Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Dimanche 6 mai, 12 h

image France, jour de vote, second tour: comportements péri-électoraux. Est-ce que c'est moi? J'ai l'impression que mon boucher a aujourd'hui une mine particulièrement réjouie. Est-ce que c'est moi, ou est-ce que les gens s'observent du coin de l'oeil dans la queue? Est-ce que c'est moi? J'ai le sentiment qu'il vaut mieux que je ne tire pas trop la tronche...

Illustration: graffiti lettré sur une affiche de Ségolène Royal (30 avril, rue du Temple, Paris, photo: Fanny Lautissier), référence à une célèbre parodie de la Joconde par Marcel Duchamp. Plus de 750 photographies à consulter sur le groupe "Affiches de campagne".

Des violons pour Sarkozy. Dernières notes sur les vidéos de campagne

Durant l'entre deux-tours, la charge des vidéos politiques a poursuivi sa croissance: plus de 1500 nouveaux contenus identifiés par le Vidéomètre ont été postés depuis le 22 avril. Quelques remarques sur les nouveautés de cette séquence.

Victoire de la communication 2.0. Qui a vu, commenté ou entendu parler des clips de campagne de second tour? Alors que le phénomène "vidéos de campagne" a pris de la consistance et suscité de nombreux articles dans la presse (le Vidéomètre n'est pas totalement étranger à cette attention), les clips traditionnels n'ont pas éveillé le moindre intérêt. Comme les affiches ou les tracts, cette forme de communication a pris un sérieux coup de vieux durant la campagne 2007. C'est d'autant plus frappant qu'il y a eu de véritables efforts de réactivité: les clips des deux candidats ont réussi la gageure, compte tenu des conditions de réalisation, d'intégrer certains éléments en rapport avec l'actualité du débat. Peine perdue. Mise en concurrence avec les formes brutes de l'expression politique et avec des modalités de consultation libres, cette communication trop formatée, à la diffusion obligatoire, ne fait plus recette. Pour compléter l'observation, on notera en revanche que, selon tous les responsables politiques, les meetings n'ont jamais été aussi pleins. Ce n'est donc pas l'ancienneté qui est sanctionnée, mais le type de relation au politique. Le public a plébiscité les formes favorisant la participation et l'interaction. Les campagnes de 1995 ou de 2002 avaient été confisquées par les agences de publicité. 2007 aura été la campagne de la réappropriation par les militants de la communication politique. Ce n'est pas une mauvaise nouvelle.

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Le débat sous l'oeil de la Netscouade

image Pour le débat télévisé du second tour, l'équipe du Vidéomètre a choisi de partir en reportage embedded au 282, boulevard Saint-Germain, pour observer la gestion de la soirée par la Netscouade, cellule de veille internet du parti socialiste. Placée sous le pilotage de Benoît Thieulin, cette jeune équipe qui a participé à la mise en place du site Désirs d'avenir, puis à la gestion des débats participatifs en ligne, est un des piliers sur lesquels s'est appuyée la campagne de Ségolène Royal.

L'investissement de l'outil internet par les équipes de campagne restera une caractéristique majeure des présidentielles 2007. Le débat était l'occasion de voir à l'oeuvre cette cellule spécialisée, modèle du genre pour son efficacité et son professionnalisme. Comment réagir en temps réel à ce climax de l'entre-deux tours? Nous avons vu s'écrire un chapitre d'une nouvelle histoire.

20h15. Les premiers intervenants s'installent dans la salle vidéo. Plusieurs hubs sont prévus pour brancher la dizaine d'ordinateurs portables qui vont garnir les tables. Le wifi n'aurait-il pas été plus pratique? La question fait rire mon interlocuteur. Trop dangereux. Il n'est pas question de prendre le risque de livrer à l'adversaire les clés des conversations.

20h55. L'ambiance est tendue, le stress monte. Non fumeurs s'abstenir. Des bières circulent – de la Corona, la préférée de Chirac. Je ne saurai pas si c'est un trait d'humour ou si c'est tout ce qui restait en magasin. On m'explique qu'il y a plusieurs types de veille. Il s'agit d'abord d'écouter attentivement Nicolas Sarkozy, et de signaler immédiatement erreurs ou attaques frontales aux e-militants, réunis au sein d'un Google group, pour qu'ils puissent à leur tour réagir sur la toile. Chaque intervenant surveille également plusieurs sites et blogs, en essayant de dégager les tendances et de les répércuter sur le réseau. En cas de déséquilibre patent des commentaires, des alertes seront envoyées pour inciter les internautes à défendre leur candidate.

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Alain-Gérard Slama nous parle de mai 68

Il était temps! Dans la France de 2007, n'écoutant que son courage, enfin quelqu'un s'est levé pour réclamer que l'on “tourne la page de mai 1968” – dont on fêtera bientôt le quarantième anniversaire. Voilà qui est pointer l'urgence politique du moment (fut-ce en pompant un passage de La défaite de la pensée, un bouquin d'Alain Finkielkraut vieux de vingt ans, comme l'a justement repéré Daniel Riot). Dès qu'on aura accompli ce programme impérieux, suggérons de même d'en finir une bonne fois pour toutes avec les croisades, l'édit de Nantes et la grippe espagnole – qui fit tout de même entre 30 et 100 millions de morts, c'est à dire autant que le socialisme réel, ne l'oublions pas (copyleft à Guaino pour un prochain meeting).

Et si cet anachronisme nous révélait quelque chose de l'air du temps? C'est l'étrange idée que faisait naître l'explication de texte du journal télévisé de France 2 – aussi appelé télé-Sarkozy. “Pour certains chercheurs, il y a bien une face obscure de mai 1968”, concluait le reportage. On dresse l'oreille: quel est l'éminent spécialiste sollicité? Marc Ferro? Régis Debray? François Dosse? Hamon et Rotman? Vous n'y êtes pas. On peine d'abord à le reconnaître, camouflé sous l'intitulé super-classe de “chercheur à la Fondation nationale de sciences politiques” (sic), mais on finit par le remettre: c'est ce bon vieux Alain-Gérard Slama, éditorialiste au Figaro, chroniqueur au Point, revues d'histoire contemporaine bien connues. Que nous dit la voix de la science? “On ne peut pas contester que les dimensions de légèreté, d'irresponsabilité, de remise en cause de la valeur travail, qui sont répandues dans notre pays, trouvent sans aucun doute son point de cristallisation (sic) dans ce moment historique”, énonce d'une voix mal assurée celui qui est à la recherche ce que Bob l'éponge est aux arts ménagers. Mai 1968, qu'ils disaient? Ils vont finir par nous donner des idées...

La guerre des audiences a commencé

image Branle-bas de combat dans les réseaux militants sarkozistes, bien décidés à attaquer la Ségosphère sur son propre terrain. Les deux camps avaient eu jusqu'à présent une stratégie antagoniste. Alors que l'UMP préférait diffuser ses vidéos au sein de canaux protégés, dont les audiences n'étaient pas connues, comme NS-TV, le PS avait fait depuis le début de la campagne le choix de l'exposition sur des plates-formes publiques, plus conforme à l'esprit du web 2.0. Avec la vidéo "Sarkozy Human Bomb", repérée par le Vidéomètre du 28 avril, on assiste dans les derniers jours de la campagne à un retournement de stratégie radical.

Pour la première fois, sollicités par leurs réseaux, les militants UMP jouent la course à l'audience en territoire ouvert, sur Dailymotion – de façon un peu trop voyante il est vrai. Le Vidéomètre n'avait jamais enregistré une telle progression, pour ainsi dire instantanée. Un phénomène dont l'originalité n'a pas échappé à Versac, qui en proposait dès samedi un décryptage pertinent.

Contrairement à certains pseudo-spécialistes, nous ne nous hâterons pas de conclure au bidonnage. Ainsi que nous avons pu l'établir, il n'existe que deux façons de créer une audience forte pour les contenus en ligne. Dans un environnement fermé, c'est la viralité militante qui opère, grâce à l'efficacité de réseaux constamment entretenus et très réactifs. Dans un environnement ouvert, aucune vidéo ne peut atteindre rapidement un score important sans une mention par un média en ligne, ou le cas échéant par une mise en valeur sur les plates-formes elles-mêmes. En l'absence de toute citation par un grand média, "Sarkozy Human Bomb" fournit le premier exemple ouvertement revendiqué de l'application de la méthode de création d'audience militante en environnement ouvert, qui explique les caractéristiques très inhabituelles de sa progression, en taille et en vitesse.

Pour le camp sarkoziste, la nouveauté est donc bien dans le choix de la course à l'audience – un terrain sur lequel il ne s'était jamais situé jusqu'à présent, et où il se place délibérément en concurrence avec la Ségosphère. Il est évidemment assez drôle de constater, de la part de l'UMP, le recours à des méthodes qui avaient été reprochées au PC au début de la campagne. Qu'importe! C'est désormais l'urgence qui commande.

"La France d'après", première vidéo buzz de second tour

image A l'approche du second tour, le Vidéomètre (dont les classements sont désormais repris par 20 Minutes.fr et La Dépêche du Midi) adapte sa formule. Outre le classement habituel des 25 premières audiences, il propose une mesure spécifique des vidéos postées depuis le 21 avril 2007, le "Vidéomètre du 2nd tour".

Plutôt que l'indétrônable "Vrai Sarkozy", ce nouveau classement fait apparaître en première place l'enregistrement de la conférence de presse du 25 avril de François Bayrou. Mais la véritable révélation de la journée d’hier est le film "La France d’après" (1e partie) qui, trois jours à peine après sa mise en ligne sur Dailymotion, atteint un niveau d’audience cumulée de plus de 11.000 vues. Composé par un habile montage d'archives, non dénué d'humour, ce film militant propose une anticipation des conséquences d'une élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la république. Sur la journée de jeudi, plus de 7.000 personnes ont consulté cette vidéo sans pour autant que celle-ci ait été relayée par un média en ligne. Au vu du taux de croissance de l’audience au cours des trois derniers jours, nous lui décernons la palme de première vidéo buzz du second tour.

La vérité sur le rôle d'internet dans la campagne

Les résultats du premier tour ont apporté quelques éléments précieux permettant de préciser la réponse à la question qui a fait l'originalité de la campagne 2007: quel rôle auront joué les nouvelles interactions permises par internet? A ce jour, rappelons qu'il n'y a pas unanimité sur le diagnostic. La thèse trop mécaniste de "l'influence" des blogueurs semble avoir fait long feu, remplacée par l'hypothèse plus subtile et plus intéressante de l'emergence d'un "net-citoyen". Mais cette description est relativisée par les considérations sur le caractère limité de la population concernée, l'équipement ou la compétence nécessaires. Même pour les observateurs optimistes, les effets de la webcampagne “seront lents, diffus et probablement contradictoires” (Thierry Vedel cité par La Croix du 17/04/2007). Malgré tout le respect que je dois à Thierry Vedel, il me faut marquer ici mon désaccord. Car nous disposons désormais d'une preuve qu'internet a été, non pas un ingrédient accessoire, mais bien le principal déterminant de cette campagne. Celui qui lui a donné son goût et sa tournure. Celui qui a dicté ses résultats, pris dans leur ensemble. Celui qui permettra aux historiens de poser la césure entre deux périodes de l'histoire électorale française.

Le précédent de 2005: l'inversion des rôles. Au lendemain du premier tour, un surprenant mea culpa attend les lecteurs du blog de Guy Birenbaum: “Celui qui s'est totalement planté, qui est cassé, voire HS, ce matin, parce qu'il n'a absolument pas compris ce qui se passait, c'est bien moi. (...) Ma principale erreur d'analyse tient dans ma certitude (...) que les quatre premiers seraient finalement dans un mouchoir de poche (j'ai dû le répéter au moins cent fois...). C'est que je n'ai pas voulu croire aux sondages, anticipant une erreur comme en 2005, comme en 2002, comme en 1995, etc. (...) Les sondages avaient donc raison depuis le départ.”

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Toscani fait sa pub

image Erwan l'avait pronostiqué ici même: après son portrait en noir et blanc, la prochaine affiche de Ségolène Royal serait en couleur. Voilà qui est fait, avec Oliviero Toscani aux manettes, dont les campagnes pour Benetton sont restées dans les mémoires. Comme on pouvait s'y attendre, le publicitaire métamorphose la candidate en mannequin pour shampoing.

D'après les bruits de couloir, l'équipe de Ségolène Royal aurait un temps songé à Valérie Jouve. Rappelons que les portraits officiels des présidents de la Ve (Lartigue pour Giscard, Gisèle Freund pour Mitterrand, Bettina Reims pour Chirac) ont a chaque fois été des choix emblématiques. Au cas où la candidate remporterait le match, on ne peut que lui conseiller de recontacter celle qui est aujourd'hui l'une des plus brillantes étoiles de la photographie contemporaine, celle qui s'inscrirait le mieux dans la continuité de Freund – intellectuelle engagée autant qu'artiste. Ca aurait tout de même plus de gueule qu'un Toscani ou un Arthus-Bertrand.

Ce que nous disent les affiches (2)

Les affiches électorales suscitent des réactions variées et souvent vives, en particulier dans le contexte très personnalisé de l’élection présidentielle. Pour étudier cette forme spontanée de réception politique, j'ai proposé il y a une semaine à tous ceux qui le souhaitent de me faire parvenir des photographies de ces supports éphémères (affichesdecampagne@ehess.org). Plus de 600 images ont été collectées par une trentaine de posteurs et mises en ligne sur le site Affiches de campagne. En attendant d'entreprendre l'analyse de ce corpus, voici une sélection d'exemples pour les principaux candidats (cliquer sur les images pour accéder aux échantillons). La collecte se poursuit pour le second tour!

image Affiches diverses (Montélimar, 16/04, photo N. Frespech; Montélimar, 16/04, photo N. Frespech; Paris, 17e, 17/04, photo A. Leblanc; Paris, 17e, 17/04, photo A. Leblanc; Paris, 11e, 15/04, photo S. Fargeon; Avignon, avril 2007, photo B. Coutancier).

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Le piège de l’implicite

La gestion télévisuelle des résultats du premier tour de l’élection présidentielle 2002

Le 21 avril 2002 au soir, en clair sur Canal +, la marionnette du journaliste Patrick Poivre d'Arvor ouvre le journal satirique des Guignols de l'info en annonçant: “Ceux qui n'ont pas encore voté peuvent y aller. Il leur reste quinze minutes. Le Pen est au deuxième tour[1]”. Il est 19 h 46 et 53 secondes, soit treize minutes avant vingt heures[2]. Quelques jours plus tard, le CSA adressera par courrier une mise en garde aux principales chaînes françaises, rappelant les termes de l'article L.52-2 du code électoral, selon lequel “aucun résultat d'élection, partiel ou définitif, ne peut être communiqué au public par voie de presse ou par tout moyen de communication audiovisuelle, en métropole, avant la fermeture du dernier bureau de vote”. Contrairement à l'injonction légale, note le CSA, les présentateurs de TF1, France 2, France 3 et Canal +, ont “tenus des propos qui pouvaient être interprétés comme des indications sur les tendances du scrutin avant même que celui-ci ne soit clos[3]”. Passé vingt heures, la confirmation du score du leader du Front national abasourdit le pays et fait oublier les dérapages de la soirée électorale. Ceux-ci ont pourtant atteint ce jour-là une ampleur inédite, jusqu'à la transgression pure et simple de l'interdit légal – une première qui n'aurait pas manqué d'alimenter les commentaires, dans n'importe quel autre cas de figure que l'accession au second tour de Jean-Marie Le Pen. Le traitement singulier réservé par la télévision à cette circonstance questionne tout à la fois le statut d'exception du parti d'extrême droite et la gestion médiatique en temps réel d'un événement politique impensable.

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Les sondages n'y voient goutte

image Au moment où se publient les derniers sondages avant le premier tour, deux règles simples pour tirer profit des indications qu'ils fournissent. La première est de ne pas tenir compte d'une enquête isolée, mais d'en comparer plusieurs. Une page du Monde.fr qui synthétise sous forme graphique les données des principaux instituts est à cet égard très pratique (en attendant sa mise à jour, il convient de la compléter par les dernières vagues publiées: CSA, IFOP, IPSOS et TNS-Sofres). La comparaison montre que les valeurs absolues attribuées à chaque candidat sont très variables et peuvent bouger de 2 à 4 points dans un sens ou dans l'autre. D'où la seconde règle: ne pas tenir compte des chiffres, mais seulement des tendances, c'est-à-dire de la position relative des candidats et surtout du mouvement de la courbe. Plutôt que de regarder si Sarkozy est à 28% et Royal à 24%, ce qui importe, compte tenu des mouvements qui peuvent se produire au cours de la semaine prochaine, c'est de voir qui monte et qui descend. Cette indication aura évidemment plus de valeur si elle est corroborée par plusieurs instituts.

Du côté des trois principaux candidats, les instituts ne mesurent pas la même chose. TNS-Sofres donne Nicolas Sarkozy en progression de 2 points (30%), alors que CSA (26%), IFOP (28,5%) et IPSOS (29,5%) le voient à la baisse de 1 point (écart: 4 points). Ségolène Royal passe de 2,5 points de hausse pour TNS-Sofres (26%) à 2 points de baisse pour CSA (23%). Ecart: 3 points. Idem pour François Bayrou, qui varie de 3 points à la baisse chez TNS-Sofres (17%) à 2 points à la hausse chez CSA (21%). Ecart: 4 points. Ces divergences sont importantes. Après coup, les instituts nous expliqueront comme d'habitude qu'ils avaient correctement décrit les tendances. Mais à une semaine du scrutin, leurs contradictions montrent surtout l'imprécision d'un outil incapable de dégager un schéma général.

Les blogueurs influencent-ils ...Marianne?

Le numéro spécial révélations fracassantes sur Sarkozy a fait un flop dans la blogosphère. C'est bien dommage, car je suis en mesure de vous révéler que l'article qui a été la principale source d'inspiration de Marianne n'est autre qu'un billet publié ici-même le 27 mars, sous le titre "Le vrai Sarkozy, bilan de netcampagne". Ce texte proposait un premier état des lieux de la campagne en ligne (complétée depuis ici). Le résumé qu'en fournit Octave Bonnaud, en page 45 de l'hebdomadaire est plutôt correct – à part son titre, "Le flop de la netcampagne", qui inverse le sens de mon propos. Je concluais ce bilan par une thèse classique, celle de La Lettre volée d'Edgar Allan Poe, selon laquelle le symptôme le plus voyant était passé inaperçu. Il s'agissait de la vidéo virale "Le vrai Sarkozy", qui restera le premier hit français de l'histoire des campagnes en ligne – auquel le magazine de Jean-François Kahn emprunte aujourd'hui son titre, sa rhétorique et sa méthode: monter en enfilade tous les éléments à charge prouvant la dangerosité du candidat.

Personnellement, je préfère l'efficacité nerveuse du film au pathos un peu lourdingue de l'article de Marianne. Mais celui-ci est bien structuré par la thèse de La Lettre volée. S'attendait-on à des révélations, au dévoilement d'une rumeur croustillante? Que nenni, nous disent Kahn, Maury et alii: “il suffit, au demeurant, de le lire ou de l'écouter”. Il suffit de remettre en perspective tous les éléments épars du puzzle, pour qu'apparaisse enfin la vérité, qui était là, sous nos yeux, depuis le début. Les journalistes de Marianne n'ont d'ailleurs pas été les seuls à s'inspirer de ma thèse, que reprend par exemple Bernard Langlois sur le blog "Le Monde citoyen": “Pas besoin de rumeur. Ou plutôt, la rumeur est là, sous nos yeux, comme la lettre volée d’Edgar Poe: tout dans son comportement, ses dérapages, ses outrances, ses contradictions, tout indique que Nicolas Sarkozy est un homme dangereux”.

Contredisant ses propres analyses sur "le flop de la netcampagne", le n° 521 de Marianne restera comme une preuve manifeste de la circulation des idées des petits au grands médias. Du "vrai Sarkozy" en vidéo au "vrai Sarkozy" sur papier, même si aucun des éléments du dossier à charge que propose l'hebdomadaire n'était inconnu, c'est bien à un retournement d'image que l'on assiste. Le magazine ne fait qu'accompagner un mouvement de translation qui s'effectue depuis début avril dans l'ensemble de la presse. “Révélation” aujourd'hui pour Jean-François Kahn, l'image "dangereuse" du candidat était véhiculée depuis des mois sur internet. Qui pourra dire désormais que les blogueurs n'influencent pas les médias?

Ce que nous disent les affiches

image A l'ère des moyens de communication électroniques, les affiches électorales de la campagne présidentielle n'ont suscité qu'un intérêt médiocre. Pourtant, malgré les blogs, forums et autres listes de diffusion, ces images à l'usage fugitif restent le support d'une expression politique aussi fruste qu'efficace, qui mérite qu'on lui prête attention. A titre de divertissement, le Lhivic organise une petite étude collective de cette forme de réception. Ceux qui le souhaitent peuvent m'envoyer la photographie des panneaux électoraux de leur quartier, de préférence au format original, en précisant leur nom, le lieu, la date et l'appareil utilisé (affichesdecampagne@ehess.org). Les envois seront mis en ligne sur Flickr (les titulaires d'un compte peuvent également participer par l'intermédiaire du groupe: Affiches de campagne) et commentés ici-même.

Illustration: affiches électorales, Saint-Fargeau (Seine-et-Marne), le 12 avril 2007.

L'EHESS, un label pour les tracts politiques

image Depuis l'occupation du 105, bd Raspail en mars 2006, l'appellation "Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS)" est devenue un label utilisable dans un contexte politique, connotant à la fois l'expertise et l'indépendance de la recherche. C'est du moins le constat qu'on peut tirer de son utilisation dans le dernier document viral qui circule par e-mail, dont voici une version brève (version longue reproduite sur le site Hoaxbuster).


EHESS - École des Hautes Études en Sciences Sociales. L'heure est grave. L'heure est grave car ce que nous redoutions tous est en train d'arriver. Il ne s'agit plus de sondages, d'informations des médias mais d'informations extrêmement fiables fournies par le Cevipof (Centre d'études de la vie politique en France) qui depuis plus de 20 ans a toujours donné les résultats des élections avant le vote sans jamais se tromper. Il n'y a jamais eu aucune erreur tant leurs enquêtes sont fiables.

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Invitation à François Bayrou, Jean-Marie Le Pen, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy

Quatre candidats à l’élection présidentielle mobilisent, selon tous les sondages, plus de 80% des intentions de vote des électeurs depuis plusieurs semaines. Pour autant, ces quatre candidats n’ont jamais été confrontés ensemble, dans le cadre d’un débat, aux questions des électeurs. Cette carence est dommageable pour le déroulement normal d’une campagne électorale dans un pays démocratique.

C’est pourquoi, nous, collectif de médias citoyens, de médias en ligne, de blogueurs et d’acteurs d’Internet, nous proposons d’organiser ce débat sur le web. Nous invitons donc Madame et Messieurs François Bayrou, Jean-Marie Le Pen, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy à venir débattre sur un plateau, le lundi 16 avril au matin.

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