Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Compte rendu du "Vocabulaire technique de la photographie"

image Anne Cartier-Bresson (dir.), Le Vocabulaire technique de la photographie, Paris, Marval/Paris Musées, 2008, 24 x 28 cm, 496 p., ill. coul., bibl. ind., 110€.

Pour ceux qui s’intéressent aux techniques photographiques, il y avait le "Nadeau", c’est-à-dire The Encyclopedia of Printing, Photographic and Photomechanical Processes, publié en 1989, qui, tel un dictionnaire non illustré, recensait et définissait les différentes techniques liées à la photographie. L’année dernière, Bertrand Lavédrine publiait un ouvrage illustré et pratique pour (re)connaître et conserver les photographies anciennes. Désormais, les restaurateurs, les conservateurs, les historiens et les étudiants disposent de ce que l’on appelle déjà dans les cercles d’initiés le «VTP», à savoir Le Vocabulaire technique de la photographie. Publié sous la direction d’Anne Cartier-Bresson après plusieurs années de travail et d’aléas éditoriaux, cet ouvrage est une somme de presque 500 pages, imprimées en quadrichromie, qui regroupe des notices historico-techniques sur les procédés qui touchent de près ou de loin à la photographie.

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Parution de "Le Cinéma, naissance d'un art"

image Je viens de recevoir un exemplaire de Le Cinéma, naissance d’un art. Premiers écrits, 1895-1920, un recueil de textes choisis et présentés par Daniel Banda et José Moure dans la collection Champs/Flammarion. Une mine sur les premiers temps du cinéma – malheureusement sans index – à un prix des plus abordables (13 €). En attendant une critique en bonne et due forme, on trouvera ci-dessous le sommaire alléchant du volume, ainsi qu'un extrait d'un des premiers textes de l'ouvrage: la réaction de Jules Claretie à la projection du Cinématographe des frères Lumière.


Le spectre des vivants, par Jules Claretie, Le Temps, 13 février 1896

On se demande ce qu'on pourra, en art, au théâtre par exemple, réaliser avec ces photographies agissantes, ambulantes. C'est la réalité même. Des baigneurs se jettent dans la mer, la vague déferle, se brise en paquets d'écume. Un train arrive sur une voie ferrée; les voyageurs en descendent, s'étirant, visiblement las; d'autres accourent, ouvrent les portières, montent dans les wagons. Le conducteur les éperonne, les pousse. Une rue de Lyon, avec ses fiacres, ses passants, ses chevaux, ses tramways, nous donne l'illusion d'un voyage. L'arrivée d'un bateau-mouche à une station sur la Saône, donne l'aspect grouillant de passagers pressés, se précipitant sur la passerelle dans toute la hâte trépidante de la poussée moderne. Ils sont là, saisis sur le vif avec leurs tics et leurs coutumières allures. Il en est qui fument et leur cigare jette à l'air son petit nuage. Visiblement, c'est la vie, la vie de tous les jours, scrupuleusement notée par un instrument qui, avec ses huit cent cinquante instantanés, nous rend, par rotation, les mouvements (un peu saccadés) de ce microcosme.

Chose curieuse, lorsque la scène est composée, lorsqu'on nous montre, par exemple, deux amis se querellant à propos d'un article de journal, ou un gamin posant le pied sur le tuyau d'arrosage d'un jardinier, la sensation de vérité absolue, de stricte réalité disparaît. Il faut à ces photographies animées l'instantané pris sur la vie sans pose. Au moindre apprêt, adieu illusion!

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Parution du "Vocabulaire technique de la photographie"

Les éditions Marval annoncent la parution du Vocabulaire technique de la photographie, sous la direction d'Anne Cartier-Bresson.

Tant beau livre qu’usuel, le Vocabulaire technique de la photographie présente pour la première fois les termes exacts et la définition précise des techniques photographiques, des plus anciennes aux plus contemporaines. Publié sous la direction d’Anne Cartier-Bresson, directrice de l’Atelier de restauration et de conservation de la Ville de Paris (ARCP), chercheuse associée au Lhivic, cet usuel reproduit systématiquement les différents supports, accompagnés de détails des images vus sous la loupe (x3) ou sous le microscope (x30) afin que le lecteur puisse découvrir et identifier ce qui les caractérise. Les auteurs sollicités, experts de la photographie, de son histoire et de ses techniques, signent les articles de leur spécialité. Ce vocabulaire technique est aussi un beau livre reparcourant, grâce aux grands noms de la photographie ancienne et contemporaine, l’histoire de ce médium.

Direction: Anne Cartier-Bresson. Coordination et contributions: Christine Barthe, Jean-Paul Gandolfo, Bertrand Lavédrine, Bernard Marbot. Contributions: Marie Beutter, Jean-Louis Bigourdan, Jean-Philippe Boiteux, Joachim Bonnemaison, Cécile Bosquier, Nathalie Boulouch, Sabrina Esmeraldo, Alan Greene, André Gunthert, Luce Lebart, Jean-Gabriel Lopez, Jean-Louis Marignier, Laurence Martin, Paul Messier, Jérôme Monnier, Mark Osterman, Denis Pellerin, Sandra Petrillo, Marion Pieuchard, Estelle Rebourt, Pierre-Lin Renié, Grant Romer, Joel Snyder, Dusan Stulik, Carole Troufléau, Flavie Vincent-Petit. ISBN: 978-2-8623-4400-3, 24 x 28 cm, 496 p., ill. coul., 110€.

Lire aussi sur ce blog:

Parution "Ciné Fil", par Hubert Damisch

Les éditions du Seuil annoncent la parution de Ciné Fil, par Hubert Damisch.

C'est en 1946, dans un film d'Orson Welles, qu'apparaissent pour la première fois dans le cinéma commercial des images de la barbarie concentrationnaire nazie. Il faudra attendre Shoah de Claude Lanzmann, en 1985, pour que se fasse jour une nouvelle façon d'user de la caméra comme de l'instrument même de la prise de parole.

A travers une série d'essais comparatifs dont le champ va s'étendant aux autres arts, à commencer par la peinture, Hubert Damisch s'emploie à montrer comment le cinéma ne sera devenu enfin parlant qu'en passant par ce qui prend ici le nom de "montage du désastre".

Mais comment parler de montage, comment parler d'"images", là où l'excès, le débord du réel sur toute visée représentative ou documentaire est à ce point abyssal?

Recueil des articles parus dans Les Cahiers du Cinéma, Trafic, etc., de 2004 à 2007.

Parution "Télévision et histoire, la confusion des genres", par Isabelle Veyrat-Masson

Les éditions de Boeck annoncent la parution de Télévision et histoire, la confusion des genres. Docudramas, docufictions et fictions du réel, par Isabelle Veyrat-Masson (CNRS).

Après un très net déclin à la fin des années 1990, l'histoire est revenue au premier plan grâce à des genres qui mélangent les formes de la fiction et des éléments documentaires affirmés. Des docufictions comme L'Odyssée de l'espèce (45 millions de téléspectateurs dans le monde) mais aussi des docudramas de facture classique sur des faits divers relativement récents comme L'Affaire Dominici ou des fictions du réel tel L'Affaire Villemin ou L'embrasement sur les émeutes de novembre 2005, ont profondément modifié ce qu'était traditionnellement l'histoire télévisée.

Ces émissions ne cessent d'affirmer leur caractère documentaire mais en réalité elles ne sont que des "propositions" très subjectives, des genres hybrides qui mélangent le vrai et l'inventé. La méfiance à l'égard de l'image et la crise de l'histoire ne sont-elles pas conjuguées pour installer le scepticisme dans lequel se sont glissé ces "faux en histoire"?

Lectures 68

Dans le sillage du colloque "Mai 68. Regards sur les sciences sociales", quelques indications de lecture pour ceux qui souhaitent prolonger les débats.

- Edgar Morin, Claude Lefort, Cornélius Castoriadis, Mai 68. La Brêche suivi de Vingt ans après, Fayard, 2008, 292 p., 17€.
Réunion des analyses à chaud de trois observateurs engagés, avec un post-scriptum de 1986-1988.

- Serge Audier, La Pensée anti-68. Essai sur les origines d'une restauration intellectuelle, La Découverte, 2008, 380 p., 21,50€. Ou comment mai 68 est devenu le point focal de la contre-offensive conservatrice. Indispensable.

- Boris Gobille, Mai 68, La Découverte, coll. Repères, 2008, 120 p., biblio, 8,50€.
Un précis bien informé par un jeune chercheur spécialiste des événements.

- Sébastien Layerle, Caméras en lutte en mai 1968, Nouveau Monde, 634 p., annexes, biblio, index, 35€.
Issu d'une thèse, le seul ouvrage consacré aux gens d'images, témoins ou acteurs des événements.

Parution de "La Ressemblance par contact", par Georges Didi-Huberman

Ni histoire ni anthropologie de l’empreinte, ce livre issu du catalogue de l'exposition "L'Empreinte", présentée au centre Pompidou en 1997, propose, sous la forme d’une promenade socratique, une exploration de tous les bords de l’image, lorsque celle-ci se refuse à faire œuvre. Des masques mortuaires à “Feuille de vigne femelle” de Marcel Duchamp, en passant par la Véronique, le Saint-Suaire, les moulages ou les cires anatomiques, Didi-Huberman déploie un ensemble de figures rétives à l’histoire de l’art où, dans l’articulation complexe qu’elles proposent des questions de la ressemblance, de la multiplication et de la technique, l’on peut voir se dessiner une véritable archéologie de la pratique photographique – en butte au même rejet de la part des instances de l’art, pour des motifs similaires. Outre qu’il présente l’intérêt de montrer la permanence de problématiques que l’on croyait à tort liées au seul site photographique, cet essai fournit un intéressant guide méthodologique pour penser ce qui apparaît bien comme une très particulière catégorie de représentations. Insistant sur la valeur heuristique de l’empreinte, attentif à l’ensemble de ses aspects procéduraux, Didi-Huberman démontre en effet l’extrême richesse de ce modèle, dont la particularité tient moins à son essence indiciaire qu’aux multiples effets de lecture et de réception culturelle dans lesquelles elle est prise.

Réf.: Georges Didi-Huberman, La Ressemblance par contact. Archéologie, anachronisme et modernité de l'empreinte, Paris, Minuit, 2008, 382 p., 97 ill. NB.

Walter Benjamin, "Petite histoire de la photographie"

Parmi les essais en cours des outils en ligne du labo, je teste actuellement la plate-forme de publication Issuu, suivant l'exemple de François Bon, qui s'en sert pour Publie.net. A titre d'avant-goût, et pour remettre à disposition un texte toujours très demandé, revoici ma traduction de la "Petite histoire de la photographie" (1931) de Walter Benjamin, publiée dans le n° 1 de la revue Etudes photographiques (novembre 1996, édition revue et corrigée, 1998). Mis à part l'absence d'un moteur de recherche par publication, on peut constater que l'outil, sous Flash, est diablement efficace et complet, avec une fonction plein écran et une fonction d'impression de page. La plate-forme est très simple à utiliser, et j'encouragerai volontiers les étudiants à y mettre en ligne leurs travaux (on peut également consulter ma thèse sur ce même moteur, à partir du site du Lhivic).

Télécharger en pdf.

La Lhivicsphère s'agrandit (suite)

image Comme promis, après le démarrage le mois dernier de l'atelier "Etudes visuelles: Problèmes et méthodes", piloté par Gaby David et Audrey Leblanc, le blog L'Atelier du Lhivic essuie les plâtres, permettant aux étudiants du labo de prolonger leurs travaux par un espace d'échanges publics. Merci à Rémy Besson pour ses heures de sommeil en moins, et à vos coms pour encourager les premiers posteurs! Les participants à l'atelier, qui disposent également d'un groupe sur Facebook et d'un autre sur Flickr, n'auront en tous cas plus d'excuse pour manquer une séance: la date de la prochaine réunion est annoncée sur le blog.

Face au développement bienvenu de ces nouvelles ressources, j'ai également concrétisé ma promesse de la création d'un agrégateur des blogs visuels, sous la forme d'un "planet" Histoire visuelle, sous Wordpress (beta version). Cet outil, qui affiche les derniers billets publiés sur les blogs Amateur d'art, ARHV, Arts des nouveaux médias, iPhotocom, L'Atelier du Lhivic, Le Flipbook, Mots d'images, Souris de compactus et ViteVu, peut être consulté comme un site, mais est surtout destiné à fournir un nouveau fil d'abonnement rss, qui permettra de suivre en temps réel les publications de ces organes. Au-delà de l'aspect technique, ce nouvel outil témoigne aussi à sa manière des liens qui se tissent au sein de la blogosphère et des échanges bien réels que cet espace favorise.

Nota bene aux autres auteurs de ma blogroll, notamment Afrique in Visu, Christian Delage, Diplomatie Ouest-indienne, Iconique.net: mon agrégateur a pour l'instant des problèmes pour reconnaître correctement vos flux. Il va falloir regarder sous le capot pour réparer ça.

Parution "Du phonographe au MP3", par Ludovic Tournès

Les éditions Autrement annoncent la parution de
Du phonographe au MP3. XIXe-XXIe siècle.
Une histoire de la musique enregistrée.
Par Ludovic Tournès.

À l'heure où l'industrie de la musique est engagée depuis le début des années 2000 dans une mutation historique, à l'heure où l'âge du disque est en train de se clore, cet ouvrage fournit un éclairage indispensable pour en comprendre les enjeux à la fois techniques, économiques et culturels. Mondialisation du marché, formation de grands groupes multimédias, rapports entre majors et indépendants, évolution des techniques d'enregistrement, métissages des musiques du monde entier, mutation des formes de l'écoute, autant de problèmes qui gagnent à être analysés ensemble et replacés dans une perspective de long terme qui permet de mettre en évidence les changements profonds provoqués par l'apparition du disque dans le rapport qu'entretiennent les sociétés contemporaines avec la musique.

C'est pourquoi il sera question ici à la fois de l'histoire des techniques, depuis le cylindre jusqu'au MP3 en passant par le 78 tours, le microsillon et le disque compact; de l'histoire de l'industrie du disque, avec ses studios, ses ingénieurs du son, ses directeurs artistiques, ses producteurs; de l'histoire des musiciens, qui ont vu les conditions d'exercice de leur art bouleversées par l'apparition de l'enregistrement sonore; de l'histoire des publics enfin, dont on oublie trop souvent à quel point leur manière d'écouter la musique a, elle aussi, beaucoup évolué depuis le phonographe à pavillon jusqu'au baladeur numérique. Cette histoire foisonnante sera évidemment l'occasion de croiser chemin faisant les nombreux artistes, qui, tous styles confondus, ont contribué à faire de l'enregistrement musical un moyen majeur de diffusion de la musique: Enrico Caruso, Michael Jackson, Glenn Gould, les Beatles, Miles Davis, Charles Trenet, Elvis Presley, et bien d'autres.

Ludovic Tournès est historien, maître de conférences à l'université de Rouen. Il a publié New Orleans sur Seine. Histoire du jazz en France (Fayard, 1999) et L'Informatique pour les historiens (Belin, 2005). Outre l'histoire de la musique, ses recherches actuelles portent sur la politique des fondations philanthropiques américaines (Carnegie, Rockefeller, Ford) en Europe au XXe siècle.

Qui a peur du gratuit?

Vif échange ces derniers jours sur la liste de discussion Revues SHS, d'habitude plus paisible, qui accueille nombre des acteurs de l'édition scientifique francophone. Suite à l'annonce des IIIe assises de la MRSH-Caen, consacrées à l’évaluation des publications en sciences humaines et sociales, Jean-Claude Guédon, de l'université de Montréal, critique vigoureusement la marginalisation des revues françaises: «La France apparaît (...) comme un pays où les revues, subventionnées au-delà de la moyenne mondiale (à documenter, bien sûr), demeurent néanmoins peu accessibles (...). Si l'on ajoute à ces handicaps le fait que la langue française rejoint de moins en moins de monde dans les universités du monde, on débouche sur une situation catastrophique, en particulier pour la diffusion de la culture et de la pensée françaises. En bref, la France dépense beaucoup d'argent en obtenant bien peu de résultats. (...) Nous sommes entrés dans une ère où il existe tellement d'information disponible et utile en accès libre que l'on peut travailler de nombreuses questions sans avoir besoin d'aller plus loin, surtout si l'on accepte de se servir de sources en anglais (mais aussi dans d'autres langues). Ceci conduit à la marginalisation inéluctable du papier rédigé exclusivement en français et barricadé derrière un abonnement.»

François Gèze, patron des éditions la Découverte, réplique en faisant la promotion du portail Cairn et des vertus de l'artisanat éditorial. Emmanuelle Picard, Philippe Minard, Jean Kempf ou Sylvain Piron se joignent à l'échange, en évoquant notamment la possibilité de «la création d'un acteur européen (...) qui sera à même de défendre la production scientifique en langues vernaculaires» (S. Piron). Au moment où un billet de Chris Anderson relance la discussion sur la gratuité, il me semble utile de verser quelques éléments supplémentaires au dossier.

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Le Flipbook, pour feuilleter les images

image "La rumeur et les images". C'était une note jetée l'autre jour sur un post-it (entre "la conventionnalité circonstancielle" et "le spectacle de soi"). Et je ne sais plus du tout ce que je voulais dire par là. Avec un intitulé pareil, inutile de dire que c'est dommage. Voilà exactement pourquoi j'ai accepté la création du Flipbook.

Rappel pour les étourdis: suite à la publication d'un classement des blogs scientifiques par Wikio au début du mois, mes camarades de 20 Minutes.fr (avec qui nous avons travaillé l'an dernier pour le Vidéomètre) m'invitent à ouvrir un second blog sur leur plate-forme. Un second blog? Pourquoi faire? Il s'avère que je viens de consacrer un billet à l'affaire Simone de Beauvoir. Et que j'ai constaté que, pour comprendre la réception de la couverture de l'Obs, il fallait intégrer au schéma la réaction à la diffusion des photos deshabillées de Laure Manaudou et de Valérie Bègue. Mais voilà, pour ces deux cas, j'ai omis de procéder au relevé que j'effectue d'habitude sous la forme d'un billet, et qui me permet de garder la mémoire d'une date, des sources et des rebonds d'un buzz. Plus d'un mois après, retrouver ces traces dans le fouillis du réseau me fait perdre un temps précieux. Or, je sais très bien pourquoi je n'ai pas mentionné ces deux cas. Parce que je vois d'ici la réaction de certains de mes lecteurs, qui froncent déjà le sourcil quand j'évoque Cécilia ou Carla. Et que je n'ai pas envie de passer pour un gros beauf qui collectionne les photos pour camionneurs (ou aviateurs: le point est controversé de savoir laquelle des deux professions a donné son essor à la vogue des pin-up).

Mais il n'y a pas que ma pudibonderie. J'ai créé ARHV comme un blog scientifique. Ce qui, pour certains, est déjà une contradiction dans les termes. Pas besoin d'insister sur mon domaine de recherche, les images, que nombre de mes collègues jugent pas vraiment sérieux. Le travail de négociation sur ce qui peut participer de l'aire légitime du blog est un réglage de chaque jour, qui s'effectue au jugé, sans carte ni boussole. Avec parfois des dérapages ou des erreurs. Mais aussi beaucoup de matière inutilisée, par manque de temps – ce que je me pardonne – ou par manque de courage – ce qui me turlupine.

Voilà pourquoi un second blog me paraît une bonne idée. Comme en atteste son premier billet, consacré comme de juste aux avanies de la nouvelle miss France, celui-ci pourra accueillir des sujets plus légers, des signalements plus rapides et de façon générale tous les objets qui me titillent sans que je sache encore s'ils en valent la peine. Un purgatoire, un sas de décompression. Note toujours, on verra plus tard – telle pourrait être sa devise. Compte tenu de l'environnement 20 Minutes, je crains un peu la teneur des commentaires, mais on verra bien (précision: je ne suis pas responsable des pubs, et bien sûr ce n'est pas payé).

L'intéressant, c'est qu'il suffit de créer l'outil pour constater que ça fonctionne. La théorie de cet essai de pragmatique de la publication est la poursuite du principe même du blog: descendre d'un degré, ou desserrer d'un cran. Tout ce que j'ai observé depuis trois ans me convainc que c'est aujourd'hui la chose la plus utile sinon la plus nécessaire dans le domaine savant.

Edit: bilan de l'expérience au 25/05/2008.

Parution "Photographies", n°1, mars 2008

A noter la parution dans les prochains jours de la nouvelle revue anglaise Photographies, éditée par Routledge – dont le premier numéro accueille une traduction d'un article de votre serviteur: inutile de dire qu'elle bénéficie ici d'un préjugé tout ce qu'il y a de favorable!

Sommaire

  • Daniel Rubinstein, Katrina Sluis, "A Life more Photographic. Mapping the Networked Image"
  • Gail Baylis, "Remediations. Or, when is a Boring Photograph not a Boring Photograph?"
  • Nina Lager Vestberg, "Archival Value. On Photography, Materiality and Indexicality"
  • Juha Suonpää, "Blessed be the Photograph. Tourism Choreographies"
  • Jessica Catherine Lieberman, "Traumatic Images"
  • André Gunthert, "Digital Imaging Goes to War. The Abu Ghraib Photographs"

Contact: Liz Wells, Faculty of Arts, Scott Building, University of Plymouth, Drake Circus, Plymouth PL4 8AA, UK, e-mail: photographies(à)plymouth.ac.uk.
Accès web (payant): www.informaworld.com...

Actes des rencontres "Traditions et temporalités des images"

La revue en ligne Images re-vues annonce la publication de son numéro hors-série consacré aux actes de la série de rencontres "Traditions et temporalités des images" (EHESS, 2003-2005).

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1895 en ligne

1895, l'excellente revue de l’association française de recherche sur l’histoire du cinéma, dirigée par Laurent Véray, vient d'ouvrir sa version en ligne, hébergée par Revues.org. Seul périodique français exclusivement consacré à l’histoire du cinéma, expression privilégiée de la recherche française et étrangère, 1895 accueille des articles de fond, largement documentés, qui ont vocation à servir de référence, des contributions de jeunes auteurs aussi bien que des traductions des meilleurs spécialistes étrangers. Le site offre à lire 10 numéros en texte intégral (2000-2004) et les sommaires et résumés des 10 derniers numéros (2004-2007).

Réf.: http://1895.revues.org

La nature de l'histoire selon l'histoire naturelle

image Mes collègues historiens, lorsqu'ils discutent théorie de l'histoire, citent volontiers Hérodote, Michelet, Fustel, Bloch ou Veyne. Je n'ai pas souvenir (et serai ravi qu'on me rafraichisse la mémoire en cas d'erreur) de voir Darwin figurer parmi leurs principales références. C'est un tort. Lorsqu'on étudie les pratiques visuelles, on croise couramment d'autres approches – notamment l'histoire de l'art, l'histoire des techniques ou l'histoire des sciences –, qui nous aident à prendre du recul. Personnellement, je regrette beaucoup que les historiens de l'événementiel n'aient pas plus d'occasions de se confronter à l'histoire naturelle. C'est grâce à Stephen Jay Gould – l'un des plus grands historiens du XXe siècle et, avec Ricoeur, l'un des penseurs les plus profonds et les plus subtils de la temporalité –, que j'ai pour ma part découvert les capacités de questionnement de cette autre science historique, celle du vivant, qui a tant à voir avec la nôtre et tant à lui apporter.

Un exemple parmi d'autres – en forme de signalement pour la liste des cadeaux de Noël: le dernier ouvrage traduit en français de Richard Dawkins, professeur de biologie à Oxford et auteur du Gêne égoïste (Odile Jacob, 1996). Dans Il était une fois nos ancêtres. Une histoire de l'évolution (une traduction un peu fade du bien meilleur: The Ancestor's Tale. A Pilgrimage to the Dawn of Evolution, Houghton Mifflin Co, 2004), Dawkins décide de renverser le sens du récit. Au lieu d'une chronologie qui se déroule du passé à nos jours, il suit le fil de l'évolution à l'envers, s'éloignant du présent pour s'enfoncer vers l'origine. Le recours au modèle du pélerinage (ou de la machine à remonter le temps) a ici un but bien précis: désarçonner l'interprétation finaliste de l'histoire évolutive, qui découle tout naturellement de la vision rétrospective. Je n'ai le livre que depuis hier, et n'en ai parcouru que les quatre-vingt premières pages. Je ne sais pas encore si ce retournement de perspective tient ses promesses (j'ai l'impression que la composition de l'ouvrage, sous la forme de "fiches-cuisines" relativement indépendantes, facilite cette inversion). Mais je suis convaincu d'emblée de la fécondité du schéma, qui redéfinit immédiatement les enjeux de l'histoire autour de la notion de causalité, quelque soit le sens de la flèche du temps, et qui suggère de nous interroger sur la fausse ingénuité de nos outils de récit.

  • Richard Dawkins, Il était une fois nos ancêtres. Une histoire de l'évolution (trad. de l'anglais par Marie-France Desjeux), Paris, Robert Laffont, 2007, ill. index, 29 €.

L'album-photo définitif sur Hergé?

image Publié à l'occasion du centenaire de Hergé, cet épais volume d'un millier de pages, rédigées par l'ancien secrétaire de la fondation Hergé, avait été annoncé à grands coups de trompe comme la biographie "définitive" de Georges Remi. J'ai péniblement atteint la page 265 et ne suis pas sûr de poursuivre beaucoup au-delà – ce qui, pour un tintinophile, ne me paraît pas un signe très encourageant. Avoir nagé jusqu'à plus soif dans les archives du maître n'est visiblement pas une condition suffisante pour produire un essai historique digne de ce nom. A défaut d'un compte rendu proprement dit, je préfère m'acquitter d'un signalement en forme de recueil d'impressions non définitives, mais déjà marquées par la déception.

Pour autant qu'on puisse en juger après une lecture si brève, l'ouvrage me paraît souffrir de trois défauts rédhibitoires: un gros plan permanent sur Hergé, qui laisse constamment de côté les éléments de contexte. Impossible, en lisant l'ouvrage de Goddin, de connaître ce qui fait l'ordinaire d'une carrière d'illustrateur, de la pratique publicitaire ou de l'édition illustrée de l'époque. Sans cet arrière-plan, on ne comprend pas non plus ce qui fait les qualités propres du dessinateur. Cette constante myopie devient des plus gênantes au moment de l'évocation des rapports à la grande histoire, qui prend un tour volontiers bêtifiant: «En Allemagne, un homme infiniment plus dangereux que Rastapopoulos vient de gagner les élections. (...). Adolf Hitler a les pleins pouvoirs» (p. 189). No comment.

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Les humeurs d'un journaliste

Michel Guerrin a publié dans "Le Monde des livres" daté du 9 novembre 2007 un assassinat en règle de L'Art de la photographie, volume dirigé par nos soins récemment publié aux éditions Citadelles & Mazenod. Tout y passe. Du prix «qui refroidit» à la couverture mensongère. Des «grands maîtres» absents, alors que des «nanards», des «seconds couteaux», «des dizaines de noms obscurs sont là». Des textes que leurs auteurs, «qui ont fait leur trou», «ont publié précédemment» forment un ensemble incohérent, à peine reliés entre eux par un «climat marxisant». Et l'article de se terminer sur ce cri: «Au final, une question: les auteurs du livre mettent en avant leurs analyses mais ont-ils regardé les images? On pense au grand Eugène Atget et à son travail sur Paris dont les rédacteurs se demandent pourquoi sa gloire a été orchestrée alors que "toutes les villes du monde ont connu au tournant du XXe siècle des campagnes de documentation patrimoniale". La réponse est simple: parce qu'il est meilleur que les autres.»

Chercheurs en histoire de l'art, professeurs d'université ou conservateurs de musée, les onze auteurs qui cosignent cette somme ne sont pas des inconnus. Réunis depuis plus d'une douzaine d'années au sein de la Société française de photographie, ils ont patiemment oeuvré à l'approfondissement de la recherche, inaugurant quantité de nouveaux chantiers, pilotant colloques et expositions, publiant ouvrages et articles, formant inlassablement de nouveaux chercheurs. L'Art de la photographie offre la première grande synthèse de ce long travail d'équipe, unique au monde dans l'histoire de la spécialité.

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