Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Rencontre avec Daniel Cohn-Bendit à l'EHESS

image "Changeons le programme" a proposé le 27 février le débat: "Quelle politique européenne de la recherche et de l'enseignement supérieur?" (EHESS, 105, Bd Raspail, amphithéâtre, modération: Cyril Lemieux). Daniel Cohn-Bendit, député européen a répondu aux interventions de Sylvain Piron (EHESS), Laurence Giavarini (SLU) et Michel Saint-Jean (SLR) en présentant diverses réflexions sur la politique européenne de la recherche (album).

Avec la participation de:

Universités: y a-t-il un pilote dans l'avion?

L'arrogance de ces gens les perdra. Effrayé par l'inexorable montée de la mobilisation universitaire, qu'il a lui-même contribué à alimenter, Nicolas Sarkozy s'est résolu hier à prendre la décision de retirer le projet de décret sur le statut des enseignants-chercheurs. Manque de chance – ou de pratique – il l'a fait si discrètement que personne ne s'en est aperçu. Il faut dire que la formule du chef de l'Etat était des plus sybillines, demandant «que soient rapidement explorées de nouvelles pistes pour l’évaluation des enseignants-chercheurs et l’organisation de leurs services.» Devant l'absence de réaction de la presse, les services de l'Elysée ont remis ce matin les points sur les i: oui, il fallait bien comprendre que le projet actuel était abandonné. Résultat, ce soir, un article du Monde.fr intitulé "l'Elysée annonce de nouvelles pistes" n'y voit qu'un «nouveau coup de canif» dans le projet de réforme. Seul France-Info a titré: "Nicolas Sarkozy retire le décret Pécresse" (merci à Libertaire pour son signalement).

Après la promesse d'une médiation éphémère, il est douteux que les universitaires accueillent avec reconnaissance ce nouveau cafouillage. Villepin avait été plus courageux – et plus efficace – en annonçant lui-même le retrait du CPE et en y mettant les formes nécessaires à une sortie de crise. Nicolas Sarkozy, qui ne semble pas avoir pris la mesure de la colère du monde de l'éducation, ne s'en tirera pas à si bon compte. «C’est pathétique ce manque de savoir faire!» aurait déclaré le président à propos de Valérie Pécresse, selon le Canard Enchaîné. Cet homme est décidément charmant. Et l'expression tout à fait appropriée. La ministre pourra bientôt lui retourner le compliment, quand on constatera dans les jours qui viennent l'insuffisance de ce retrait sur la pointe des pieds.

Pour sauver l'université, il suffit d'un blog

image La mobilisation universitaire donne l'occasion de le mesurer tous les jours: dans la France sarkozyienne, la vie intellectuelle est mal-aimée. Dégradation de l'image des élites, réflexes poujadistes et utilitarisme néolibéral sont autant d'ingrédients qui alimentent un anti-intellectualisme très en vogue, jusqu'au sommet de l'Etat. Dans ce désamour, les médias jouent un rôle non négligeable. Alors que la presse internationale se fait volontiers l'écho des principaux travaux et rencontres universitaires, les journalistes français témoignent à l'endroit de la production scientifique d'une paresse coupable. Oblitérée par quelques figures médiatiques qui n'ont aucun lien avec la recherche, la vie intellectuelle semble se résumer au commentaire salonnard de l'actualité.

Dès lors, comment s'étonner de la réception par les médias du mouvement qui anime les facs? Encore moins connu que le monde des cheminots, celui des universitaires s'est d'abord attiré des commentaires aussi désobligeants qu'imbéciles. Depuis quelques jours, l'ampleur de la mobilisation et la circulation d'informations contredisant la propagande ministérielle contribuent à modifier ce portrait à charge. Un organe aura joué un rôle décisif pour transmettre cette interprétation plus favorable: le blog de Sylvestre Huet, journaliste à Libération, {Sciences2}.

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Recherche US: "Une crise de confiance"

En matière de recherche, gouvernement, médias et universitaires ont les yeux fixés sur le modèle américain. Mais au-delà du fantasme, quelle est la réalité actuelle du paysage scientifique outre-Atlantique? Un récent éditorial de la célèbre revue Nature (#457, 05/02/2009) fait le point sur une situation contrastée, où l'on voit que des causes opposées peuvent produire des conséquences semblables. J'emprunte au blog de Pablo Achard, Mon labo année zéro, la traduction française suivante, merci à lui.


Une crise de confiance

Résumé: Avec un surplus de diplômés pour les financements disponibles, aux États-Unis, la carrière scientifique est en train de perdre de son lustre et de son attractivité. Le pays a besoin de faire le point et de planifier le futur avec grand soin.

Jill Rafael-Fortney et Darcy Kelley, les deux scientifiques présentés dans ce numéro (voir p. 650), ont tous les deux du mal à faire vivre leurs laboratoires dans une période financière extrêmement difficile. Ils sont aussi deux visages d'une crise des carrières de plus en plus désespérée et qui frappe les jeunes chercheurs à travers les États-Unis alors qu’un trop grand nombre de scientifiques court après des offres d'emplois et des sources de financement en trop petites quantités. Les leaders de la science et de leurs alliés au Congrès feraient bien de garder ces visages à l'esprit lorsqu’ils planifient l'avenir du paysage scientifique américain.

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Isabelle Bruno: "Evaluer, c'est la santé!"

image Dans le cadre de l'opération "Changeons le programme", Isabelle Bruno, maître de conférences en science politique à l'université Lille 2, est intervenue jeudi 5 février à l'INHA.

Analysant l'application des modèles du management à l'espace européen de la recherche, Isabelle Bruno montre comment le benchmarking (évaluation), devient une technique de gouvernement aussi puissante qu'anti-démocratique. Une contribution lumineuse pour décrypter les discours technocratiques et comprendre les soubassements des politiques ministérielles.

Pourquoi une grève?

Cette semaine l’assemblée générale de ma faculté, l’UFR de sciences économiques, de gestion de mathématiques et d’informatique, a voté à l’unanimité une motion contre le projet de décret Pécresse. Pourquoi?

Il n’est pas de mon rôle de dire pourquoi chacun est venu, pourquoi chacun a voté. Je peux au moins dire pourquoi je m’y associe. J’ai 45 ans, suis professeur d’université, je suis universitaire. Je fais un métier qui pour beaucoup se limite à enseigner quelques heures par semaine. Sa réalité est la suivante.

J’ai participé cette année à une douzaine de soutenances de thèse, j’aurai présenté au doctorat deux de mes étudiants avec lesquels je partage depuis plusieurs années tous les affres de la recherche - identifier un problème, le formuler théoriquement et trouver le terrain juste qui permette d’en démontrer les propositions, mes collègues m’ont confié la tâche d’évaluer une vingtaine d’articles, je participe à deux ou trois ateliers doctoraux, j’ai donné une dizaine de conférences auprès de publics d’entreprise, fait signer un accord en Indonésie, participé à trois où quatre conférences internationales. Dans les avions je lis les articles que je n’ai pas encore lu, je ne compte plus les réunions avec des partenaires possibles pour lancer de nouveaux terrains d’enquêtes, conseiller des actions, j’ai lancé un programme de Master, dont j’assure en grande partie le secrétariat - dans nos universités les secrétaires sont rares! Je ne compte pas les jurys de soutenance de mémoire où l’on s’assure que les maîtres de stage soient présents pour assurer de l’emploi à nos étudiants, par ailleurs depuis peu j’ai accepté d’être l’adjoint du doyen de ma faculté pour stimuler les échanges internationaux, des programmes Erasmus et d’autres encore, un double diplôme avec une université allemande, celle de Mayence, un programme de développement d’un cours à distance avec l’université d’Essex, celle de Budapest une autre à Wismar, accessoirement je participe à un groupe de travail sur la communication de l’UFR. Quoi d’autre? Maintenir des cours sur mon blog, les donner en réalité bien au-delà de la charge prescrite (j’assure environ 350 heures d’enseignement quand la charge prescrite est de 128H), assumer la correction des examens, recevoir les étudiants, et écrire, quand même, encore. J’aurais eu le plaisir avec un excellent collègue d’être un des rares français publiés dans une revue américaine de premier rang dans ma spécialité.

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La mobilisation universitaire face aux TIC

image Un article récent du Monde.fr propose un angle original pour traiter de la mobilisation universitaire: l'évoquer à partir des réactions de blogueurs ("Face à Valérie Pécresse, les universitaires-blogueurs fourbissent leurs arguments", 02/02/2009). Les informations n'ont pas été trop difficiles à réunir: la quasi-totalité du matériel cité provient de l'excellente synthèse aimablement fournie par Olivier Ertzscheid sur Affordance.info (ce qui n'empêche pas le journaliste d'écorcher le nom de sa principale source).

Quoique trendy, ce choix de traitement montre vite ses limites. Les références cliquables renvoient bien à des pages web. Mais si on fait le tri, entre une tribune rédigée à la demande de Rue89, un renvoi au site de l'association militante Sauvons la recherche ou l'article de Pierre-Philippe Combes et Laurent Linnemer publié par la plateforme Telos, en matière d'universitaires-blogueurs, l'article n'a véritablement qu'Olivier et moi à se mettre sous la dent...

Nul moins que moi ne trouverait à redire à se voir coiffer par le Monde des lauriers de la renommée. Mais la vérité oblige à relever qu'en ce début de mouvement, les traces de la mobilisation en ligne ne sont pas si nombreuses. D'une part, parce que les sites universitaires officiels, comme celui de l'EHESS, gardent évidemment un silence prudent sur les assemblées générales, grèves et autres bousculades qui malmènent en ce moment l'Alma Mater. Et que les blogs de chercheurs ne sont encore qu'un petit bouquet de pâquerettes dans la plaine verdoyante du web francophone. Il y a bien sûr les organes des associations militantes – SLR, SLU ou encore le récent site de la Coordination nationale, créé par Jérôme Valluy. Mais pour qui participe au mouvement, le constat reste le même qu'en 2006. Malgré l'effet d'intensification et d'urgence qu'entraîne une mobilisation citoyenne, les universitaires n'usent que très modérément des derniers outils interactifs à la mode.

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"Changeons le programme" (1)

image Dans le cadre du mouvement de mobilisation pour l'enseignement supérieur et la recherche, l'opération "Changeons le programme" propose une série de débats et d'interventions à propos des réformes du gouvernement (entrée libre).

Lundi 2 février

  • 13h-15h, 105 bd Raspail, salle 11, Birgit Müller, "Une analyse des mots du pouvoir sur la recherche et l'enseignement".
  • 13h-15h, 105 bd Raspail, salle 9, Gérard Noiriel, "Autonomie de la science et démocratie".
  • 13h-15h, 105 bd Raspail, salle 7, Serge Paugam et Cyril Lemieux, "Le sociologue dans la cité".
  • 15h-17h, 54, bd. Raspail, salle 505, Yves Cohen (sujet à préciser).

Mardi 3 février

  • 9h-11h, 105 bd Raspail, salle 7, Isabelle Backouche, Marie Vic Ozouf-Marignier, Annie Sevin, Christian Topalov, avec Afrânio Garcia et Julien Duval, "La recherche à l'université et au CNRS: quel avenir?"
  • 13h-15h, 105 bd Raspail, salle 2, Laurent Barry, Marie-Elisabeth Handman et Dolorès Pourette, "Les raisons de notre grève".
  • 15h–17h, 105 bd Raspail, salle 5, Liora Israel, "Changement du droit et revendication de droits : l’exemple de la recherche et de l’enseignement supérieur".
  • 17h-19h, 105 bd Raspail, salle 8, Christian Jouhaud et al. (séminaire du GRIHL): "Réflexion collective sur le mouvement de protestation de l'ensemble des établissements d'enseignement supérieur et de recherche".

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Peut-on mesurer la productivité des enseignants-chercheurs?

Dans le contexte des réformes envisagées pour l'Université et les organismes de recherche français, la mesure de l'activité des chercheurs et enseignants-chercheurs prend une place centrale. Elle est complexe, mais pas sans réponse. Complexe, car l'activité des enseignants-chercheurs est multidimensionnelle. De plus, même la plus simple des dimensions, la publication d'articles de recherche, est difficile à mesurer. Toutefois, des solutions existent. Par ailleurs, la mesure de l'activité n'est qu'une première étape. Pour comparer les individus ou les centres selon ce critère, il faut pouvoir raisonner "toutes choses égales par ailleurs" (moyens mis à disposition des universités, conditions de travail des enseignants-chercheurs). Cela est également envisageable.

Par Pierre-Philippe Combes & Laurent Linnemer, Telos, 30/01/2009 (via Affordance.info).
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Sarkozy défie l'intelligence

image Sentant monter la colère des universités, Valérie Pécresse a jugé utile de publier un éloge de la concertation et du dialogue. Mais dans ce pays gouverné d'une main de fer, les Français savent que l'avis d'un ministre ne vaut pas grand chose. Jeudi dernier, à l'occasion de la présentation du comité de pilotage stratégique qualifié de «Grenelle de la recherche et de l'innovation», c'est le président de la République lui-même qui a pris le soin d'indiquer aux universitaires quelle est sa conception du dialogue.

Il y a plusieurs styles Sarkozy. Pendant la campagne présidentielle, les Français ont entendu des discours remarquablement construits, tissés de références historiques, vibrants d'émotion. Il est vrai qu'il s'agissait alors de convaincre l'électorat. En septembre 2007, pour la "Lettre aux Educateurs", le président confiait encore à Henri Guaino la rédaction d'un texte dont on pouvait discuter le contenu, mais certainement pas nier qu'il était écrit dans un français charpenté, inspiré du robuste modèle troisième-République qui caractérise le conseiller spécial.

Pour le discours du 22 janvier, le chef de l'Etat a choisi une autre posture. Découvrant un texte composé de «phrases agrammaticales, tournures d’une vulgarité confondante, raisonnements circulaires, interjections, interpellations grossières de l’auditoire», un lecteur attentif a cru à une manipulation. Il a fallu qu'il vérifie que ce document provenait bien du site de l'Elysée pour admettre qu'il avait en face de lui une déclaration du plus haut personnage de la fonction publique (lire en ligne, consulter la vidéo).

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L'EHESS peut attendre

image Il faut le reconnaître, nous avons raté notre AG. Environ 80 personnes présentes, pour une première réunion, ce n'était pas si mal. Mais alors que les facs voient monter la fièvre, l'assemblée de l'EHESS était des plus tièdes. Grand établissement public, l'Ecole fait bénéficier ses enseignants d'un statut privilégié de 144 heures équivalent TD par an, au lieu des 192 de règle à l'université. Difficile alors de se sentir concerné par la menace de modulation des services que fait peser le projet de statut des enseignants-chercheurs. Quand le CNRS explose, l'EHESS, associée au plan Campus, se croit du bon côté du manche. Du côté des forts, de ceux que les nouvelles mesures gouvernementales avantagent. Plus préoccupée par son prochain déménagement, par l'élection de son futur président – et par la présence de Danièle Hervieu-Léger, présidente sortante, à la tête du nouveau comité de pilotage de la recherche et de l'innovation mis en place par Nicolas Sarkozy. Un positionnement qui en dit long sur le déplacement historique de l'ancienne deuxième gauche et aide à comprendre la nouvelle cartographie politique française.

Une deuxième réunion aura lieu mercredi 28 janvier à 13 heures à l'amphithéâtre du 105, bd Raspail, consacrée en partie au déménagement, en partie à la suite de la discussion sur la mobilisation. Le collectif SLRU-EHESS participera à la journée d'action interprofessionnelle du 29 janvier, et donne rendez-vous à 13h devant le 54, bd Raspail, ou à 13h30, à l'angle de la rue des Ecoles et du Cardinal Lemoine. La suite sur le blog www.slru.ehess.org.

EHESS: convocation de l'Assemblée générale

La coordination nationale des universités a réuni le 22 janvier 2009 des délégations de 46 universités, l'EHESS étant représentée. Outre un appel à participer aux manifestations du 29 janvier, un appel à la grève reconductible est lancé à partir du 2 février. Afin de préparer cette action et d'en exposer le sens, une assemblée générale de tous les personnels et étudiants est convoquée dans le hall du 54, boulevard Raspail, lundi 26 janvier à 12h.

La perspective d'une mobilisation forte doit être l'occasion pour l'ensemble des enseignants et étudiants de l'EHESS de débattre des réformes en cours et d'exprimer leur opposition. Aussi le collectif SLRU-EHESS encourage à faire entrer le mouvement de contestation dans les séminaires et les cours. La situation est suffisamment grave pour que la grève soit effective chaque fois que les intéressés le jugeront opportun. SLRU-EHESS recommande aussi que les décisions soient prises par les intéressés eux-mêmes, enseignants et étudiants, et que la liberté d'accès de tous aux locaux soit respectée.

Lire également sur ce blog:

La coordination nationale des universités appelle à la grève

image La première réunion de la Coordination nationale des universités s'est tenue ce jeudi 22 janvier à l'Université Paris 1. Parmi les 220 présents, on comptait des délégués de 46 établissements, des représentant des principaux syndicats, associations et collectifs et plusieurs observateurs (album).

L'assemblée a adopté a l'unanimité moins trois voix contre la motion suivante.
La Coordination nationale des universités condamne la mise en place d’une politique d’affaiblissement structurel de l’enseignement et de la recherche, la précarisation des personnels de toutes catégories, notamment au travers de l’individualisation des carrières, de la mise en place du nouveau contrat doctoral et des suppressions d’emplois.

Elle exige le rétablissement des postes supprimés, un plan pluriannuel de création d’emplois statutaires dans les universités et les grands organismes de recherche, et soutient toutes les mobilisations en cours.

Elle déclare que si le Ministère ne retire pas, sans préalable, 1) le projet de décret sur le statut des enseignants-chercheurs, 2) la réforme de la formation et des concours de recrutement des enseignants du premier et du second degré, l’université française se mettra en grève totale, reconductible à partir du 2 février 2009.

La coordination nationale a également voté l’appel immédiat à la rétention des notes, la non transmission des maquettes de formation des enseignants du premier et du second cycle et le soutien aux mouvements de grève qui ont déjà commencé ainsi que l’appel au renforcement de la mobilisation dans tous les établissements.

EHESS: quelle politique pour préserver la recherche?

image Un nouveau président de l’EHESS, ou une nouvelle présidente, sera élu(e) le 7 mars 2009. Face aux difficultés de plusieurs ordres que l’Ecole va avoir à surmonter, il est indispensable que les candidats se déclarent suffisamment tôt pour pouvoir se prononcer sur le débat concernant la place et la politique de notre établissement durant la prochaine mandature. En effet, de lourdes menaces pèsent sur les institutions, les activités et les personnels de la recherche en France. Les réformes actuelles dessinent un projet général qui transforme en profondeur l’enseignement supérieur et la recherche, tant dans leur fonctionnement que dans leurs fondements intellectuels, ce dont l’Ecole ne peut pas se désintéresser. La loi LRU ne la laissera pas de côté, et les conséquences de son application signifieront une dénaturation de notre travail. Si les incertitudes sont grandes quant aux objectifs concrets que le gouvernement vise précisément, nous en savons cependant assez pour voir à l’œuvre derrière ces réformes une logique économique et managériale d’ensemble incompatible avec un certain nombre de principes qui sont à la base de notre activité, notamment l’autonomie des chercheurs et la collégialité.

La prochaine présidence de l’Ecole aura, selon toute vraisemblance, à faire face à des initiatives de plus en plus autoritaires du gouvernement pour imposer ce nouveau paysage de l’enseignement supérieur et de la recherche. Nous avons identifié cinq thèmes liés entre eux, pour lesquels des évolutions sont d’ores et déjà perceptibles, sur lesquels de nouvelles offensives sont à craindre, et qui déterminent le contexte de l’élection. C’est pourquoi il nous semble important que les candidat(e)s à la présidence prennent position sur ces questions, en présentant les principes généraux qui fonderont leur action et la stratégie qu’ils comptent adopter sur les différentes questions qui préoccupent les enseignants-chercheurs, chercheurs et ITA, à l’Ecole et plus largement. Nous demandons que ces thèmes soient intégrés au débat qui s’est ouvert dans notre établissement.

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Note sur le décret de révision du statut des enseignants-chercheurs

Dans le contexte des débats actuels sur les réformes de l'université, ARHV reproduit ci-dessous avec son autorisation une note d'Olivier Beaud, datée du 5 décembre 2008, rédigée pour QSF (Association pour la Qualité de la science française, reproduite sur leur site en pdf). Olivier Beaud est professeur des universités en droit public à l’université Panthéon-Assas (Paris II).


Note de Qualité de la Science Française (QSF) sur le projet de décret (oct. 2008) modifiant le décret du 6 juin 1984 «fixant les dispositions statutaires communes applicables aux enseignants-chercheurs et portant statut particulier du corps des professeurs des Universités et du corps des maîtres de conférences».

Le projet de décret ici étudié[1] modifie le statut particulier des universitaires[2], tel qu’il est régi par le décret du 6 juin 1984. Il résulte du chantier de réformes engagé par le ministre de l’enseignement supérieur, dans le prolongement de la loi relatives aux libertés et responsabilités des universités» (loi dite désormais LRU) du 10 août 2007. Lors de sa conférence de presse du lundi 20 octobre 2008, Mme Pécresse a rappelé les objectifs qu’elle avait fixés au chantier relatif aux personnels: «améliorer l’attractivité des métiers et des carrières, donner aux universités les leviers liés à la loi du 10 août 2007 pour exercer leur autonomie et intégrer, dans la relation entre les universités et les organismes de recherche, les incidences du Pacte pour la recherche». Pour mener à bien cette réforme importante, le ministère a fait appel à une Commission d’experts, présidée par le conseiller d’Etat Rémy Schwartz[3]. Cette Commission de réflexion sur l’avenir des personnels de l’Enseignement supérieur a procédé à de nombreuses auditions et s’est réunie pendant près de six mois. QSF a été auditionnée par elle au mois de mars 2008. Elle a rendu son imposant et intéressant rapport en juin 2008. Dans sa conférence de presse du 20 octobre, Mme Pécresse indique qu’elle s’en est «largement inspirée» pour proposer la réforme globale du statut des personnels de l’Université. Sa réforme, qui vise à attirer les meilleurs éléments en France, et à empêcher la fuite des cerveaux, repose sur le diagnostic qui pointe trois «difficultés» majeures dans l’actuel système:

- «L’enseignement n’est pas reconnu à sa juste place: les enseignants-chercheurs ne sont évalués que sporadiquement sur leur activité scientifique, lorsqu’ils sollicitent une promotion, tandis que la mission d’enseignement n’est ni évaluée, ni valorisée.
- «La mission de recherche est partagée entre les universités et les organismes de recherche, elle apparaît cloisonnée entre des établissements multiples, alors qu’au sein des laboratoires eux-mêmes, ceux qui font la recherche se préoccupent peu des statuts et des affectations ; seuls comptent le résultat et la reconnaissance de la communauté.
- «Les missions relevant de la sphère administrative et technique ne sont pas suffisamment valorisées au côté de l’enseignement et de la recherche, bien qu’elles soient tout simplement indispensables au fonctionnement et au développement des établissements.»

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