Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Usages de l'image sur Facebook (notes)

image Le jeu avec l'image de soi. Facebook est probablement le réseau où l'on change le plus souvent son "profile picture" (portrait de présentation). Pas seulement en raison de la facilité de l'opération, mais parce que FB est le premier site à accorder une telle place à l'image. Au lieu des avatars de 48 x 48 pixels, le portrait de présentation est exposé à 200 pixels de côté, et renvoie à un original de 600 pixels. Une taille suffisamment importante pour qu'il devienne possible et intéressant de jouer avec l'image.

image Fonction discriminante. Sur Flickr, c'est le nom du compte qui fournit l'élément discriminant lors d'une recherche. Dès qu'un nom est utilisé, il faut en inventer un autre, d'où l'usage de pseudos. Facebook a été le premier réseau proposant le recours aux patronymes véritables. Ce qui supposait fatalement l'existence de doublons, pour les noms les plus courants. La photo a donc une véritable fonction discriminante dans FB, et participe à l'identification des individus.

image La photo de fête. Il y avait le portrait, le paysage... FB a inventé un nouveau genre: la photo de fête. Illustration de son usage social, la photo-type sur Facebook est une photo posée nocturne, au flash, de groupes amicaux prenant des attitudes volontiers loufoques. Comme tout genre, celui-ci s'exporte en-dehors de la plate-forme. En situation, il suffit de proposer de "faire une photo Facebook" pour obtenir immédiatement d'intéressantes variations sur le modèle du groupe posé.

image L'image conversationnelle. Alors que sur Flickr, le sujet des commentaires est l'image elle-même, sur FB, les photos fournissent le point de départ de conversations, sur un mode humoristique ou ironique. Un classique est la photographie d'un friend immobilisé dans une posture fâcheuse ou remarquable, postée par un tiers, qui devient le prétexte à quolibets et engendre de multiples dialogues (à noter: ces photos sont souvent effacées rapidement).

image L'extraction visuelle automatique. Facebook, c'est Delicious avec des images. Lorsqu'on signale un billet, une vidéo ou tout autre élément comprenant un fichier graphique, la plate-forme extrait automatiquement les images présentes sous forme de vignettes et propose de les associer à un extrait de texte. Cette fonction puissante qui permet d'ajouter très simplement une composante visuelle à presque tous les items postés, contribue à augmenter leur visibilité et leur intelligibilité.

image L'organisation visuelle du newsfeed. Trois types d'images interviennent dans la construction du newsfeed (agrégation des informations du groupe de friends), sous forme de vignettes: les portraits de présentation des intervenants, les extractions visuelles, les photos ou vidéos postées. L'image participe donc fortement à l'organisation du newsfeed et contribue à lui conférer un aspect de magazine illustré, proche des flux de news des sites de presse.

Edit. Merci à Sophie Ceugniet, Luc Mandret et Cendrine Robelin de m'avoir aimablement autorisé à reproduire leurs images pour illustrer ces notes, et merci à mes autres friends pour leur participation involontaire à mes observations.

Mon rapport annuel sur l'état de Technorati

Avantage incontestable de tenir un blog: celui d'avoir une vue sur les cuisines. Toujours à l'affut du chiffre qui fait boum, les blogs techno reprennent en coeur les évaluations du rapport annuel sur l'état de la blogosphère publié par Technorati, qui semble marquer un tassement: 1,5 millions de billets quotidiens publiés en 2007 contre seulement 900.000 en 2008. Il n'en faut pas plus aux Cassandre du web pour conclure au dégonflage de la bulle...

Sauf que, quand on a un blog, on sait très bien que Technorati n'est plus que l'ombre de lui-même. Ouvert en 2004, le premier moteur de recherche dédié aux blogs, basé sur un système déclaratif, a été une révolution à l'époque où Google ne savait pas encore indexer le web 2.0. Dès le départ, pourtant, son américanocentrisme a nui à son extension. En Europe, son usage est resté des plus limités, laissant la place à d'autres entreprises plus pointues, comme Wikio. Face à cette concurrence ou à celle de Google Blog Search, les sautes d'humeur de Technorati et sa baisse de pertinence depuis un an ont eu des effets mesurables.

Présent sur Technorati depuis 2005 avec 6 blogs déclarés, je n'ai jamais observé que ce moteur était une source de fréquentation intense. En 2007, sur 237.000 visites, seulement 239 provenaient de Technorati, soit 0,1% (données Google Analytics). Mais depuis le 1er janvier 2008, sur 228.000 visites, ce chiffre tombe à 110, c'est à dire environ la moitié – 267 fois moins que le portail Rezo.net (29.353), 24 fois moins qu'Arrêt sur images (2666), 16 fois moins que Wikio (1830), 5 fois moins que le blog Le Monolecte d'Agnès Maillard (513)... Pas brillant pour le soi-disant premier moteur de recherche des blogs. Autre expérience: j'ai pu augmenter de près de 40% mon "autorité" Technorati (le nombre de blogs pointant sur le mien) en prenant la peine d'indiquer manuellement au moteur les billets liés qu'il avait omis de compter. Devant une telle marge d'erreur, j'ai décidé cet été d'abandonner le renvoi au site, qui figurait auparavant dans ma sidebar. Avant de prendre pour argent comptant les chiffres du rapport, encore faut-il se demander si Technorati est encore en état de produire une mesure fiable de "la blogosphère" – ou bien si ce qu'il enregistre n'est pas tout simplement sa propre baisse d'audience.

L'information industrielle à la française

Une remarquable synthèse sur Novövision du rapport Giazzi et des projets de réforme du paysage des médias français actuellement à l'étude. Il est intéressant de comparer a posteriori la réforme des universités à ce programme de restructuration, qui montre que la seule logique que maîtrise ce gouvernement est la logique industrielle. Comme Narvic, je crains que ce remède de cheval ne fasse qu'accentuer la perte de confiance du public pour les grands médias. Les sites complotistes ont de beaux jours devant eux.

Etudes photographiques revient en ligne avec ses images

image Communiqué. A l'occasion de la parution de son n° 22, la rédaction d'Etudes photographiques est heureuse d'annoncer la réouverture du site web de la revue (www.etudesphotographiques.org).

Créée en 1996, la seule revue francophone consacrée à la recherche en photographie avait ouvert dès 1997 un site permettant d'accéder gratuitement à une sélection d'articles, avant de rejoindre en 2002 le portail d'édition électronique Revues.org. La nouveauté de cette expérience se heurtait alors à l'absence de formule praticable permettant la reproduction en ligne des illustrations. Les articles repris sur le site étaient donc amputés de leur iconographie, ce qui, on le comprendra, pour un organe consacré aux images, ne pouvait constituer qu'une solution temporaire. Un horizon se dessinait avec la directive du Parlement européen du 22 mai 2001, qui recommandait l'acclimatation des règles du "fair use" anglo-saxon et pouvait ouvrir à un usage raisonnable de l'exception pédagogique. Hélas! La réponse de la France chiraquienne, sous la forme de la loi DADVSI ("Droit d'auteur et droits voisins dans la société de l'information"), allait refermer durablement cette voie. En juin 2006, prenant acte de l'impasse devant laquelle se trouvait placée l'usage scientifique des contenus multimédias, la rédaction d'Etudes photographiques décidait de suspendre son expérience d'édition en ligne.

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Tout est possible (avec Jean-Marc Morandini)

On l’aime bien notre JMM national, depuis son arrivée fracassante sur le net avec son blog éponyme, jeanmarcmorandini.com, il continue à nous épater avec sa naïveté de candide entrepreneur du blog prêt à tout pour réussir. Toujours à la limite de la déontologie journalistique et des pratiques du fair use, il reste le meilleur testeur des limites éthiques et juridiques du web 2.0.

Dernier épisode en date: on le sait, depuis la rentrée de septembre, JMM utilise le player vidéo de Rentabiliweb (société administrée par J6M, ancienne danseuse étoile du web 1.0) pour diffuser de nombreuses vidéos «EXCLUSIVES!!», «SCOOP DE LA MORT», «VA VOIR CA OU T'ES NAZE», «MEME TA MERE L’A VUE». Avec ce player, JMM peut packager n’importe quelle vidéo dans un player qui affiche de la pub en overlay avant le click sur le bouton «play» et après le click sur le bouton «stop» ou «pause».

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Why blog?

image Tom Roud m'associe à une chaîne initiée par Enro et Timothée, sur les raisons de tenir un blog en tant que scientifique, dont je reprends l'intitulé canonique. Chargé d'animer récemment une table ronde sur le blogging académique, je me suis servi de cette injonction pour synthétiser en six points mes réflexions, après trois ans de pratique.

1. Du "nous" au "je". J'ai créé ARHV en 2005, dans la foulée de la fondation du Lhivic, comme un support des activités du laboratoire. Appuyé sur mon expérience d'éditeur de revues, mon premier réflexe a été de le concevoir comme un organe collectif. A cette époque, ouvrir un blog sous mon propre nom m'aurait paru bien trop prétentieux et narcissique. C'est l'usage de l'outil – et l'enthousiasme très relatif de mes camarades – qui m'a progressivement appris à me réapproprier cet espace, et à accepter de parler à la première personne. Pur produit des humanités hexagonales, j'avais parfaitement intériorisé la vieille culture de la discrétion et de l'objectivité savante, qui protègent l'individu d'une mise en avant trop manifeste.

Admettre cette exposition en solo m'a demandé un effort qui témoigne à lui seul du poids de cette culture. Outil auto-suffisant grâce auquel le chercheur peut s'adresser par ses propres moyens au monde extérieur, le blog court-circuite l'économie qui fait de l'institution le garant primordial de la légitimité d'une expression (pas complètement, car ARHV garde une trace de ce système: le logo de l'EHESS, qui m'a déjà valu bien des commentaires, et que je conserve désormais avec l'affection d'une relique).

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Six questions pour comprendre la photo numérique (1)

image Une récente émission de radio consacrée à la photo numérique a montré la difficulté de cerner les fondamentaux du domaine. Pour aider à mieux les distinguer, voici résumés en six questions les points qui me paraissent les plus à même de nourrir la réflexion.

1. La photo numérique est-elle encore de la photo?

Si l'on comprend la photographie comme l'inscription d'une empreinte lumineuse sur une surface sensible, la technologie numérique reste pleinement conforme à cette définition. Dans la photo numérique, ce qui change, c'est le support, où l'on passe d'une photosensibilité chimique à une photosensibilité électronique, par le biais des photocapteurs. Le reste du dispositif, en particulier l'optique, reste inchangé, raison pour laquelle on peut appliquer un dos numérique sur un boîtier classique. On peut comparer cette évolution à une voiture qui échangerait un moteur à explosion pour un moteur électrique. Cette modification aurait des conséquences sur l'économie générale du système, sans modifier le principe du véhicule automobile.

La photographie a été confrontée plusieurs fois à un changement majeur de support, notamment lors du passage de l'héliographie au daguerréotype (1835), du calotype au collodion humide (1851) ou du collodion au gélatino-bromure d'argent (1882). A plusieurs reprises, cette modification des habitudes a occasionné une césure entre deux générations de praticiens, dont l'affrontement suit un schéma immuable depuis la querelle des Anciens et des Modernes et constitue un symptôme de la transition en cours.

Le photocapteur est un circuit intégré dont une face, composée de photosites, reçoit et analyse la lumière. Le capteur convertit l'information d'intensité lumineuse en trains d'impulsions, qui constituent un signal vidéo analogique. Il n'existe donc pas de différence de principe entre enregistrement vidéo et enregistrement photo, qui ne sont que deux variantes de traitement du même signal. Dans les appareils numériques, ce signal est échantillonné et peut faire l'objet de divers traitements destinés à améliorer la qualité de l'image. Un fichier RAW correspond en principe au signal échantillonné avant traitement.

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La retouche ne fait plus peur

image Intéressante pub TV pour la nouvelle Peugeot 407 SW. Pour vanter le perfectionnisme censé présider à la fabrication du véhicule, le clip montre les corrections soi-disant effectuées sur la séquence vidéo. D'un coup de masque, c'est d'abord un moucheron qui est gommé de l'image avant qu'il ne s'écrase sur le phare. Puis on zoome sur un détail situé très loin à l'arrière-plan: un coeur gravé sur un arbre, effacé d'un coup de tampon magique. Enfin, c'est la physionomie du conducteur – invisible derrière le pare-brise teinté – qui fait l'objet d'une légère correction.

Cette palette d'effets graphiques combine différentes interventions qui ne sont pas encore à la portée de Final Cut Pro ou d'After Effects. A noter la reprise du principe de déplacement à l'intérieur de l'espace de l'image, tel qu'il avait été rendu célèbre par la séquence de l'imageur de Blade Runner (Ridley Scott, 1982), pour la modification en temps réel du visage du conducteur – ou le système de variations de son appareil pileux, plutôt inspiré des principes de construction des avatars sur la Wii.

Cette retouche idéale qui modifie l'image animée aussi facilement que le ferait Photoshop avec une image fixe n'est pas seulement un fantasme de picture editor, mais la manifestation du renversement du paradigme de la retouche. Pendant plus de 150 ans, les théoriciens de la photographie avaient perçu la retouche comme la négation de la nature de l'enregistrement visuel, la pire menace pour la garantie d'objectivité du médium. C'est ainsi qu'au début des années 1990, l'arrivée de Photoshop était perçue par les spécialistes comme la preuve de la rupture du contrat photographique. Une quinzaine d'années plus tard, en mettant en scène la retouche comme métaphore de l'excellence et du perfectionnisme, le clip de la 407 SW atteste qu'on a bel et bien changé d'époque. Le temps est loin où la manipulation graphique était frappée du sceau de l'infamie.

Reste qu'on ne manie pas sans danger la métaphore de la correction, puisque le clip lui-même a déjà subi une modification depuis son lancement, au milieu du mois d'août. Sans parler de la correction des effectifs de l'usine PSA de Poissy, où 700 postes d'intérimaires viennent d'être effacés aussi aisément qu'à la palette graphique.

Des nouvelles de la Terre

Qu'est-ce que montre une photographie? Dans la presse, contrairement à l'idée reçue, la photo est rarement porteuse d'information. Sous la pression d'une dérive décorative, les journaux utilisent de plus en plus l'image pour ses facultés d'évocation et sa plus-value plastique. Comme l'explique Jean-François Leroy, directeur du festival Visa, une bonne photo doit «raconter une histoire». Recourir à l'image à la façon d'un simple photomaton est considéré comme ringard et vulgaire, tout juste digne des vidéos amateurs, un signe de l'absence du sens du récit et du bon goût journalistique.

Sauf dans un cas. La presse people est le dernier lieu où la photographie est regardée au premier degré: tiens, X s'est fait refaire les seins, Y sort avec Z et George Clooney a pris dix kilos. Dans le système qui est celui du people, où il n'y a ni dossiers ni conférences de presse, scruter les apparences est le principal moyen susceptible de produire de l'info.

Ainsi de deux photos qui buzzent ces derniers jours, l'une de Rachida Dati, l'autre du couple présidentiel, où, en l'absence de toute information officielle ou en dépit des démentis affichés, on fait jouer à l'image son rôle traditionnel de porteur d'une information objective. Un ventre qui s'arrondit, un geste évocateur et toutes les rédactions bruissent de rumeurs de maternité.

Pourtant, comme l'astronomie utilise l'image pour essayer de comprendre la composition des corps célestes parce qu'elle n'a pas d'autre choix, le recours à l'image pour produire de l'information est la preuve que celle-ci est refusée ou inaccessible par d'autres canaux. En l'absence de validation officielle, l'interprétation de l'image reste un appui fragile, qui ne constitue pas encore une information proprement dite et peut relever de la spéculation pure et simple. Il faut tout le courage d'un Jean-Michel Aphatie pour oser faire basculer une suggestion visuelle du côté de l'information journalistique.

Ce n'est pas l'entrée de la photographie dans l'univers numérique qui altère sa valeur informative. On le constate, malgré Photoshop, le crédit de la photo reste entier. Le problème est plus subtil, et repose sur la place relative de la source visuelle dans le système de l'information. Ce que peut montrer une image n'a-t-il pas forcément un caractère superficiel? Ou, pour le dire plus brutalement: l'image n'est-elle pas au fond qu'une affaire de bonnes femmes?

C'est BHL qu'on assassine

Le web est-il capable de modifier les grands équilibres médiatiques? A tous ceux qui en doutent encore, l'actualité est en train de démontrer en direct l'inversion des hiérarchies les mieux établies. Car c'est un monument qu'internet fait aujourd'hui vaciller: rien de moins que celui du Sartre du XXIe siècle, dont l'érection depuis 1977 n'a cessé d'étendre son ombre sur les lettres (et les médias) français – BHL himself.

Lorsqu'on relit aujourd'hui l'analyse impeccable de Deleuze à propos de la falsification médiatique des "nouveaux philosophes", on perçoit son amertume. «La soumission de toute pensée aux médias» paraissait alors un horizon inévitable, auxquels seuls pouvaient échapper quelques penseurs abrités par l'université. Pour ma génération, BHL a été l'image même de l'imposture, celui qui avait sali le doux nom de "philosophe" et rendu l'étiquette d'"intellectuel" définitivement importable. Et voilà qu'aujourd'hui, incrédule, je vois bouger la statue comme une vulgaire dent creuse!

Est-ce BHL qui est devenu plus sot avec l'âge? Ou bien le web qui est devenu plus vivace? On avait déjà eu une chaude alerte avec l'affaire Siné, où l'intervention incompréhensible du maître avait eu pour principal effet de verser de l'huile sur le feu. Mais le point d'orgue des Choses vues dans la Géorgie en guerre, double page du Monde de mardi, a dépassé les espérances de ses plus virulents détracteurs.

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Fin de la grève à 20minutes.fr

image Petit jeu de cache-cache sur internet... A peu près injoignables ces derniers jours, les camarades de la rédaction web de 20minutes ne communiquent que parcimonieusement, notamment, de façon laconique, par l'intermédiaire de leurs statuts sur Facebook. A en juger par les derniers messages postés ("la Norvège a Paris, la grève est finie", 2:34pm; "c'est quasi gagné", 5:17pm), on croit deviner qu'une issue heureuse est sur le point de clore le conflit engagé lundi dernier. En attendant des précisions – et pour le plaisir de griller Narvic sur ce coup-là... ;-)

Le site internet de 20 Minutes en grève

Communiqué de la rédaction de 20minutes.fr: La rédaction du site internet 20minutes.fr a voté une grève de vingt-quatre heures reconductible, par solidarité avec son rédacteur en chef, mis à pied ce lundi 11 août pour une raison que la direction a refusé de communiquer aux salariés. De ce fait, le site 20minutes.fr n'est plus mis à jour depuis ce lundi, 18 heures. La rédaction du site demande la levée de la mise à pied.

MaJ 19h45: On ignore toujours les motifs de la brutale suspension de Johan Hufnagel, rédacteur en chef de 20minutes.fr, officiellement mis à pied hier à 17h. Née sur un commentaire du blog de Jean-Marc Morandini, reprise cet après-midi par Marianne2.fr, l'hypothèse qui voyait dans un article sur un accident de pétanque l'origine de la crise a été démentie par des sources internes. Mais les principaux intéressés restent injoignables ou refusent de s'exprimer. Il est pour le moins étrange qu'un conflit désormais public n'ait aucun motif connu plus de 24 h après le déclenchement de la grève, tout comme il est anormal que le site n'affiche toujours aucune information à ce sujet. A ce stade, on peut déjà parler de crise managériale au sein du journal. Voir également l'article de Rue89.

Peut-on prendre Carla au mot?

Peut-on continuer à être une artiste "comme si de rien n'était"? Tel est le pari affiché par Carla Bruni en titre de son dernier album. Pour en discuter, je dois d'abord avouer ma totale incompétence à en produire la critique. Cet album, non seulement ne l'ai-je pas écouté, mais il n'est nullement dans mes intentions de le faire. Mes convictions politiques étant, on le sait, à l'opposé de celles de l'actuel hôte de l'Elysée, tout jugement de ma part sur les qualités de l'oeuvre ne pourrait qu'être entaché de partialité.

Tel est précisément le point qui m'intéresse. Que ce soit sur Amazon ou sur iTunes, de nombreux internautes demandent que l'on apprécie l'album ...comme si de rien n'était. «Tout le monde donne son avis sur la femme du président et non la chanteuse», écrit nanard21, or «il faut rester neutre et ne pas penser politique pour l'écoute de ce disque.» Mais une telle distanciation est-elle possible? En partisan convaincu de l'influence du contexte, la thèse du "comme si de rien n'était", sur laquelle repose à la fois le projet de l'album et sa stratégie marketing, me paraît relever du voeu pieux.

Un mois après sa sortie, le dernier opus de Carla Bruni nous fournit au contraire une bonne occasion de tester l'influence des effets de contexte. Pour autant qu'on puisse en juger par les avis autorisés, son troisième disque est assez proche du premier. Malgré une couverture médiatique bien inférieure à celle d'aujourd'hui, le CD avait été accueilli chaleureusement par la critique et le public. Bénéficiant désormais d'une notoriété plus forte et d'un plan média particulièrement maîtrisé (Libération, Elle, Vanity Fair, Taratata, Vivement Dimanche, etc.), la chanteuse reste pourtant en-deça des objectifs initiaux de sa maison d'édition. Les chiffres ne sont plus communiqués depuis la deuxième semaine d'exploitation du disque, qui les avait vu stagner à 13.354 ventes. Tout juste sait-on que le label Naïve a revu ses prétentions à la baisse, tablant sur 400.000 exemplaires pour cette année, au lieu des 700.000 attendus. Un résultat qui fait pâle figure à côté du carton de "Quelqu'un m'a dit" (1,2 million d'exemplaires en France, 800.000 à l'étranger).

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Une chaîne qui se respecte

image Nick Carraway m'en veut. J'avais déjà fait le mort devant sa précédente proposition (qui, il faut le dire, m'avait laissé un peu sec...). Là, j'ai compris. Rien ne sert de se défiler: il n'aura de cesse de me taguer, jusqu'à ce que je craque. Je réponds donc à sa chaîne de l'été (prendre un livre à la page 123, puis citer les cinq lignes suivant les cinq premières). Du reste, les blogueurs qui font la fine bouche face à ces divertissements m'ennuient. Comme le disait ici même l'amie Virginie, dans une de ses métaphores dont elle a le secret, le blogging, c'est un peu comme le camping. Autrement dit: si vous n'aimez pas les moules, évitez la braderie de Lille. Si vous n'aimez pas les chaînes, achetez-vous un cahier Clairefontaine.

Mais il en est des chaînes comme des friends sur Facebook. Il y en a que l'on suit avec intérêt ou amusement, pour ce qu'elles nous apprennent ou nous dévoilent sur la personnalité de tel ou tel. Et d'autres dont on a du mal à percevoir où elles nous mènent. C'est le cas de cette astreinte où le hasard a trop de place – de sorte que ses participants sont amenés à en aménager les règles, ce qui est toujours mauvais signe.

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Il faut sauver l'argument d'antisémitisme

Ca se précise. Après trois semaines de débat, il paraît de plus en plus difficile de conclure au caractère antisémite de la phrase qui a provoqué le renvoi du dessinateur de Charlie-Hebdo. Les anti-Siné ne désarment pas pour si peu. A la recherche d'arguments toujours plus improbables, ils creusent le fond de la piscine – sans se rendre compte qu'il confirment par là l'outrance de l'accusation initiale. Après BHL dérapant sur Badiou, après Joffrin dérapant sur la race juive, après Adler dérapant sur les "pétitionnaires trotskistes", un nouveau venu, Daniel Franco, passe en tête avec un dérapage sur la pédophilie qui restera dans les annales du sophisme.

Reprenons. Au moment où les anti-Siné brandissent comme des talismans les noms de Drumont, Brasillach ou Maurras, il faut relire quelques pages de La France juive pour se rendre à l'évidence: des antisémites de la trempe de ces pamphlétaires ont depuis longtemps disparu de l'hexagone. Cette raréfaction de l'antisémitisme patenté est manifeste dans les libelles des anti-Siné, qui, pour prouver l'ampleur du danger, n'ont guère que le nom de Dieudonné à se mettre sous la dent. Le vieux père Le Pen, il est vrai, n'effraie plus grand monde. Reste que des sorties comme les chambres à gaz, "détail" de l'histoire de la seconde guerre mondiale, appartiennent clairement au registre de l'antisémitisme. Dans ce cas, nul besoin de recourir à des arguties spécieuses ni d'accumuler des exemples tirés par les cheveux. Le "détail" est antisémite, personne n'en doute – pas même les plus gauchistes des antisionistes...

En comparaison, «Il fera du chemin dans la vie, ce petit!», fait incontestablement pâle figure. Les plus ardents à le démontrer ont été les anti-Siné, qui n'ont eu de cesse de charger la barque, par des accusations de gâtisme, de mauvais goût, de stalinisme et autres élégances. Mais Siné a-t-il été viré de Charlie parce qu'il était stalinien, mauvais humoriste ou trop âgé? Pas que l'on sache, c'est pourquoi, après s'être rendu compte qu'il ne suffisait pas de répéter l'accusation pour convaincre, une deuxième vague a cherché à renforcer l'argumentaire. D'abord apparu en commentaire dans des forums, un extrait d'une interview radiophonique de 1982 semblait donner toutes assurances sur la méchanceté du dessinateur. Jusqu'à ce qu'on en éclaircisse le contexte, qu'on constate que Siné, condamné, s'était excusé, et que cet exemple se dégonfle à son tour. C'est alors qu'une autre preuve décisive est brandie: une accusation de Pierre Desproges, qui dénonce en Siné un «antisémitisme de garçon de bain poujadiste». Seul problème, cette phrase est issue de la série des réquisitoires burlesques prononcées par l'humoriste dans le cadre du "Tribunal des flagrants délires", sur France-Inter (émission du 13 décembre 1982). A ce point de l'argumentation, autant dire que la besace des anti-Siné est vide.

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