Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

"De Source sûre" dérape sur le réchauffement climatique

image Construit sur le signalement et le commentaire des vidéos en ligne, le site d'information alternatif "De Source sûre" (DSS) avait notamment révélé la séquence de la RTBF "Sarkozy au G8". Sous le titre "Bonjour, nous sommes en juillet 2070 et il fait 45 degrés en moyenne", son dernier billet compile divers matériaux relatifs au thème du réchauffement climatique.

Surprise: après un premier reportage français orthodoxe, suivi de deux séquences comiques (le gag d'un ours polaire en train de se raser, puis un extrait de Groland), on accède à l'intégralité du film de l'activiste anti-écolo Martin Durkin, The Great Global Warming Swindle ("La grande arnaque du réchauffement climatique"), présenté comme un “documentaire” réalisé par “une équipe de la BBC”. Diffusé le 8 mars 2007 sur Channel 4, recopié le 27 avril sur Dailymotion sous le titre "Propagange climatique" par un adepte français, ce film a suscité une vaste polémique dans les pays anglophones, dont on trouvera un bon résumé sur Wikipédia (en). Apparemment convaincu (“Le documentaire est bien fichu”), DSS se borne à se demander “si ces journalistes ne roulent pas pour le lobby pétrolier”, avant de présenter le film sans la moindre distance critique. Encore présents dans les premières phrases (“Le lobby écologiste aurait monté ce "mensonge" pour mieux nous faire peur et nous manipuler”), conditionnel et guillemets disparaissent rapidement: “La partie 2 démonte notamment les arguments que développe Al Gore dans son film Une vérité qui dérange. (...) Le démontage en règle de tous les arguments des écolos continue.”

Pas besoin d'être climatologue pour voir que Durkin recourt à toutes les ficelles des controverses scientifiques, les mêmes que celles utilisées par les créationnistes. En s'appuyant sur les inévitables points faibles du raisonnement, en ramenant une démonstration complexe à un argument sommaire, en soulignant les dérives technocratiques et les besoins de financement, n'importe quel fumiste peut faire d'une grande théorie scientifique un complot obscurantiste. Pour éviter de tomber dans ces pièges grossiers, la sociologie des sciences offre un bon antidote. Plutôt que d'abdiquer tout sens critique devant la blouse blanche du savant, les journalistes feraient mieux de se familiariser avec Bruno Latour – une lecture indispensable pour faire face aux grands enjeux scientifiques de notre temps et éviter de se faire mener en bateau par les manipulateurs de tout poil.

Edit du 24/06/2007. Suite au signalement ci-dessus, DSS a mis à jour son billet: L'activiste anti-écolo Martin Durkin (wikibio en anglais) a réalisé un film à charge déguisé en documentaire qui a été diffusé en mars 07 sur Channel 4, soutenant la thèse suivante: Pour lui, le réchauffement climatique n'est pas le fait de l'action humaine. Pire: selon lui, le lobby écologiste aurait monté ce "mensonge" pour mieux nous faire peur et nous manipuler. A regarder en fermant les yeux et en vous bouchant le nez et les oreilles. Lire également ci-dessous la réaction de Pierre Louis Rozynès (commentaire n° 2).

Vu à la télé (mais pas à "Arrêt sur images")

Hypothèse: et si ASI ("Arrêt sur images", pour les intimes) s'était arrêtée parce que cette émission avait cessé de voir ce qui se passe à la télévision? Cessé de croire qu'il pouvait s'y passer autre chose que des complots mafieux et des manipulations à deux balles? Cessé de penser qu'on pouvait encore y apercevoir des images et des gens? ASI n'a pas vu le happening à l'envers de la "Nouvelle star" – la plus étrange manifestation d'indépendance artistique lovée au creux du plus marketing des programmes. Et à quoi peut bien servir une telle émission, si elle ne sait plus apercevoir qu'il peut se passer quelque chose, précisément là où on l'attend le moins?

Après Lolita, après Les Bêtises, après Vanina revisités (Vanina! qui pouvait oser ça?), ce soir encore, il fallait cette confrontation entre le vieux clown, vrai musicien, impeccable showman, Dave Levenbach, et le nouveau petit prince duchampien de M6, Julien Doré, pour voir se déployer avec autant d'évidence l'aisance extraterrestre du jeune artiste. Ridiculiser Dave n'est pas à la portée du premier venu – et le faire avec cette aimable insouciance est un cadeau qui justifie à lui seul le paiement de la redevance pour toute l'année civile (oui, je sais, Métropole TV, c'est privé, mais on paye de toute façon, non?).

Oui, il peut encore se passer des choses à la télé. Et on aimerait bien savoir par quels étranges chemins le comble du formatage peut livrer de telles pépites. Gageons que Daniel Schneidermann saura nous l'expliquer, dès qu'il pensera à rallumer la télé.

L'image parasite. Après le journalisme citoyen

image Au mois de mars 2006, une proposition gouvernementale visant à modifier le droit du travail des jeunes suscite une importante mobilisation universitaire et de nombreuses manifestations dans toute la France. Gilles Klein, journaliste indépendant et blogueur, note que Libération et Le Monde invitent leurs lecteurs à leur faire parvenir des photographies numériques des manifestations. Cette démarche fait partie des nouveaux réflexes de la presse lors d'un grand événement collectif: le 7 juillet 2005, au matin des attentats de Londres, le site BBC News lançait un appel similaire: «We want your pictures[1]».

À la date où Gilles Klein rédige son billet, le mouvement anti-CPE[2] a mis plusieurs centaines de milliers de personnes dans la rue, avec une forte participation de la jeunesse. Pourtant, il constate que les propositions des journaux ne rencontrent qu'un faible écho. «Les "jeunes" ne semblent pas avoir envie d'envoyer leurs photos à des journaux qu'ils ne lisent peut-être pas, commente-t-il. Ils les partagent plutôt sur Flickr – tapez le mot "CPE" et ce matin vous avez près de 1.400 photos[3]

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Second Death

Triste jour pour la blogosphère. Les bons blogs sont rares. Et les bons blogs de gauche plus encore. François Mitterrand 2007 a été un excellent blog, incontestablement l'un des plus intéressants éclaireurs de la campagne présidentielle, du côté des challengers, doublé d'un phénomène fascinant, une vraie invention énonciative, qui n'a pas reçu l'attention qu'elle méritait. Le voir fermer n'est pas une bonne nouvelle. Mais ce n'est pas le plus gênant. Le plus gênant, c'est la joie mauvaise d'un Schneidermann qui, non content d'avoir dégainé les noms d'oiseau, ironise maintenant lourdement sur ceux qui, comme Birenbaum, ont eu le toupet de blâmer l'hallali.

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Sarkozy au G8: les médias français soupçonnés de complaisance

image À la veille du premier tour des législatives, la dernière vidéo qui buzze est une reprise d'une séquence diffusée le 8 juin à 22h30 sur la RTBF, postée le soir même sur Youtube (21.600 vues), recopiée sur Dailymotion aujourd'hui (16.220 vues pour 12 copies), puis signalée à la mi-journée sur le site d'information alternatif De source sûre. La montée en audience, particulièrement rapide pour un contenu non signalé par un grand média, témoigne de l'intérêt que suscite cette vidéo. «Je ne résiste pas à l'envie de vous montrer le début de la conférence de presse tenue par le président français Nicolas Sarkozy à l'issue de ce G8, déclare le journaliste. Il sortait d'un entretien avec son collègue russe, Vladimir Poutine et apparemment, il n'avait pas bu que de l'eau.»

Chacun jugera de l'état de Nicolas Sarkozy sur cet extrait. Mais ce que de nombreux internautes ont d'ores et déjà noté (lire par exemple les commentaires sur le blog de Guy Birenbaum), c'est que les télés françaises ont fait jusqu'à ce soir l'impasse la plus complète sur ce traitement. LCI ou ITV ont certes retransmis l'ensemble de la conférence en direct, mais aucun média métropolitain n'a isolé ni repris le sujet. Même si l'on juge qu'il n'y a pas de quoi fouetter un chat, l'événement est constitué par le fait que le journal télévisé belge souligne l'état du président français, comparé au politicien wallon Michel Dardenne, qui s'est fait une spécialité d'apparaître en état d'ébriété à l'écran. Sarkozy avait-il bu ou non? Les chaînes françaises ne nous le diront pas. Ont-elles enquêté? Découvert la supercherie? Pris en conséquence la décision de ne pas mentionner le traitement particulièrement ironique de leurs confrères? Nous n'en saurons rien. Et ce cas bénin, ajouté à la liste des dérapages récents, vient alimenter le soupçon qu'on en apprend désormais plus à propos des affaires françaises sur les télévisions étrangères. Un symptôme jadis réservé aux populations soumises aux dictatures socialistes. Un sentiment qui, à l'heure d'internet, devrait sérieusement inquiéter les médias français.

Schneidermann ne sait plus sur quel blog danser

image Peut-on être simultanément journaliste et blogueur? Laisser parler tout à la fois sa raison et son coeur? Au moment de faire le bilan, Daniel Schneidermann, pilote du Big Bang Blog (l'un des lieux les plus prisés de la blogosphère et un média désormais plus intéressant et plus réactif que l'émission "Arrêt sur images") retrouve les habitudes de sa corporation d'origine. Dans un entretien intitulé "Pendant la campagne, les médias en ligne ont raté des occasions d'acquérir une vraie stature", publié par Le Monde.fr, il estime notamment que "l'amateurisme, c'est ce qui fait le charme des médias en ligne", mais que "les blogs n'ont pas réussi à prendre le relais et n'ont pas réussi à produire une information alternative crédible".

Surprise! Dans l'édition d'aujourd'hui d'"Arrêt sur images", Schneidermann a choisi d'asseoir aux côtés de Henri Guaino, auteur des discours de Nicolas Sarkozy, deux débatteurs: Jean Véronis et Gérard Miller. Professeur de linguistique à l'université d'Aix en Provence, Jean Véronis a aussi été l'un des blogueurs les plus actifs de la campagne présidentielle, fournissant en direct matériel et analyses des discours des différents candidats sur Technologies du Langage (où l'on peut lire par exemple le passionnant décryptage de l'expression "La France qui se lève tôt"). Quant à la présence de Gérard Miller, elle n'était évidemment pas justifiée par ses prestations chez Ruquier, mais par la vidéo diffusée dans les derniers jours de campagne sur Dailymotion, où le psychanalyste proposait un examen serré des principaux slogans sarkozistes, dont a déjà dit ici même tout le bien qu'on en pensait. Alors, Daniel? Le web, amateur et incapable de prendre le relais? Ou bien suffisamment pertinent pour nourrir une émission télévisée? A vous lire, on se dit pourtant qu'il y a aussi des blogueurs qui se lèvent tôt...

Souriez, vous êtes filmé!

La gauche morale s'offusque et tonne? Elle devrait pourtant se réjouir... En quelques jours, Nicolas Sarkozy vient de fournir un lot d'images exceptionnel aux blogueurs et vidéastes pour les scrutins futurs. Nouveauté des élections 2007, les usages politiques des vidéos pirates se sont développés de façon remarquable tout au long de la campagne. Nul doute que les prochains rendez-vous électoraux verront ces instruments reprendre du service, avec le bénéfice de l'expérience et des moyens techniques augmentés. Ce nouveau média fait peser sur les responsables politiques un lourd fardeau. Le "off" est mort: le moindre faux-pas sera enregistré avec vigilance et reproduit avec gourmandise. Bien sûr, aujourd'hui, de complaisants sondages prestement commandés nous assurent que 109% des Français considèrent la Paloma comme une retraite des plus spirituelles et le jacuzzi comme un équipement totalement dénué de connotation politique. Mais qui sait ce que ces images, mises bout à bout avec d'autres, leur raconteront dans quelques années, dans un autre contexte...

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"La campagne du net" diffusé sur Arte

image La campagne du net, documentaire de Frédéric Biamonti et Alexandre Hallier, (France, 2007, 52mn), coproduction ARTE France/La Générale de production.
Diffusion: le mardi 8 Mai à 20h40 sur Arte (rediffusion en streaming du 9 au 16 mai sur Arte.tv).

Une chronique de la présidentielle sur le web. Les candidats se sont tous mis à Internet, avec plus ou moins de bonheur. Mais ils sont peu nombreux à avoir entendu cet appel au renouvellement du débat que lancent les internautes. Sur la Toile, les réactions se déchaînent. Sont-elles représentatives de l’ensemble des électeurs français? Y a-t-il des "e-favoris" parmi les candidats? S’efforçant de répondre à ces interrogations, le film part à la découverte des différents acteurs de la présidentielle sur le Net: équipes Web des candidats, "e-militants", blogueurs influents… Il suit la chronologie de cette campagne numérique, des premières escarmouches d’automne (la vidéo montrant Ségolène Royal parlant des professeurs, à Angers) jusqu’aux grandes batailles du printemps. Il tente également de cerner le rôle d’Internet en tant qu’outil politique et démocratique, pointant au passage la difficulté avec laquelle les médias traditionnels prennent la mesure de ce phénomène et de ses règles du jeu.

Avec la participation de: Marc Abélès (EHESS), Guy Birenbaum, François de la Brosse (UMP), Etienne Chouard, Quitterie Delmas (UDF), André Gunthert (EHESS), Bruno Patino (LeMonde.fr), Stéphane Paoli, Benoît Thieulin (PS), Thierry Vedel (Sciences Po), Versac, Nicolas Voisin, etc.

Alain-Gérard Slama nous parle de mai 68

Il était temps! Dans la France de 2007, n'écoutant que son courage, enfin quelqu'un s'est levé pour réclamer que l'on “tourne la page de mai 1968” – dont on fêtera bientôt le quarantième anniversaire. Voilà qui est pointer l'urgence politique du moment (fut-ce en pompant un passage de La défaite de la pensée, un bouquin d'Alain Finkielkraut vieux de vingt ans, comme l'a justement repéré Daniel Riot). Dès qu'on aura accompli ce programme impérieux, suggérons de même d'en finir une bonne fois pour toutes avec les croisades, l'édit de Nantes et la grippe espagnole – qui fit tout de même entre 30 et 100 millions de morts, c'est à dire autant que le socialisme réel, ne l'oublions pas (copyleft à Guaino pour un prochain meeting).

Et si cet anachronisme nous révélait quelque chose de l'air du temps? C'est l'étrange idée que faisait naître l'explication de texte du journal télévisé de France 2 – aussi appelé télé-Sarkozy. “Pour certains chercheurs, il y a bien une face obscure de mai 1968”, concluait le reportage. On dresse l'oreille: quel est l'éminent spécialiste sollicité? Marc Ferro? Régis Debray? François Dosse? Hamon et Rotman? Vous n'y êtes pas. On peine d'abord à le reconnaître, camouflé sous l'intitulé super-classe de “chercheur à la Fondation nationale de sciences politiques” (sic), mais on finit par le remettre: c'est ce bon vieux Alain-Gérard Slama, éditorialiste au Figaro, chroniqueur au Point, revues d'histoire contemporaine bien connues. Que nous dit la voix de la science? “On ne peut pas contester que les dimensions de légèreté, d'irresponsabilité, de remise en cause de la valeur travail, qui sont répandues dans notre pays, trouvent sans aucun doute son point de cristallisation (sic) dans ce moment historique”, énonce d'une voix mal assurée celui qui est à la recherche ce que Bob l'éponge est aux arts ménagers. Mai 1968, qu'ils disaient? Ils vont finir par nous donner des idées...

La guerre des audiences a commencé

image Branle-bas de combat dans les réseaux militants sarkozistes, bien décidés à attaquer la Ségosphère sur son propre terrain. Les deux camps avaient eu jusqu'à présent une stratégie antagoniste. Alors que l'UMP préférait diffuser ses vidéos au sein de canaux protégés, dont les audiences n'étaient pas connues, comme NS-TV, le PS avait fait depuis le début de la campagne le choix de l'exposition sur des plates-formes publiques, plus conforme à l'esprit du web 2.0. Avec la vidéo "Sarkozy Human Bomb", repérée par le Vidéomètre du 28 avril, on assiste dans les derniers jours de la campagne à un retournement de stratégie radical.

Pour la première fois, sollicités par leurs réseaux, les militants UMP jouent la course à l'audience en territoire ouvert, sur Dailymotion – de façon un peu trop voyante il est vrai. Le Vidéomètre n'avait jamais enregistré une telle progression, pour ainsi dire instantanée. Un phénomène dont l'originalité n'a pas échappé à Versac, qui en proposait dès samedi un décryptage pertinent.

Contrairement à certains pseudo-spécialistes, nous ne nous hâterons pas de conclure au bidonnage. Ainsi que nous avons pu l'établir, il n'existe que deux façons de créer une audience forte pour les contenus en ligne. Dans un environnement fermé, c'est la viralité militante qui opère, grâce à l'efficacité de réseaux constamment entretenus et très réactifs. Dans un environnement ouvert, aucune vidéo ne peut atteindre rapidement un score important sans une mention par un média en ligne, ou le cas échéant par une mise en valeur sur les plates-formes elles-mêmes. En l'absence de toute citation par un grand média, "Sarkozy Human Bomb" fournit le premier exemple ouvertement revendiqué de l'application de la méthode de création d'audience militante en environnement ouvert, qui explique les caractéristiques très inhabituelles de sa progression, en taille et en vitesse.

Pour le camp sarkoziste, la nouveauté est donc bien dans le choix de la course à l'audience – un terrain sur lequel il ne s'était jamais situé jusqu'à présent, et où il se place délibérément en concurrence avec la Ségosphère. Il est évidemment assez drôle de constater, de la part de l'UMP, le recours à des méthodes qui avaient été reprochées au PC au début de la campagne. Qu'importe! C'est désormais l'urgence qui commande.

"La France d'après", première vidéo buzz de second tour

image A l'approche du second tour, le Vidéomètre (dont les classements sont désormais repris par 20 Minutes.fr et La Dépêche du Midi) adapte sa formule. Outre le classement habituel des 25 premières audiences, il propose une mesure spécifique des vidéos postées depuis le 21 avril 2007, le "Vidéomètre du 2nd tour".

Plutôt que l'indétrônable "Vrai Sarkozy", ce nouveau classement fait apparaître en première place l'enregistrement de la conférence de presse du 25 avril de François Bayrou. Mais la véritable révélation de la journée d’hier est le film "La France d’après" (1e partie) qui, trois jours à peine après sa mise en ligne sur Dailymotion, atteint un niveau d’audience cumulée de plus de 11.000 vues. Composé par un habile montage d'archives, non dénué d'humour, ce film militant propose une anticipation des conséquences d'une élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la république. Sur la journée de jeudi, plus de 7.000 personnes ont consulté cette vidéo sans pour autant que celle-ci ait été relayée par un média en ligne. Au vu du taux de croissance de l’audience au cours des trois derniers jours, nous lui décernons la palme de première vidéo buzz du second tour.

La vérité sur le rôle d'internet dans la campagne

Les résultats du premier tour ont apporté quelques éléments précieux permettant de préciser la réponse à la question qui a fait l'originalité de la campagne 2007: quel rôle auront joué les nouvelles interactions permises par internet? A ce jour, rappelons qu'il n'y a pas unanimité sur le diagnostic. La thèse trop mécaniste de "l'influence" des blogueurs semble avoir fait long feu, remplacée par l'hypothèse plus subtile et plus intéressante de l'emergence d'un "net-citoyen". Mais cette description est relativisée par les considérations sur le caractère limité de la population concernée, l'équipement ou la compétence nécessaires. Même pour les observateurs optimistes, les effets de la webcampagne “seront lents, diffus et probablement contradictoires” (Thierry Vedel cité par La Croix du 17/04/2007). Malgré tout le respect que je dois à Thierry Vedel, il me faut marquer ici mon désaccord. Car nous disposons désormais d'une preuve qu'internet a été, non pas un ingrédient accessoire, mais bien le principal déterminant de cette campagne. Celui qui lui a donné son goût et sa tournure. Celui qui a dicté ses résultats, pris dans leur ensemble. Celui qui permettra aux historiens de poser la césure entre deux périodes de l'histoire électorale française.

Le précédent de 2005: l'inversion des rôles. Au lendemain du premier tour, un surprenant mea culpa attend les lecteurs du blog de Guy Birenbaum: “Celui qui s'est totalement planté, qui est cassé, voire HS, ce matin, parce qu'il n'a absolument pas compris ce qui se passait, c'est bien moi. (...) Ma principale erreur d'analyse tient dans ma certitude (...) que les quatre premiers seraient finalement dans un mouchoir de poche (j'ai dû le répéter au moins cent fois...). C'est que je n'ai pas voulu croire aux sondages, anticipant une erreur comme en 2005, comme en 2002, comme en 1995, etc. (...) Les sondages avaient donc raison depuis le départ.”

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La tuerie de Virginia Tech filmée au vidéophone

CNN informe en continu sur la fusillade qui s'est déroulée aujourd'hui sur le campus de Virginia Tech, à Blacksburg, Virginie, annonçant au moins 31 morts et plusieurs dizaines de blessés – une tuerie plus meurtrière encore que celle du lycée Columbine. Le tireur, dont les motifs ne sont pas connus, figurerait parmi les victimes. Les seules images live de l'évenement disponibles à cette heure sont un enregistrement de 41 secondes au vidéophone réalisé par l'étudiant Jamal Albarghouti vers 9 h 30, heure locale (15 h 30 à Paris), de la seconde fusillade au Norris Hall, envoyé par ses soins sur CNN i-Report. Cette vidéo, vue plus de 900.000 fois en ligne, selon CNN, n'est encore repérable par aucun moteur de recherche (Google, Yahoo, Live search, Altavista), à l'exception de Blinkx, moteur dédié aux vidéos sur internet.

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Pas de débat de premier tour sur internet: leçons sur le buzz

image Ainsi que l'ont annoncé Christophe Carignano, Nicolas Voisin ou Quelcandidat.com, le projet de débat de premier tour sur internet se clôt par une fin de non-recevoir de la plupart des candidats sollicités. Qu'est-ce qui n'a pas marché? Mis à part 20 Minutes, très actif dans cette séquence, les grands médias associés au processus se sont bornés à une attitude attentiste, sans relayer le buzz, qui est resté très faible tout au long de la semaine dernière. Sans une forte pression médiatique, il était impossible d'imposer cet agenda aux équipes de campagne. Celle-ci a fait défaut: l'AFP a notamment refusé de transmettre les informations qui lui étaient fournies par le collectif. Leçon numéro un: la blogosphère peut engendrer le buzz, mais ne peut le porter à elle seule à un degré efficace – au moins dans ce cours laps de temps.

Le fait que la mayonnaise n'ait pas pris a aussi une autre raison: ce projet est intervenu trop tard dans le calendrier de la campagne. Entre la rumeur de la rupture avec Cécilia ou le faux sondage des RG, toute la semaine dernière a été occupée par les hoax et les tentatives d'intoxication. Pendant ce temps, on a bien vu les interventions des candidats se durcir, frisant parfois l'insulte. Désormais, les coups pleuvent, dictés par l'urgence. Malgré toutes les bonnes volontés, le temps n'était plus à l'échange d'arguments et au débat raisonné. D'où la leçon numéro deux: le caractère "objectif" du buzz, qu'on ne peut fabriquer de force à contretemps. Rien que pour ces enseignements, cette rencontre n'aura pas été vaine.

Illustration: Réunion de préparation du projet de débat présidentiel de premier tour sur internet à la rédaction de 20 Minutes, le 6 avril 2007 (de g. à dr.: Natacha Quester-Séméon, Sullian Wiener, Jean-François Fogel, Carlo Revelli, Nicolas Voisin).

Les blogueurs influencent-ils ...Marianne?

Le numéro spécial révélations fracassantes sur Sarkozy a fait un flop dans la blogosphère. C'est bien dommage, car je suis en mesure de vous révéler que l'article qui a été la principale source d'inspiration de Marianne n'est autre qu'un billet publié ici-même le 27 mars, sous le titre "Le vrai Sarkozy, bilan de netcampagne". Ce texte proposait un premier état des lieux de la campagne en ligne (complétée depuis ici). Le résumé qu'en fournit Octave Bonnaud, en page 45 de l'hebdomadaire est plutôt correct – à part son titre, "Le flop de la netcampagne", qui inverse le sens de mon propos. Je concluais ce bilan par une thèse classique, celle de La Lettre volée d'Edgar Allan Poe, selon laquelle le symptôme le plus voyant était passé inaperçu. Il s'agissait de la vidéo virale "Le vrai Sarkozy", qui restera le premier hit français de l'histoire des campagnes en ligne – auquel le magazine de Jean-François Kahn emprunte aujourd'hui son titre, sa rhétorique et sa méthode: monter en enfilade tous les éléments à charge prouvant la dangerosité du candidat.

Personnellement, je préfère l'efficacité nerveuse du film au pathos un peu lourdingue de l'article de Marianne. Mais celui-ci est bien structuré par la thèse de La Lettre volée. S'attendait-on à des révélations, au dévoilement d'une rumeur croustillante? Que nenni, nous disent Kahn, Maury et alii: “il suffit, au demeurant, de le lire ou de l'écouter”. Il suffit de remettre en perspective tous les éléments épars du puzzle, pour qu'apparaisse enfin la vérité, qui était là, sous nos yeux, depuis le début. Les journalistes de Marianne n'ont d'ailleurs pas été les seuls à s'inspirer de ma thèse, que reprend par exemple Bernard Langlois sur le blog "Le Monde citoyen": “Pas besoin de rumeur. Ou plutôt, la rumeur est là, sous nos yeux, comme la lettre volée d’Edgar Poe: tout dans son comportement, ses dérapages, ses outrances, ses contradictions, tout indique que Nicolas Sarkozy est un homme dangereux”.

Contredisant ses propres analyses sur "le flop de la netcampagne", le n° 521 de Marianne restera comme une preuve manifeste de la circulation des idées des petits au grands médias. Du "vrai Sarkozy" en vidéo au "vrai Sarkozy" sur papier, même si aucun des éléments du dossier à charge que propose l'hebdomadaire n'était inconnu, c'est bien à un retournement d'image que l'on assiste. Le magazine ne fait qu'accompagner un mouvement de translation qui s'effectue depuis début avril dans l'ensemble de la presse. “Révélation” aujourd'hui pour Jean-François Kahn, l'image "dangereuse" du candidat était véhiculée depuis des mois sur internet. Qui pourra dire désormais que les blogueurs n'influencent pas les médias?

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