Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

La vidéo d'Angers: un tournant de la culture médiatique française

image Le 8 novembre 2006, un diffuseur anonyme poste sur Dailymotion une séquence vidéo de 2 minutes dans laquelle Ségolène Royal effectue une proposition iconoclaste: “la révolution des 35 heures” pour les professeurs de collège. Au cours des jours suivants, le "buzz" autour de cette séquence va enfler dans des proportions jusqu'alors inconnues dans le paysage médiatique français. Le mardi 14 novembre, l'expression "Ségolène Royal Vidéo" atteint la première place du classement des requêtes enregistrées par le moteur de recherche Technorati. Une semaine après sa mise en ligne, la séquence aura été visionnée un million de fois dans ses différentes copies sur Dailymotion: un score encore jamais atteint sur la plate-forme française de vidéos, à plus forte raison dans un espace de temps si bref (à titre de comparaison, la séquence qui occupait jusque-là la première place, un extrait de la série d'animation Southpark, avait été consultée près de 900.000 fois en 10 mois). En-dehors de l'interprétation politique de son contenu, quels ont été les ressorts de cette réception exceptionnelle?

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Grands médias, petites phrases; petits médias, grands discours

image Avec la désignation prochaine du (ou de la) candidat(e) socialiste à la présidence de la République prendra fin la première phase d'une précampagne déjà riche en rebondissements. L'un des éléments de bilan de cette période est un nouveau partage du rôle des médias. Pendant que les principaux représentants du gouvernement - Jacques Chirac, Dominique de Villepin ou Nicolas Sarkozy - occupaient le terrain des grands médias selon la formule traditionnelle de la petite phrase, de l'intervention ciblée ou de la proposition ponctuelle, on a vu les challengers installer un autre format grâce à l'espace offert par les médias alternatifs: télévision numérique terrestre ou web TV.

Frappé a priori d'illégitimité par les décideurs du marketing médiatique, le temps réservé à l'expression politique n'avait fait que se restreindre, se disperser ou se diluer dans la période récente. Aussi est-ce avec une certaine surprise qu'on a pu observer la réapparition de ce facteur inattendu: la durée, dans les prestations des candidats non-gouvernementaux, avec la série de débats du trio socialiste Fabius-Royal-Strauss-Kahn retransmis sur la Chaîne parlementaire (LCP), ou encore l'entretien de deux heures et demie accordé par François Bayrou à l'équipe du PoliTIC'Show. Assurément, ces formats pas plus que ces contextes de diffusion ne sont destinés à toucher la plus large part de l'électorat. Mais parce qu'ils s'adressent à sa partie la plus politisée, ils n'en pèseront pas moins de façon déterminante sur la suite de la campagne.

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Le parti socialiste est sur Flickr

image Prompts à signaler l'éclosion des blogs de personnalités politiques, les commentateurs spécialisés ont-ils remarqué que cette soudaine floraison s'était accompagnée, au parti socialiste, d'une véritable révolution culturelle? Comment appeler autrement, au pays de Renault, d'Alstom et de l'indépendance nucléaire, le choix d'employer les mêmes outils que le commun des mortels de la blogosphère, en l'occurrence Flickr ou Del.icio.us, célèbres plates-formes californiennes? C'est depuis cet été, sous la houlette du secrétariat national aux NTIC (délicieuse appellation garantie village gaulois pour les technologies de l'information et de la communication - comprendre le web) et de Vincent Feltesse, que le PS a procédé à son aggiornamento numérique. Plusieurs centaines de blogs militants ont été créés en l'espace de quelques semaines, répertoriés sur Del.icio.us. Ouvert en juillet, le compte Flickr officiel du PS met à la disposition des internautes une centaine de photographies placées sous licence Creative Commons, portraits de responsables ou images d'actualité, probablement issues du service de presse du parti (le nom des photographes n'est pas mentionné). Un matériel bienvenu pour illustrer la communication du réseau des blogs socialistes. Evidemment, tout n'est pas encore parfait (voir illustration), mais la campagne commence à peine, et l'on est curieux de pouvoir partager au jour le jour la perception offerte par un organe représentatif de la direction du PS. A l'heure où le parti débat à propos de la démocratie participative, il s'agit sans nul doute d'un effort de transparence bienvenu. Mais aussi d'un témoignage des déplacements produits par les nouveaux moyens de communication dans le paysage des pratiques politiques. A suivre...

Libé: tu ne cliqueras point

image Ce matin dans Libération, un article intitulé "Un clic et il était une fois la pub...". On y décrit un site web (qui) propose de redécouvrir le meilleur de la création publicitaire depuis 1968, avec quelques 75.000 images. Alléchant. Malheureusement, Libé, comme toujours fâché avec les références web, indique le nom de la ressource sans le moindre http://... ou le plus petit www. Reproduite telle que sur le site du journal, la mention interdit de procéder au clic annoncé (il faut recourir au couper-coller, puis corriger l'url). Pour faciliter la vie de l'internaute, restituons la bonne adresse: http://www.leclubdesad.org/. De prime abord moins affriolant que ce que pouvait laisser penser l'article (avec notamment une bonne partie des reproductions en noir et blanc), l'outil s'avère finalement plutôt efficace, notamment dans ses fonctions de recherche par année ou par période.

Ouverture du blog Afrique in Visu

image Jeanne, étudiante-chercheuse en histoire de la photographie et Baptiste, jeune photographe reporter partent à la rencontre des photographes émergents du Mali dans une optique d’échanges et de partage de connaissances… Echange autour d’un métier, de l’image, discussion avec l’école du Centre de formation en photographie (CFP), Mali...

Cela s'appelle Afrique in Visu et c'est un vrai projet de relation par et avec l'image, inventif, curieux et généreux. Un exemple qui montre que la marge de manoeuvre des étudiants n'est plus seulement limitée par le mémoire ou la dissertation, et qu'on aimerait voir suivi de beaucoup d'autres.

Rappelons que le mémoire de master de Jeanne Mercier, consacré aux Rencontres africaines de la photographie est disponible en ligne sur le site du Lhivic.

Lire aussi sur ce blog:

Daguerre et Wikipedia (fin)

A mon grand désappointement, l'affaire Daguerre vs Wikipédia se clôt par un fiasco. Rappel des épisodes précédents: en novembre dernier, consultant les articles "Daguerre" et "Daguerréotype" de l'encyclopédie en ligne, je constate qu'il sont illustrés par une reproduction du "Cabinet de curiosités", incunable de 1837 appartenant à la Société française de photographie (SFP). Une mention de copyleft explique que cette image relève du domaine public “en raison de la date de mort de son auteur” (Daguerre est mort en 1851). Cette justification pose à mes yeux un problème intéressant. Parmi les familiers des collections de la SFP, nous sommes quelques-uns à savoir que le daguerréotype en question s'est presque complètement effacé et présente aujourd'hui l'aspect d'un miroir. Cette photographie n'a plus été exposée depuis le début du XXe siècle. D'après mes vérifications, la seule reproduction en circulation est celle effectuée à partir d'une copie de 1925, en noir et blanc, par l'archiviste Georges Potonniée. Je décide alors de tirer argument de la différence d'aspect visible à l'oeil nu entre l'état actuel de l'original et la reproduction de 1925 (voir ci-dessus) pour interpeller Wikipédia sur ce blog et publier pour la première fois une image de l'aspect contemporain du "Cabinet". Fin du premier acte.

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Daguerre et Wikipedia (suite...)

image J'avais signalé en novembre dernier que l'encyclopédie en ligne Wikipedia, qui utilisait une reproduction du "Cabinet de curiosités", célèbre daguerréotype de 1837, pour illustrer ses articles "Daguerre" et "Daguerréotype", ne pouvait recourir à l'argument de la date de la mort de son auteur (en 1851), pour conclure au caractère libre de droits de l'image. Celle-ci diffère en effet du tout au tout de l'aspect de la plaque existante, conservée dans les collections de la Société française de photographie, aujourd'hui presque totalement effacée (voir ci-contre). Pour mettre à l'épreuve la réalité des circulations du réseau, je m'étais abstenu de soumettre directement cette objection à Wikipédia, et avais décidé d'attendre que l'information trouve seule son chemin. Il aura fallu patienter près de neuf mois – un délai un peu long compte tenu de l'instantanéité revendiquée des outils électroniques – mais ma bouteille à la mer est finalement arrivée à bon port. Hier, les rédacteurs de la version francophone de l'encyclopédie ont pris en compte mes arguments et estimé qu'il était préférable de retirer cette image des articles concernés.

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Le portrait de la reine

image On se souvient de l'ouvrage d'Ernst Kantorowicz, Les Deux Corps du Roi (Princeton, 1957; trad. fr. Gallimard, 1989), qui avait inspiré à Louis Marin son magistral Portrait du Roi (Minuit, 1981). En résumé, dans un contexte classique, l'exercice de la représentation ne renvoie pas au personnage réel mais à la fonction politique, dont le portrait est un attribut constitutif. Tel est encore le fonctionnement du portrait officiel des présidents de la république français, affiché dans toutes les mairies. Bien sûr, l'exercice médiatique moderne a fait évoluer ce cadre figuratif. Sans pour autant abolir la frontière entre corps privé et image de la fonction. Le président d'une démocratie élective peut-il avoir un corps? Qu'avons-nous le droit de connaître du corps réel - corps érotique, corps de désir - de nos représentants? Les réactions récentes à la publication des photographies de Ségolène Royal à la plage, ou encore à l'exposition du buste "présidentiel" d'Hillary Clinton montrent qu'il n'est pas si simple de répondre à ces questions. Et qu'elles se posent en termes nouveaux lorsque le corps en question est un corps de femme.

Deux magazines, Closer (n° 60) et VSD (n° 1511), ont publié respectivement les 7 et 11 août des photographies de Ségolène Royal en casquette et bikini turquoise, réalisées sans autorisation. A l'inverse du futur candidat à la présidentielle de l'UMP, amateur d'interdictions, de pressions et autres limogeages quand son image est en cause, la présidente de Poitou-Charentes a indiqué qu'elle n'attaquerait pas ces journaux en justice, même si elle y a vu, selon l'AFP, une «atteinte à sa vie familiale». La presse nationale et internationale s'est largement fait l'écho de ces publications. Les réactions ont généralement souligné «l'effritement du tabou» pesant sur la vie privée du personnel politique français; certains ont insinué que ces clichés «pourraient être des fausses photos de paparazzi». La blogosphère, quant à elle, a volontiers repris de manière sarcastique l'épisode, qualifié de non-événement.

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L'affaire Adnan Hajj: première manipulation emblématique de l'ère numérique

Pendant plus d'une dizaine d'années, pour montrer les manipulations permises par l'image numérique, les manuels de visual studies n'ont eu recours qu'à une seule illustration: l'altération du visage d'O. J. Simpson en couverture de Time. Remontant à 1994, cet exemple canonique était bien antérieur à l'essor de la pratique de la photographie numérique, à partir de 2003. Pourtant, malgré l'annonce répétée d'une marée d'images retouchées, les exégètes n'avaient eu jusqu'à présent que quelques cas bien innocents de rafistolages cosmétiques à se mettre sous la dent. A en juger par les effets produits par l'affaire Adnan Hajj, nous disposons maintenant du premier exemple emblématique de manipulation de l'ère de la photographie numérique.

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Zidane, la photographie absente

Qu'est-ce qu'une photographie absente? Notion incontournable de la pratique de la presse illustrée, l'image absente est par définition difficile à apercevoir. Elle est celle qu'on aurait souhaité publier, mais dont on ne dispose pas, et qu'on remplace faute de mieux par une autre – dans un contexte où il serait insupportable de ne pas produire d'image. Elle est la première raison de l'intrusion des enregistrements d'amateurs dans les grands médias – ersatz que seul légitime le défaut sur place de professionnels compétents.

Une photographie absente est difficile à repérer, sauf quand la planète entière a vu l'image manquée. Munis d'appareils coûteux et de téléobjectifs dernier cri, des centaines de reporters spécialisés encadrent le terrain d'une finale de la coupe du monde. Ainsi qu'en atteste l'édition du 12 juillet de Paris Match, pas un d'entre eux n'a réussi à reproduire correctement le fatidique coup de boule de Zidane, vu par deux milliards de téléspectateurs. Une seule photographie, par J. Macdougall (AFP), a fourni une image supportant la reproduction en grand format – une demi-seconde trop tard, au moment où Materazzi va toucher le sol, en grimaçant de douleur. A côté, en petit format, deux extraits de la vidéo du match, siglés Sipa, décomposent en deux temps le geste du footballeur français, sous l'espèce d'agrandissements flous et pixellisés, qui témoignent que la rédaction n'a pas eu mieux à se mettre sous la dent. Sans doute, l'attaque surprise de Zidane était-elle distincte du jeu proprement dit. Mais à quoi bon tant de moyens si c'est pour laisser échapper la seule action véritablement importante de la partie? Quoique placé sous le plus panoptique des regards, un événement planétaire peut donc se soustraire à la vigilance des meilleurs photographes et de milliers d'appareils. Une leçon qui confirme s'il en était besoin le caractère inattendu de l'altercation – mais aussi que la "bonne" photographie, l'image que l'on attend, est toujours un petit miracle étroitement dépendant des conditions de l'événement.

Requiem pour Libération

image Une page se tourne. Hier soir, on apprenait par un billet de l'Express que le patron historique de Libé, Serge July, était poussé vers la porte par le principal actionnaire du journal, Edouard de Rothschild.

Pour les lecteurs du quotidien, ce n'est pas tout à fait une surprise. Qui n'avait tiqué sur cette incroyable page de titre en forme d'aveu, réalisée pour l'édition du jour de l'an 2006: Adieu mélancolie... Vivement lundi! Banlieues en feu, revers référendaire, flop olympique et délocalisations... La France tourne la page d'une année plombée sur un succès: l'exposition "Mélancolie" au Grand Palais. Le premier article s'intitulait: "Douze mois moroses s'achèvent pour la France, qui a accumulé les revers. Revue de déprime". L'éditorial de Patrick Sabatier: "Humeur noire". Et comme pour mieux démentir la fausse gaieté de ce "Vivement lundi!", une illustration par Guillaume Herbaut, le photographe de Tchernobyl, d'Auschwitz et de Hiroshima, d'une femme masquée par un bouquet de roses. Une image qui hésite entre bons voeux et condoléances - ou plutôt: une image qui superpose à la figure imposée du jour de l'an, à la façon d'un pressentiment, une scène d'enterrement crépusculaire. La mélancolie ne fait que commencer.

ARHV, premier bilan

image Actualités de la recherche en histoire visuelle était officiellement inauguré le 21 novembre dernier. Six mois et 160 billets plus tard, ce blog a enregistré une fréquentation de plus de 100.000 visites et 250.000 pages consultées, ce qui est un résultat plus qu'honorable pour un site universitaire spécialisé – aujourd'hui le seul dédié aux études visuelles.

Ce domaine très vivant se modifie actuellement à bonne allure. D'où l'intérêt de lui appliquer la réactivité des technologies récentes du web interactif. Par rapport aux organes existants, le blog s'est avéré un irremplaçable outil de veille et de communication rapide d'informations. Cette fonction a vite pris le pas sur un cadre initial plus modeste. Annonces de colloques ou de publications, comptes rendus d'ouvrages ou d'expositions, signalement de ressources en ligne ont progressivement occupé un espace d'abord pensé pour rendre compte des activités du Laboratoire d'histoire visuelle contemporaine (Lhivic). La première raison de cette adaptation est que, dans un contexte encore peu concurrentiel, la création d'un organe spécialisé génère d'elle-même un flux d'informations que celui-ci centralise. La seconde réside dans le caractère éminemment pratique et rapide de l'enregistrement, de la transmission et du stockage d'informations par le blog, qui encourage un recours fréquent à l'outil. ARHV a ainsi publié à de nombreuses reprises annonces, informations et comptes rendus inédits et fait office, dans son domaine de spécialité, d'organe d'information tout court.

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"Ecrans" a l'oeil fixé sur la télé

image Nouvelle tentative de Libération pour dynamiser ses ventes: un supplément du samedi intitulé "Ecrans", défini comme “le premier hebdo sur cette nouvelle civilisation de l'image numérique“ (Jean-Michel Thénard). Paru aujourd'hui, le n° 1 est vendu pour l'instant sans surcoût avec le quotidien, dont il est prévu de faire passer le prix à 2 euros le samedi à partir de septembre.

Le résultat rappelle furieusement l'ancien cahier "Multimédia". Les temps forts du mini-magazine sont clairement situés du côté des jeux vidéo et de la télévision, avec notamment les excellents Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts, qui traitent depuis longtemps avec talent du petit écran dans les colonnes du quotidien. Côté internet ou photo numérique, en revanche, on frise le scandale: pas un article sur Flickr, pas la moindre prise en compte de la révolution des usages en cours, mais un "Netoscope" façon programme de télé, qui témoigne de l'ampleur du malentendu. Comme si l'on pouvait prévoir à l'avance les contributions les plus intéressantes à paraître sur internet. Comme si le web était un média à sens unique, à consommer passivement, quand sa richesse est du côté du commentaire et de l'interaction. Comme si la grille de lecture appliquée au multimédia était celle du bon vieux programme télé.

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"Elle" n'a plus besoin des people

image A l’instar des magazines people, la couverture du dernier numéro de Elle met en scène le couple de stars le plus paparazzité du moment: Brad Pitt et Angelina Jolie. L'actrice tient dans ses bras leur nouveau né, tant attendu et déjà surnommé "Brangelina". ...A cela près qu'il s’agit de sosies, photographiés par l’artiste britannique Alison Jackson «qui aime prendre le public au piège de sa curiosité pour les célébrités», écrit Lauren Bastide dans son article ("Les stars ont-elles encore une vie privée?", Elle, n° 3148, 1er mai 2006).

L’artiste désire questionner la frontière ambiguë entre fantasme et réalité grâce à ses oeuvres mettant en scène des sosies de «personnes intouchables», dans des situations privées, afin de créer du «vrai faux volé»: Monica Levinski allumant «un gros cigare à Bill Clinton» ou encore un «portrait de famille où Diana et Dodi Al Fayed posent en tenant dans leurs bras un bébé métis». Avec de telles photographies, Alison Jackson s’attire les honneurs des critiques d’art britanniques, mais également les réactions acerbes des tabloïds anglais.

Dans son article, Lauren Bastide suppose: «En voyant ces photos, vous avez certainement poussé un cri de surprise, avant de les regarder plus attentivement.» Mais le piège est efficace et, à grand renfort d’editing, la couverture surjoue l'ambiguité et la confusion. Le titre de l’article: "Les stars ont-elles encore une vie privée?", occupe une place très importante, en caractères orange vif. Plus petite, en jaune vif, la légende indique: «Le bébé de Brad et Angelina comme vous ne le verrez jamais!». Bien qu’en partie surlignée de jaune, ce n’est qu’en bas de page, et en caractères noirs de petite taille, qu’un commentaire dévoile la supercherie. Alison Jackson entend mettre en scène «non pas les stars, mais la fascination qu'elles exercent sur nous». La journaliste précise que, vraies ou fausses, les photos de célébrités nous offrent «une part de rêve, ou plutôt l’illusion d’un rêve». Rêve ou curiosité, l’illusion à sans doute permis, ici, de réaliser un réjouissant chiffre d’affaires…

Les clichés qui présenteront le bébé de Angelina Jolie et Brad Pitt sont estimés à 1 million de dollars. Lauren Bastide justifie la valeur de ces photos par la prolifération de titres qu’engendre la naissance d’un «bébé people». En connaisseuse, elle imagine de façon pertinente les éventuels titres qui accompagneront les premiers jours «du divin enfant». Par exemple: «Nous pourrons nous délecter (…) de la dévotion de Brad qui ira, à moto, acheter couches et petits pots au supermarché du coin.»

Le piège d’Alison Jackson et du magazine Elle a-t-il fonctionné? Le nombre de ventes le révélera sans doute. La presse people se porte bien et vend, chaque semaine, 2,5 millions d’exemplaires, rappelle Lauren Bastide qui parle d’«un business qui ne connaît plus de limites ». A quand les magazines people sans people?

Emballements médiatiques autour des nouveaux usages de l'image

image Deux faits divers récents témoignent d'un symptôme similaire: un effet d'emballement médiatique qui prend sa source dans les nouveaux usages de l'image. Le 12 avril, Joe Van Holsbeeck est poignardé par deux agresseurs dans le hall de la gare centrale de Bruxelles. Mais ce n'est qu'à partir de la diffusion par le parquet belge, le 21 avril, d'extraits des enregistrements de vidéosurveillance à fins d'identification (voir illustration), que cette affaire sera mentionnée dans la presse française. L'émotion suscitée est intense: le dimanche 23 avril, une marche organisée en hommage à la victime réunit 80.000 personnes à Bruxelles. Certains s'interrogent déjà sur la disproportion entre la cause et les effets. Dès le 25, les auteurs sont identifiés, et la justice demande le retrait ou le floutage des vidéos reproduites sur internet, car les suspects sont mineurs. Mais les images n'en continuent pas moins d'être reprises par les journaux télévisés, illustrant une chasse à l'homme qui se poursuit jusqu'au 27 avril. Selon Michel Weemans, chercheur au CEHTA, l'importance conférée par les médias à cette affaire comme sa surévaluation dans l'opinion publique sont dues essentiellement à l'existence et à la diffusion répétée des vidéos une semaine durant.

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