Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Une nouvelle image de la France

Il va falloir s'y faire. Alors que les démagogues n'ont d'yeux que pour le contrôle de l'immigration, présentée comme le problème numéro un de la population française depuis l'apparition du chômage de masse, les démographes ont fait une découverte autrement préoccupante. Le nombre de Français établis à l'étranger serait en forte croissance, de l'ordre de 40% sur la période 1993-2002. Hervé Le Bras a tenté d'estimer la réalité d'une perte de population que les organismes officiels s'efforcent de dissimuler. “En résumé, les prétendues "omissions nettes" ont occulté un puissant mouvement démographique qui s'est lentement construit depuis la fermeture des frontières, un mouvement d'émigration des jeunes hors de France” ("La France, pays d'émigration", Les Quatre Mystères de la population française, Paris, Odile Jacob, 2007, p. 73-74).

A cette vision nouvelle, une campagne de la Fondation pour la recherche médicale donne pour la première fois une image, celle de la fuite des cerveaux, dans un spot réalisé bénévolement par l'agence RMG Connect. Appuyée sur un diagnostic qui vaut pour l'ensemble de la recherche publique, cette campagne alerte sur la crise des vocations provoquée par une politique de la recherche désastreuse, et appelle à soutenir les jeunes chercheurs.

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Education nationale: ôtez 11000 postes, reste Sarkozy

image Ayant appris par la blogosphère que Nicolas Sarkozy avait adressé un courrier à tous les enseignants, je m'inquiétais ce matin de ne pas le trouver dans ma boîte aux lettres. C'est qu'un président a des moyens plus modernes à sa disposition, et pas de temps à perdre. A 12h20, c'était i-Télé qui jouait le rôle du facteur, en diffusant en direct de Blois l'adresse présidentielle. Lu par un chef de l'Etat souriant, le texte révélait rapidement son auteur, trahi par son goût de l'anaphore. On allait enfin savoir ce qu'Henri Guaino pense de l'éducation nationale... “C'est la première fois qu'un président de la République écrit aux éducateurs”, énonçait – oralement – Nicolas Sarkozy à propos d'une missive que je n'ai pas reçue, et qui n'est pas une lettre mais un discours. i-Télé avait du mal à s'y retrouver, apposant pendant toute la séquence le sur-titre "Discours de N. Sarkozy sur l'éducation", qui venait dissimuler le panneau du pupitre: "Lettre aux Educateurs".

Guaino n'hésite jamais devant une porte ouverte. Dès les premières minutes de la lettre-discours-manifeste, on tombait à pieds joints sur l'antithèse nature-culture, appuyée sur l'opposition jadis-désormais. “L'homme remonte à la plus haute Antiquité” écrivait déjà Vialatte. Moi qui fait la guerre aux étudiants pour qu'ils expulsent de leurs introductions le balancement autrefois-aujourd'hui, qui est à l'argumentation ce que le ravioli est à la cuisine – un fourre-tout où l'on glisse n'importe quoi... Dans cette première partie, rythmée par des jugements frappés au coin du bon sens (“Chaque époque suscite des attentes qui lui sont propres”; “Souvent il faut recommencer pour parvenir au but”; “Il y a chez chaque enfant un potentiel qui ne demande qu'à être exploité”, etc...), l'enseignant a pu avoir l'impression que le chef de l'Etat s'adressait à lui comme aux Africains dans son discours de Dakar. Après Tintin au Congo, voici Nicolas au pensionnat de Chavagnes.

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Mon inconscient est de gauche

L'"ouverture" sarkozyste est-elle la saine manifestation d'une gestion politique rationnelle ou une habile manipulation destinée à semer le trouble dans le camp adverse? Interrogé hier dans le journal télévisé de France 2, Claude Allègre n'a pas l'ombre d'un doute: en participant aux activités du gouvernement, on “travaille pour la France”. Un scientifique pétri d'autant de certitudes mérite le voyage (comme on dit chez Michelin). Pendant ce temps, d'autres ont l'inconscient qui s'agite. Ce n'est pas un mystère, la vision politique du président n'est pas exactement my cup of tea. Pourtant, cette nuit, probablement travaillé par les images d'Attali souriant, de Rocard souriant, des patrons souriants (à l'idée de voir Sarkozy en DRH du parti socialiste), j'ai rêvé – horresco referens – que j'acceptais de participer à une commission gouvernementale... Sigmund, qu'en dis-tu? Pour ma part, j'admire la capacité d'adaptation de mon imagination, pour cette nouvelle version du se promener tout nu dans la foule. Tourment supplémentaire: comment l'avouer à ma femme? J'étais bien content de me réveiller sans avoir résolu ce dilemme. Mais aussi bien aise d'avoir la réponse à ma question.

France, terre de persécution?

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Réagissant au dossier publié hier dans Libération, qui décrivait le caractère vexatoire des justifications d'origine réclamées à certains citoyens français lors des demandes de renouvellement de papiers, Jean-Louis Fabiani souligne à son tour “l’obsession du national qui ravage notre pays depuis un quart de siècle”. Plutôt que de vilipender une administration kafkaïenne, le sociologue dégage le bon axe d'interprétation de ces micro-chantages à l'identité, “petite monnaie d’un phénomène bien plus important et bien plus grave: la chasse à l’étranger, sport national que M. le Ministre de l’identité nationale a rappelé aujourd’hui, appelant ses collaborateurs à faire du chiffre”.

Comme celle de mon collègue corse, mon origine alsacienne, qui m'a fait expérimenter quelques-unes des tracasseries coutumières de la République, m'a rendu depuis longtemps sensible à ce débat. Mais à la différence des "souchiens" de plus ou moins ancienne obédience, je ne gémirai pas sur le caractère injuste de ces humiliations de guichet. Je crois au contraire bienvenu qu'un acte civil des plus banals nous rappelle, de manière très adoucie, la réalité des persécutions qui sont aujourd'hui réservées aux étrangers demandeurs d'asile. Le terme "persécution" est-il trop fort? Il suffit de relire tel billet de maître Eolas, témoin abasourdi du traitement juridique et administratif des étrangers sur notre belle terre de France, pour se convaincre au contraire de son bien-fondé. Le qualifier ainsi permet en outre de comprendre que ces pratiques ordinaires de notre République ne sont plus si éloignées de certains précédents historiques, engagés eux aussi à bas bruit.

Parmi mes lectures de l'été, il y avait le dernier livre d'Hervé Le Bras, Les Quatre Mystères de la population française (Odile Jacob). Ce passionnant essai démonte quelques-unes des idées reçues constitutives de la politique française depuis l'après-guerre, appuyée sur l'épouvantail de la dénatalité et du déclin démographique. Et confirme de la façon la plus claire le caractère fantasmatique et idéologique du rejet de l'immigré, à un moment où la France devient au contraire, “pour la première fois de son histoire, un pays d’émigration”. Si les vexations à la carte d'identité pouvaient convaincre nos concitoyens juifs, corses ou alsaciens de la dangereuse sottise de la politique actuellement incarnée par le ministère de l'identité nationale et de l'immigration, elles ne seraient pas complètement vaines.

Illustration: Hughes Leglise-Bataille, photographie numérique, 18/08/2007, diffusée sur Flickr, licence CC.

Menaces de transfert des chercheurs du CNRS à l'université

Communiqué de presse SNCS-FSU

Selon des fuites, d'origine ministérielle de haut niveau, le gouvernement aurait décidé de transférer la totalité des chercheurs du CNRS vers les universités. Cette mesure revient à décapiter le CNRS qui deviendrait, comme l'a annoncé Sarkozy dans son programme, une agence de moyens sans personnel chercheur. C'est un coup bas donné à la recherche française dont une grande partie s'est, depuis 60 ans, structurée et développée autour de cet établissement largement reconnu au niveau national et international.

Le SNCS ne laissera pas le gouvernement détruire les organismes de recherche. Dès maintenant, le SNCS alerte les personnels de la recherche et des universités. Il demande, de toute urgence, aux autres syndicats de réunir l'intersyndicale de la recherche et de l'enseignement supérieur pour envisager les actions à mener.

Le SNCS appelle tous les personnels à alerter la population et tous les élus de la nation.
Meudon, le 21 juin, 18 heures.

Pétition "Non au ministère de l'immigration et de l'identité nationale"

Comme l’ont souligné les historiens démissionnaires des instances officielles de la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration, associer «immigration» et «identité nationale» dans un ministère n'a jamais eu de précédent dans l'histoire de la République: c’est, par un acte fondateur de cette présidence, inscrire l’immigration comme "problème" pour la France et les Français dans leur "être" même.

En tant que citoyens, ce rapprochement nous inquiète car il ne peut que renforcer les préjugés négatifs à l’égard des immigrés. De notre point de vue, l'identité nationale constitue, aujourd’hui, une synthèse du pluralisme et de la diversité des populations et ne saurait être fixée dans le périmètre d'un ministère.

Le décret du 31 mai 2007 qui définit les compétences de ce nouveau ministère montre, de surcroît, que les effets institutionnels dépassent la seule question de sa dénomination. Ainsi, ce ministère, qui détient en priorité des pouvoirs de police et de contrôle est aussi chargé de «promouvoir l’identité nationale» et de définir «une politique de la mémoire» dans le domaine de l’immigration. Il dispose d’une autorité complète et nouvelle sur l’asile politique et d’une autorité partagée sur une multitude d’administrations, y compris sur la «direction de la mémoire, du patrimoine et des archives» du ministère de la Défense.

Cette confusion des rôles et des fonctions est inadmissible et inquiétante. Nous protestons énergiquement contre la dénomination et les pouvoirs dévolus à ce ministère et demandons solennellement au Président de la République de revenir à des choix plus conformes aux traditions démocratiques de la République française.

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"Affiches de campagne": une expérimentation des usages visuels

image Le 12 avril 2007, soit quatre jours après le début de la campagne officielle pour les élections présidentielles françaises, le projet "Affiches de campagne" a été lancé par le Laboratoire d’histoire visuelle contemporaine (Lhivic). Les objectifs de ce projet étaient définis dans un message électronique diffusé largement auprès des chercheurs de l’EHESS, ainsi qu’auprès des étudiants et usagers de la liste de diffusion du Lhivic. Il s’agissait de mener une «petite étude collective de réception» concernant les graffitis et autres atteintes portées aux affiches officielles des candidats. La première phase de l’exercice devait consister en la constitution d’un corpus, la seconde phase en serait l’observation et l’analyse critique.

Plutôt que de proposer la vision sémiologique habituelle de l'affiche comme réseau de signes, l'hypothèse de travail a été de les considérer du point de vue de leur réception, comme un support d'expression politique. Les affiches politiques suscitent des réactions variées et souvent vives, en particulier dans le contexte très personnalisé de l'élection présidentielle. La nouvelle économie du dialogue permise par les outils du web nous rend aujourd'hui attentifs au fait que l'affiche est un objet particulièrement soumis à l'exercice de l'interaction. D'où l'idée d'essayer d'enregistrer ce phénomène fugitif, de façon collective et locale. L’exercice, qui était d’ailleurs proposé «à titre de divertissement», n’a pas été réalisé selon un protocole scientifique rigoureux. Les consignes de départ étaient volontairement assez souples et ont été complétées d’indications méthodologiques au fur et à mesure de la constitution du corpus.

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Sarkozy au G8: les médias français soupçonnés de complaisance

image À la veille du premier tour des législatives, la dernière vidéo qui buzze est une reprise d'une séquence diffusée le 8 juin à 22h30 sur la RTBF, postée le soir même sur Youtube (21.600 vues), recopiée sur Dailymotion aujourd'hui (16.220 vues pour 12 copies), puis signalée à la mi-journée sur le site d'information alternatif De source sûre. La montée en audience, particulièrement rapide pour un contenu non signalé par un grand média, témoigne de l'intérêt que suscite cette vidéo. «Je ne résiste pas à l'envie de vous montrer le début de la conférence de presse tenue par le président français Nicolas Sarkozy à l'issue de ce G8, déclare le journaliste. Il sortait d'un entretien avec son collègue russe, Vladimir Poutine et apparemment, il n'avait pas bu que de l'eau.»

Chacun jugera de l'état de Nicolas Sarkozy sur cet extrait. Mais ce que de nombreux internautes ont d'ores et déjà noté (lire par exemple les commentaires sur le blog de Guy Birenbaum), c'est que les télés françaises ont fait jusqu'à ce soir l'impasse la plus complète sur ce traitement. LCI ou ITV ont certes retransmis l'ensemble de la conférence en direct, mais aucun média métropolitain n'a isolé ni repris le sujet. Même si l'on juge qu'il n'y a pas de quoi fouetter un chat, l'événement est constitué par le fait que le journal télévisé belge souligne l'état du président français, comparé au politicien wallon Michel Dardenne, qui s'est fait une spécialité d'apparaître en état d'ébriété à l'écran. Sarkozy avait-il bu ou non? Les chaînes françaises ne nous le diront pas. Ont-elles enquêté? Découvert la supercherie? Pris en conséquence la décision de ne pas mentionner le traitement particulièrement ironique de leurs confrères? Nous n'en saurons rien. Et ce cas bénin, ajouté à la liste des dérapages récents, vient alimenter le soupçon qu'on en apprend désormais plus à propos des affaires françaises sur les télévisions étrangères. Un symptôme jadis réservé aux populations soumises aux dictatures socialistes. Un sentiment qui, à l'heure d'internet, devrait sérieusement inquiéter les médias français.

Kouchner lave plus blanc

Avec le retour du Vidéomètre, adapté aux législatives sous la forme d'une carte de France des vidéos de campagne, on découvre la nouvelle séquence en route vers le buzz. Il s'agit d'un bref enregistrement, posté le 16 mai dernier sous le titre "Kouchner lave plus blanc", copie d'une archive de TF1 rediffusée sur Comédie. En 2002, alors ministre délégué à la santé du gouvernement Jospin, Bernard Kouchner commente devant un poste de télévision la formation de l'équipe qui va brièvement participer à la coupe du monde. Comme Alain Finkielkraut ou Pascal Sevran, Kouchner partage avec les ralliés à Sarkozy le même jugement sur la composition de l'équipe de France. «L'équipe est bleue... et multiraciale», constate son acolyte. Commentaire de Kouchner: «Ah, ça! C'est sûr... On cherche les blancs, d'ailleurs, au milieu de tous ces... M'enfin, bon...»

Rappelons que Georges Frèche a été exclu du PS pour des propos similaires. Une telle mésaventure ne menace plus le French Doctor, déjà rayé des cadres depuis son entrée au gouvernement Fillon, et qui ne risque pas de s'attirer les foudres de l'UMP "décomplexée" par Nicolas Sarkozy. Aucun doute: l'ami Bernard est bel et bien à sa place. En revanche, la prétendue "ouverture" apparaît désormais pour ce qu'elle est: une plaisanterie de garçon de bain...

Les chercheurs se mobilisent contre l'identité nationale

image Alors même que Brice Hortefeux livrait au Figaro un entretien très ferme sur les objectifs de son nouveau ministère, le groupe des historiens démissionnaires de la Cité nationale de l'histoire de l'immigration (CNHI) organisait hier une première réunion à l'EHESS pour faire le point sur leur initiative. Reçus mardi dernier par le ministre de l'identité nationale et de l'immigration, ils n'ont pu que constater la fin de non-recevoir opposée à leur protestation. Initiée par des groupes d'extrême-droite comme le club de l'Horloge ou le Grece, puis véhiculée par le Front national, l'association des expressions "identité nationale" et "immigration" comporte de fortes connotations xénophobes, explicitement admises par le candidat Sarkozy lui-même, lorsqu'il expliquait que cette proposition permettrait de “récupérer le vote FN” (Libération du 12/04/2007). A contrario, le ministre a tenté de banaliser l'intitulé en le ramenant aux questions de citoyenneté, et a opposé l'argument d'autorité du suffrage universel, devant lequel il faudrait s'incliner sans discuter, ce qui est une vision curieuse du débat démocratique.

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Le portrait du président

De haut en bas et de gauche à droite: Adolphe Thiers (1871-1873), Raymond Poincaré (1913-1920), Paul Deschanel (1920-1924), Alexandre Millerand (1920-1924), Albert Lebrun (1932-1940), René Coty (1953-1959), Charles de Gaulle (1959-1969, photo: Jean-Marie Marcel), Georges Pompidou (1969-1974: photo: François Pages), Valéry Giscard d'Estaing (1974-1981, photo: Jacques-Henri Lartigue), François Mitterrand (1981-1995, photo: Gisèle Freund), Jacques Chirac (1995-2007, photo: Bettina Rheims), Nicolas Sarkozy (2007, photo: Philippe Warrin), © La Documentation française.
Voir la série complète des portraits des présidents de la République sur le site de La Documentation française.

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Le gouvernement des prises de guerre

Quelle est la caractéristique du nouveau gouvernement français? L'ouverture, reprend le choeur des médias, en poussant en avant le pauvre Bernard Kouchner qui, s'il l'ignorait encore, a dû comprendre dès la présentation des ministres sur le perron de l'Elysée quel allait être son véritable rôle. Faire le maximum de dégâts dans son ancien camp, et accessoirement dans celui de François Bayrou. Triste fin de carrière pour le "French doctor". Il n'est jamais trop tard pour déchoir.

Sa désignation jette pourtant une ombre sur les intentions de Nicolas Sarkozy. Car il y a une semaine encore, c'était Hubert Védrine qu'on annonçait au Quai d'Orsay. Sans vouloir leur faire de peine, il faut bien avouer que ce portefeuille n'est plus ce qu'il était. Depuis la nomination de Douste-Blazy, on avait compris que ce ministère n'était plus vraiment une pièce maîtresse. La faute à l'influence déclinante de la France dans le monde et aux cohabitations successives, qui ont accrédité l'idée d'un "domaine réservé" présidentiel. Reste que les convictions en matière de politique étrangère de Védrine sont à peu près à l'opposé de celles de Kouchner. Ce qui fait soupçonner que, plutôt que de souscrire à la doctrine énoncée par Bayrou (prendre les meilleurs, quel que soit leur camp), il s'est agi ici de prendre n'importe lequel – pourvu qu'il fut du camp d'en face.

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Pensées de Sarkozie. Le bouc émissaire

Ce soir encore, je ne dors pas. Je me repasse le film. J'essaie de comprendre ce qui nous est arrivé, ce qui nous arrive. Tout est si étrange depuis dimanche. Le Fouquet's, le yacht, la commémoration de l'abolition de l'esclavage, Versailles, Allègre, Kouchner – et Cécilia qui ne vote pas... Drôle de ballet, où tous les points de repère sont systématiquement retournés, inversés, invalidés. Comme si nous devions apprendre à nous en remettre, corps et âme, à la seule loi de l'apprenti sorcier.

Qu'est-ce qui fonde mon sentiment qu'un démocrate est forcément ulcéré par les positions d'un Sarkozy? Qu'il ne s'agit pas d'un politicien comme un autre? Je crois que j'ai trouvé. C'est Miller et Véronis qui m'ont mis sur la voie. Le premier en pointant l'usage de l'implicite, le second en mettant en exergue la figure de l'assisté. Le principe de base de Sarkozy, on pourrait l'appeler la "bouc-emissarisation". Un problème? Un bouc émissaire. Celui sur le dos duquel on charge tous les péchés de la société, avant de le chasser du clan. L'immigré clandestin, les 35 heures, le chômeur profiteur, la racaille des banlieues, le criminel multirécidiviste, le pédophile violeur – sans oublier mai 1968...

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Souriez, vous êtes filmé!

La gauche morale s'offusque et tonne? Elle devrait pourtant se réjouir... En quelques jours, Nicolas Sarkozy vient de fournir un lot d'images exceptionnel aux blogueurs et vidéastes pour les scrutins futurs. Nouveauté des élections 2007, les usages politiques des vidéos pirates se sont développés de façon remarquable tout au long de la campagne. Nul doute que les prochains rendez-vous électoraux verront ces instruments reprendre du service, avec le bénéfice de l'expérience et des moyens techniques augmentés. Ce nouveau média fait peser sur les responsables politiques un lourd fardeau. Le "off" est mort: le moindre faux-pas sera enregistré avec vigilance et reproduit avec gourmandise. Bien sûr, aujourd'hui, de complaisants sondages prestement commandés nous assurent que 109% des Français considèrent la Paloma comme une retraite des plus spirituelles et le jacuzzi comme un équipement totalement dénué de connotation politique. Mais qui sait ce que ces images, mises bout à bout avec d'autres, leur raconteront dans quelques années, dans un autre contexte...

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La nouvelle machine à gagner de la droite

D'où vient la victoire de Nicolas Sarkozy? D'une envie d'action des Français, très certainement. L'envie d'un chef, d'un management et d'une voie claire. Quelle qu'elle soit, pourvu qu'elle donne un peu d'espoir, sans doute. J'avoue que ces propos de Versac me laissent songeur. Sans prétendre en remontrer au nouvel Alain Duhamel de la blogosphère, il me semble utile de tenir compte de quelques autres éléments d'analyse.

La France n'a pas basculé d'un coup à droite toute. Cela fait longtemps que la glissade a commencé, comme le révèle l'intraitable thermomètre du vote Front national. Ce mouvement est passé inaperçu en raison du cordon sanitaire maintenu par Chirac. En 2002 encore, sa victoire pouvait faire oublier que Le Pen avait recueilli plus de 5,5 millions de voix. Sarkozy, lui, ne l'a pas oublié. Il est le premier dirigeant de la droite de gouvernement à avoir ouvertement prôné le rapprochement avec l'électorat du Front national. Cette stratégie politique inédite est la nouvelle machine à gagner de la droite. Le succès qu'elle a remporté ce soir suggère qu'elle ne va pas changer de sitôt de dispositif.

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