Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Christine Albanel lutte pour l'emploi

On sait Christine Albanel très impliquée dans la lutte contre le piratage, au point que certains se posent la question de son indépendance. On a beau être habitué à tout, sa dernière proposition, limiter les points Wifi publics à une liste blanche de sites autorisés arrive à nous surprendre.

Il y aurait plus de 150.000.000 de sites internet dans le monde selon les évaluations les plus fiables. En tout cas, il y en a beaucoup, ce dont la ministre de la Culture se doit d’être consciente.

Petit problème: sachant qu’il faut environ deux minutes à un être normalement constitué pour comprendre si un site permet ou non le téléchargement (et, pendant qu’on y est, contient ou non des images pédophiles, révèle ou non la manière de fabriquer une bombe nucléaire dans sa cuisine ou bien, plus grave encore, se montre désagréable ou non avec Frédéric Lefèbvre), prenant en compte le temps nécessaire pour trouver les sites internet à évaluer (il n’existe pas d’annuaire exhaustif de l’internet, mais c’est probablement le prochain chantier du ministère de la Culture); combien faut-il de temps pour constituer cette «liste blanche», en prenant des semaines de travail de 35 heures (on ne compliquera pas avec des heures supplémentaires) et cinq semaines de congés payés?

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Universités: y a-t-il un pilote dans l'avion?

L'arrogance de ces gens les perdra. Effrayé par l'inexorable montée de la mobilisation universitaire, qu'il a lui-même contribué à alimenter, Nicolas Sarkozy s'est résolu hier à prendre la décision de retirer le projet de décret sur le statut des enseignants-chercheurs. Manque de chance – ou de pratique – il l'a fait si discrètement que personne ne s'en est aperçu. Il faut dire que la formule du chef de l'Etat était des plus sybillines, demandant «que soient rapidement explorées de nouvelles pistes pour l’évaluation des enseignants-chercheurs et l’organisation de leurs services.» Devant l'absence de réaction de la presse, les services de l'Elysée ont remis ce matin les points sur les i: oui, il fallait bien comprendre que le projet actuel était abandonné. Résultat, ce soir, un article du Monde.fr intitulé "l'Elysée annonce de nouvelles pistes" n'y voit qu'un «nouveau coup de canif» dans le projet de réforme. Seul France-Info a titré: "Nicolas Sarkozy retire le décret Pécresse" (merci à Libertaire pour son signalement).

Après la promesse d'une médiation éphémère, il est douteux que les universitaires accueillent avec reconnaissance ce nouveau cafouillage. Villepin avait été plus courageux – et plus efficace – en annonçant lui-même le retrait du CPE et en y mettant les formes nécessaires à une sortie de crise. Nicolas Sarkozy, qui ne semble pas avoir pris la mesure de la colère du monde de l'éducation, ne s'en tirera pas à si bon compte. «C’est pathétique ce manque de savoir faire!» aurait déclaré le président à propos de Valérie Pécresse, selon le Canard Enchaîné. Cet homme est décidément charmant. Et l'expression tout à fait appropriée. La ministre pourra bientôt lui retourner le compliment, quand on constatera dans les jours qui viennent l'insuffisance de ce retrait sur la pointe des pieds.

"Je ne veux pas du grand soir. Je veux des petits matins"

image Quitterie Delmas annonce qu'elle quitte le Modem. Pour l'expliquer, elle écrit un des textes les plus significatifs sur le rapport de sa génération au politique.

Quitterie Delmas sait de quoi elle parle. Son choix n'est pas une réaction naïve, mais un geste d'insider, longuement mûri, face aux impasses de la politique professionnelle. Son refus suscitera beaucoup d'incompréhension parmi ceux qui ont choisi l'appareil. Rien d'étonnant. Mais c'est elle qui a raison: on ne changera pas les partis de l'intérieur.

Alors quoi? Tarnac? Je trouve pour ma part parfaitement respectables les choix qui relèvent du retrait, construits par la réflexion et soucieux d'une vraie sociabilité. Il est temps de réfléchir au signe qu'ils nous envoient sur la catastrophe qu'a engendré un demi-siècle de professionnalisation de l'activité politique.

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Sarkozy défie l'intelligence

image Sentant monter la colère des universités, Valérie Pécresse a jugé utile de publier un éloge de la concertation et du dialogue. Mais dans ce pays gouverné d'une main de fer, les Français savent que l'avis d'un ministre ne vaut pas grand chose. Jeudi dernier, à l'occasion de la présentation du comité de pilotage stratégique qualifié de «Grenelle de la recherche et de l'innovation», c'est le président de la République lui-même qui a pris le soin d'indiquer aux universitaires quelle est sa conception du dialogue.

Il y a plusieurs styles Sarkozy. Pendant la campagne présidentielle, les Français ont entendu des discours remarquablement construits, tissés de références historiques, vibrants d'émotion. Il est vrai qu'il s'agissait alors de convaincre l'électorat. En septembre 2007, pour la "Lettre aux Educateurs", le président confiait encore à Henri Guaino la rédaction d'un texte dont on pouvait discuter le contenu, mais certainement pas nier qu'il était écrit dans un français charpenté, inspiré du robuste modèle troisième-République qui caractérise le conseiller spécial.

Pour le discours du 22 janvier, le chef de l'Etat a choisi une autre posture. Découvrant un texte composé de «phrases agrammaticales, tournures d’une vulgarité confondante, raisonnements circulaires, interjections, interpellations grossières de l’auditoire», un lecteur attentif a cru à une manipulation. Il a fallu qu'il vérifie que ce document provenait bien du site de l'Elysée pour admettre qu'il avait en face de lui une déclaration du plus haut personnage de la fonction publique (lire en ligne, consulter la vidéo).

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L'affiche d'Obama: triomphe du copyleft

image On ignorait jusqu'à présent quelle était la source photographique de la fameuse affiche créée par Shepard Fairey à l'occasion de la campagne de Barack Obama. Sur The Daily Beast, James Danziger pense avoir trouvé la clé du mystère. Repérée par Michael Cramer sur Google images (voir ci-contre, licence CC), une photo publiée par ''Time'' en 2007 était attribuée par erreur à Jonathan Daniel, de Getty Images. Danziger identifie son véritable auteur: le photographe Jim Young, de Reuters. Interrogé, celui-ci affirme n'avoir pas reconnu sa photo derrière le dessin. Il est vrai que le graphiste aurait procédé à diverses transformations, à commencer par un retournement latéral, ainsi qu'une recomposition du buste.

Au moment où une version de cette affiche accède à la prestigieuse National Portrait Gallery, il n'est pas sans intérêt de noter qu'elle a été réalisée sans la moindre autorisation, pas plus de l'auteur de la photographie que d'Obama lui-même, et qu'elle a d'abord été placardée de façon sauvage, sans demander l'accord de l'équipe de campagne, à la manière des remix et autres contributions librement proposées par divers créateurs. En comparant cette image avec le portrait officiel du président français, on se convaincra que le non-respect des dispositions de la propriété intellectuelle ou du droit à l'image n'a pas que des mauvais côtés (avec mes remerciements à Rémi Douine).

image MàJ. Merci à Pierre de nous mettre sur la piste d'une autre image (ci-contre, cliquer pour agrandir), qui semble une meilleure candidate que celle repérée par Cramer. Plusieurs commentaires ont dans l'intervalle contredit l'affirmation de Danziger (voir notamment chez Tom Gralish). D'après une recherche sur TinEye, cette photo, qui porte bien le crédit Associated Press, mais pas de nom d'auteur, semble avoir été diffusée surtout hors des Etats-Unis. Ces éléments correspondent aux indications fournies par Shepard Fairey (voir ci-dessous, commentaire n° 3).

2009, année érotique

Je suis un bourgeois modéré, père de famille, fonctionnaire, assuré à la Maïf. Il n'y a pas si longtemps, je lisais Libé, les éditos de Serge July et les vapeurs d'Alain Duhamel. Mais là, je sens la glace qui craque, le système qui se débine à toute allure. Tiens, le mouvement grec: spontanément, dès les premiers comptes rendus, je n'ai pas cru les grands médias. Avec un gros clignotant "Tarnac", une petite voix me disait: attends, c'est forcément pas ça. Et ce matin, chez Partageons mon avis, le billet "Partis, c'est fini" s'accorde exactement à mon sentiment. Entre la débâcle du PS, le caporalisme de l'UMP et la soudaine multiplication des nains de jardin, l'impression est bien que quelque chose est en train de finir, qui se tenait la barbichette entre presse et politique. Une chose est sûre: les deux trépasseront ensemble.

Pas sûr qu'il faille s'en alarmer. Plutôt que de faire du bouche à bouche à la mickeycratie mourante, je retire de conversations récentes l'impression que la suite est déjà en train de se préparer. Avec internet comme terrain de jeu, la forme du réseau comme modèle. Et une génération qui a faim de prendre les manettes. Sarkozy et la crise vont appuyer fort sur l'accélérateur. Rendez-vous en 2009, qui ne va pas être triste.

Bertrand Monthubert entre à la direction du PS

Après 11 ans de hollandisme, caractérisé par une relation ténue du parti socialiste avec le milieu de la recherche, c'est avec intérêt qu'on note l'intégration de Bertrand Monthubert au sein de la nouvelle direction composée par Martine Aubry, au poste de secrétaire national à l’enseignement supérieur et à la recherche. Chercheur et militant, ce mathématicien était jusqu'à la semaine dernière président de Sauvons la Recherche, association en pointe depuis 2004 dans toutes les luttes destinées à préserver un outil malmené. Prenant le relais d'un syndicalisme volontiers corporatiste, SLR a su favoriser une intelligence plus globale des enjeux de la science dans la société, prenant notamment en compte la question des précaires ou inventant des formes de mobilisation nouvelles. En prenant ses nouvelles fonctions, Bertrand Monthubert a annoncé lui-même sa démission de sa fonction de président de l’association, confiée à l'intérim d'Isabelle This Saint-Jean.

Sarkobama, une image qui ne veut rien dire?

image Depuis le 27 novembre, des centaines d'affiches ont été collées dans Paris, sans identification ni signature. Elles proposent une imitation servile de la célèbre affiche réalisée par le graphiste Shepard Fairey en février 2008 à l'occasion de la campagne présidentielle américaine, dont elle reprend à l'identique la composition et les couleurs, mais en remplaçant le visage de Barack Obama par celui de Nicolas Sarkozy. Le bandeau inférieur emprunte également le slogan "Yes we can!", avec quatre déclinaisons énigmatiques ("Faire économiser 1000 €/an à chaque ménage?", "Faire payer les entreprises qui polluent?", "Produire une énergie propre et durable en Europe?", "Créer trois millions d'emplois non délocalisables en Europe?")

Les premières réactions ont attribué cet affichage sauvage à l'UMP ou à une organisation satellite. On se souvient en effet que l'élection de Barack Obama avait été suivie par une tentative d'identification de Sarkozy au nouveau président des Etats-Unis. Mais l'UMP comme les services de l'Elysée ont démenti être à l'origine de l'opération. D'autres penchent pour une plaisanterie au second degré – hypothèse accréditée par les slogans, qui ne renvoient pas de façon évidente à des projets actuellement défendus par le gouvernement. On a également évoqué la possibilité d'une pré-campagne de publicité. En désespoir de cause, quelques médias en ligne ont fait appel aux internautes pour savoir "Qui se cache derrière Sarkobama?". Sans succès jusqu'à présent.

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Peut-on parler politique sur un blog scientifique?

image Récemment pris à parti sur ce blog, Claude Askolovitch m'objectait avec raison que mon réquisitoire n'avait guère de rapports avec la recherche en histoire visuelle. La principale caractéristique du blog étant de ne rien interdire, on pourrait balayer cette remarque d'un revers de main. Toutefois, à un moment où Hypothèses.org, la plate forme de carnets scientifiques du CLEO, prend son essor, je voudrais saisir l'occasion de discuter de la cohésion thématique de ces organes. Si l'AERES est encore incapable de prendre en compte leur apport bien réel à la production savante, il est clair qu'ils s'imposent chaque année un peu plus comme un nouvel outil de la recherche. Sans se substituer aux livres ni aux revues, ils proposent une étape supplémentaire de la communication scientifique, que j'ai caractérisé ici par l'expression du "séminaire permanent". Il n'est pas difficile d'apercevoir que, dans un petit nombre d'années, un chercheur sans blog paraîtra aussi incongru qu'un cuisinier sans fourneaux. Il n'est donc pas inutile de s'interroger dès maintenant sur les frontières de l'exercice.

La pratique scientifique est par nature endogène. On y apprend à se défier de l'opinion et à haïr l'amateurisme. La spécialisation y apparaît comme l'arme de destruction massive des savoirs incertains. A cette aune, la question est vite tranchée: tout ce qui distrait de l'aire de la maîtrise doit être rejeté comme participant du vulgaire. Et quelle que soit ma propre pratique, lorsque je me trouve en position d'éditeur, j'ai tendance à suivre la pente. Ayant l'honneur de participer au conseil scientifique d'Hypothèses.org (avec René Audet, Paul Bertrand, Antoine Blanchard, François Briatte, Marin Dacos, Christian Jacob, Claire Lemercier, Pierre Mounier et Jean-Christophe Peyssard), je me montre aussi sourcilleux qu'un reviewer du Oxford Journal of Archaeology, prêt à fermer la porte à tout écart aventureux.

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"Je suis le roi du monde!"

Il y a dans chaque régime ce moment pathétique où le dirigeant perd pied avec le réel. Ce moment où tout lui échappe et où il préfère se réfugier dans la fiction de son règne. Ce moment vient d'arriver pour Nicolas Sarkozy. C'est l'historien officiel du régime, Claude Askolovitch, qui nous le révèle dans les colonnes de l'indispensable JDD. Dans un récit halluciné du G20, intitulé sans la moindre ironie: "Sarkozy en maître du monde", le conteur dépasse l'habituel journalisme de cour pour nous faire pénétrer directement dans le cerveau du président.

Dans le monde réel, depuis l'élection d'Obama, Sarkozy a perdu la main. L'ex-coqueluche des sommets internationaux a trouvé son maître. La version française du mythe Kennedy fait désormais pâle figure devant Barack et Michelle. Le déplacement est si violent que son entourage se voit contraint de nous le dépeindre en Obama bis. Plus encore que l'absurdité de cet éloge de la négritude sarkozienne, nous avons bien perçu l'inversion du schéma. Jadis incomparable, mesure de toute chose, voilà le modèle de la modernité politique chassé de la première marche du podium.

D'où l'importance du G20. Bientôt déshabillé de la présidence tournante de l'Europe, Sarkozy a vu là sa dernière fenêtre pour jouer les vedettes sur la scène internationale. Dans le monde réel, en l'absence d'Obama, ce raout inutile ne pouvait déboucher que sur du vent. Mais c'est un tout autre film qu'a vu Askolovitch. Un film d'aventure, à mi-chemin de Independance Day et du Louis II de Bavière de Visconti: «ce Français en chemise, débordant d'adrénaline, qui lui donne du "George", qui a couru ce matin à l'aube dans les rues de Washington, qui étale sa forme physique. (...) Sarkozy a gagné la bataille des mots. Une étape de plus dans le sprint marathon entamé depuis le début de la crise financière. (...) Ce vendredi, Sarkozy fait un cadeau au Russe. Il réclame en vain une réunion sur la sécurité globale en Europe. "Tu la veux vraiment? lui demande Sarkozy en tête à tête. On la fait !"»

Ce film, ce n'est pas Askolovitch qui l'invente. Branché en permanence sur les neurones élyséens, ce que le fin chroniqueur nous dévoile n'est autre que la perception du sommet par son principal acteur. Oui, nous dit-il, Sarkozy se voit en maître du monde. En athlète surentraîné qui va arrêter la crise comme Superman arrête un train. En stratège de génie, capable d'imposer à tous sa vision de l'univers. A ce point perdu dans sa fiction qu'il demande au futur ex-président: «Si tu permets, George, nous ne devons pas nous séparer sans fixer la date, le lieu, l'ordre du jour de notre prochaine rencontre.»

Un tel moment de vérité crue doit être mis au crédit du journalisme français. Laissons aux mauvais esprits l'indignation ou le sarcasme. Car il y a plus d'information dans cet article que dans tous les comptes rendus du sommet. Riches en bouleversements majeurs, les mois qui viennent seront décisifs pour le chef de l'Etat. Grâce au JDD, il y aura toujours une fenêtre ouverte pour voir à l'intérieur de sa tête.

History

image Barack Obama, 44e président des Etats-Unis.

Pour Obama, la classe moyenne a le visage de la famille

Brûlant de ses derniers feux, la campagne de Barack Obama nous a livré hier un objet devenu rare: un vrai film de propagande à l'ancienne, sous la forme étonnante d'un publi-reportage de 27 minutes diffusé simultanément sur sept chaînes nationales.

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Gouverner, c'est prévoir

image Christine Lagarde, ministre de l'économie française, le 20 septembre 2008 sur 20minutes.fr.
Lire plutôt: Lyonel Kaufmann blogue...

La direction du département SHS démissionnée par la direction générale du CNRS

Les directeurs d'unités SHS (sciences humaines et sociales) des délégations Provence-Corse et Nice-Sophia Antipolis étaient réunis ce lundi 1er septembre en présence de la directrice du département SHS, Marie-Françoise Courel, et de trois directeurs adjoints des départements scientifiques (DSA).

Nous avons appris en séance que la présidente du CNRS venait de demander à la directrice du département SHS de mettre un terme à son mandat "le plus rapidement possible", dans les jours qui viennent. Nous apprenons également que tous les DSA du département SHS sauf un ont décidé, par solidarité, de démissionner de leurs fonctions.

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La raison de Guaino est toujours la meilleure

Henri Guaino revient et il n'est pas content. Comme un criminel qui retourne sur les lieux de son crime, un an après jour pour jour, le conseiller spécial relit son malheureux discours de Dakar. Incroyable exercice d'auto-commentaire qui s'étend en longues citations satisfaites, par la plume même qui l'a produit – accueilli par un quotidien du soir dont on admirera le scrupule.

Guaino n'a pas aimé qu'on le traite de raciste ou de paternaliste. C'est la principale leçon de ce texte qui, plutôt qu'une auto-justification, inflige une volée de bois vert a ses contradicteurs, à grands coups de Senghor, de Lévi-Strauss ou de Braudel. Raciste, Guaino – alors que «jamais un président français n'avait été aussi loin sur l'esclavage et la colonisation»? Qu'on en juge: n'a-t-il pas fait dire verbatim à l'acteur élyséen que, oui, «il y a eu la traite négrière» et que, oui, les Européens «ont eu tort»? Si ça n'est pas du lourd, s'émeut la plume – qui, dans le même souffle, gâche immédiatement son coming-out altermondialiste en ne pouvant s'empêcher, c'est plus fort que lui, de copier-coller aussi la suite, rappel des colons «qui ont construit des ponts, des routes, des hôpitaux, des dispensaires, des écoles»...

Inutile de s'appesantir. J'ai déjà analysé ailleurs les inimitables qualités de l'historien amateur, qui ne connaît qu'une figure de style – l'anaphore –, qu'un outil démonstratif – l'argument d'autorité – et qu'un mode de pensée – le cliché. La vraie information est ailleurs: dans ce retour exaspéré sur une critique jugée intolérable. Aura-t-on semblable explication de texte pour chacun des discours de celui qui est payé pour les produire – et pourquoi pas les réponses aux répliques puis la réfutation des objections? Ce long couloir de pleurnicheries peut s'étendre bien au-delà des deux mandats de Sarkozy. Mais, selon une tactique constante de l'équipe au pouvoir, il s'agit bien ici de réduire à néant toute contradiction, d'imposer à tous une raison et une seule. Qu'on se le dise: on répètera autant qu'il faut slogans et préjugés, sur tous les tons et dans tous les canards (si utiles à la démocratie), jusqu'à en faire l'unique vérité possible. Fut-ce du trou du souffleur, rien ne fera taire cette volonté farouche de prescrire l'histoire. Dans une vision certes plus proche de George Orwell que de Marc Bloch (mais ils ne font ni l'un ni l'autre partie du répertoire de citations du nègre).

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