Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Six35, nouveau webJT

image Première édition aujourd'hui de six35, rendez-vous web en forme de JT hebdomadaire (tous les jeudis vers 18h35), concocté par Nicolas Voisin, blogueur et fondateur du PoliTIC'Show, qui ambitionne d'ouvrir "une fenêtre alternative d'information et d'analyse des débats".

Un premier numéro d'une quinzaine de minutes, présenté par Magali Lacroze, centré sur les droits de l'homme, propose une formule à rôder, qui n'est pas sans rappeler iPol ou les formats courts de Canal+. Pour l'instant, meilleur dans ses dérapages que dans son imitation de JT classique, mais avec déjà plein de bonnes idées — et l'inimitable Voisin's touch, reconnaissable à sa capacité de fabriquer ou de repérer quelques images qui restent dans les têtes (ne pas manquer la fin). A suivre et à enrichir de toutes contributions (contact<à>six35.fr, GoogleGroup, groupe Facebook)...

Réf.: http://www.six35.fr.

Crions au people

Résumons: Sarkozy a décidé de se promener au bras d'un top-model devant les photographes à Mickeyville pour faire oublier le désastreux accueil de Khadafi. Un “conte de Noël” fabriqué avec art, estime Christian Salmon, spécialiste du storytelling.

Il est curieux de voir à quel point les médias tiennent à être manipulés, et s'acharnent à dépeindre le nouveau maître en Machiavel des médias (“Plus que tout autre homme politique avant lui, Nicolas Sarkozy a compris comment fonctionne le monde médiatique. Il sait l'utiliser à merveille, il en maîtrise toutes les ficelles, tous les automatismes”, Le Parisien, 18/12/2007).

Curieux, parce que ça ne cadre pas. Comme le souligne Arrêt sur images, qui a fait les comptes, la moisson de photos attendue après ce traquenard s'avère étonnament maigre: une dans Point de Vue, une dans Match, la même dans VSD. La relecture de la version de rue89 montre que toute l'affaire se résume à un deal entre Christophe Barbier de L'Express et Colombe Pringle de Point de Vue. Un coup, certes, mais pas de qui l'on croit. Interviewé par Le Parisien, l'un des sept paparazzi présents sur les lieux avoue avoir suivi en moto le cortège présidentiel jusqu'à Disneyland. On est loin du shooting prémédité par l'Elysée – ou alors, ils font sacrément mal leur boulot. Si on avait vraiment voulu nous montrer quelque chose, le résultat serait en-dessous de tout.

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Refermer la Boîte à images

Mauvaise nouvelle ce matin: après une longue chronologie des 15 décembre, de 1805 à nos jours, un dernier billet de la Boîte à images annonce la fermeture du plus célèbre des blogs visuels. Ka et moi n'avons pas tout à fait la même approche ni les mêmes curiosités. Mais pour un amateur d'images, ses promenades érudites appuyées sur de longues piles d'illustrations étaient un rendez-vous à ne pas manquer. Qui d'autre que lui, sur le web, était capable d'associer Jean Reno dans Les Visiteurs et un portrait par Jan Van Eyck? De revisiter Vermeer aussi bien que Magritte, Majorelle ou Rodtchenko, de révéler les origines des Gitanes, de Mandrake ou du père Noël, de nous raconter La chute d'Icare ou les reflets dans un miroir? En trois ans, près de 600 billets et 7000 images publiées, c'est un panorama immense qui a été parcouru. Un cours du soir à ciel ouvert, pour tous les amoureux de l'image. Suivi par une troupe de commentateurs fidèles, qui venaient discuter les interpétations, apprécier les mises en rapport, échanger des liens.

A un moment où il est beaucoup question de refonder les médias en ligne à coups d'abonnements, de publicité et d'ouverture du capital, il faut souligner que le partage de cet exercice nous était offert gratuitement. Un bon blog est une chose rare. Sa fréquentation répétée peut engourdir la reconnaissance de la faveur qui nous est faite. La clôture de la Boîte à images, fut-elle provisoire, vient nous rappeler le caractère fragile de cet effort. Au début de l'année, Ka avait tenté de stabiliser cette activité en demandant le versement d'un euro à ses lecteurs. Les résultats de cette proposition n'avaient pas dépassé un niveau symbolique. Qu'à cela ne tienne. Avant même de regretter la fermeture de la Boîte – et en espérant un possible retour –, il faut d'abord remercier Alain Korkos pour cette contribution sans équivalent, dont nous avons été nombreux à profiter.

Soutenons les médias alternatifs avec Ségolène

image Toutes les initiatives audacieuses qui tentent de changer la situation de la concentration de la presse méritent d’être soutenues, au nom de la liberté de l'information et du pluralisme.

Ecrit Ségolène Royal, en suggérant de souscrire dès maintenant un abonnement de 9 € par mois (108 €/an) au projet de média en ligne MediaPart. Comme Versac et Nicolas Voisin, j'aime bien Benoît Thieulin – mais révolutionner le journalisme avec Edwy Plenel, ça ressemble quand même beaucoup à une bonne blague. Alors, parce que moi aussi je pense qu'il faut soutenir “les initiatives audacieuses qui tentent de changer la situation de la concentration de la presse”, j'ai un conseil à donner à Ségolène Royal. Poster sans attendre une missive sur les réseaux Désirs d'avenir en faveur de l'excellent portail Rezo.net (désormais doté de flux RSS). Un média qui, par un travail de fourmi, révolutionne quotidiennement le paysage de l'information. Un média “financièrement indépendant et exigeant éditorialement, (qui) cherche à inventer une réponse ambitieuse aux trois crises – démocratique, économique, morale – qui fragilisent l'information en France”. Sans tambours ni trompettes, ni papier de lancement dans le Monde. A gauche. Et pour pas un sou.

Nonfiction: (ne pas) comprendre Facebook et l'internet social

Le site nonfiction.fr, je l'avoue, me laisse perplexe. J'aurais pourtant dû me réjouir de voir un nouvel organe, accessible gratuitement, plutôt orienté à gauche, se consacrer au compte rendu des essais et de la production intellectuelle. Mais le blogueur est soupçonneux de nature. Un plan média à la grosse caisse, marqué par quelques parutions d'articles sur vrai papier avant même l'ouverture du site, ça ne fleure pas vraiment le web 2.0 ni le garage band. Alors évidemment, quand à l'occasion du lancement, le blogueur découvre en page de garde le portrait du pape des magazines, BHL himself – mais pas le moindre fil RSS (installés depuis) et une interaction restreinte, il se dit qu'on essaye de lui vendre du jarret au prix du filet, et de faire passer une resucée du Nouvel Obs pour un portail.

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Facebook is la bouteille à la mer

image Au service militaire, il y avait ceux qui y avaient été – et puis les autres. Ceux qui auraient bien aimé savoir, mais n'auraient jamais osé franchir la porte. A chaque époque ses plaisirs interdits. Facebook, c'est un peu comme le bordel de jadis. C'est du moins ce qu'on se disait en entendant Paul Amar nous assurer, la main sur le coeur, qu'il n'irait jamais en ces lieux. Mais qui n'en brûlait pas moins de regarder sous les jupes, entretenant, l'oeil égrillard, quelque jeunesse blonde au sourire ultra-brite.

Pour Paul Amar et tous les autres qui aimeraient bien savoir – mais n'ont pas forcément une fille d'ancien ministre déchu sous la main –, levons un coin du voile. Que se passe-t-il sur Facebook? Pour commencer par le commencement, dans Facebook, il y a le "is". Juste après la photo et le nom, comme dans Twitter, le "is" nous dit de nos amis le temps qu'il fait, l'endroit, l'humeur, ou rien. Comme l'embrayeur de Roman ou l'index de Rosalind, il n'est rien par lui-même, pure interface entre l'identité avouée et l'état revendiqué, petit transistor à un état qui réveille de l'engourdissement électronique.

Comme tout sur Facebook, on peut s'en servir ou pas. Il y a ceux qui toisent le "is", l'ignorent ou le négligent. Car le "is" parle anglais, c'est son malheur – comme tout le site qui n'a d'yeux que pour la jeunesse dorée des cités cosmopolites. Des factions militent pour disposer d'un Facebook qui s'exprimerait enfin dans la langue de Molière – un Facebook qui dirait "est", comme vous et moi, qui commanderait sa baguette et mettrait son béret.

Grossière erreur. L'anglais de Facebook sur les terres de Bourgogne ou de Brie, c'est comme l'accent de Jane ou de Romy. Un écran de fumée, un voile poétique, un pas de côté. Ceux qui ont connu le Flickr d'avant l'internationalisation regretteront toujours les expressions d'origine (aujourd'hui remplacées par: "Vous aimez vous amuser? Utilisez Flickr" – no comment). Certes, les anglophones aussi jouent avec leur "is", brodent, fleurissent et ne se bornent pas à la liste prémâchée des: "at home", "at work", "sleeping", etc. Mais on ne m'enlèvera pas de l'esprit que le vrai plaisir du "is" commence avec les langues romanes, ouraliennes, altaïques, dravidiennes, nigéro-congolaises – en un mot: toutes celles qui n'entravent que pouic à celle de Shakespeare.

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Quand la France parle aux Français

image La fonction d'exutoire que favorise les capacités d'interaction du web 2.0 est un sujet de manipulation délicate. Elle est volontiers brandie par les adversaires du net, qui en parlent sans la connaître. Les blogueurs, qui y sont confrontés de façon plus concrète, rechignent à évoquer cette part noire de l'outil, qui salit la haute idée qu'ils s'en font. Pourtant, à l'occasion des affrontements de Villiers-Le-Bel, c'est cette dimension qui éclate et dépasse pour l'instant toutes les autres.

Une recherche effectuée hier soir sur le web n'éclairait guère sur les événements, n'apportant pas plus d'informations que celles diffusées par les grands médias. Elle donnait en revanche accès de plain-pied aux tréfonds de l'âme franchouillarde, dans ce qu'elle a de plus abject. Du moindre article de presse aux vidéos sur Dailymotion en passant par l'interface d'un agrégateur généraliste comme Wikio, on pouvait voir un flot de haine pure se déverser en centaines de commentaires, avec une violence et une bêtise qui n'avaient rien à envier aux exactions nocturnes des banlieues. Le comble était sans doute atteint par le tombereau d'insultes racistes déposées sur le blog même de l'un des deux adolescents décédés, dont l'adresse avait été livrée par Libération hier soir (commentaires retirés vers 22h). Je pense n'avoir jamais vu, y compris dans les moments de tension de la campagne présidentielle, l'exaspération, la vulgarité et la bassesse à un tel degré ni avec une telle abondance.

Nombre de ces messages déclinent sans honte leur appartenance et donnent une lecture extrêmement claire des fondamentaux politiques à l'oeuvre (STOP !!!!!!!!! Faut couper RMI , allocs, des billets aller et dehors à toute cette racaille. J'ai voté Sarko pour changer et c'est exactement pareil qu'avant, aux prochaines c'est Le Pen et là c'est sûr et je ne changerai pas d'avis). Reste la question de fond. Doit-on estimer, selon la logique du nombre d'épiciers, que l'hospitalité du web multiplie les occasions d'expression épidermique et attise ainsi le feu raciste? Ou faut-il au contraire penser qu'il vaut mieux déverser son pus en commentaires inoffensifs plutôt que de tirer un coup de fusil? Quel moyen existe-t-il pour départager ces deux thèses?

  • Illustration recopiée sur le skyblog de Moshin, légendée: “Sa c pour la fille sérieuse ki mefera tonber dans c'est bras peut etre ke c'est toi? Alor essaye!! Mais de toute facon celle que j'aime avan tous et qui est la plus belle. C'est ma maman, que j'aime tellement...” (billet du 17 mars 2006).

La photo qui n'avait rien à voir

image Chronique des usages désinvoltes de l'image (suite). Après Libération, voici Le Monde pris en flagrant délit de laisser-aller décoratif. Pour illustrer la version en ligne d'un article évoquant, dans l'édition datée du 21 novembre 2007, une conférence sur "le sens de l'humour chez Descartes" au Théâtre du Rond-Point, l'iconographe a choisi une photographie du théâtre qui referme comme les deux moitiés d'un fruit les entrelacs arachnéens de la toiture, troués par un contre-jour, sur l'embrasement rougeoyant des fauteuils d'orchestre. Une bien belle image, légendée: “Vue non datée de l'intérieur du théâtre du Rond-Point, à Paris. D. R.”

Vue non datée? Droits réservés? On pouvait trouver dès ce matin la solution de l'énigme sur le blog de François Bon: “Là, sur la photo, je me dis: ben dis donc, pour un truc sur le rire au Rond-Point, y a pas grand-monde... Pourtant, ce qui m’étonnait, c’est que j’avais reconnu la grande salle du Rond-Point avant même de lire l’article. Et je comprends: là, dans Le Monde, c’est ma pomme en train de faire atelier d’écriture, avec les enseignants du rectorat de Versailles... il y a exactement trois ans!”

Certes, précise l'écrivain, cette photographie de Philippe De Jonckheere était disponible en copyleft sur son site, le Tiers Livre, mais il aurait été plus correct de la part du journal d'informer l'auteur de son usage et d'indiquer sa source.

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Je hais les journalistes

image Que peuvent les blogs? Depuis la dernière campagne présidentielle, nous le savons: pas grand chose. Presque rien. Peut-être juste ceci: sauver l'honneur. Hier, en avance à un rendez-vous, je suis passé par hasard devant mon ancienne fac, Paris III-Censier, au moment où débutait l'assemblée générale de reconduction du blocage. Et ce que j'y ai vu différait du tout au tout de l'image produite par les "reportages" télévisés.

Dans les JT, une AG, c'est un affrontement violent de deux groupes fanatisés, les boqueurs et les anti-bloqueurs, qui s'insultent en attendant les CRS. Dans le monde réel, c'est un rassemblement calme et serein où l'on discute sérieusement de problèmes complexes. Où les universitaires, qui ne sont pas brusquement décérébrés, continuent à faire avec intelligence leur travail d'analyse. Dans le respect du dialogue et des opinions diverses. En assistant à une AG, on apprend plein de choses. D'abord, on voit que l'amphi est comble. La thèse de la manipulation par des groupuscules ultra-gauchistes apparaît pour ce qu'elle est: une pauvre farce. Et puis, si l'on écoute ce qui s'exprime, on comprend pourquoi ils sont tous là. Oui, cette loi pose des problèmes graves et nombreux, à tous les étages. Réduire ça à une discussion sur les droits d'inscription ou à un prurit anti-sarkozyste revient juste à écrire noir sur blanc: je suis un sinistre con, j'en suis fier et je signe. C'est pourtant si facile. Il suffit de venir voir. A entendre la teneur des discussions, le poids des arguments, on comprend immédiatement que ce mouvement ne fait que commencer.

Je suis sorti de là apaisé, de voir les étudiants si maîtres d'eux, d'observer la réalité du dialogue entre eux et la présidence, les professeurs ou les personnels administratifs, qui ne sont pas oubliés. Et aussi furieux, de constater de mes yeux le degré de caricature atteint par ce qui ne mérite plus depuis longtemps le nom de journalisme. S'en souviendra-t-on lorsque ces tristes sires nous trompèteront leur prochaine leçon de déontologie sur les blogs ou Wikipédia? Lorsqu'ils viendront pleurer pour qu'on sauve leurs journaux de la faillite? Cela fait déjà longtemps qu'il n'y a plus rien qui mérite d'être sauvé.

Libé n'a plus d'yeux pour les étudiants

image Une manif a mille visages. Phénomène polymorphe aux contours imprécis, elle offre à la vue tout l'éventail des comportements – et au photographe une vaste gamme de traitements. Selon l'angle retenu, on peut la montrer nombreuse ou anémique, souriante ou morose, dynamique ou amorphe. C'est dire si le choix d'une image est ici significatif. Significatif, non de l'événement, mais du regard qu'on porte sur lui.

En mars 2006, lors de la crise du CPE, Libération, fidèle à son histoire, s'était rangé du côté des manifestants. La grille de lecture visuelle était clairement la référence à mai 68. Volontiers éclairées par la lueur chaude d'un fumigène, les images chantaient l'ode à la jeunesse, au dynamisme et à la liberté. Un an et demi plus tard, beaucoup de choses ont changé. Joffrin a remplacé July à la tête du journal. Sarkozy a remplacé Villepin à la tête du pays. Sous le losange rouge, pour la première fois, les manifestations étudiantes ont perdu leur air de fête.

Sur la couverture du 9 novembre 2007 (voir ci-contre), foin des jeunes filles souriantes de jadis, trois jeunes gens occupent l'espace. On distingue quelques têtes à l'arrière-plan, mais la vue est en contre-plongée: impossible de savoir s'ils étaient dix mille ou deux cent – va savoir pourquoi, on n'a pas l'impression qu'ils étaient bien nombreux. Les couleurs sont froides et sombres, l'horizon bouché. Pas un brin de ciel bleu, qui signifie l'espoir. Surtout, ces trois étudiants sont entre eux: pas un coup d'oeil vers nous, pas un regard en avant, ni vers l'extérieur. Ils sont tout entiers à leur préoccupation du moment. Qui n'a pas l'air des plus aimables. Le personnage central, la bouche ouverte sur un cri, a les yeux presque clos. Une attitude reprise par son compagnon de gauche, dont le bas du visage est coupé. Comme les deux oreilles qui encadrent la scène, à gauche et à droite de l'image, et la referment à la manière d'un flipper. Le tout forme un bloc grimaçant et bizarre, sorte d'évocation moderne du Laocoon.

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L'invention du divorce d'Etat

image Dans les dernières semaines de la campagne présidentielle, alors que Nicolas Sarkozy creusait l'écart avec Ségolène Royal, quelques gauchistes désespérés faisaient circuler la rumeur d'un prochain départ de Cécilia. Trop beau pour être vrai, ce scénario semblait seul capable de porter un coup d'arrêt à l'ascension du tribun. Sur quelles bases imaginait-on qu'une séparation d'avec son épouse fut susceptible de fragiliser le candidat? Nul ne s'aventurait dans le détail de l'analyse, mais il paraissait clair qu'un tel cas de figure eut constitué un accident grave. Une bombe atomique, chuchotait-on.

En début de semaine encore, malgré l'impatience grandissante des médias, le comportement de Cécilia Sarkozy était manié avec autant de précautions qu'un flacon de nitroglycérine. Affaire privée, disaient ceux qui ne voulaient pas risquer de nuire au président de la République. Etant entendu qu'une telle péripétie ne pouvait que lui causer du tort. Et pourtant, deux jours après l'annonce officielle du divorce, non seulement l'affairement médiatique est retombé comme un soufflé (moins de 20 secondes au JT d'hier soir), mais le président, loin d'avoir été affaibli, semble sortir intact, voire grandi, de la tempête. Comment expliquer ce retournement?

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Laurent Joffrin, plus mauvais journaliste de France?

image Libération a confirmé hier soir sur son site, à partir d'une source indépendante, l'information divulguée ce mercredi par Le Nouvel Obs.fr, selon laquelle “le divorce entre Nicolas et Cécilia Sarkozy est enclenché”. Il semble donc qu'il soit finalement possible d'enquêter sur ce fait d'actualité (comme s'y était employé La Tribune de Genève, bien avant la presse française, il y a une semaine) sans attendre une confirmation officielle de l'Elysée.

Avant que la vague médiatique ne recouvre cette séquence, on peut faire le constat que Laurent Joffrin a été démenti dans ses propres colonnes. Laurent Joffrin, on s'en souvient, est ce journaliste qui dénoncait avec virulence le rôle néfaste des blogs et d'internet, accusés de nous faire “régresser au XIXe siècle”. Il faut relire aujourd'hui ce réquisitoire, petit bijou de mauvaise foi qui mérite d'être étudié dans les écoles de journalisme. “La rumeur reproduite sur le Net était fausse” y assènait tranquillement Joffrin, renvoyant sans le citer au blog de l'indispensable Bakchich, qui renseignait il y a deux semaines ses lecteurs en ligne sur ce que Libération découvre aujourd'hui: la séparation programmée du chef de l'Etat avec son épouse. Pour une information de ce calibre, sans précédent dans l'histoire de la République, quinze jours d'avance constituent une assez belle performance, qui donne l'assurance que cet épisode restera dans les annales du journalisme.

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Des images légendaires

image Selon Walter Benjamin, la légende devait devenir “l'élément le plus essentiel du cliché”. À Paris-Match, on prend le philosophe au mot. Quitte à passer de la description aux contes pour enfants. Au terme d'un procès intenté à l'hebdomadaire, le tribunal correctionnel de Bordeaux a condamné le magazine à 5000 € de dommages et intérêts pour sanctionner, non une “photo arrangée”, mais une légende trompeuse, ce qui est à ma connaissance une première.

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Quand les mots font défaut

Apparue dans le sillage du décès de Jacques Martin, une photographie fait actuellement l'objet de nombreuses reprises sur le web (par exemple ici, ici ou ici) et circule également par voie d'e-mail. La plupart de ceux qui reproduisent cette image, comme La Télé libre de John Paul Lepers, qui ne l'assortit d'aucune indication ni légende, n'en ont pas identifié la source: sa publication dans le n° 3044 de Paris Match du 19 septembre 2007, où elle est très précisément décrite: "Le 18 septembre 1984, les Martin reçoivent les Sarkozy. Cécilia tient Judith, née le 22 août. Sur les genoux de sa mère, Marie-Dominique, Pierre Sarkozy, né le 24 août".

Attribuée dans les colonnes du magazine à un(e) certain(e) "M. Le Tac", celle-ci ressemble à une image d'amateur plus qu'à une photographie d'agence. Il est intéressant de noter que la variante reprise sur la toile ne correspond pas à une copie de la version publiée. Comparée à celle-ci, l'image en ligne est plus claire, présente plus de détails dans les ombres, mais aucune trace de la trame quadri de la reproduction sur papier. Un léger défaut de positionnement dans le scan initial, qui fait pencher la photo de quelques dixièmes de degré dans le sens horaire – et que l'on retrouve sur toutes les reprises en ligne – apporte la preuve d'une origine unique. On peut supposer que sa mise en circulation est le fait de quelqu'un qui a eu accès, soit à la photographie originale, soit à une copie de travail, au sein de la rédaction.

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Télérama rend hommage à Jacques Martin et moi

Il y a au moins un consensus que les connoisseurs de la blogosphère partagent. Le titre "Actualités de la recherche en histoire visuelle" est à coucher dehors. Schneidermann, toujours fin nez, avait été le premier à repérer ce travers – et il est désormais de bon ton, lorsqu'on cite ARHV, de souligner cette infirmité. Télérama, à son tour, n'omet pas d'enfoncer le clou, dans un dossier intitulé "Comment se retrouver dans la galaxie des nouveaux médias" (n° 3010, 22-28 septembre).

L'examen du web par les anciens médias ne donne pas toujours des résultats convaincants. Mais le panorama brossé par Télérama, quoique rapide, n'est pas sans pertinence. Premier signe qui ne trompe pas: il ne mentionne pas Loïc Le Meur. Plus sérieusement, on sent que les journalistes (Emmanuelle Anizon, Erwan Desplanques, Wéronika Zarachowicz) s'appuient sur une observation réelle et portent un regard positif sur les nouvelles fonctions du réseau. ARHV figure en bonne place dans la galaxie des "médias critiques", aux côtés d'Acrimed et d'@rretsurimages.net, et fait l'objet d'un encadré louangeur (que je vais relire tous les matins en faisant mes actions de grâce, voir ci-dessous). “On attend toujours la révolution annoncée”, conclut néanmoins le papier. Cette phrase est passionnante. La perception qu'ellle exprime fait précisément partie des objets de mon séminaire de cette année, où l'on essayera de comprendre, exemples à l'appui, pourquoi l'on n'aperçoit pas une révolution alors que celle-ci est en marche. Emmanuelle, Erwan, Wéronika, si le coeur vous en dit, vous êtes les bienvenus!

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Gmail: le nouveau visage de la pub

En ligne depuis quinze jours sur YouTube, le clip a déjà été consulté plus de 3 millions de fois – une progression qui n'est pas près de se ralentir. Comme la vidéo "Dove Evolution", dont il vient d'être question ici-même, il s'agit d'une publicité virale pour le service de messagerie Gmail, propriété de Google. Mais plutôt qu'une production autonome, la séquence a été réalisée en sollicitant la collaboration des internautes, sur la base d'un canevas simple: la progression d'une enveloppe marquée d'un "M". Le clip final est un montage d'une sélection parmi les 1146 vidéos proposées au cours du mois d'août.

A l'instar de "Dove Evolution", "Gmail: Behind the scenes" illustre une transformation fondamentale de l'économie publicitaire. Plutôt qu'un parasite du canal, un message imposé dont le postulat implicite est qu'il nous ennuie ("Skip this ad"), la pub se transforme ici en un produit autonome qui fait envie. Non pas un message qui suscite le désir pour un autre produit, mais un clip qui devient lui-même un objet du désir, et qui encourage à son tour les reprises et les commentaires (d'où le buzz). Ni Dove ni Gmail ne nous disent: courez vous acheter un savon ou un compte de messagerie. Ils travaillent au second degré, en proposant gratuitement un objet-message attractif, rapide, ludique, simple et lisible, qui joue habilement des modes et des codes. Renforcez votre estime de vous-même. Voyez comment on peut fabriquer, grâce à votre aide, la première vidéo collaborative à l'échelle mondiale. C'est fun. C'est sympa. Tout le monde aime ça.

C'est là qu'il convient de regarder de plus près les règles de composition du film. Chez Dove comme chez Gmail, pas de dialogues: on laisse parler l'image – seulement soutenue par la bande-son. Mais pas n'importe quelle image: une image travaillée, ouvragée, augmentée. Et travaillée notamment par la gamme des effets et manipulations permis à tout un chacun par l'ordinateur. Dans le clip Gmail, l'efficacité du principe du déplacement latéral autorise toutes les variations et produit des effets particulièrement loufoques. Un marabout-bout de ficelle visuel, qui fait penser aux premiers trucages de Méliès découvrant les joies du montage – ou la règle archétypale du cinéma comme ressort d'un projet collaboratif 2.0. Sauf qu'en 2007, le recours à ces effets connote moins la cinéphilie que l'image amateur, dans un rythme familier aux spectateurs de vidéo-gag. Ce qui frappe au final, c'est la maîtrise de tous ces effets de proximité, remarquablement assimilés. La nouvelle pub arrive. On n'a encore rien vu.

Arrêt sur images en ligne: ça commence mal...

Diplomatie Ouest-Indienne, c’est le nom d'un nouveau blog (et une allusion au jeu d'échecs). Je laisserai à d'autres le soin de juger si c'est un bon titre ou pas. Toujours est-il que l'un des deux auteurs, le Fou, a aujourd'hui bien des ennuis, et que je m'en sens un peu responsable. Il publiait il y a une semaine un billet intitulé "Idée reçue n°1: La dictature esthétique des médias". Jugeant cette contribution intéressante, je la relayais samedi dernier sur ARHV. Lecteurs réguliers de mon blog, les rédacteurs du portail Rezo la signalaient à leur tour mardi 11 septembre.

C'est là que Daniel Schneidermann, à la recherche de contenus visuels pour alimenter le nouveau site @rrêtsurimages.net, découvre cet article. Rappelons que ce billet discute une vidéo bien connue sur le web, celle du fabricant de cosmétiques Dove, et sa réception sans nuances par les blogs et les forums. Résumé par DS, cela donne: "Si des greluches se rendent malades et anorexiques pour ressembler aux nanas des affiches, c'est de leur faute. Z'avaient qu'à pas regarder" (DS précise tout de même, soyons juste: “en très résumé”).

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La barbe

image L'existence d'un nouvel enregistrement vidéo d'Oussama Ben Laden a été rendu public hier soir par les agences de presse, en même temps que la réponse de George Bush. Selon l'AFP, la totalité du message n'est connue que par une transcription communiquée via un institut privé de veille antiterroriste. Le site de l'institut ne diffuse toutefois pour l'instant ni la vidéo, ni le texte du message. Un extrait de 3 minutes, posté vers 22h par Le Figaro, peut être consulté sur Dailymotion.

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Du Big Bang dans "Arrêt sur images"

A quoi sert la télévision? A assurer la promotion de produits dérivés sur le web. Après Karl Zéro ou John Paul Lepers, c'est Daniel Schneidermann qui annonce son intention de se lancer dans la web-TV payante, en proposant prochainement une version en ligne de la défunte émission "Arrêt sur images", financée par abonnement – mais accessible à tous.

Je ne suis pas un grand spécialiste des modèles économiques, mais le principe décrit par Schneidermann ressemble beaucoup à l'idéal de tout éditeur philanthrope. Combien de fois ai-je rêvé de pouvoir proposer Etudes photographiques en libre accès sur le web, tout en m'appuyant sur la générosité d'un noyau dur d'abonnés militants? La condition pour voir se réaliser cette équation édenique est de disposer d'un matelas suffisant de souscripteurs. Paierai-je pour voir "Arrêt sur images" en ligne? Malgré mes accès de mauvaise humeur face à un programme qui avait tendance à s'endormir sur ses lauriers (et sous réserve d'un tarif acceptable), la réponse est oui, pour au moins quatre raisons. Parce que la notoriété de l'émission confère une certaine crédibilité à son projet économique. Parce que la nouveauté de cette proposition promet de vrais efforts en termes de contenus. Parce que le canal choisi garantit une liberté de parole inédite. Enfin parce que payer pour soutenir une alternative au robinet télévisé ressort, non d'une obligation, mais d'un choix partisan.

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Faut-il que Fabiani s'efface?

image Pour ses lecteurs, l'arrêt d'un blog n'est jamais une bonne nouvelle. Mais son effacement définitif est encore bien pire. On peut parfaitement admettre qu'un blog, plutôt que de s'étirer dans la temporalité indéfinie des publications périodiques, ait une existence finie. On le quittera à regret, comme un livre qu'on referme. Mais au moins sait-on qu'on pourra le reprendre sur l'étagère, retrouver tel passage utile ou apprécié, vérifier telle formule, recopier telle citation. Le blog effacé fait au contraire s'évanouir l'oeuvre entière, sa chronologie, les discussions qu'elle a suscité, les mentions qui y renvoient. Après celui de Cyril Lemieux, lui aussi hebergé sur la plate-forme du Monde, c'est maintenant le blog de Jean-Louis Fabiani, Le piéton de Berlin, qui vient de se clore, en même temps que le séjour en Allemagne de notre collègue. Mais à la différence de Prises de parti journalistiques, dont l'archive conservée permet de consulter le travail d'observation médiatique de la campagne présidentielle, Fabiani a choisi de faire disparaître corps et biens son ouvrage. Je ne pense pas être le seul à trouver ce choix regrettable. Ouvert en juillet 2006, ce passionnant corpus de notes, recueil d'impressions, de réactions et d'analyses tout à la fois fantasque et rigoureux, était devenu une lecture indispensable. Serait-il possible de remettre en ligne ses archives? Je serais personnellement heureux de pouvoir à nouveau les consulter.

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