Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Quand les mots font défaut

Apparue dans le sillage du décès de Jacques Martin, une photographie fait actuellement l'objet de nombreuses reprises sur le web (par exemple ici, ici ou ici) et circule également par voie d'e-mail. La plupart de ceux qui reproduisent cette image, comme La Télé libre de John Paul Lepers, qui ne l'assortit d'aucune indication ni légende, n'en ont pas identifié la source: sa publication dans le n° 3044 de Paris Match du 19 septembre 2007, où elle est très précisément décrite: "Le 18 septembre 1984, les Martin reçoivent les Sarkozy. Cécilia tient Judith, née le 22 août. Sur les genoux de sa mère, Marie-Dominique, Pierre Sarkozy, né le 24 août".

Attribuée dans les colonnes du magazine à un(e) certain(e) "M. Le Tac", celle-ci ressemble à une image d'amateur plus qu'à une photographie d'agence. Il est intéressant de noter que la variante reprise sur la toile ne correspond pas à une copie de la version publiée. Comparée à celle-ci, l'image en ligne est plus claire, présente plus de détails dans les ombres, mais aucune trace de la trame quadri de la reproduction sur papier. Un léger défaut de positionnement dans le scan initial, qui fait pencher la photo de quelques dixièmes de degré dans le sens horaire – et que l'on retrouve sur toutes les reprises en ligne – apporte la preuve d'une origine unique. On peut supposer que sa mise en circulation est le fait de quelqu'un qui a eu accès, soit à la photographie originale, soit à une copie de travail, au sein de la rédaction.

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Télérama rend hommage à Jacques Martin et moi

Il y a au moins un consensus que les connoisseurs de la blogosphère partagent. Le titre "Actualités de la recherche en histoire visuelle" est à coucher dehors. Schneidermann, toujours fin nez, avait été le premier à repérer ce travers – et il est désormais de bon ton, lorsqu'on cite ARHV, de souligner cette infirmité. Télérama, à son tour, n'omet pas d'enfoncer le clou, dans un dossier intitulé "Comment se retrouver dans la galaxie des nouveaux médias" (n° 3010, 22-28 septembre).

L'examen du web par les anciens médias ne donne pas toujours des résultats convaincants. Mais le panorama brossé par Télérama, quoique rapide, n'est pas sans pertinence. Premier signe qui ne trompe pas: il ne mentionne pas Loïc Le Meur. Plus sérieusement, on sent que les journalistes (Emmanuelle Anizon, Erwan Desplanques, Wéronika Zarachowicz) s'appuient sur une observation réelle et portent un regard positif sur les nouvelles fonctions du réseau. ARHV figure en bonne place dans la galaxie des "médias critiques", aux côtés d'Acrimed et d'@rretsurimages.net, et fait l'objet d'un encadré louangeur (que je vais relire tous les matins en faisant mes actions de grâce, voir ci-dessous). “On attend toujours la révolution annoncée”, conclut néanmoins le papier. Cette phrase est passionnante. La perception qu'ellle exprime fait précisément partie des objets de mon séminaire de cette année, où l'on essayera de comprendre, exemples à l'appui, pourquoi l'on n'aperçoit pas une révolution alors que celle-ci est en marche. Emmanuelle, Erwan, Wéronika, si le coeur vous en dit, vous êtes les bienvenus!

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Gmail: le nouveau visage de la pub

En ligne depuis quinze jours sur YouTube, le clip a déjà été consulté plus de 3 millions de fois – une progression qui n'est pas près de se ralentir. Comme la vidéo "Dove Evolution", dont il vient d'être question ici-même, il s'agit d'une publicité virale pour le service de messagerie Gmail, propriété de Google. Mais plutôt qu'une production autonome, la séquence a été réalisée en sollicitant la collaboration des internautes, sur la base d'un canevas simple: la progression d'une enveloppe marquée d'un "M". Le clip final est un montage d'une sélection parmi les 1146 vidéos proposées au cours du mois d'août.

A l'instar de "Dove Evolution", "Gmail: Behind the scenes" illustre une transformation fondamentale de l'économie publicitaire. Plutôt qu'un parasite du canal, un message imposé dont le postulat implicite est qu'il nous ennuie ("Skip this ad"), la pub se transforme ici en un produit autonome qui fait envie. Non pas un message qui suscite le désir pour un autre produit, mais un clip qui devient lui-même un objet du désir, et qui encourage à son tour les reprises et les commentaires (d'où le buzz). Ni Dove ni Gmail ne nous disent: courez vous acheter un savon ou un compte de messagerie. Ils travaillent au second degré, en proposant gratuitement un objet-message attractif, rapide, ludique, simple et lisible, qui joue habilement des modes et des codes. Renforcez votre estime de vous-même. Voyez comment on peut fabriquer, grâce à votre aide, la première vidéo collaborative à l'échelle mondiale. C'est fun. C'est sympa. Tout le monde aime ça.

C'est là qu'il convient de regarder de plus près les règles de composition du film. Chez Dove comme chez Gmail, pas de dialogues: on laisse parler l'image – seulement soutenue par la bande-son. Mais pas n'importe quelle image: une image travaillée, ouvragée, augmentée. Et travaillée notamment par la gamme des effets et manipulations permis à tout un chacun par l'ordinateur. Dans le clip Gmail, l'efficacité du principe du déplacement latéral autorise toutes les variations et produit des effets particulièrement loufoques. Un marabout-bout de ficelle visuel, qui fait penser aux premiers trucages de Méliès découvrant les joies du montage – ou la règle archétypale du cinéma comme ressort d'un projet collaboratif 2.0. Sauf qu'en 2007, le recours à ces effets connote moins la cinéphilie que l'image amateur, dans un rythme familier aux spectateurs de vidéo-gag. Ce qui frappe au final, c'est la maîtrise de tous ces effets de proximité, remarquablement assimilés. La nouvelle pub arrive. On n'a encore rien vu.

Arrêt sur images en ligne: ça commence mal...

Diplomatie Ouest-Indienne, c’est le nom d'un nouveau blog (et une allusion au jeu d'échecs). Je laisserai à d'autres le soin de juger si c'est un bon titre ou pas. Toujours est-il que l'un des deux auteurs, le Fou, a aujourd'hui bien des ennuis, et que je m'en sens un peu responsable. Il publiait il y a une semaine un billet intitulé "Idée reçue n°1: La dictature esthétique des médias". Jugeant cette contribution intéressante, je la relayais samedi dernier sur ARHV. Lecteurs réguliers de mon blog, les rédacteurs du portail Rezo la signalaient à leur tour mardi 11 septembre.

C'est là que Daniel Schneidermann, à la recherche de contenus visuels pour alimenter le nouveau site @rrêtsurimages.net, découvre cet article. Rappelons que ce billet discute une vidéo bien connue sur le web, celle du fabricant de cosmétiques Dove, et sa réception sans nuances par les blogs et les forums. Résumé par DS, cela donne: "Si des greluches se rendent malades et anorexiques pour ressembler aux nanas des affiches, c'est de leur faute. Z'avaient qu'à pas regarder" (DS précise tout de même, soyons juste: “en très résumé”).

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La barbe

image L'existence d'un nouvel enregistrement vidéo d'Oussama Ben Laden a été rendu public hier soir par les agences de presse, en même temps que la réponse de George Bush. Selon l'AFP, la totalité du message n'est connue que par une transcription communiquée via un institut privé de veille antiterroriste. Le site de l'institut ne diffuse toutefois pour l'instant ni la vidéo, ni le texte du message. Un extrait de 3 minutes, posté vers 22h par Le Figaro, peut être consulté sur Dailymotion.

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Du Big Bang dans "Arrêt sur images"

A quoi sert la télévision? A assurer la promotion de produits dérivés sur le web. Après Karl Zéro ou John Paul Lepers, c'est Daniel Schneidermann qui annonce son intention de se lancer dans la web-TV payante, en proposant prochainement une version en ligne de la défunte émission "Arrêt sur images", financée par abonnement – mais accessible à tous.

Je ne suis pas un grand spécialiste des modèles économiques, mais le principe décrit par Schneidermann ressemble beaucoup à l'idéal de tout éditeur philanthrope. Combien de fois ai-je rêvé de pouvoir proposer Etudes photographiques en libre accès sur le web, tout en m'appuyant sur la générosité d'un noyau dur d'abonnés militants? La condition pour voir se réaliser cette équation édenique est de disposer d'un matelas suffisant de souscripteurs. Paierai-je pour voir "Arrêt sur images" en ligne? Malgré mes accès de mauvaise humeur face à un programme qui avait tendance à s'endormir sur ses lauriers (et sous réserve d'un tarif acceptable), la réponse est oui, pour au moins quatre raisons. Parce que la notoriété de l'émission confère une certaine crédibilité à son projet économique. Parce que la nouveauté de cette proposition promet de vrais efforts en termes de contenus. Parce que le canal choisi garantit une liberté de parole inédite. Enfin parce que payer pour soutenir une alternative au robinet télévisé ressort, non d'une obligation, mais d'un choix partisan.

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Faut-il que Fabiani s'efface?

image Pour ses lecteurs, l'arrêt d'un blog n'est jamais une bonne nouvelle. Mais son effacement définitif est encore bien pire. On peut parfaitement admettre qu'un blog, plutôt que de s'étirer dans la temporalité indéfinie des publications périodiques, ait une existence finie. On le quittera à regret, comme un livre qu'on referme. Mais au moins sait-on qu'on pourra le reprendre sur l'étagère, retrouver tel passage utile ou apprécié, vérifier telle formule, recopier telle citation. Le blog effacé fait au contraire s'évanouir l'oeuvre entière, sa chronologie, les discussions qu'elle a suscité, les mentions qui y renvoient. Après celui de Cyril Lemieux, lui aussi hebergé sur la plate-forme du Monde, c'est maintenant le blog de Jean-Louis Fabiani, Le piéton de Berlin, qui vient de se clore, en même temps que le séjour en Allemagne de notre collègue. Mais à la différence de Prises de parti journalistiques, dont l'archive conservée permet de consulter le travail d'observation médiatique de la campagne présidentielle, Fabiani a choisi de faire disparaître corps et biens son ouvrage. Je ne pense pas être le seul à trouver ce choix regrettable. Ouvert en juillet 2006, ce passionnant corpus de notes, recueil d'impressions, de réactions et d'analyses tout à la fois fantasque et rigoureux, était devenu une lecture indispensable. Serait-il possible de remettre en ligne ses archives? Je serais personnellement heureux de pouvoir à nouveau les consulter.

La schtroumpfette

image Délicieux assaut de langage schtroumpf dans la presse pour évoquer l'identité de Valérie T***, journaliste à Paris-M*** et compagne de François H***, premier secrétaire du Parti S***, à l'occasion de la parution du reportage dans le n° 115 de Closer. On sent bien, aux réactions des responsables du magazine, que sa condamnation à 15.000 € de dommages et intérêts est une excellente nouvelle – et une occasion de publicité supplémentaire pour un numéro qui sera certainement le hit des ventes de l'année en presse people. Il faudra expliquer à la jeune femme que ce qui est ridicule, ce n'est pas de figurer dans les colonnes de Closer, mais d'avoir conservé sa fonction de journaliste politique, spécialiste du PS, dans celles de Match. Et signaler aux journaux que, contrairement à l'époque Mazarine, tout le monde a aujourd'hui internet, où le nom et la photo de Valérie Trierweiler sont largement diffusés, jusque sur Wikipédia.

Illustration: Estherase, "Wake up", 16/06/2007, photographie numérique, diffusée sur Flickr, licence CC.

Pratiquer la retouche politique? Vous voulez rire!

J'avais qualifié ici même Paris-Match de "nouvelle Pravda". Il me faut donc remercier le magazine pour avoir fourni une nouvelle confirmation du crédit qu'il convient désormais d'accorder au traitement de l'actualité dans ses colonnes.

Personne ne comprend l'explication fournie par l'hebdo sur sa retouche du bourrelet présidentiel, dans son édition du 9 août: «La position sur le bateau exagérait cette protubérance. En allégeant les ombres, la correction a été exagérée en photogravure.» Traduisons: le picture editor n'a fait que diminuer le contraste de la photo originale, un mauvais calage de la reproduction a ensuite accentué cette "correction". On peut en effet constater une différence de couleur et une atténuation des ombres sur la version publiée par Match. Mais on distingue aussi très clairement une modification volontaire qui a non seulement gommé le bourrelet disgracieux, mais également reconstitué la partie manquante du siège et du fond aquatique, dans la zone amputée. Il s'agit donc d'une retouche en bonne et due forme, effectuée avec les outils d'usage.

Cette retouche est niée par le magazine, qui feint de n'y apercevoir qu'une erreur technique. Pris la main dans le pot de confiture, les responsables n'ont en général que des excuses improbables à fournir. Qui pourrait admettre avoir procédé à une correction cosmétique par pure déférence politique? Rassurons les journalistes, ce péché véniel est juste ridicule. Truquer les chiffres du chômage, de l'économie ou de la criminalité est autrement plus grave.

Explosion à New York: les journalistes cherchent les images parasites

image L'explosion d'une conduite de vapeur dans le quartier de Grand Central hier vers 17h50 (23h50, heure de Paris) n'est qu'un vulgaire accident. Mais les habitants de Manhattan ont bien cru revivre le 11 septembre. L'événement confirme une fois de plus le réflexe du témoignage citoyen, dans des dimensions toujours croissantes. Mais les journalistes ont eux aussi pris le pli des nouveaux usages, et sont désormais capables d'interroger les bases de photographies amateurs comme Flickr en temps réel. Selon une recherche effectuée par Hughes Léglise-Bataille, l'une des images les plus spectaculaires a déjà été vendue à CNN, tandis qu'un journaliste du Figaro laissait un commentaire sous une autre. A vos moteurs pour une enquête en direct!

Illustration: Arvind Grover, "Multitechtasking", photographie numérique diffusée sur Flickr, licence CC.

Ségolène tombe à l'eau. Qu'est-ce qu'il reste?

image Deux images qui nous arrivent le même jour. La première, dans les JT, celle de Nicolas Sarkozy, en costume gaullien, dans son discours d'Epinal. La seconde, en couverture de Paris Match, celle de Ségolène Royal, en costume de bain, saisie en plein farniente. Faut-il préciser? L'article qui suit le reportage s'intitule: "Vie privée en miettes, vie publique guère plus vaillante". Ceux qui pensent que cette coïncidence est le fruit du hasard n'ont pas feuilleté souvent le magazine ces derniers mois. La nouvelle Pravda montre qu'elle sait encore parfaitement manier le langage de l'image. Par ce beau coup, Olivier Royant rattrape définitivement le faux pas de la couverture de Cécilia, et vient de s'assurer les bonnes grâces du patron pour les dix ans à venir.

Martin Parr est-il un amateur?

image Le billet "Libé s'illustre pour pas cher", qui relevait l'usage par le site du quotidien de photographies diffusées sur Flickr, a suscité des commentaires nourris et contradictoires. Aujourd'hui, on trouve dans la version papier du journal un exemple apparemment inverse, et pourtant similaire: l'utilisation à titre d'illustration d'une image de Martin Parr, l'un des plus célèbres auteurs contemporains, qui est certes membre de Magnum, mais dont l'oeuvre (et notamment cette photographie de 2003, très connue) est désormais exposé dans les musées et les galeries d'art de par le monde.

L'usage de cette image est clairement un usage d'illustration (au sens classique d'un usage essentiellement décoratif, en l'absence d'une relation nécessaire de l'image au texte), attesté par la non-mise en valeur du nom de l'auteur (en vertical et en petits caractères sur le bord de l'image) et par la superposition partielle du titre de l'article. Ainsi présentée, cette image n'est plus une oeuvre de Martin Parr, mais un matériel iconographique indifférencié sollicité pour ce qu'il représente: des touristes qui bronzent sur des transats. S'agit-il d'un cas si différent du réemploi hors contexte des photographies de Flickr? Il me semble que non. Là aussi, les images étaient anciennes et utilisées sans rapport direct avec l'actualité, choisies principalement pour leur contenu et accessoirement pour leur style (et non pas pour des raisons économiques, ainsi que nous l'expliquait Florent Latrive en commentaire).

La question du photo-journalisme, toujours agitée à l'endroit de la légitimité des photographies d'amateurs, n'est en réalité pas le bon cadre de discussion pour ces images. Lorsqu'on feuillette attentivement un journal ou un magazine, on se rend compte qu'il y a finalement assez peu d'images qui relèvent du photojournalisme proprement dit (au sens d'une photographie ayant enregistré l'événement précis qui fait le sujet de l'article). Bien plus nombreuses sont les images d'illustration, qui n'ont qu'un rôle décoratif et non informatif (quelle information comporte le portrait de Jack Lang en couverture de Libé aujourd'hui, ou encore la photographie par Sébastien Calvet de Lang et Hollande, datée du 16 septembre 2006?). C'est donc bien à partir de ce contexte qu'il faut reprendre la question de l'usage des images d'amateurs dans la presse, en admettant qu'elles se trouvent placées strictement sur le même plan qu'une photographie de Martin Parr – je veux dire comme une option décorative parmi d'autres, dont le choix relève du goût et de la décision du picture éditor.

Michael Moore à Wolf Blitzer (CNN): pourquoi ne dites-vous pas la vérité aux Américains?

image Michael Moore répondant à Wolf Blitzer (CNN, "The Situation Room", 09/07/2007): “Mais pourquoi ne dites-vous pas la vérité aux Américains? Je veux dire, je souhaite que CNN et les autres médias, juste une fois, disent la vérité à propos de ce qui se passe dans ce pays, que ce soit avec la couverture santé - ou n'importe quel sujet. Je veux dire, vous autres, vous avez un tel passif…”

“Et pour moi, de venir ici et d’avoir à écouter toutes ces conneries… Je veux dire, sérieusement, je n’ai pas été dans votre émission depuis trois ans. La dernière fois où j’étais là, vous avez montré un reportage similaire au sujet de "Fahrenheit 9/11" disant ce ne peut pas être vrai ce qu’il dit au sujet de la guerre, comment ça va être un bourbier, les armes de destruction massive.”

“Vous savez et… pourquoi ne commencez pas vraiment avec ma première apparition dans votre émission en trois ans et peut-être par me présenter des excuses pour avoir dit ça, il y a trois ans, parce qu’il s’est avéré que tout ce que j’ai dit dans "Fahrenheit" était vrai.”

Reproduit sur YouTube.
Via Inside the USA, 10/07/2007 (traduction partielle).

Libé s'illustre pour pas cher

image Coup sur coup, deux correspondants me signalent le recours de Libération à Flickr pour illustrer deux articles parus le 30 juin dernier. Le premier est une dépêche de Reuters consacrée à l'éléphant mécanique des anciens chantiers navals de Nantes, illustrée par une photographie de 2006 de Fimb de l'éléphant du Royal de Luxe à Londres. Le second est un article consacré à la Gay Pride, illustré par une photographie de 2005 de Malias. Dans les deux cas, il s'agit d'images placées par leurs auteurs sous licence Creative Commons. L'usage de Libération, qui mentionne le nom des auteurs, est donc conforme aux obligations requises. On peut toutefois regretter l'absence d'un lien vers l'image originale.

Foin des préventions que manifestaient il y a encore quelques années les journalistes face aux photographies des amateurs. L'énorme quantité d'images disponibles sur Flickr, avec le confort de la recherche par tag (et le filtrage par licence CC), offre des facilités désormais équivalentes au service de nombreuses agences en ligne. Avec cet atout, qui semble bien être ici le facteur décisif du choix: l'absence totale de coût. Comme le note Hughes Leglise-Bataille: “On n'est pas dans la pratique devenue courante des medias qui "racolent" leurs lecteurs pour obtenir des photos (ou videos) qu'ils publient ensuite, ou de la vidéo du fait divers que seuls quelques témoins ont pu enregistrer. Non, c'est carrément au-delà: on a l'impression qu'ils ont jeté l'éponge. Plus de photographes, plus de budget photo: on va se servir directement, et gratuitement, chez les amateurs.”

L'image parasite refait surface, s'installe et dure

adresseimage A moins de dix jours d'intervalle, deux vidéos diffusées sur des canaux parallèles ont provoqué une réaction publique au sommet de l'Etat. Reprise d'une séquence diffusée le 8 juin sur la RTBF, la vidéo "Sarkozy au G8", d'abord ignorée par les médias et les services de l'Elysée, a fini par faire l'objet d'un démenti de la part du chef de l'Etat en personne lors de son interview télévisée sur TF1 le 20 juin dernier. L'audience cumulée de cette vidéo dépassant alors les quinze millions de vues, personne ne s'est étonné qu'un grand journaliste mentionne devant Nicolas Sarkozy des images qui n'avaient encore été montrées par aucun jounal télévisé[1] et qui n'avaient par conséquent pas le caractère d'un fait d'actualité reconnu.

Aujourd'hui, c'est le dérapage de Patrick Devedjian[2] qui entraîne, plus rapidement cette fois, une réaction du président de la République, diffusée dès la mi-journée du vendredi 29 juin par les journaux télévisés, en même temps que ceux-ci donnaient connaissance de la vidéo.

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