Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Petite géographie des vidéos de campagne

image Au moment où commence la diffusion des clips officiels des candidats, il est temps de proposer un premier point sur leurs homologues "sauvages": les vidéos qui ont rythmé le déroulement de la campagne présidentielle depuis neuf mois. Le web, disait-on, allait modifier la pratique du débat politique. S'il est difficile d'évaluer dans quelle mesure les innombrables interventions écrites – articles, billets, commentaires – ont pesé sur son déroulement, en revanche, la nouveauté représentée par la possibilité de diffuser ou d'accéder aisément à des contenus vidéo a clairement constitué l'un des apports historiques de cette campagne. Elle a fourni nombre d'indications précieuses sur l'évolution du débat, et contribué plus d'une fois à faire bouger les lignes. Mais le plus intéressant est peut-être que nul n'avait prévu à quel point cette potentialité allait être exploitée dans le contexte politique. L'utilisation à cet effet des plates-formes de diffusion gratuites de vidéo en ligne a été un choix opéré spontanément par les usagers. Ce choix a créé un nouveau canal d'information, parallèle aux médias existants. Un canal hétéroclite et foisonnant, sur lequel n'ont pesé que de faibles contraintes, sans rapport avec les règles habituelles de la communication politique. Pour cette raison, celui-ci est rapidement devenu un miroir des attentes et des demandes des internautes. Un passionnant laboratoire des nouvelles formes de notre relation au politique et aux médias.

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Le vrai Sarkozy, bilan de netcampagne

image A quatre semaines du premier tour de l'élection présidentielle, quel bilan tirer de la campagne sur le net? Depuis de longs mois, plusieurs groupes d'acteurs ont entonné la même antienne. “C'est sur le net que ça va se passer”, ont répété en choeur journalistes politiques et entrepreneurs du web – sans oublier les plus convaincus: l'équipe de campagne de Ségolène Royal, qui avait créé dès février 2006 le site participatif Désirs d'avenir.

Du signal dans le bruit. Un an plus tard, alors que la campagne est entrée dans sa phase officielle, mobilisant désormais toute la puissance des grands médias, la première constatation à chaud est que l'impact du net reste pour le moins difficile à évaluer. On a certes l'impression d'une activité intense déployée par les militants et sympathisants, il y a bien eu quelques surprises comme la vidéo "Profs: Ségolène en off", mais au final, on a aussi le sentiment que le rythme de la campagne est resté aux mains des grands médias, télévision en tête. Il n'y a pas eu de "révolution". Plutôt un ensemble de déplacements, de recompositions plus ou moins discrètes – et une large intensification de la circulation d'informations. A ce jour, l'un des rares effets concrets de la net-campagne paraît être la mise en quarantaine d'Alain Duhamel. Ce n'est pas négligeable. Mais en matière de bouleversement politique, c'est tout de même un peu maigre.

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Le Vidéomètre: une mesure d'audience des vidéos politiques

image Alors que s'ouvre le dernier mois de campagne, à un moment où la communication politique va désormais faire l'objet d'un contrôle étroit, sous l'égide du principe d'égalité du temps de parole entre les candidats, le Laboratoire d'histoire visuelle contemporaine (Lhivic), en partenariat avec Télécom Paris, propose un outil d'évaluation de l'audience des vidéos politiques sur internet: le Vidéomètre.

Chacun a pu le constater: la campagne présidentielle a été largement affectée par les nouveaux modes de diffusion des vidéos en ligne. Cette offre est hétérogène et émane de multiples sources. On trouve aussi bien des vidéos de communication officielle émanant des partis, des clips de soutien ou de critique postés par des partisans ou des opposants à un candidat, des films satiriques, des extraits d’émission de télévision, etc. Plusieurs observateurs ont commenté les performances de telle ou telle vidéo. Mais les analyses butent sur la capacité à identifier correctement l'audience d'un contenu, ainsi que sur la capacité à mettre ces chiffres en perspective.

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Les vidéos de Ségolène, un indicateur Royal

image Dans un billet récent, Daniel Schneidermann raconte qu'il a décidé de se rendre compte par lui-même de la teneur des débats participatifs sur "Désirs d'avenir", le site officiel de Ségolène Royal. Il en retire plusieurs informations inédites sur le futur programme de la candidate – mais aussi la confirmation de l'incuriosité des journalistes politiques, qui glosent en boucle sur ce débat qui ne vient pas, sur ces propositions absentes, etc. Les mêmes, lorsqu'on évoque le web, n'y voient que rumeurs et boules puantes. Pourtant, pour qui sait les lire, le réseau recèle nombre d'informations intéressantes. Exemple: le succès rencontré par les vidéos en ligne de Ségolène Royal.

On se souvient de la vidéo d'Angers, consultée plus d'un million de fois en l'espace d'une semaine en novembre dernier. Si l'on compare le résultat des requêtes "Sarkozy" et "Royal" au 31 janvier sur Dailymotion, on observe d'abord une sensible différence de matériau. Dans le premier cas, peu de déclarations ou d'interviews, mais beaucoup de parodies ou de films de dénonciation ("Le vrai Sarkozy", envoyé le 5 juillet 2006 par reso69, vu 1.439.662 fois). Dans le second, nettement plus d'interviews et de reportages, moins de satires. Si l'on se concentre sur les prises de parole proprement dites, pour Sarkozy, les trois vidéos les plus vues ("Voeux 2007", "Nouveaux adhérents", "SarkoSégo débat") totalisent 443.188 consultations. Dans le cas de Royal, l'échantillon équivalent ("Débat participatif Alsace", "Voeux 2007", "Pacte de Bondy") atteint 2.273.321 consultations, soit cinq fois plus. On peut multiplier les tests, limiter la période, modifier les critères, l'impression demeure que les vidéos présentant un contenu informatif sur la candidate socialiste sont plébiscitées sur la plate-forme.

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"Mort à la démocratie"

image "Mort à la démocratie": ce slogan, tagué sur les murs de l’École des hautes études en sciences sociales de Paris (EHESS) durant le mouvement contre le CPE, a été pris par la majorité des médias comme la preuve de la folie irresponsable de ceux qui occupaient les lieux. C’était toucher là à un tabou. La démocratie, comme le capitalisme d’ailleurs, est devenue l’horizon indépassable de notre époque. Tout discours qui tendrait à la remettre en cause est disqualifié d’avance: on ne veut tout simplement même plus l’entendre. La démocratie, pourtant, a surtout fait jusqu’à présent la preuve de son échec. Le monde qu’elle domine est toujours un monde de soumission, de privations et de pauvreté. Le droit de vote est censé assumer à lui seul l’expression de la volonté populaire: mais croit-on encore que quoi que ce soit puisse changer grâce à des élections?

Léon de Mattis, Mort à la démocratie. Le vote en question, à paraître en mars 2007.
Signalé par "La Lettre de l'Altiplano": http://www.laltiplano.com/..., 13/01/2007.

La pétition contre la merchandisation des collections des musées français fait des vagues

image Les remous suscités par la pétition pour "le maintien de l’intégrité des collections des musées français", lancée par notre confrère La Tribune de l'Art et signée par près d'un millier de personnes, ont franchi l'Atlantique. Avant même la dépêche de l'AFP publiée jeudi dernier, le New York Times avait signalé dès le 1er janvier la mobilisation des historiens d'art français contre le prêt des oeuvres du Louvre à Atlanta et les projets de circulation des collections à Lens, Abou Dhabi ou Shanghaï. Les réactions antagonistes à cette initiative sur les blogs La Boîte à images et surtout Amateur d'art (et leurs commentaires) permettent de prendre connaissance de la plupart des arguments du débat. Ce matin encore, Le Figaro et Libération consacrent plusieurs pages à cette polémique. "Délocalisations", "clonage" ou "pétrodollars": l'examen des titres montre qu'elle doit son intensité à une forte composante fantasmatique. Plus encore que la crainte de la dilapidation des trésors nationaux, ce débat révèle la profonde inquiétude de nos sociétés face aux dérives de la mondialisation et de l'immixtion de l'économique dans les domaines non marchands.

Références:

Illustration: Fragonard, "Le verrou", huile sur toile, 73 x 93 cm, Paris, musée du Louvre (reproduction: RMN, D. Arnaudet, statut: domaine public).

Du cinéma dans les voeux

image Soyons clairs: personne n'écoute une déclaration officielle des voeux. A plus forte raison lorsqu'elle émane des candidats à la présidentielle. On sait bien, avant même qu'ils n'ouvrent la bouche, qu'ils ne (se) souhaitent vraiment qu'une seule chose. Aussi faut-il savoir gré à l'équipe de Ségolène Royal d'avoir apporté un petit supplément d'âme à cet exercice des plus convenus. Mettons côte à côte les vidéos des deux principaux prétendants à la fonction élyséenne: sur le plan visuel, la comparaison est cruelle. Pour Nicolas Sarkozy: ouverture par le logo de l'UMP sur fond de musique d'ascenseur, puis deux minutes quinze de plan fixe sur le candidat unique de la formation majoritaire, fond bleu délavé, logo incrusté, cravate à pois, costume gris, sous-titrage pour malentendants. Une présentation brejnévienne qui témoigne de l'imagination fiévreuse de l'équipe de campagne de la rue La Boétie. Même la prestation chiraquienne, elle aussi abonnée au plan fixe les yeux dans les yeux, était au moins égayée par la bizarre trouvaille de l'animation électronique bleu-blanc-rouge en fond d'écran (rappel involontaire du drapeau de Jacques-Henri Lartigue pour la photographie officielle de Valéry Giscard d'Estaing).

Côté Ségolène Royal, en revanche, deux caméras, l'une fixe, l'autre mobile, pas moins de treize plans en deux minutes, des zooms, des décadrages, pas de maquillage, éclairage ambiant: tous les signes extérieurs de la vidéo amateur - un peu trop lourdement soulignés. Mais aussi trois vraies trouvailles, où l'on quitte l'exercice propagandiste pour les coulisses du cinéma. La guirlande lumineuse, mais aussi l'incroyable col de fourrure synthétique, qui en décline les couleurs. Et puis, last but not least, la manifestation du dispositif, la caméra mobile qui laisse apercevoir un bout de la caméra fixe, une vidéo qui connaît son Godard. Un système qui avait déjà été testé lors d'un précédent message de la candidate, adressé aux blogueurs du PS. Plutôt que de reprendre sur internet les recettes de l'ORTF, l'équipe de campagne socialiste a compris que les usages du web restent marqués par une fracture générationnelle, et vise ici délibérément une cible jeune. On pourra trouver naïfs - ou, à l'inverse, cyniques - les clins d'oeils appuyés de la réalisation en direction du cinéma d'auteur. Mais il faudrait faire preuve de beaucoup de mauvaise foi pour contester l'originalité de son apport dans le genre des voeux officiels. Par sa recherche d'un naturel, fut-il codé, la séquence s'adresse à l'époque et cherche à parler son langage. Parmi ses bénéfices politiques, le moindre n'est pas de soviétiser définitivement les prestations concurrentes.

La présidentielle, élixir de jouvence

Alors que, dans certains cas de disparitions, les services de police ont recours à des logiciels qui simulent le vieillissement, la campagne présidentielle est l'occasion pour plusieurs candidats d'expérimenter la machine à rajeunir. Dans un contexte où les deux principaux protagonistes sont de fringants quinquagénaires piaffant à l'idée d'entamer leur premier tour de piste, la compétition paraît ardue pour les deux vétérans: Arlette Laguiller, 67 ans, et Jean-Marie Le Pen, 78 ans, déjà présents en 1974, à l'ère paléozoïco-giscardienne, qui entament leur sixième match.

Qu'à cela ne tienne, avec leurs nouvelles affiches, les deux candidats contredisent le discours selon lequel l'âge ne fait rien à l'affaire et ont au contraire demandé à la photographie un sérieux coup de pouce. Côté Lutte ouvrière, le trucage est simple et économique: on reprend le portrait de la présidentielle de 2002, déjà plus de la première fraîcheur à l'époque, on demande à Photoshop un petit coup d'atténuation supplémentaire, et le tour est joué. L'image jouxte l'adverbe "sincèrement", avec lequel elle jure un peu, mais on ne va pas s'arrêter à de si minces détails.

Au Front national, la mise en scène est plus complexe. Entraînant en une souriante farandole les six acteurs de la campagne d'affichage "Droite/gauche, ils ont tout cassé", Jean-Marie Le Pen vise, de l'aveu même de sa fille Marine, responsable stratégique de la campagne, le rajeunissement. Cette prise de vue en studio à l'éclairage savamment dosé a fait l'objet d'une retouche attentive. La dynamique de l'image et sa chromogénie apaisante cherchent leur inspiration du côté de la série des "Martine", célèbres albums de Marcel Marlier et Gilbert Delahaye, qui forment assurément un gage de jouvence. Mais la photographie ne peut truquer que les apparences. Malgré ces images lénifiantes qui ne rassurent que les candidats, on devine que la tâche va cette fois être rude pour les seniors de la présidentielle.

La vidéo d'Angers: un tournant de la culture médiatique française

image Le 8 novembre 2006, un diffuseur anonyme poste sur Dailymotion une séquence vidéo de 2 minutes dans laquelle Ségolène Royal effectue une proposition iconoclaste: “la révolution des 35 heures” pour les professeurs de collège. Au cours des jours suivants, le "buzz" autour de cette séquence va enfler dans des proportions jusqu'alors inconnues dans le paysage médiatique français. Le mardi 14 novembre, l'expression "Ségolène Royal Vidéo" atteint la première place du classement des requêtes enregistrées par le moteur de recherche Technorati. Une semaine après sa mise en ligne, la séquence aura été visionnée un million de fois dans ses différentes copies sur Dailymotion: un score encore jamais atteint sur la plate-forme française de vidéos, à plus forte raison dans un espace de temps si bref (à titre de comparaison, la séquence qui occupait jusque-là la première place, un extrait de la série d'animation Southpark, avait été consultée près de 900.000 fois en 10 mois). En-dehors de l'interprétation politique de son contenu, quels ont été les ressorts de cette réception exceptionnelle?

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Ségolène et les pirates

image Ca se confirme: la campagne électorale va fournir un excellent laboratoire pour mesurer l'évolution des interactions entre anciens et nouveaux médias. A en juger par l'ampleur et la rapidité de sa reprise par la presse traditionnelle, la vidéo de Ségolène Royal suggérant un service de 35 heures aux professeurs de collège (voir ci-contre) a fait un tabac. Un peu plus de 48 h séparent la mise en ligne du document sur Dailymotion, mercredi 8 novembre, probablement en fin d'après-midi, de son commentaire par la principale intéressée, interrogée vendredi 10 novembre dans l'édition nationale du 19/20 sur FR3. La maladresse d'une remarque venant chatouiller le coeur de cible de l'électorat socialiste, diffusée immédiatement après le dernier débat des trois candidats à la candidature, avait évidemment un caractère hautement explosif. Repérée dès le mercredi soir par Versac, discutée sur Nuesblog, la vidéo est signalée sur le site du Monde.fr le jeudi soir, puis par l'AFP le vendredi matin.

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Grands médias, petites phrases; petits médias, grands discours

image Avec la désignation prochaine du (ou de la) candidat(e) socialiste à la présidence de la République prendra fin la première phase d'une précampagne déjà riche en rebondissements. L'un des éléments de bilan de cette période est un nouveau partage du rôle des médias. Pendant que les principaux représentants du gouvernement - Jacques Chirac, Dominique de Villepin ou Nicolas Sarkozy - occupaient le terrain des grands médias selon la formule traditionnelle de la petite phrase, de l'intervention ciblée ou de la proposition ponctuelle, on a vu les challengers installer un autre format grâce à l'espace offert par les médias alternatifs: télévision numérique terrestre ou web TV.

Frappé a priori d'illégitimité par les décideurs du marketing médiatique, le temps réservé à l'expression politique n'avait fait que se restreindre, se disperser ou se diluer dans la période récente. Aussi est-ce avec une certaine surprise qu'on a pu observer la réapparition de ce facteur inattendu: la durée, dans les prestations des candidats non-gouvernementaux, avec la série de débats du trio socialiste Fabius-Royal-Strauss-Kahn retransmis sur la Chaîne parlementaire (LCP), ou encore l'entretien de deux heures et demie accordé par François Bayrou à l'équipe du PoliTIC'Show. Assurément, ces formats pas plus que ces contextes de diffusion ne sont destinés à toucher la plus large part de l'électorat. Mais parce qu'ils s'adressent à sa partie la plus politisée, ils n'en pèseront pas moins de façon déterminante sur la suite de la campagne.

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Le parti socialiste est sur Flickr

image Prompts à signaler l'éclosion des blogs de personnalités politiques, les commentateurs spécialisés ont-ils remarqué que cette soudaine floraison s'était accompagnée, au parti socialiste, d'une véritable révolution culturelle? Comment appeler autrement, au pays de Renault, d'Alstom et de l'indépendance nucléaire, le choix d'employer les mêmes outils que le commun des mortels de la blogosphère, en l'occurrence Flickr ou Del.icio.us, célèbres plates-formes californiennes? C'est depuis cet été, sous la houlette du secrétariat national aux NTIC (délicieuse appellation garantie village gaulois pour les technologies de l'information et de la communication - comprendre le web) et de Vincent Feltesse, que le PS a procédé à son aggiornamento numérique. Plusieurs centaines de blogs militants ont été créés en l'espace de quelques semaines, répertoriés sur Del.icio.us. Ouvert en juillet, le compte Flickr officiel du PS met à la disposition des internautes une centaine de photographies placées sous licence Creative Commons, portraits de responsables ou images d'actualité, probablement issues du service de presse du parti (le nom des photographes n'est pas mentionné). Un matériel bienvenu pour illustrer la communication du réseau des blogs socialistes. Evidemment, tout n'est pas encore parfait (voir illustration), mais la campagne commence à peine, et l'on est curieux de pouvoir partager au jour le jour la perception offerte par un organe représentatif de la direction du PS. A l'heure où le parti débat à propos de la démocratie participative, il s'agit sans nul doute d'un effort de transparence bienvenu. Mais aussi d'un témoignage des déplacements produits par les nouveaux moyens de communication dans le paysage des pratiques politiques. A suivre...

Le portrait de la reine

image On se souvient de l'ouvrage d'Ernst Kantorowicz, Les Deux Corps du Roi (Princeton, 1957; trad. fr. Gallimard, 1989), qui avait inspiré à Louis Marin son magistral Portrait du Roi (Minuit, 1981). En résumé, dans un contexte classique, l'exercice de la représentation ne renvoie pas au personnage réel mais à la fonction politique, dont le portrait est un attribut constitutif. Tel est encore le fonctionnement du portrait officiel des présidents de la république français, affiché dans toutes les mairies. Bien sûr, l'exercice médiatique moderne a fait évoluer ce cadre figuratif. Sans pour autant abolir la frontière entre corps privé et image de la fonction. Le président d'une démocratie élective peut-il avoir un corps? Qu'avons-nous le droit de connaître du corps réel - corps érotique, corps de désir - de nos représentants? Les réactions récentes à la publication des photographies de Ségolène Royal à la plage, ou encore à l'exposition du buste "présidentiel" d'Hillary Clinton montrent qu'il n'est pas si simple de répondre à ces questions. Et qu'elles se posent en termes nouveaux lorsque le corps en question est un corps de femme.

Deux magazines, Closer (n° 60) et VSD (n° 1511), ont publié respectivement les 7 et 11 août des photographies de Ségolène Royal en casquette et bikini turquoise, réalisées sans autorisation. A l'inverse du futur candidat à la présidentielle de l'UMP, amateur d'interdictions, de pressions et autres limogeages quand son image est en cause, la présidente de Poitou-Charentes a indiqué qu'elle n'attaquerait pas ces journaux en justice, même si elle y a vu, selon l'AFP, une «atteinte à sa vie familiale». La presse nationale et internationale s'est largement fait l'écho de ces publications. Les réactions ont généralement souligné «l'effritement du tabou» pesant sur la vie privée du personnel politique français; certains ont insinué que ces clichés «pourraient être des fausses photos de paparazzi». La blogosphère, quant à elle, a volontiers repris de manière sarcastique l'épisode, qualifié de non-événement.

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La loi DADVSI au Sénat

C'est au tour du Sénat de se pencher sur la loi DADVSI, jusqu'au 10 mai 2006. Un billet détaillé d'Isabelle Vodjdani fait le point sur la question de l'exception pédagogique, qui ne porte pas à l'optimisme. Pour le résumer d'un mot: l'exception pédagogique dans le cadre des contrats, c'est, au choix, ou une mauvaise plaisanterie, ou un oxymore qui ridiculise les inventions les plus audacieuses de Victor Hugo. Selon de nombreux juristes, qui se frottent les mains, ces dispositions inapplicables vont avoir pour seule conséquence pratique de multiplier les procédures, et de leur donner de l'ouvrage. On est content pour eux.

Références:

CPE, clap de fin

image Etudiants et personnels de l'EHESS étaient mobilisés depuis plusieurs semaines contre le CPE. Après quelques jours d'une vive tension au sommet de l'Etat, le premier ministre a prononcé ce matin une allocution, annonçant que l’article 8 de la loi "Égalité des chances" va être remplacé par un dispositif en faveur de l’insertion professionnelle des jeunes. Pour les syndicats de salariés et d'étudiants réunis cet après-midi, il s'agit d'une victoire (...) de la mobilisation unie des étudiants, des lycéens, des salariés de toutes générations.

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