Le mystère de l'album de la Société héliographique
Par André Gunthert, vendredi 11 juillet 2008 à 07:37 (419) :: Colloques, conférences - Recherches
Le mystère n'est pas seulement un thème de la littérature policière. Comme le montre Edgar Allan Poe dans "La lettre volée", une énigme peut aussi nous amener à reconsidérer la façon même de poser la question. Elle devient alors un outil heuristique puissant. La science connaît nombre de ces mystères, qu'une formulation différente a permis de résoudre, comme la célèbre hypothèse de l'ether, renvoyée au néant par la relativité einsteinienne[1]. Si l'histoire de la photographie ne possède pas d'exemple aussi fameux, elle comprend toutefois plusieurs cas du même ordre[2]. L'une des plus irritantes énigmes du domaine est la disparition du parangon des albums: celui de la Société héliographique.
Le 18 mai 1851, le critique d'art Francis Wey annonce dans les colonnes de La Lumière que la première association de photographes au monde a créé son "Album": «Enrichie des meilleures épreuves obtenues par les plus habiles praticiens, cette collection nombreuse, originale et d'une diversité remarquable, offrira aux curieux, admis à l'explorer, un vaste champ d'observation[3].» Dès la séance du 30 mai, quelques-uns des meilleurs photographes de l'époque, Auguste Mestral, Henri Le Secq, Maxime Du Camp annoncent ou promettent le don de plusieurs épreuves[4]. Un second article de Wey ajoute à cette liste les noms de Désiré Blanquart-Evrard, Charles Nègre, Hippolyte Bayard ou Joseph Vigier[5].
La première série de La Lumière ne comporte aucune illustration photographique. Mais l'ekphrasis enthousiaste du critique donne corps à la vingtaine d'épreuves qu'il décrit. Le prestige de la plus ancienne publication du domaine confère tout son crédit à cette évocation. Dans un article important, Roger Fenton, principal acteur de la fondation de la future Royal Photographic Society, assure avoir consulté cet album dans les bureaux de l'association française[6]. Pendant longtemps, des générations de collectionneurs et de spécialistes chercheront cet Eldorado: le merveilleux florilège des "primitifs" de la photographie sur papier.












