sous le titre Si la photo (numérique) est bonne..., l'émission "Place de la Toile", pilotée par Caroline Broué et Thomas Baumgartner, consacrera son édition du vendredi 11 juillet à la photographie numérique. Avec la participation de Christian Caujolle (fondateur de l’Agence Vu), André Gunthert (maître de conférences, EHESS), Hughes Léglise-Bataille (photographe indépendant), Patrick Zachmann (photographe, agence Magnum). De 11h à 12h sur France-culture, rediffusion en ligne, voir: www.radiofrance.fr....

Vers une nation sans mémoire?

Communiqué de l'Association des archivistes français.Depuis quelques mois est annoncée la disparition de la direction des Archives de France dans le cadre de la RGPP. Cette disparition est maintenant actée, et le pilotage de la fonction archives se trouve fondue, au ministère de la Culture et de la Communication, dans une "direction générale des patrimoines de France".

L’Association des archivistes français, qui représente une large majorité des responsables et des collaborateurs des services d’archives publics et privés, ne peut s’y résoudre.

1) Les archives sont l’arsenal juridique et informationnel de l’Etat, avant même d’en représenter le patrimoine matériel et immatériel. Elles sont aussi un outil majeur pour l’exercice de la démocratie. Elles ne peuvent être réduites à un ensemble patrimonial.

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Ce que Versac m'a appris

image On reconnaît les bons blogs à ce qu'ils nous apprennent. J'ai beaucoup appris chez Versac, et d'abord ce que pouvait être un exercice libre et éclairé du blogging. J'ai beaucoup aimé ça. Cette curiosité-là, que ne guide nul consensus, nulle obligation, juste celle qui vous mène d'elle-même au bon endroit. Cette générosité-là, celle qui donne en partage, non du haut d'une autorité ou pour justifier un salaire, mais en toute gratuité. Cette disponibilité-là, si étrange pour celui qui ne sait que toiser, si étonnante par son respect, sa patience. Cette humanité-là, toute prête au doute, à la faille et même à l'emportement, dans l'absolue confiance qu'elle fait à la sincérité du moment – et à ses lecteurs. C'est tout cela que j'ai découvert chez Versac, soir après soir, matin après matin, par les petits touches discrètes de l'impressionnisme du blog. Ce que ne comprendront jamais ceux qui font du blog comme ils parlent dans leurs micros, c'est que dans ce nouveau monde qui se redessine chaque jour, il y a tant à apprendre. Voilà pourquoi, oui, Versac aura été pour moi l'un de ces phares, trop rares, dans la brume d'internet. Jamais au sens d'une autorité. Toujours au sens de ce qui éclaire lorsqu'on cherche son chemin, ce qui cligne de l'oeil quand on se croit arrivé à bon port. Aujourd'hui, Versac éteint la lumière. On ne confondra pas une publication et son auteur. Nul besoin de pleurer Nicolas, qu'on retrouvera sans tarder sur d'autres routes. Mais saluer le bel instrument qu'il a créé, lui dire tout le plaisir qu'on a eu à le lire et l'en remercier avec chaleur. Merci pour cette totale absence d'arrogance – cette qualité si incompréhensible pour ceux qui se rient des blogs, ce bol d'air pur dont nous avons tant besoin. Je n'oublierai pas Versac et tout ce qu'il m'a appris – jusqu'à sa dernière leçon. Chapeau bas, camarade, et à très bientôt.

Voyage au pays des mashups: Fastr

image Selon Wikipédia, un mashup est une application composite «qui combine du contenu provenant de plusieurs applications plus ou moins hétérogènes. On parle de mashup artistique ou de mashup technologique (…). On parle de mashup dans le cadre d'une superposition de deux images provenant de sources différentes, superposition de données visuelles et sonores différentes par exemple dans le but de créer une expérience nouvelle.»

Avant d’être appliqué aux recombinaisons de données sur internet, ce terme définissait un style de production musicale. Apparu dans les années 1980, le mash-up est une forme de remix associant dans un même morceau deux ou plusieurs titres existants, mêlant généralement les parties vocales d'un morceau sur la musique d'un autre. Par extension, cette expression sera également appliquée aux productions vidéo mélangeant images et fond sonore de sources différentes. Quelque soit le domaine dans lequel on l'utilise, le terme de mashup désigne toujours un processus libre de transformation créatrice et de recombinaison, une culture du remake qui se nourrit de remaniements et de reprises, basée sur une éthique de l'emprunt et du partage créatifs.

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La lecture exportable, ou la mort du copyright?

image La propriété intellectuelle ou sa version anglo-saxonne, le copyright, protègent l'auteur contre toute exploitation non autorisée de son oeuvre, et ce jusqu'à 70 ans après sa mort. Cette protection ne connaissait jusqu'à présent que deux exceptions majeures: la copie privée et le droit de citation. Selon l'article L 122-5 du Code de la propriété intellectuelle: «Lorsque l'oeuvre a été divulguée, l'auteur ne peut interdire: les représentations privées et gratuites effectuées exclusivement dans un cercle de famille (...); les analyses et courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d'information de l'oeuvre à laquelle elles sont incorporées.»

Avec le content embedding, ou lecture exportable, le web dynamique a ouvert une troisième brèche dans la forteresse de la propriété intellectuelle. Depuis la création de YouTube, en 2005, cette fonction est familière à tout titulaire de blog ou de compte web 2.0: pour intégrer dans sa page une vidéo issue de la plate-forme visuelle, il n'est pas nécessaire d'en recopier le contenu, puis de le retélécharger sur son propre serveur. Il suffit de copier une ligne de code, disponible sous l'intitulé "embed", puis de la coller sur son propre site. Dans un environnement adéquat, cette série d'instructions permet de restituer la visualisation de la séquence dans des conditions similaires à celles offertes par la plate-forme.

Le principe de la lecture exportable a été vulgarisé par les sites de partage de vidéos pour éviter de pénaliser les usagers par la répétition de longs téléchargements et pour augmenter la viralité des contenus, tout en esquivant les blocages du copyright. Pourtant, loin de se limiter à ce contexte, elle est utilisée par la plupart des plates-formes de partage de contenus. De nombreux usagers l'ignorent, mais faute d'un paramétrage volontaire, la mise en ligne de photographies sur Flickr procure à n'importe quel internaute la même possibilité, conforme aux règles de la communauté, d'une diffusion externe sans demande d'autorisation préalable.

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Compte rendu du "Vocabulaire technique de la photographie"

image Anne Cartier-Bresson (dir.), Le Vocabulaire technique de la photographie, Paris, Marval/Paris Musées, 2008, 24 x 28 cm, 496 p., ill. coul., bibl. ind., 110€.

Pour ceux qui s’intéressent aux techniques photographiques, il y avait le "Nadeau", c’est-à-dire The Encyclopedia of Printing, Photographic and Photomechanical Processes, publié en 1989, qui, tel un dictionnaire non illustré, recensait et définissait les différentes techniques liées à la photographie. L’année dernière, Bertrand Lavédrine publiait un ouvrage illustré et pratique pour (re)connaître et conserver les photographies anciennes. Désormais, les restaurateurs, les conservateurs, les historiens et les étudiants disposent de ce que l’on appelle déjà dans les cercles d’initiés le «VTP», à savoir Le Vocabulaire technique de la photographie. Publié sous la direction d’Anne Cartier-Bresson après plusieurs années de travail et d’aléas éditoriaux, cet ouvrage est une somme de presque 500 pages, imprimées en quadrichromie, qui regroupe des notices historico-techniques sur les procédés qui touchent de près ou de loin à la photographie.

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Comment obtenir une bonne lettre de recommandation

image La rédaction de lettres de recommandation constitue une part non négligeable de l'activité d'un professeur. Du point de vue des étudiants, ce travail est souvent perçu comme un pur exercice formel, où il suffit d'aligner quelques phrases creuses et autant de formules toutes faites. Seul compte à leurs yeux le prestige de la signature. Mettons de côté les demandes de consultation d'un fonds, les appuis pour la participation à un colloque et autres attestations qui relèvent en effet de la routine. Mais pour les enjeux plus importants, comme les demandes de bourse, les soutiens à une allocation ou un concours, une telle vision est une grossière erreur. Pour ces ressources chichement octroyées, les recommandations sont au contraire examinées à la loupe, et mobilisent tous les moyens de la science de l'énonciation académique.

Quoique ne faisant pas l'objet d'un enseignement officiel, cette discipline est l'une des plus précieuses de l'univers savant. Burinée par l'habitude des jurys et des rapports, elle s'acquiert en observant la pratique des aînés et les résultats obtenus. Seuls ceux qui ont accédé à l'envers du décor mesurent la redoutable subtilité de ses effets, la puissance d'un mot, la perversité d'une formule. Maîtriser cette rhétorique est une condition indispensable à la participation à la vie universitaire.

Ecrire une bonne lettre de recommandation est aussi difficile qu'écrire un bon article. Il y faut non seulement une analyse des attentes de l'institution, une remise en perspective des travaux du candidat, mais une solide capacité de synthèse et des arguments convaincants. Tout cela ne s'invente pas entre la poire et le fromage. Le meilleur fondement d'un tel exercice est la bonne connaissance du dossier de l'intéressé. Plus sa fréquentation aura été longue et assidue, moins on dira de banalités, mieux on défendra les particularités d'un profil. On peut parfaitement écrire un courrier de soutien aux apparences flatteuses pour quelqu'un dont on ne connaît que superficiellement les qualités – mais un tel appui ne fera pas illusion, manquera de la touche de proximité nécessaire et aura rarement l'effet escompté. Compte tenu des capacités de décodage des initiés, il ne sert à rien d'aller frapper à la porte d'un professeur prestigieux pour quémander une signature. Au contraire, la meilleure lettre de recommandation est le résultat d'un commerce soigneusement cultivé, dans la durée, entre l'étudiant et son directeur. S'entretenir régulièrement avec lui de ses progrès, de ses questions ou de ses doutes n'est donc pas seulement une manière polie de faire participer l'ancêtre à sa recherche – c'est aussi une façon de l'aider à s'en construire une représentation efficace, et donc de préparer sa valorisation future.

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