Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Six35, nouveau webJT

image Première édition aujourd'hui de six35, rendez-vous web en forme de JT hebdomadaire (tous les jeudis vers 18h35), concocté par Nicolas Voisin, blogueur et fondateur du PoliTIC'Show, qui ambitionne d'ouvrir "une fenêtre alternative d'information et d'analyse des débats".

Un premier numéro d'une quinzaine de minutes, présenté par Magali Lacroze, centré sur les droits de l'homme, propose une formule à rôder, qui n'est pas sans rappeler iPol ou les formats courts de Canal+. Pour l'instant, meilleur dans ses dérapages que dans son imitation de JT classique, mais avec déjà plein de bonnes idées — et l'inimitable Voisin's touch, reconnaissable à sa capacité de fabriquer ou de repérer quelques images qui restent dans les têtes (ne pas manquer la fin). A suivre et à enrichir de toutes contributions (contact<à>six35.fr, GoogleGroup, groupe Facebook)...

Réf.: http://www.six35.fr.

Crions au people

Résumons: Sarkozy a décidé de se promener au bras d'un top-model devant les photographes à Mickeyville pour faire oublier le désastreux accueil de Khadafi. Un “conte de Noël” fabriqué avec art, estime Christian Salmon, spécialiste du storytelling.

Il est curieux de voir à quel point les médias tiennent à être manipulés, et s'acharnent à dépeindre le nouveau maître en Machiavel des médias (“Plus que tout autre homme politique avant lui, Nicolas Sarkozy a compris comment fonctionne le monde médiatique. Il sait l'utiliser à merveille, il en maîtrise toutes les ficelles, tous les automatismes”, Le Parisien, 18/12/2007).

Curieux, parce que ça ne cadre pas. Comme le souligne Arrêt sur images, qui a fait les comptes, la moisson de photos attendue après ce traquenard s'avère étonnament maigre: une dans Point de Vue, une dans Match, la même dans VSD. La relecture de la version de rue89 montre que toute l'affaire se résume à un deal entre Christophe Barbier de L'Express et Colombe Pringle de Point de Vue. Un coup, certes, mais pas de qui l'on croit. Interviewé par Le Parisien, l'un des sept paparazzi présents sur les lieux avoue avoir suivi en moto le cortège présidentiel jusqu'à Disneyland. On est loin du shooting prémédité par l'Elysée – ou alors, ils font sacrément mal leur boulot. Si on avait vraiment voulu nous montrer quelque chose, le résultat serait en-dessous de tout.

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Refermer la Boîte à images

Mauvaise nouvelle ce matin: après une longue chronologie des 15 décembre, de 1805 à nos jours, un dernier billet de la Boîte à images annonce la fermeture du plus célèbre des blogs visuels. Ka et moi n'avons pas tout à fait la même approche ni les mêmes curiosités. Mais pour un amateur d'images, ses promenades érudites appuyées sur de longues piles d'illustrations étaient un rendez-vous à ne pas manquer. Qui d'autre que lui, sur le web, était capable d'associer Jean Reno dans Les Visiteurs et un portrait par Jan Van Eyck? De revisiter Vermeer aussi bien que Magritte, Majorelle ou Rodtchenko, de révéler les origines des Gitanes, de Mandrake ou du père Noël, de nous raconter La chute d'Icare ou les reflets dans un miroir? En trois ans, près de 600 billets et 7000 images publiées, c'est un panorama immense qui a été parcouru. Un cours du soir à ciel ouvert, pour tous les amoureux de l'image. Suivi par une troupe de commentateurs fidèles, qui venaient discuter les interpétations, apprécier les mises en rapport, échanger des liens.

A un moment où il est beaucoup question de refonder les médias en ligne à coups d'abonnements, de publicité et d'ouverture du capital, il faut souligner que le partage de cet exercice nous était offert gratuitement. Un bon blog est une chose rare. Sa fréquentation répétée peut engourdir la reconnaissance de la faveur qui nous est faite. La clôture de la Boîte à images, fut-elle provisoire, vient nous rappeler le caractère fragile de cet effort. Au début de l'année, Ka avait tenté de stabiliser cette activité en demandant le versement d'un euro à ses lecteurs. Les résultats de cette proposition n'avaient pas dépassé un niveau symbolique. Qu'à cela ne tienne. Avant même de regretter la fermeture de la Boîte – et en espérant un possible retour –, il faut d'abord remercier Alain Korkos pour cette contribution sans équivalent, dont nous avons été nombreux à profiter.

Soutenons les médias alternatifs avec Ségolène

image Toutes les initiatives audacieuses qui tentent de changer la situation de la concentration de la presse méritent d’être soutenues, au nom de la liberté de l'information et du pluralisme.

Ecrit Ségolène Royal, en suggérant de souscrire dès maintenant un abonnement de 9 € par mois (108 €/an) au projet de média en ligne MediaPart. Comme Versac et Nicolas Voisin, j'aime bien Benoît Thieulin – mais révolutionner le journalisme avec Edwy Plenel, ça ressemble quand même beaucoup à une bonne blague. Alors, parce que moi aussi je pense qu'il faut soutenir “les initiatives audacieuses qui tentent de changer la situation de la concentration de la presse”, j'ai un conseil à donner à Ségolène Royal. Poster sans attendre une missive sur les réseaux Désirs d'avenir en faveur de l'excellent portail Rezo.net (désormais doté de flux RSS). Un média qui, par un travail de fourmi, révolutionne quotidiennement le paysage de l'information. Un média “financièrement indépendant et exigeant éditorialement, (qui) cherche à inventer une réponse ambitieuse aux trois crises – démocratique, économique, morale – qui fragilisent l'information en France”. Sans tambours ni trompettes, ni papier de lancement dans le Monde. A gauche. Et pour pas un sou.

Nonfiction: (ne pas) comprendre Facebook et l'internet social

Le site nonfiction.fr, je l'avoue, me laisse perplexe. J'aurais pourtant dû me réjouir de voir un nouvel organe, accessible gratuitement, plutôt orienté à gauche, se consacrer au compte rendu des essais et de la production intellectuelle. Mais le blogueur est soupçonneux de nature. Un plan média à la grosse caisse, marqué par quelques parutions d'articles sur vrai papier avant même l'ouverture du site, ça ne fleure pas vraiment le web 2.0 ni le garage band. Alors évidemment, quand à l'occasion du lancement, le blogueur découvre en page de garde le portrait du pape des magazines, BHL himself – mais pas le moindre fil RSS (installés depuis) et une interaction restreinte, il se dit qu'on essaye de lui vendre du jarret au prix du filet, et de faire passer une resucée du Nouvel Obs pour un portail.

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Facebook is la bouteille à la mer

image Au service militaire, il y avait ceux qui y avaient été – et puis les autres. Ceux qui auraient bien aimé savoir, mais n'auraient jamais osé franchir la porte. A chaque époque ses plaisirs interdits. Facebook, c'est un peu comme le bordel de jadis. C'est du moins ce qu'on se disait en entendant Paul Amar nous assurer, la main sur le coeur, qu'il n'irait jamais en ces lieux. Mais qui n'en brûlait pas moins de regarder sous les jupes, entretenant, l'oeil égrillard, quelque jeunesse blonde au sourire ultra-brite.

Pour Paul Amar et tous les autres qui aimeraient bien savoir – mais n'ont pas forcément une fille d'ancien ministre déchu sous la main –, levons un coin du voile. Que se passe-t-il sur Facebook? Pour commencer par le commencement, dans Facebook, il y a le "is". Juste après la photo et le nom, comme dans Twitter, le "is" nous dit de nos amis le temps qu'il fait, l'endroit, l'humeur, ou rien. Comme l'embrayeur de Roman ou l'index de Rosalind, il n'est rien par lui-même, pure interface entre l'identité avouée et l'état revendiqué, petit transistor à un état qui réveille de l'engourdissement électronique.

Comme tout sur Facebook, on peut s'en servir ou pas. Il y a ceux qui toisent le "is", l'ignorent ou le négligent. Car le "is" parle anglais, c'est son malheur – comme tout le site qui n'a d'yeux que pour la jeunesse dorée des cités cosmopolites. Des factions militent pour disposer d'un Facebook qui s'exprimerait enfin dans la langue de Molière – un Facebook qui dirait "est", comme vous et moi, qui commanderait sa baguette et mettrait son béret.

Grossière erreur. L'anglais de Facebook sur les terres de Bourgogne ou de Brie, c'est comme l'accent de Jane ou de Romy. Un écran de fumée, un voile poétique, un pas de côté. Ceux qui ont connu le Flickr d'avant l'internationalisation regretteront toujours les expressions d'origine (aujourd'hui remplacées par: "Vous aimez vous amuser? Utilisez Flickr" – no comment). Certes, les anglophones aussi jouent avec leur "is", brodent, fleurissent et ne se bornent pas à la liste prémâchée des: "at home", "at work", "sleeping", etc. Mais on ne m'enlèvera pas de l'esprit que le vrai plaisir du "is" commence avec les langues romanes, ouraliennes, altaïques, dravidiennes, nigéro-congolaises – en un mot: toutes celles qui n'entravent que pouic à celle de Shakespeare.

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Quand la France parle aux Français

image La fonction d'exutoire que favorise les capacités d'interaction du web 2.0 est un sujet de manipulation délicate. Elle est volontiers brandie par les adversaires du net, qui en parlent sans la connaître. Les blogueurs, qui y sont confrontés de façon plus concrète, rechignent à évoquer cette part noire de l'outil, qui salit la haute idée qu'ils s'en font. Pourtant, à l'occasion des affrontements de Villiers-Le-Bel, c'est cette dimension qui éclate et dépasse pour l'instant toutes les autres.

Une recherche effectuée hier soir sur le web n'éclairait guère sur les événements, n'apportant pas plus d'informations que celles diffusées par les grands médias. Elle donnait en revanche accès de plain-pied aux tréfonds de l'âme franchouillarde, dans ce qu'elle a de plus abject. Du moindre article de presse aux vidéos sur Dailymotion en passant par l'interface d'un agrégateur généraliste comme Wikio, on pouvait voir un flot de haine pure se déverser en centaines de commentaires, avec une violence et une bêtise qui n'avaient rien à envier aux exactions nocturnes des banlieues. Le comble était sans doute atteint par le tombereau d'insultes racistes déposées sur le blog même de l'un des deux adolescents décédés, dont l'adresse avait été livrée par Libération hier soir (commentaires retirés vers 22h). Je pense n'avoir jamais vu, y compris dans les moments de tension de la campagne présidentielle, l'exaspération, la vulgarité et la bassesse à un tel degré ni avec une telle abondance.

Nombre de ces messages déclinent sans honte leur appartenance et donnent une lecture extrêmement claire des fondamentaux politiques à l'oeuvre (STOP !!!!!!!!! Faut couper RMI , allocs, des billets aller et dehors à toute cette racaille. J'ai voté Sarko pour changer et c'est exactement pareil qu'avant, aux prochaines c'est Le Pen et là c'est sûr et je ne changerai pas d'avis). Reste la question de fond. Doit-on estimer, selon la logique du nombre d'épiciers, que l'hospitalité du web multiplie les occasions d'expression épidermique et attise ainsi le feu raciste? Ou faut-il au contraire penser qu'il vaut mieux déverser son pus en commentaires inoffensifs plutôt que de tirer un coup de fusil? Quel moyen existe-t-il pour départager ces deux thèses?

  • Illustration recopiée sur le skyblog de Moshin, légendée: “Sa c pour la fille sérieuse ki mefera tonber dans c'est bras peut etre ke c'est toi? Alor essaye!! Mais de toute facon celle que j'aime avan tous et qui est la plus belle. C'est ma maman, que j'aime tellement...” (billet du 17 mars 2006).

Images sans paroles: les nouvelles oeuvres du web

Selon l'actuel président de la république, s'exprimant à l'occasion de la divulgation du rapport Olivennes, internet est “une chance pour la diffusion de la culture”. Comme le note Versac, cette description réduit le web au rôle de tuyau pour une production culturelle qui s'effectue ailleurs. Pourtant, comme s'en sont aperçus ceux qui savent se servir d'un ordinateur, internet est beaucoup plus qu'un simple véhicule. Il compose déjà, pour ses usagers les plus assidus, une culture propre, vivante et riche, parallèle aux canaux d'expression traditionnels. Plus encore, le web est devenu un lieu de création d'oeuvres qui n'auraient pu exister sans lui.

image Qu'est-ce qui fait une oeuvre? Ni l'artiste, ni la cimaise, ni le nombre de zéros sur le chèque. Ce qui créé une oeuvre est le désir qu'on a pour elle. Un désir qui, à la différence de celui qu'on peut éprouver pour un bien de consommation, ne s'assouvit pas avec l'appropriation, mais grandit avec son commerce. L'oeuvre construit une érotique de la durée, qui en est simultanément le signe et la condition. C'est pourquoi il faut laisser passer un peu de temps avant de reconnaître cette qualité à des formes nouvelles. Internet en produit sans l'ombre d'un doute. Je me bornerai ici à l'examen de trois exemples de nouvelles oeuvres visuelles.

L'ancêtre de toutes les vidéos virales est le célébrissime "Everyday" de Noah Kalina, mis en ligne le 27 août 2006 sur Youtube. Reprenant un principe abondamment utilisé par divers artistes, le jeune photographe new-yorkais réalise un autoportrait par jour pendant six ans et demi, entre le 11 janvier 2000 et le 31 juillet 2006. Inspiré par la vidéo d'Ashrey Lee, il compile ces 2356 images en un clip de 5'45 min. Le caractère hypnotique de cette oeuvre est produit par le contraste entre l'absence d'expression du visage et la fixité du regard, dans un environnement constamment mouvant, autant que par l'accompagnement musical lancinant au piano, par Carly Comando. En novembre 2007, ce clip avait été consulté plus de 7 millions de fois dans sa version originale.

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La photo qui n'avait rien à voir

image Chronique des usages désinvoltes de l'image (suite). Après Libération, voici Le Monde pris en flagrant délit de laisser-aller décoratif. Pour illustrer la version en ligne d'un article évoquant, dans l'édition datée du 21 novembre 2007, une conférence sur "le sens de l'humour chez Descartes" au Théâtre du Rond-Point, l'iconographe a choisi une photographie du théâtre qui referme comme les deux moitiés d'un fruit les entrelacs arachnéens de la toiture, troués par un contre-jour, sur l'embrasement rougeoyant des fauteuils d'orchestre. Une bien belle image, légendée: “Vue non datée de l'intérieur du théâtre du Rond-Point, à Paris. D. R.”

Vue non datée? Droits réservés? On pouvait trouver dès ce matin la solution de l'énigme sur le blog de François Bon: “Là, sur la photo, je me dis: ben dis donc, pour un truc sur le rire au Rond-Point, y a pas grand-monde... Pourtant, ce qui m’étonnait, c’est que j’avais reconnu la grande salle du Rond-Point avant même de lire l’article. Et je comprends: là, dans Le Monde, c’est ma pomme en train de faire atelier d’écriture, avec les enseignants du rectorat de Versailles... il y a exactement trois ans!”

Certes, précise l'écrivain, cette photographie de Philippe De Jonckheere était disponible en copyleft sur son site, le Tiers Livre, mais il aurait été plus correct de la part du journal d'informer l'auteur de son usage et d'indiquer sa source.

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Je hais les journalistes

image Que peuvent les blogs? Depuis la dernière campagne présidentielle, nous le savons: pas grand chose. Presque rien. Peut-être juste ceci: sauver l'honneur. Hier, en avance à un rendez-vous, je suis passé par hasard devant mon ancienne fac, Paris III-Censier, au moment où débutait l'assemblée générale de reconduction du blocage. Et ce que j'y ai vu différait du tout au tout de l'image produite par les "reportages" télévisés.

Dans les JT, une AG, c'est un affrontement violent de deux groupes fanatisés, les boqueurs et les anti-bloqueurs, qui s'insultent en attendant les CRS. Dans le monde réel, c'est un rassemblement calme et serein où l'on discute sérieusement de problèmes complexes. Où les universitaires, qui ne sont pas brusquement décérébrés, continuent à faire avec intelligence leur travail d'analyse. Dans le respect du dialogue et des opinions diverses. En assistant à une AG, on apprend plein de choses. D'abord, on voit que l'amphi est comble. La thèse de la manipulation par des groupuscules ultra-gauchistes apparaît pour ce qu'elle est: une pauvre farce. Et puis, si l'on écoute ce qui s'exprime, on comprend pourquoi ils sont tous là. Oui, cette loi pose des problèmes graves et nombreux, à tous les étages. Réduire ça à une discussion sur les droits d'inscription ou à un prurit anti-sarkozyste revient juste à écrire noir sur blanc: je suis un sinistre con, j'en suis fier et je signe. C'est pourtant si facile. Il suffit de venir voir. A entendre la teneur des discussions, le poids des arguments, on comprend immédiatement que ce mouvement ne fait que commencer.

Je suis sorti de là apaisé, de voir les étudiants si maîtres d'eux, d'observer la réalité du dialogue entre eux et la présidence, les professeurs ou les personnels administratifs, qui ne sont pas oubliés. Et aussi furieux, de constater de mes yeux le degré de caricature atteint par ce qui ne mérite plus depuis longtemps le nom de journalisme. S'en souviendra-t-on lorsque ces tristes sires nous trompèteront leur prochaine leçon de déontologie sur les blogs ou Wikipédia? Lorsqu'ils viendront pleurer pour qu'on sauve leurs journaux de la faillite? Cela fait déjà longtemps qu'il n'y a plus rien qui mérite d'être sauvé.

Libé n'a plus d'yeux pour les étudiants

image Une manif a mille visages. Phénomène polymorphe aux contours imprécis, elle offre à la vue tout l'éventail des comportements – et au photographe une vaste gamme de traitements. Selon l'angle retenu, on peut la montrer nombreuse ou anémique, souriante ou morose, dynamique ou amorphe. C'est dire si le choix d'une image est ici significatif. Significatif, non de l'événement, mais du regard qu'on porte sur lui.

En mars 2006, lors de la crise du CPE, Libération, fidèle à son histoire, s'était rangé du côté des manifestants. La grille de lecture visuelle était clairement la référence à mai 68. Volontiers éclairées par la lueur chaude d'un fumigène, les images chantaient l'ode à la jeunesse, au dynamisme et à la liberté. Un an et demi plus tard, beaucoup de choses ont changé. Joffrin a remplacé July à la tête du journal. Sarkozy a remplacé Villepin à la tête du pays. Sous le losange rouge, pour la première fois, les manifestations étudiantes ont perdu leur air de fête.

Sur la couverture du 9 novembre 2007 (voir ci-contre), foin des jeunes filles souriantes de jadis, trois jeunes gens occupent l'espace. On distingue quelques têtes à l'arrière-plan, mais la vue est en contre-plongée: impossible de savoir s'ils étaient dix mille ou deux cent – va savoir pourquoi, on n'a pas l'impression qu'ils étaient bien nombreux. Les couleurs sont froides et sombres, l'horizon bouché. Pas un brin de ciel bleu, qui signifie l'espoir. Surtout, ces trois étudiants sont entre eux: pas un coup d'oeil vers nous, pas un regard en avant, ni vers l'extérieur. Ils sont tout entiers à leur préoccupation du moment. Qui n'a pas l'air des plus aimables. Le personnage central, la bouche ouverte sur un cri, a les yeux presque clos. Une attitude reprise par son compagnon de gauche, dont le bas du visage est coupé. Comme les deux oreilles qui encadrent la scène, à gauche et à droite de l'image, et la referment à la manière d'un flipper. Le tout forme un bloc grimaçant et bizarre, sorte d'évocation moderne du Laocoon.

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L'invention du divorce d'Etat

image Dans les dernières semaines de la campagne présidentielle, alors que Nicolas Sarkozy creusait l'écart avec Ségolène Royal, quelques gauchistes désespérés faisaient circuler la rumeur d'un prochain départ de Cécilia. Trop beau pour être vrai, ce scénario semblait seul capable de porter un coup d'arrêt à l'ascension du tribun. Sur quelles bases imaginait-on qu'une séparation d'avec son épouse fut susceptible de fragiliser le candidat? Nul ne s'aventurait dans le détail de l'analyse, mais il paraissait clair qu'un tel cas de figure eut constitué un accident grave. Une bombe atomique, chuchotait-on.

En début de semaine encore, malgré l'impatience grandissante des médias, le comportement de Cécilia Sarkozy était manié avec autant de précautions qu'un flacon de nitroglycérine. Affaire privée, disaient ceux qui ne voulaient pas risquer de nuire au président de la République. Etant entendu qu'une telle péripétie ne pouvait que lui causer du tort. Et pourtant, deux jours après l'annonce officielle du divorce, non seulement l'affairement médiatique est retombé comme un soufflé (moins de 20 secondes au JT d'hier soir), mais le président, loin d'avoir été affaibli, semble sortir intact, voire grandi, de la tempête. Comment expliquer ce retournement?

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Laurent Joffrin, plus mauvais journaliste de France?

image Libération a confirmé hier soir sur son site, à partir d'une source indépendante, l'information divulguée ce mercredi par Le Nouvel Obs.fr, selon laquelle “le divorce entre Nicolas et Cécilia Sarkozy est enclenché”. Il semble donc qu'il soit finalement possible d'enquêter sur ce fait d'actualité (comme s'y était employé La Tribune de Genève, bien avant la presse française, il y a une semaine) sans attendre une confirmation officielle de l'Elysée.

Avant que la vague médiatique ne recouvre cette séquence, on peut faire le constat que Laurent Joffrin a été démenti dans ses propres colonnes. Laurent Joffrin, on s'en souvient, est ce journaliste qui dénoncait avec virulence le rôle néfaste des blogs et d'internet, accusés de nous faire “régresser au XIXe siècle”. Il faut relire aujourd'hui ce réquisitoire, petit bijou de mauvaise foi qui mérite d'être étudié dans les écoles de journalisme. “La rumeur reproduite sur le Net était fausse” y assènait tranquillement Joffrin, renvoyant sans le citer au blog de l'indispensable Bakchich, qui renseignait il y a deux semaines ses lecteurs en ligne sur ce que Libération découvre aujourd'hui: la séparation programmée du chef de l'Etat avec son épouse. Pour une information de ce calibre, sans précédent dans l'histoire de la République, quinze jours d'avance constituent une assez belle performance, qui donne l'assurance que cet épisode restera dans les annales du journalisme.

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Soutenance de thèse "L'illustration photographique", par Thierry Gervais

image La thèse de doctorat d'histoire de l'art L'Illustration photographique. Naissance du spectacle de l'information, 1843-1914 présentée par Thierry Gervais à l'EHESS sera soutenue le mardi 6 novembre 2007, de 9h à 13h, en salle Vasari, à l'INHA, 2 rue Vivienne, 75002 Paris.

Jury: André Gunthert (directeur de thèse, EHESS), Dominique Kalifa (président, université Paris 1), Anne McCauley (université de Princeton), Michel Poivert (rapporteur, université Paris 1), Christophe Prochasson (co-directeur, EHESS).

Résumé

Entre 1843 et 1914, la photographie devient en France le principal mode d’illustration dans la presse et donne forme à de nouveaux objets. La production photographique se massifie, la reproduction photomécanique permet d’associer les caractères typographiques aux images argentiques et la presse s’empare de ce nouveau tandem pour illustrer ses pages. Du journal L’Illustration créé en 1843 à La Vie au grand air qui se développe à la Belle Epoque, la photographie passe du statut de support iconographique pour le graveur au vecteur principal de l’illustration de l’information. La publication d’images se multiplie dans la presse et, sous la houlette d’un directeur artistique qui agence texte et photographies, le récit de l’actualité en image se déploie sur l’espace de la page, transformant le journal illustré en magazine. Entre ces deux dates, les protocoles de l’illustration photographique sont établis et produisent une information visuelle spectaculaire.

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Des images légendaires

image Selon Walter Benjamin, la légende devait devenir “l'élément le plus essentiel du cliché”. À Paris-Match, on prend le philosophe au mot. Quitte à passer de la description aux contes pour enfants. Au terme d'un procès intenté à l'hebdomadaire, le tribunal correctionnel de Bordeaux a condamné le magazine à 5000 € de dommages et intérêts pour sanctionner, non une “photo arrangée”, mais une légende trompeuse, ce qui est à ma connaissance une première.

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