Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Comment éviter la panne de statut sur Facebook

image Enfin un peu de repos pour les deuxpointzéroistes hyperactifs. Après avoir partagé ses lectures sur Delicious, ses photos sur Flickr, sa musique sur Myspace, ses vidéos sur Youtube, son avis sur tout sur Twitter, il peut arriver au plus remuant des geeks de sécher bêtement au moment de renouveler son statut sur Facebook. Les réseaux sociaux ont inventé cette nouvelle torture: devenir le meilleur animateur du village de vacances, celui qui a non seulement tout lu et tout vu avant les autres, de Morandini au New York Times, mais qui est aussi le plus désespérément brillant, le plus subtilement poilant dans ses statuts de derrière les fagots qui font dire à tous les autres, les schroumpfs grognons qui jamais ne lui arriveront à la cheville, que nom d'une pipe mais comment fait-il? (Toute ressemblance avec l'un quelconque de mes friends serait évidemment fortuite.)

Mais qui chantera, du GO-Facebook, le coup de blues, la baisse de forme ou le traître rhume? Pas question, alors, de revenir au vulgaire descriptif d'activité supposé jadis répondre à la question «What are you doing right now?» Mieux vaut se cantonner à un silence discret, en attendant le retour de la Muse. C'est avec une claire conscience du nouvel étalon de la valeur sur les réseaux sociaux qu'a été créé Generatus, un site à créer automatiquement des statuts-de-ta-mère-qui-tuent-de-sa-race. Fermons les yeux sur le visuel en forme de porte des toilettes, qui témoigne que l'égalité des sexes est encore un horizon lointain en matière d'expressivité 2.0. Même en cas de grosse fatigue, il n'y plus qu'à cliquer jusqu'à ce qu'apparaisse la réplique digne de Beaumarchais (au premier essai: «Fred doesn't believe in superstition. It brings bad luck»). Qu'on peut même filtrer par tags. Evidemment, c'est en anglais, rien de tel pour impressionner vos friends, qui trouveront que vous avez fait des progrès.

Voir également:

Pour Obama, la classe moyenne a le visage de la famille

Brûlant de ses derniers feux, la campagne de Barack Obama nous a livré hier un objet devenu rare: un vrai film de propagande à l'ancienne, sous la forme étonnante d'un publi-reportage de 27 minutes diffusé simultanément sur sept chaînes nationales.

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Pour une localisation contextuelle des paramètres de confidentialité (sur Facebook et ailleurs)

image Il y a quelques jours, Gilad, les yeux écarquillés, m'appelle pour regarder son écran d'ordinateur. Il était sur Facebook et venait de découvrir un trou dans la protection de la confidentialité. Ayant paramétré son fil de nouvelles pour afficher autant d'infos photo que possible, il était régulièrement informé des commentaires de ses amis sur les photos de leurs contacts, y compris ceux avec lesquels il n'était pas relié. Jusque-là tout va bien. Mais Gilad se rendit compte qu'il pouvait cliquer sur ces photos et, de là, apercevoir tout l'album de ses "amis d'amis" – même ceux dont le profil ne lui était pas accessible. Il suffisait pour cela qu'un de ses contacts y figure, identifié par son phototag. Quel plaisir d'accéder ainsi à des images qui ne lui étaient pas destinées! Il était fou de joie.

Il y a plusieurs façons d'expliquer ce phénomène. C'est peut-être un bug dans le système de Facebook. Mais il s'agit plus probablement d'une conséquence de l'autorisation d'accès aux "amis d'amis", accordée par les usagers sans qu'ils en mesurent les effets, parmi les complexes paramètres de confidentialité dont même Gilad ignorait l'existence. Quoiqu'il en soit, il avait l'impression de voir des images qui ne lui étaient pas destinées. Je suis sûre que les amis de sa petite sœur ne se rendaient pas compte que le fait de la phototagger au sein de leurs propres albums allait rendre ces albums visibles pour son frère.

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Que faisons-nous des images? (notes)

image (Notes pour L'Atelier des médias) NB. Inversion de la question traditionnelle de l'histoire de l'art: "Que nous font les images?" Sociologie des usages, marketing et nouvelles pratiques sont passés par là.

- Une dynamique de l'invention. Vs la valeur de l'image rare, facilité sans précédent et dévaluation de la production des images (camphone) favorisent les pratiques de jeu avec l'image. Facebook: l'image conversationnelle. Appropriation et apprentissage. Une situation propice à l'invention. De façon plus générale, les pratiques de l'image se caractérisent actuellement par une dynamique de l'invention: aucun usage stabilisé, ruine des normes, bouillonnement des micro-usages.

- Une nouvelle culture de l'image. Scepticisme croissant face aux images d'enregistrement, diffusion des pratiques de retouche, remise en question de l'illusion d'objectivité - une bonne chose. Silence de la théorie, médusée. Une critique par l'usage. Tout passe par les pratiques, nouvelles sources de savoir.

- Un rééquilibrage de la représentation. Dans les fonctions représentationnelles de l'image, on assiste à un rééquilibrage: auto-production de leur image par les groupes relégués - une image des pauvres (banlieues, tiers-monde, jeunes, etc.). Favorisé par l'accès à la diffusion (web, plates-formes, streaming). Problème de visibilité? Quand on observe les pratiques historiques d'auto-production (photo amateur), on doit reconnaître que l'accès à ces corpus est sans précédent. Rôle des chercheurs dans la description de ces nouveaux contenus. Parallèlement, crise de l'autorité pour les anciens dépositaires des pouvoirs de la représentation.

- Image ubiquitaire, image jetable. L'image est partout – où est l'image? Le modèle du flux (blogs, Facebook) promeut un univers de contenus jetables, à consommation immédiate, sans pérennité. Circulation problématique entre micro et macro. Filtrage par le buzz, l'indexation et la popularité. Mais les instances médiatiques ne sont plus seules à définir la valeur des contenus. Un nouvel équilibre encore à inventer.

De quoi la pieuvre est-elle la figure?

image Dans un récent billet, le journaliste Pascal Riché me fait la leçon. N'aurais-je pas fait preuve de légèreté en mentionnant sans précaution sur ARHV "L'argent-dette", une vidéo complotiste et antisémite? Dans une première réponse, j'ai précisé ma position sur le volet du complot. Voyons ce qu'il en est du second point.

Complotisme et antisémitisme ne sont pas des reproches équivalents: le second tombe notamment sous le coup de la loi. Sans conteste, la mention d'un contenu à caractère antisémite sans précision expresse constituerait une faute. Je l'ai dit, la vidéo de Paul Grignon est clairement complotiste. Mais est-elle antisémite? Pour l'affirmer, Riché se base sur une séquence de 15 secondes, située à la fin du film, qui associe le nom des Rothschild à l'image de la pieuvre. Mentionner le nom de la plus grande famille de banquiers, universellement connue, dans un film consacré au mécanisme monétaire ne peut suffire à justifier à lui seul le reproche d'antisémitisme. C'est donc bien sa juxtaposition avec «la représentation de la pieuvre portant ses tentacules sur le monde» qui fonde le jugement de Riché. Résoudre le problème revient donc à répondre à la question: de quoi la pieuvre est-elle la figure?

Met apprécié des cuisines méditerranéennes depuis l'Antiquité, cet innocent mollusque n'a pas toujours représenté la figure d'un pouvoir occulte démesuré. Il semble bien que ce soit une confusion taxinomique avec un autre céphalopode, l'Architeuthis, ou calmar géant, qui lui confère dans le récit des marins son aspect monstrueux.

Très vivante dans le folklore scandinave, la figure mythologique du Kraken, pourvue de nombreux bras qui s’agrippe aux navires et les entraîne vers le fond, n’a pourtant jamais été représentée et garde tout son mystère jusqu’au XVIIIe siècle. L'article que lui consacre le Supplément de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert croit pouvoir identifier cet animal légendaire à une sorte de poulpe géant. Cette conjecture est entérinée par le naturaliste Pierre Denys de Montfort dans son Histoire naturelle des mollusques (1802), qui lui donne sa première concrétisation iconographique (fig. 2), inaugurant un genre qui, de Vingt mille lieues sous les mers (Jules Verne, 1869, fig. 3) à Pirates de Caraïbes II (Gore Verbinski, 2006, fig. 4), occupe une place marquée de l'imaginaire enfantin.

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Pourquoi sommes-nous si impudiques ?

image Les enquêtes sur les usages d’Internet font systématiquement apparaître deux résultats absolument contradictoires. Les usagers se montrent de plus en plus soucieux des risques de contrôle, de détournement et d’exploitation commerciale des données personnelles qu’ils laissent sur Internet. Mais par ailleurs, ils – et ce sont pourtant souvent les mêmes – se révèlent de plus en plus impudiques dans leurs pratiques d’exposition de soi, notamment sur les sites de réseaux sociaux et les blogs. Cette ambivalence n’est qu’apparente si l’on est attentif au fait qu’elle oppose une pratique à une représentation. La sociologie des usages rencontre souvent de tels désajustements et elle a appris qu’en la matière, il était préférable de se fier aux pratiques. Tout, en effet, laisse à penser que la tendance «expressiviste» qui conduit les personnes à afficher de plus en plus d’éléments de leur identité personnelle sur le web n’est pas prête de s’éteindre. Aussi est-il nécessaire de comprendre les ressorts sociaux, culturels et psychologiques de ce phénomène. Car l’exposition de soi ne signifie pas un renoncement au contrôle de son image. Elle témoigne, au contraire, d’une volonté que l’on pourrait presque dire stratégique de gérer et d’agir sur les autres en affichant et en masquant des traits de son identité. C’est ce paradoxe qui se trouve au cœur des débats sur la privacy dans le web 2.0 et dont on voudrait éclairer quelques aspects à travers la lecture de travaux de recherche récents.

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Usages de l'image sur Facebook (notes)

image Le jeu avec l'image de soi. Facebook est probablement le réseau où l'on change le plus souvent son "profile picture" (portrait de présentation). Pas seulement en raison de la facilité de l'opération, mais parce que FB est le premier site à accorder une telle place à l'image. Au lieu des avatars de 48 x 48 pixels, le portrait de présentation est exposé à 200 pixels de côté, et renvoie à un original de 600 pixels. Une taille suffisamment importante pour qu'il devienne possible et intéressant de jouer avec l'image.

image Fonction discriminante. Sur Flickr, c'est le nom du compte qui fournit l'élément discriminant lors d'une recherche. Dès qu'un nom est utilisé, il faut en inventer un autre, d'où l'usage de pseudos. Facebook a été le premier réseau proposant le recours aux patronymes véritables. Ce qui supposait fatalement l'existence de doublons, pour les noms les plus courants. La photo a donc une véritable fonction discriminante dans FB, et participe à l'identification des individus.

image La photo de fête. Il y avait le portrait, le paysage... FB a inventé un nouveau genre: la photo de fête. Illustration de son usage social, la photo-type sur Facebook est une photo posée nocturne, au flash, de groupes amicaux prenant des attitudes volontiers loufoques. Comme tout genre, celui-ci s'exporte en-dehors de la plate-forme. En situation, il suffit de proposer de "faire une photo Facebook" pour obtenir immédiatement d'intéressantes variations sur le modèle du groupe posé.

image L'image conversationnelle. Alors que sur Flickr, le sujet des commentaires est l'image elle-même, sur FB, les photos fournissent le point de départ de conversations, sur un mode humoristique ou ironique. Un classique est la photographie d'un friend immobilisé dans une posture fâcheuse ou remarquable, postée par un tiers, qui devient le prétexte à quolibets et engendre de multiples dialogues (à noter: ces photos sont souvent effacées rapidement).

image L'extraction visuelle automatique. Facebook, c'est Delicious avec des images. Lorsqu'on signale un billet, une vidéo ou tout autre élément comprenant un fichier graphique, la plate-forme extrait automatiquement les images présentes sous forme de vignettes et propose de les associer à un extrait de texte. Cette fonction puissante qui permet d'ajouter très simplement une composante visuelle à presque tous les items postés, contribue à augmenter leur visibilité et leur intelligibilité.

image L'organisation visuelle du newsfeed. Trois types d'images interviennent dans la construction du newsfeed (agrégation des informations du groupe de friends), sous forme de vignettes: les portraits de présentation des intervenants, les extractions visuelles, les photos ou vidéos postées. L'image participe donc fortement à l'organisation du newsfeed et contribue à lui conférer un aspect de magazine illustré, proche des flux de news des sites de presse.

Edit. Merci à Sophie Ceugniet, Luc Mandret et Cendrine Robelin de m'avoir aimablement autorisé à reproduire leurs images pour illustrer ces notes, et merci à mes autres friends pour leur participation involontaire à mes observations.

Six questions pour comprendre la photo numérique (1)

image Une récente émission de radio consacrée à la photo numérique a montré la difficulté de cerner les fondamentaux du domaine. Pour aider à mieux les distinguer, voici résumés en six questions les points qui me paraissent les plus à même de nourrir la réflexion.

1. La photo numérique est-elle encore de la photo?

Si l'on comprend la photographie comme l'inscription d'une empreinte lumineuse sur une surface sensible, la technologie numérique reste pleinement conforme à cette définition. Dans la photo numérique, ce qui change, c'est le support, où l'on passe d'une photosensibilité chimique à une photosensibilité électronique, par le biais des photocapteurs. Le reste du dispositif, en particulier l'optique, reste inchangé, raison pour laquelle on peut appliquer un dos numérique sur un boîtier classique. On peut comparer cette évolution à une voiture qui échangerait un moteur à explosion pour un moteur électrique. Cette modification aurait des conséquences sur l'économie générale du système, sans modifier le principe du véhicule automobile.

La photographie a été confrontée plusieurs fois à un changement majeur de support, notamment lors du passage de l'héliographie au daguerréotype (1835), du calotype au collodion humide (1851) ou du collodion au gélatino-bromure d'argent (1882). A plusieurs reprises, cette modification des habitudes a occasionné une césure entre deux générations de praticiens, dont l'affrontement suit un schéma immuable depuis la querelle des Anciens et des Modernes et constitue un symptôme de la transition en cours.

Le photocapteur est un circuit intégré dont une face, composée de photosites, reçoit et analyse la lumière. Le capteur convertit l'information d'intensité lumineuse en trains d'impulsions, qui constituent un signal vidéo analogique. Il n'existe donc pas de différence de principe entre enregistrement vidéo et enregistrement photo, qui ne sont que deux variantes de traitement du même signal. Dans les appareils numériques, ce signal est échantillonné et peut faire l'objet de divers traitements destinés à améliorer la qualité de l'image. Un fichier RAW correspond en principe au signal échantillonné avant traitement.

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Quand le sage montre la lune...

image Elle est étonnante. En ce milieu d'été, je ne résiste pas au plaisir de soumettre à la sagacité de mes lecteurs ma trouvaille de ce matin, en leur demandant de deviner ce que représente cette photographie (ou plutôt l'image qu'elle reproduit). Si quelqu'un trouve, je jure d'aller me pendre à l'arbre le plus proche.


MàJ 15h. Fin du concours, avec toutes mes félicitations à Olivier, lecteur attentif d'ARHV, qui a trouvé la bonne solution en moins de six heures! (Je vais de ce pas me pendre...)
Il s'agit bien de la première photographie numérisée de l'histoire, réalisée le 15 juillet 1965 par le satellite Mariner 4 en orbite autour de Mars. Bien avant l'invention des photocapteurs qui garnissent nos appareils modernes, la NASA avait décidé de digitaliser la transmission de l'image en raison des énormes distances spatiales, susceptibles de détériorer un signal analogique. Produit par un tube vidicon noir et blanc, le signal vidéo de la caméra était converti en code binaire, fournissant un fichier de 40.000 pixels. Sur l'image ci-dessus, on voit ce spectacle extraordinaire: une photo digitalisée reconstituée à la main! Trop impatients pour attendre l'interprétation des données par un ordinateur pas du tout graphique, les ingénieurs du Jet Propulsion Laboratory colorient les bandes de papier sorties du transmetteur en fonction des valeurs de gris indiquées en chiffres. Un jeu à la manière des dessins mystères, qui valait bien ce signalement sous forme de devinette!

Source: NASA Images.

Voyage au pays des mashups: Fastr

image Selon Wikipédia, un mashup est une application composite «qui combine du contenu provenant de plusieurs applications plus ou moins hétérogènes. On parle de mashup artistique ou de mashup technologique (…). On parle de mashup dans le cadre d'une superposition de deux images provenant de sources différentes, superposition de données visuelles et sonores différentes par exemple dans le but de créer une expérience nouvelle.»

Avant d’être appliqué aux recombinaisons de données sur internet, ce terme définissait un style de production musicale. Apparu dans les années 1980, le mash-up est une forme de remix associant dans un même morceau deux ou plusieurs titres existants, mêlant généralement les parties vocales d'un morceau sur la musique d'un autre. Par extension, cette expression sera également appliquée aux productions vidéo mélangeant images et fond sonore de sources différentes. Quelque soit le domaine dans lequel on l'utilise, le terme de mashup désigne toujours un processus libre de transformation créatrice et de recombinaison, une culture du remake qui se nourrit de remaniements et de reprises, basée sur une éthique de l'emprunt et du partage créatifs.

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La lecture exportable, ou la mort du copyright?

image La propriété intellectuelle ou sa version anglo-saxonne, le copyright, protègent l'auteur contre toute exploitation non autorisée de son oeuvre, et ce jusqu'à 70 ans après sa mort. Cette protection ne connaissait jusqu'à présent que deux exceptions majeures: la copie privée et le droit de citation. Selon l'article L 122-5 du Code de la propriété intellectuelle: «Lorsque l'oeuvre a été divulguée, l'auteur ne peut interdire: les représentations privées et gratuites effectuées exclusivement dans un cercle de famille (...); les analyses et courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d'information de l'oeuvre à laquelle elles sont incorporées.»

Avec le content embedding, ou lecture exportable, le web dynamique a ouvert une troisième brèche dans la forteresse de la propriété intellectuelle. Depuis la création de YouTube, en 2005, cette fonction est familière à tout titulaire de blog ou de compte web 2.0: pour intégrer dans sa page une vidéo issue de la plate-forme visuelle, il n'est pas nécessaire d'en recopier le contenu, puis de le retélécharger sur son propre serveur. Il suffit de copier une ligne de code, disponible sous l'intitulé "embed", puis de la coller sur son propre site. Dans un environnement adéquat, cette série d'instructions permet de restituer la visualisation de la séquence dans des conditions similaires à celles offertes par la plate-forme.

Le principe de la lecture exportable a été vulgarisé par les sites de partage de vidéos pour éviter de pénaliser les usagers par la répétition de longs téléchargements et pour augmenter la viralité des contenus, tout en esquivant les blocages du copyright. Pourtant, loin de se limiter à ce contexte, elle est utilisée par la plupart des plates-formes de partage de contenus. De nombreux usagers l'ignorent, mais faute d'un paramétrage volontaire, la mise en ligne de photographies sur Flickr procure à n'importe quel internaute la même possibilité, conforme aux règles de la communauté, d'une diffusion externe sans demande d'autorisation préalable.

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Archéologie de la photo numérique: le Konica Q-M80

image Trouvé hier dans un Cash Converters un Konica Q-M80 à 12 euros – un prix prohibitif pour un modeste 0.80 mégapixels (1024 x 768 px), côté à 1 euro sur Ebay. Mais il était dans sa boîte d'origine avec son mode d'emploi, et un modèle aussi ancien (alentours 1998) n'est pas très courant.

Le contact avec une machine qui a à peine une dizaine d'années est toujours intéressant. L'épaisseur inhabituelle, le plastique toc, l'ergonomie balbutiante, la disposition des organes sont caractéristiques d'une époque qui est celle du premier boom des APN. Ma théorie est que les appareils numériques ne deviendront séduisants pour le grand public qu'au moment où ils reprendront les principes qui avaient fait le succès des compacts bijoux de la génération APS (dont le plus bel exemple est le Canon Ixus de 1996): des appareils suffisamment étroits pour être glissés dans une poche et dont la carosserie chic transmet une impression de qualité suffisante pour justifier un prix élevé. Le Konica témoigne de la période précédente: celle où le design – et donc le marketing – de cette catégorie de matériel n'est pas encore fixé et hésite entre plusieurs directions. La disposition des organes en façade haute avec l'objectif déporté vers le haut, imitée du Canon PowerShot 350 et qui sera notamment reprise par Fuji, porte encore la marque visible de l'ancêtre vidéo.

Par rapport aux habitudes d'aujourd'hui, le Konica est trop gros, comme empoté. La mauvaise qualité de ses plastiques et une finition hésitante donne l'impression d'un gadget. Mais il a déjà tout ce qui fait un APN, de la carte compact flash jusqu'à la connexion USB – et il marche. Lentement, certes, avec une mise en route d'une seconde, une prise de vue décalée et une image qui s'affiche en se déroulant par le haut. Toutes les opérations photographiques qui sont à nouveau redevenues invisibles sur nos appareils contemporains, dissimulées par l'instantanéité, sont ici curieusement soulignées par une temporalité de l'attente.

Grâce à son alimentation à piles, pas de problèmes de chargement ou de batterie usée: on peut procéder à un test immédiat. Malheureusement, aucune de mes cartes flash n'est compatible avec le système d'exploitation de l'appareil, qui ne les identifie que jusqu'à 48 mégaoctets. Comme la prise USB n'est pas standard, impossible d'exporter les images et de les lire sur écran. J'ignore si je pourrai trouver des cartes lisibles par le système, quand au bon modèle de prise, autant chercher une aiguille dans une botte de foin. On voit par quelles failles pêche le dispositif. L'appareil disposant d'une mémoire interne, les photos sont bel et bien enregistrées, et il serait possible de les lire sur l'écran d'un téléviseur. Mais à partir du moment où elles sont inexportables sur l'ordinateur, c'est comme si l'appareil ne marchait pas. Je serais en droit de le rapporter au magasin et d'en réclamer la reprise sur ce seul critère. Je pense à Jean-Marc Yersin et aux historiens de la photographie du futur qui s'arracheront les cheveux devant les défauts de standardisation des APN. Quant aux problèmes que posera la consultation de nos albums de famille, c'est une autre histoire...

Le gratuit est-il vraiment un désastre pour la démocratie?

Critiquant les méfaits de la gratuité à l'occasion de la discussion sur le projet de loi Hadopi, Luc Le Vaillant, journaliste à Libération, reprend les arguments tirés de l'évangile du "there is no free lunch", assortiment d'idées reçues sur l'inévitable marchandisation des échanges culturels diffusé par les lobbies industriels. Sur cette base, il peut paraître logique d'affirmer que «la préférence d’Internet pour la gratuité est en train de faire exploser l’ensemble du système informationnel et culturel». Mais est-il juste d'étendre le modèle de l'industrie de la musique enregistrée ou de la presse payante à l'ensemble des échanges culturels, pour prédire «un désastre annoncé pour la démocratie citoyenne»?

Les économistes ont trop souvent limité leur travail à l'analyse des échanges monnayés, laissant dans l'ombre des pans entiers de nos sociétés, qui ne relèvent que marginalement de ce principe. Pourtant, dans les domaines des arts, des savoirs et des pratiques culturelles, il est facile de montrer que les choix essentiels relèvent de l'usage gratuit et de l'appropriation collective, et que l'avis général est qu'un droit de propriété sans limite serait insupportable pour la collectivité. Quelques exemples.

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D'Atget à Zucca, ou comment naissent les légendes

image Lors des débats organisés par l'association Paris Bibliothèques pour accompagner l'exposition André Zucca ("Des Parisiens sous l'occupation", BHVP), un consensus s'est rapidement dégagé pour regretter l'insuffisance d'analyse historique de la part du commissaire, Jean Baronnet, comme de l'instigateur de la manifestation, Jean Derens. A rebours de la position qu'ils ont tous deux revendiquée – selon laquelle tout ce qu'il était nécessaire de savoir était bien connu et qu'on pouvait s'en tenir sur l'oeuvre de Zucca à une approche de type esthétique – la plupart des intervenants ont souligné les difficultés d'interprétation de la période et la nécessité d'une mise en contexte rigoureuse.

Dans cette controverse, on attendait avec curiosité l'éclairage de Jean-Pierre Azéma, préfacier du catalogue et caution historique de l'exposition. Lors du débat du 31 mai, l'historien a précisé les conditions de son intervention, imposée par Bertrand Delanoë pour rééquilibrer un projet dont le déficit d'histoire inquiétait déjà les services culturels de la mairie. Tout en prenant ses distances avec les organisateurs, Azéma n'a cependant pas dévié de l'analyse proposée par la préface, selon laquelle ces images montrent «le regard et le plaisir de l'esthète privilégiant un Paris qui lui est propre.» Au contraire, il a renforcé ce point de vue par la définition d'une catégorie particulière de photographes, les «reporters d'images», à laquelle appartenait Zucca. Selon lui, la caractéristique de ces «fournisseurs d'images» est qu'«ils ne font pas de commentaires, ce ne sont pas des journalistes. Eux, on leur commande des photos. Zucca n'a fait ni légendes, ni articles. (...) Du coup, on comprend qu'ils vont être instrumentalisés. Ils vont livrer un matériau brut. On peut leur faire dire ce qu'on veut».

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Vacillements de la preuve par l'image

image Aucun universitaire ne peut regarder Bones sans un pincement au coeur. Créé en 2005 par Hart Hanson, cette série de la 20th Century Fox, rediffusée en France par M6, a attiré un large public. Probablement moins pour la qualité de ses intrigues, banales reconstitutions de crimes, que pour l'ambiance élitiste et somptuaire du spectacle de la science en action. «I don't know what that means», réplique le Dr Temperance Brennan, spécialiste d'anthropologie médico-légale, lorsqu'on évoque devant elle les personnages de la série X-Files.

Arrogante et sûre d'elle, la biologiste professe un délicieux mépris pour les contingences matérielles, les chansons à la mode ou les prochaines soldes. En contrepartie, elle s'adosse au prestige de la "Jeffersonian Institution", sorte de Getty de l'histoire naturelle, qui étale le décor d'une science comme seul Hollywood peut la rêver (grâce à YouTube, on peut comparer ce luxe de carnaval à l'environnement réel de Kathy Reichs, véritable anthropologue et auteur à succès dont la série s'inspire librement).

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