Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Beyond the photograph: Science and the antique in the work of William Henry Fox Talbot

image After André Gunthert's lecture in the lhivic seminar on the early days of the digital photograph and its 'inventor', we returned to one of the inventors of analogue photography, to William Henry Fox Talbot (1800-1877). Talbot is now primarily remembered as one of the pioneers of photography, but his work ranged across the natural sciences, classical scholarship and Assyriology. The recent acquisition of Talbot's archive, including his hitherto neglected non-photographic notebooks, by the British Library now provides an opportunity to uncover Talbot's various interest and outstanding role as a Victorian universal scholar.

The aim of the project "Beyond the photograph: Science and the antique in the work of William Henry Fox Talbot", which began in October 2007, is to catalogue the approx. 330 notebooks and situate the work of the inventor of the positive-negative photographic method on paper in a wider historical and scientific context. Through an examination of archival material at the British Library and elsewhere, this project also aims to produce a doctoral thesis on new aspects of the work of Talbot in addition to the catalogue of his notebooks. The thesis explores Talbot's interest in photographic inventions in connection to his lifelong significant scholarship in Archaeology, Classics and Assyriology, allied to a broader academic programme of research in the history of Middle Eastern Archaeology. When Henry Austen Layard, after his Assyrian excavations in ancient Mesopotamia in the 1840s and 1850s, brought back numerous objects to the British Museum, Talbot became one of the four leading experts in the decipherment of cuneiform. At that time, Archaeology and Assyriology started to establish themselves as disciplines and photography quickly became one of the most important tools for archaeological research. Hence, Photography and Archaeology/Assyriology were directly linked to each other in the 19th century. Talbot as a leading expert in both fields offers an exceptional case study to show how the disciplines have been closely linked to each other in practical terms. For the French context it is crucial to mention, that the first scientific use of Talbot's technique in Mesopotamia was carried out by the French expedition team lead by the archaeologist Victor Place in the 1850s. The project is supported by a collaborative doctoral studentship awarded by the AHRC to the University of Cambridge (Professor Simon Schaffer, Department of the History and Philosophy of Science) with the British Library. Link: http://www.bl.uk...

Résumé de la présentation par Mirjam Brusius dans le cadre du séminaire "Recherches en histoire visuelle", EHESS/INHA, 13/11/2008.

Un nouveau Bretton Woods?

Il faut reconnaître, et les marchés financiers l’ont fait avec leur cynisme habituel, que ce G-20 est un échec. Il ne pouvait en être autrement car il a été convoqué de manière précipitée, avec une administration américaine moribonde et sans que les autres pays n’aient réussi à constituer un front commun qui aurait pu contraindre les Etats-Unis à modifier sur le fond leurs positions habituelles. Personne n’était présent pour porter les propositions alternatives qui, aujourd’hui, sont les seules à pouvoir apporter des solutions à la crise en s’attaquant à ses causes réelles.

Dans ces conditions, on est très loin de l’objectif initial d’un «nouveau Bretton Woods». Le processus d’une réforme du système monétaire international n’a même pas été engagé. De cet échec va naître dans les mois qui viennent un processus de fragmentation du système monétaire et financier international.

Le point de rupture entre partisans du désordre ancien et partisans d’une véritable reconstruction du système monétaire financier se concentrera sur deux questions: le contrôle des capitaux et des formes de protectionnisme permettant d’éviter l’importation des effets dépressifs des politiques de certains pays.

Seule la combinaison du contrôle des capitaux (le retour à la convertibilité en compte courant) et de mesures de protection peut permettre de créer des espaces de stabilité au sein du désordre actuel. À terme, seule cette combinaison peut garantir, comme Keynes le montrait dès 1941, l’articulation entre des règles négociées de comportement entre pays pour éviter les politiques prédatrices (commerciales, sociales ou écologiques) et la liberté d’action – la souveraineté des politiques économiques et sociales – qui est nécessaire pour que chaque pays puisse trouver sa propre trajectoire sociale et économique de développement. Pour ne pas refaire une fois de plus, une fois de trop, les mêmes erreurs il convient de bien se pénétrer des leçons des débats de 1941 à 1946 sur la reconstruction du système monétaire international, ainsi que de celles de la désintégration du système de Bretton Woods.

Extrait de "L’économie politique internationale de la crise et la question du «nouveau Bretton Woods». Leçons pour des temps de crise", texte inédit (32 p.), lire en ligne, télécharger le pdf (1,2 Mo).

Le monde qui vient

Réflexions sur les conséquences de la crise et les tendances économiques à venir

image Il ne fait guère de doute que les économies d’Europe occidentale et de l’Amérique du Nord vont connaître une récession profonde et de longue durée. Celle-ci découle à la fois des conséquences de la crise financière et bancaire, et en particulier des formes brutales que prend aujourd’hui la contraction du crédit, mais aussi et surtout du fait que le fondement de cette crise est constitué, comme on l’a soutenu ailleurs, par une crise du mode de croissance néolibéral. Dans ces conditions, il apparaît comme une évidence que la conjonction de ces deux dimensions va entraîner une contraction profonde de l’activité.

Celle-ci durera tant que n’émergera pas une autre dynamique de croissance. Aujourd’hui, même si les pays émergents sont moins touchés que les pays développés, et même si la crise devrait se traduire par un ralentissement de la croissance (de 11% à 9% en Chine, de 8% à 6% en Russie), l’effet de traction de ces pays ne saurait à lui seul tirer hors de la crise les pays développés. Il est donc inévitable que des restructurations profondes se mettent en place dans ces économies. Elles affecteront aussi les pays émergents et, progressivement, c’est une autre configuration de l’économie mondiale qui émergera.

Racines et profondeur de la récession dans les économies développées

La récession dans laquelle les économies développées sont entrées a des causes multiples. Elles se combinent pour créer un climat récessif global dont l’ampleur dépasse largement ce que l’on a connu depuis 1945.

La récession provient tout d’abord des effets immédiats de la contraction du crédit. Cette dernière s’est brutalement accélérée avec la phase de crise de liquidité que l’on a connue entre le 20 septembre et le 15 octobre. Même si cette crise semble partiellement surmontée comme le montre la détente sur les taux de l’argent au jour le jour et à court terme, les banques n’ont pas significativement modifié leur politique. L’annulation systématique des facilités de caisse et de découvert accordées aux entreprises que l’on constate non seulement en France et dans plusieurs pays de la zone euro, mais aussi aux Etats-Unis, va avoir un impact important à court terme sur l’activité économique. On constate un phénomène du même ordre pour les crédits accordés aux ménages et le nombre de refus de dossiers a largement dépassé les 50% en France depuis début septembre 2008. Le rationnement du crédit aujourd’hui ne se fait plus par le prix (le taux d’intérêt) mais directement par la quantité (refus de dossier ou suspension de facilités de paiement). En fait, nous sommes passés d’un système de «marché du crédit» à un système de crédit administré décentralisé, qui est sans doute le pire de tous les systèmes. Une allocation administrée centralisée serait en effet plus efficace.

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Pour une localisation contextuelle des paramètres de confidentialité (sur Facebook et ailleurs)

image Il y a quelques jours, Gilad, les yeux écarquillés, m'appelle pour regarder son écran d'ordinateur. Il était sur Facebook et venait de découvrir un trou dans la protection de la confidentialité. Ayant paramétré son fil de nouvelles pour afficher autant d'infos photo que possible, il était régulièrement informé des commentaires de ses amis sur les photos de leurs contacts, y compris ceux avec lesquels il n'était pas relié. Jusque-là tout va bien. Mais Gilad se rendit compte qu'il pouvait cliquer sur ces photos et, de là, apercevoir tout l'album de ses "amis d'amis" – même ceux dont le profil ne lui était pas accessible. Il suffisait pour cela qu'un de ses contacts y figure, identifié par son phototag. Quel plaisir d'accéder ainsi à des images qui ne lui étaient pas destinées! Il était fou de joie.

Il y a plusieurs façons d'expliquer ce phénomène. C'est peut-être un bug dans le système de Facebook. Mais il s'agit plus probablement d'une conséquence de l'autorisation d'accès aux "amis d'amis", accordée par les usagers sans qu'ils en mesurent les effets, parmi les complexes paramètres de confidentialité dont même Gilad ignorait l'existence. Quoiqu'il en soit, il avait l'impression de voir des images qui ne lui étaient pas destinées. Je suis sûre que les amis de sa petite sœur ne se rendaient pas compte que le fait de la phototagger au sein de leurs propres albums allait rendre ces albums visibles pour son frère.

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Pourquoi sommes-nous si impudiques ?

image Les enquêtes sur les usages d’Internet font systématiquement apparaître deux résultats absolument contradictoires. Les usagers se montrent de plus en plus soucieux des risques de contrôle, de détournement et d’exploitation commerciale des données personnelles qu’ils laissent sur Internet. Mais par ailleurs, ils – et ce sont pourtant souvent les mêmes – se révèlent de plus en plus impudiques dans leurs pratiques d’exposition de soi, notamment sur les sites de réseaux sociaux et les blogs. Cette ambivalence n’est qu’apparente si l’on est attentif au fait qu’elle oppose une pratique à une représentation. La sociologie des usages rencontre souvent de tels désajustements et elle a appris qu’en la matière, il était préférable de se fier aux pratiques. Tout, en effet, laisse à penser que la tendance «expressiviste» qui conduit les personnes à afficher de plus en plus d’éléments de leur identité personnelle sur le web n’est pas prête de s’éteindre. Aussi est-il nécessaire de comprendre les ressorts sociaux, culturels et psychologiques de ce phénomène. Car l’exposition de soi ne signifie pas un renoncement au contrôle de son image. Elle témoigne, au contraire, d’une volonté que l’on pourrait presque dire stratégique de gérer et d’agir sur les autres en affichant et en masquant des traits de son identité. C’est ce paradoxe qui se trouve au cœur des débats sur la privacy dans le web 2.0 et dont on voudrait éclairer quelques aspects à travers la lecture de travaux de recherche récents.

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Trop peu, trop tard? Les aventures du plan Paulson

L’adoption du plan Paulson par la Chambre des représentants le vendredi 3 octobre met fin aux «folles journées» de septembre. Si cette décision était attendue et nécessaire après le chaos qu’avait provoqué un premier rejet du plan, elle ne signifie nullement la fin de la crise financière. Cette dernière va continuer à s’approfondir et à manifester ses effets dans le secteur réel comme dans le secteur financier[1], mais sous des formes qui, pour un temps, seront sans doute moins catastrophiques sauf si une spéculation brutale devait se développer à brève échéance sur les taux de change[2]. Le plan Paulson et le déficit budgétaire qu’il va induire, soulèvera à terme le problème de la dette souveraine des Etats-Unis.

L’adoption du plan Paulson va cependant permettre aux opérateurs financiers et aux gouvernements de gagner au mieux quelques semaines de répit. Il conviendra de les mettre en oeuvre pour apporter les remèdes structurels que la crise financière exige et pour répondre à l’entrée en récession aujourd’hui inévitable des principales économies occidentales. Ceci implique cependant que toutes les leçons des événements des derniers jours soient tirées, et en particulier dans le domaine de la théorie économique.

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Le rapport Giazzi a bien raison

image Bien qu’André Gunthert ait accepté de publier cet article sur son blog, il est nécessaire de dénoncer sans détour l’incroyable impudence de cet individu qui prétend produire des articles d’information ayant trait à l’image.

En effet, si l’on en croit le récent rapport Giazzi (pdf) commandé par le président Sarkozy et rendu public en septembre, l’activité d’André Gunthert est forcément suspecte et ne donne aucune garantie à ceux qui le liraient. Il importe de souligner en préambule les faits suivants, incontestables:

  • André Gunthert n’est pas journaliste puisqu’il ne dispose pas de carte de presse,
  • André Gunthert n’a reçu aucune formation de journaliste,
  • André Gunthert écrit sur Internet, ce qui aggrave encore son cas.

Le rapport Giazzi a bien raison de s’attaquer à la crédibilité des sites Internet d’information qui n’emploieraient aucun «authentique journaliste».

Il est important, comme l’affirme le rapport, d’employer d'«authentiques journalistes», c'est-à-dire des personnes ayant une formation de journaliste et titulaires de la carte de presse. On évitera ainsi de lire d’énormes erreurs sur des sujets pointus, choses qui n’arrivent jamais dans la presse papier employant d'«authentiques journalistes». On ne verra plus jamais des amateurs annoncer la mort de quelqu’un pourtant encore bien vivant. On ne verra jamais un «authentique journaliste», c’est évident, faire croire par un montage bien mené qu’il a rencontré directement un dictateur d’Amérique centrale pour l’interviewer. On ne verra jamais un «authentique journaliste» ne pas parler d’un sujet, ou édulcorer celui-ci, parce qu’il ne plaît pas à son actionnaire principal.

Comme le dit, dans sa grande sagesse, le rapport Giazzi, alors que «des études de plus en plus alarmantes (…) confirment la perte de crédibilité de la plupart des médias, principalement écrits», «il est urgent de retrouver la confiance des citoyens». Pour ce faire, il suffit de n’appliquer la TVA réduite qu’aux sites Internet employant d’«authentiques journalistes», bénéficiant de l’agrément de la commission paritaire ou issus des titres papier qui ont déjà bénéficié de cet agrément.

Il est normal que les sites d’information sur Internet qui osent ne pas employer d'«authentiques journalistes», dégradant de ce fait «la qualité des industries de contenu», soient taxés et désignés publiquement comme participant à cette entreprise de déstabilisation nationale.

Je sais, pour ma part, ce qui me reste à faire: engager Bataille et Fontaine - d'«authentiques journalistes», titulaires de la carte de presse, eux.

Didier Rykner (fondateur du site La Tribune de l’Art, employant des historiens de l’art sans carte de presse et pas d’«authentiques journalistes», compromettant ainsi redoutablement sa crédibilité par rapport aux supports papier ou aux sites Internet issus des supports papier).

Sept jours qui ébranlèrent la finance

La crise financière a connu un tournant majeur dans la semaine qui s’est écoulée entre le dimanche 14 septembre et le vendredi 19 septembre 2008. L’accélération brutale des événements a provoqué leur changement de nature. L’accumulation quantitative des chocs a induit leur transformation qualitative. Les représentations des acteurs se sont révélées tout comme elles se sont brutalement transformées. En ce sens les six journées dramatiques qui vont de l’après-midi du dimanche 14 à la clôture de la séance à Wall Street le vendredi 19 constituent un de ces «moments» historiques où sont testées tout autant les stratégies que les doctrines et les théories qui les sous-tendent.

La décision prise par les autorités américaines de créer une gigantesque caisse de défaisance pour tenter, enfin, de dénouer la crise est une étape décisive. Elle était inévitable et survient probablement bien plus tard qu’il n’eut fallu. Cette décision, renforcée par des mesures techniques très contraignantes comme l’interdiction de vente à découvert (short selling) ne met pas fin à la crise. Elle en transforme cependant le processus et conduit à un déplacement du front des événements qui désormais sont susceptibles de survenir.

S’il est encore trop tôt pour prétendre en tirer toutes les leçons, certains enseignements sont d’ores et déjà disponibles et doivent être pris en compte.

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Tout est possible (avec Jean-Marc Morandini)

On l’aime bien notre JMM national, depuis son arrivée fracassante sur le net avec son blog éponyme, jeanmarcmorandini.com, il continue à nous épater avec sa naïveté de candide entrepreneur du blog prêt à tout pour réussir. Toujours à la limite de la déontologie journalistique et des pratiques du fair use, il reste le meilleur testeur des limites éthiques et juridiques du web 2.0.

Dernier épisode en date: on le sait, depuis la rentrée de septembre, JMM utilise le player vidéo de Rentabiliweb (société administrée par J6M, ancienne danseuse étoile du web 1.0) pour diffuser de nombreuses vidéos «EXCLUSIVES!!», «SCOOP DE LA MORT», «VA VOIR CA OU T'ES NAZE», «MEME TA MERE L’A VUE». Avec ce player, JMM peut packager n’importe quelle vidéo dans un player qui affiche de la pub en overlay avant le click sur le bouton «play» et après le click sur le bouton «stop» ou «pause».

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Valse avec Bachir, l'horizon du visuel

Valse avec Bachir a été amplement commenté lors de sa présentation au dernier festival de Cannes parce qu’il présente la particularité d’être un documentaire d’animation. Son réalisateur, le cinéaste israélien Ari Folman a tout d’abord adopté la technique classique du documentaire en réalisant des interviews filmées d’anciens soldats jetés comme lui en 1982 dans la guerre du Liban. Pour retrouver ses propres souvenirs, si profondément enfouis qu’il les avait complètement effacés, il a sollicité les souvenirs des autres à travers le récit que ceux-ci lui en donnent aujourd’hui. Valse avec Bachir est un film sur la mémoire, ses méandres, ses retours, ses lacunes, ses inévitables transformations, son rapport incertain au réel vécu.

Mais, plutôt que de restituer en l’état les interviews enregistrées, au besoin en les complétant par des images d’archives, Ari Folman a pris le parti de les illustrer au moyen de séquences d’animation conçues de toutes pièces à partir des récits des uns et des autres. A la subjectivité des paroles s’est donc ajoutée la fiction délibérée des images, même si celles-ci sont manifestement inspirées de lieux, de personnages et d’objets réels. Au fond, le réalisateur a voulu assumer complètement le fait que l’on ne peut pas restituer le passé sans le voiler aussitôt de fiction. Dans son film, seules les paroles des différents personnages restituent en l’état la trace enregistrée lors des entretiens. Tout le reste, même l’aspect physique de ses interlocuteurs, a été graphiquement composé ou recomposé. Ainsi, aucun spectateur ne peut croire avoir sous les yeux la réalité vécue au Liban par ces soldats israéliens tant le filtre visuel qui lui en restitue un aperçu est manifestement artificiel.

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La photographie privée: une source pour l’histoire de la culture visuelle

image Dans mon projet de doctorat, j’étudie les représentations de l'amitié dans un groupe d'albums photos. Les traces matérielles des relations personnelles sont rares, car ces relations se réalisent surtout dans le contact direct et nous sont transmises seulement par des documents personnels, tels que: lettres, journaux intimes et photos privées. En même temps, jusqu’à aujourd'hui, ces dernières ont attiré très peu d’attention des chercheurs, quoique la photographie ait été vite introduite dans la vie quotidienne. Presque depuis son invention, la bourgeoisie l’utilisait pour faire des portraits à donner aux amis et aux parents, de sorte que les photos privées sont devenues des documents personnels très répandus vers la fin du XIXe et surtout au XXe siècle.

En mettant l’amitié au centre de cette étude, je me concentre sur le sujet qui est le motif le plus fréquent après la famille dans la photographie privée. Dans la littérature sur la photographie privée on trouve des formules fixes qui disent que les photos étaient prises de la famille et des amis et qu’elles étaient montrées dans le cercle familial et amical. Tandis que la photographie familiale a été étudiée assez fréquemment par différents chercheurs, la photographie amicale mène une existence marginale.

En ce qui concerne les sources, je m’appuie essentiellement sur la collection des photographies privées du Musée national suisse qui comporte près de 2000 albums de 1860 jusqu’à nos jours, la plus importante de ce genre en Suisse. La majorité des albums date des années 1890-1960. La collection n’a pas encore fait l'objet de recherches, de sorte qu’il y a seulement quelques courts articles sur quelques albums de la collection. Sur ces 2000 albums, j’en ai retenu 195 pour mon étude.

Dans le cadre de cette intervention, je voudrais présenter mes réflexions méthodologiques sur la photographie privée comme source pour l’histoire de culture visuelle. Mon sujet :"La mise en scène de l’amitié et la pratique photographique entre des amis" ne me sert qu’à questionner la photographie privée et à me demander comment on devrait procéder dans l’analyse des photographies anciennes. Dans un premier temps, je me tourne brièvement vers la photographie privée comme champ de recherche. Dans un second temps, j’ajouterai les deux approches à la photographie privée et ma méthode d’analyse et pour finir quelques problèmes de la photographie privée comme source.

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Remixer le politique

image Un mois après l'émouvant discours "Yes We Can" prononcé par le candidat démocrate Barack Obama à Nashua, ce slogan continue à retentir sur internet. Dès le lendemain de sa victoire aux primaires de New Hampshire, le 9 janvier, ses partisans mettaient en ligne la vidéo du discours sur YouTube. Vu entretemps plus de 340.000 fois, cette séquence de 13:09 min mêle de longs extraits du discours, entrecoupé de scènes des supporteurs accourus en foule. La particularité de ce discours ne repose pas seulement sur le ton répétitif et cadencé, parfois quasi slammé, d'Obama, mais aussi sur les réponses de son public, qui scande en rythme son nom ou les slogans. La musicalité particulière de cette vidéo, qui n'est pas sans rappeler le célèbre discours de Martin Luther King, a inspiré le chanteur Will.i.am.

Comment réalise-t-on un remix d'un discours politique viral? La version "Yes We Can-Barack Obama Music Video" par Will.i.am est une compilation en noir et blanc de 4:30 min avec 17 artistes, chanteurs et acteurs. Sur un écran divisé en bandes verticales, les interventions chantées sont disposées en vis-à-vis du rappel des séquences de la vidéo initiale, reprenant ou répondant à la voix d'Obama. Les vivats de la foule, les applaudissements et la phrase répétée "Yes We Can" forment des ingrédients rythmiques du remix. Mis en ligne le 2 février sur plusieurs sites, dont YouTube, le clip a déjà été vu plusieurs millions de fois en une semaine.

Pourtant, le clip de Will.i.am n'est pas la première reprise du discours d'Obama. "Fired up, Ready to go!", une des phrases du candidat démocrate, avait également inspiré une autre adaptation musicale - également diffusée sur YouTube depuis le 27 janvier 2008. Mais ce clip ne reprend que quelques phrases isolées du discours, et n'intègre pas les éléments caractéristiques puissants issus du contexte de la vidéo originale. Avec une centaine de milliers de vues, cette version rock-choral du groupe Bergevin Brothers semble avoir rencontré moins de succès.

La comparaison des deux clips montre l'originalité de celui composé par le chanteur de Black Eyed Peas. Musicalement plus sobre, avec un simple accompagnement à la guitare sèche, il fait reposer l'essentiel de sa composition sur le remix et l'image d'Obama. Le clip se clôt sur le mot "HOPE", qui se transforme en "VOTE", avec un appel générique à la mobilisation électorale repris en commentaire.

En écho au changement réclamé par le candidat démocrate, le glissement du discours politique dans la forme du remix musical constitue une illustration de plus de la vitalité de la campagne d'Obama. Il témoigne aussi que le discours politique peut encore offrir un espace d'expérimentation et de renouvellement à l'expression militante.

Pratiques des blogs en Afrique

image L’étude des blogs n’est pas ma spécialité, vous excuserez donc mon manque de vocabulaire et de connaissances sur le web 2.0. Je ne réalise pas ma thèse sur ce sujet, bien que les blogs recoupent souvent mes différentes problématiques. Mes premières recherches et d’ailleurs mes premiers pas sur les blogs remontent à peu près au début du projet que je coordonne, Afrique in visu. Avec ce blog, j’avais un réel vivier d’exploration devant moi.

Afrique in visu est une plateforme d’échanges autour du métier de photographe en Afrique. Le but de cette plateforme participative et contributive était de mettre en réseau les professionnels de l'image du continent africain. Cette interface web est avant tout un outil de communication et de diffusion pour les photographes qui permet un échange de savoir-faire autour de l'image. Initié en octobre 2006 au Mali, ce projet a connu un impact sur le continent africain dès le mois de janvier 2007. Plus de 1500 connexions, dont une majorité en Afrique, et surtout la majorité des commentaires venait des photographes locaux.

Par l’intermédiaire de ce projet, les photographes de la communauté Afrique in visu nous ont signalé les coordonnées de leur site professionnel ou de leur blog personnel. C’est à travers eux que j’en suis venue à m'interroger. Parallèlement au projet initial, j’ai commencé à observer les usages et les pratiques des téléphones mobiles autour de l’image au Mali et bien souvent, via ces recherches sur les mobiles, je retombais sur les blogs de téléchargement de musiques africaines, etc.

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Un art comme les autres? La photographie et le musée au tournant du XXe et du XXIe siècle

image En 20 ans, notre perception de la photographie du XIXe siècle et des premières années du XXe siècle a considérablement changé. Jusqu’alors cantonnée au cercle de l’érudition, on peut dire aujourd’hui que la photographie de cette époque a bénéficié de la revalorisation et de l’actualisation de l’ensemble de l’art du XIXe siècle. On pourrait évoquer l’enrichissement des collections ou le développement des institutions spécialisées, mais nous avons préféré souligner la corrélation entre la recherche et la muséographie à travers le rôle des expositions dans la transformation de notre regard sur la photographie. Cette photographie du XIXe siècle appartient désormais à l’histoire de la modernité. Mais, de surcroît, elle s’est dégagée d’une simple valeur documentaire et d’un rôle de servante des arts, la photographie est comprise comme un phénomène de création, au-delà des frontières esthétiques. Cette créativité reconnue a connu un moment fort: en 1989, les grands musées dans le monde fêtaient unanimement les 150 ans de la divulgation de la photographie. Le musée d’Orsay proposait alors une manifestation originale intitulée "L’invention d’un regard", où il ne s’agissait plus de sacraliser les grands noms mais de rendre exemplaires les modalités expressives de la photographie: cadrage,vitesse, plan rapproché, etc. Si un fort tribut était alors versé à la vision américaine de l’art photographique – et notamment à la sensibilité du grand conservateur du MoMA, John Szarkowski, récemment disparu - c’est-à-dire s’il s’agissait bien de faire reposer l’art de la photographie sur les seules spécificités du médium, le propos trouvait en France et en Europe une réception différente, presque paradoxale. Il s’agissait de ce côté de l’Atlantique de regarder les photographies en fonction de leurs usages de l’époque et, de là, en percevoir les enjeux esthétiques. En n’oubliant jamais leurs déterminations socio-économiques, en ne séparant jamais la forme du fond, en établissant une corrélation indéfectible entre créativité et fonctionnalité, bref en ne "déshistoricisant" jamais l’image ce qui avait été le grand projet du dogme moderniste américain. A bien des égards c’est ce qui nous a semblé marquer toute une génération et qui est une position prometteuse aujourd’hui: le retour de la question de l’usage dans l’histoire et l’esthétique des images.

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"Affiches de campagne": une expérimentation des usages visuels

image Le 12 avril 2007, soit quatre jours après le début de la campagne officielle pour les élections présidentielles françaises, le projet "Affiches de campagne" a été lancé par le Laboratoire d’histoire visuelle contemporaine (Lhivic). Les objectifs de ce projet étaient définis dans un message électronique diffusé largement auprès des chercheurs de l’EHESS, ainsi qu’auprès des étudiants et usagers de la liste de diffusion du Lhivic. Il s’agissait de mener une «petite étude collective de réception» concernant les graffitis et autres atteintes portées aux affiches officielles des candidats. La première phase de l’exercice devait consister en la constitution d’un corpus, la seconde phase en serait l’observation et l’analyse critique.

Plutôt que de proposer la vision sémiologique habituelle de l'affiche comme réseau de signes, l'hypothèse de travail a été de les considérer du point de vue de leur réception, comme un support d'expression politique. Les affiches politiques suscitent des réactions variées et souvent vives, en particulier dans le contexte très personnalisé de l'élection présidentielle. La nouvelle économie du dialogue permise par les outils du web nous rend aujourd'hui attentifs au fait que l'affiche est un objet particulièrement soumis à l'exercice de l'interaction. D'où l'idée d'essayer d'enregistrer ce phénomène fugitif, de façon collective et locale. L’exercice, qui était d’ailleurs proposé «à titre de divertissement», n’a pas été réalisé selon un protocole scientifique rigoureux. Les consignes de départ étaient volontairement assez souples et ont été complétées d’indications méthodologiques au fur et à mesure de la constitution du corpus.

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