Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Ce que nous disent les affiches

image A l'ère des moyens de communication électroniques, les affiches électorales de la campagne présidentielle n'ont suscité qu'un intérêt médiocre. Pourtant, malgré les blogs, forums et autres listes de diffusion, ces images à l'usage fugitif restent le support d'une expression politique aussi fruste qu'efficace, qui mérite qu'on lui prête attention. A titre de divertissement, le Lhivic organise une petite étude collective de cette forme de réception. Ceux qui le souhaitent peuvent m'envoyer la photographie des panneaux électoraux de leur quartier, de préférence au format original, en précisant leur nom, le lieu, la date et l'appareil utilisé (affichesdecampagne@ehess.org). Les envois seront mis en ligne sur Flickr (les titulaires d'un compte peuvent également participer par l'intermédiaire du groupe: Affiches de campagne) et commentés ici-même.

Illustration: affiches électorales, Saint-Fargeau (Seine-et-Marne), le 12 avril 2007.

Le feuilleton Camille

image Attention OVNI. Le 29 mars dernier, parmi les diverses productions à caractère politique indexées par le Vidéomètre, je découvre en première place une vidéo inconnue, sous le titre énigmatique d'"Episode 09". Quelle mention, quel forum, quel buzz lui a fait atteindre ce jour-là le score inhabituel de 9.404 vues? Est-ce la sélection sur la page streaming de Neuf Télécom? Toujours est-il que les autres épisodes de la série restent situés à un étiage beaucoup plus bas, de quelques centaines de vues seulement. C'est regrettable, car il s'agit probablement du projet documentaire le plus original et le plus réussi de la campagne présidentielle.

Réalisateur et scénariste pour le cinéma et la télévision, Samuel Tasinaje met en ligne chaque jour depuis le 5 mars dernier, sous le titre "Camille dans l'isoloir", une nouvelle interview de sa voisine, mamie presque centenaire à la langue bien pendue, qu'il interroge sur ses opinions politiques et ses impressions de campagne. Servi par un montage ultra-cut, plan serré, encadrement façon poste de télé des années 1950, chaque épisode propose deux à trois minutes d'une mitraille de commentaires, à l'énonciation souvent hilarante, sur fond de tic-tac. Alternant les jugements à l'emporte-pièce, les réflexions de bon sens ou l'observation de son entourage, la tonique Camille a un avis sur tout, et il est loin d'être bête. A ce jour, 22 épisodes ont été mis en ligne. Dès le premier, on comprend que Camille préfère de beaucoup Sarkozy, voire Le Pen, à Ségolène (“Elle fait paysanne; elle est commune, quoi…”). Bayrou la laisse sceptique. Mais voilà, le projet de Tasinaje ne s'arrête pas à l'observation d'un drôle de spécimen humain. L'outil vidéo devient un exercice actif – c'est là que le feuilleton prend tout son sens. Comme il l'explique sur son blog:

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Gare du Nord: l'image et le son

image Il y a un an, les manifestations du mouvement anti-CPE occasionnaient de nombreux témoignages photographi- ques spontanés sur Flickr. Aujourd'hui, alors que ce portail n'enregistre qu'un petit nombre de réactions aux événements de la gare du Nord, c'est sur Dailymotion que les témoins envoient leurs enregistrements, en vidéo. La technologie avance vite, les usages suivent: dès mercredi soir, pour le blogueur moyen, c'était déjà un réflexe évident que de se rendre sur la plate-forme pour compléter l'informa- tion glanée dans la presse.

Et pourtant, dans ce cas, n'est-on pas allé un peu plus vite que la musique? Les enregistrements au téléphone portable, trop brefs, affreusement pixellisés, ne donnent à peu près rien à voir d'un événement complexe. D'après une amie présente sur place, il était très difficile de se rendre compte de la séquence des événements – syndrome Fabrice à Waterloo. Ce qui n'empêchait pas de nombreux témoins de brandir leur vidéophone à bout de bras. Ramenées à l'attestation d'un pur acte de présence, ces images ne contiennent que très peu d'information visuelle et n'apportent rien de plus, plutôt moins, que les séquences choisies des journaux télévisés.

Une vidéo d'une vingtaine de minutes, réalisée avec des moyens plus conventionnels, montée et éditée, permet toutefois de percevoir de façon détaillée l'économie de l'événement. Où l'on constate que la qualité du témoignage, comme dans le cas de l'école Rampal, tient à la durée de l'enregistrement. Où l'on aperçoit là aussi que la majorité de l'information vient de la bande-son. L'image sert ici principalement de cadre de référence formel et d'attestation d'unité de lieu pour un événement narré par le son, les cris, les bruits, les bribes de dialogue (à écouter de préférence au casque). Un témoignage qui montre l'essentiel: le caractère particulièrement inadapté de la réponse policière, appliquant des tactiques apprises en manifestation – un réflexe qui ne pouvait que précipiter un affrontement qu'il aurait été facile d'éviter.

Illustration: Hughes Leglise-Bataille, "Silence, on tourne!", photographie numérique, 26/03/2007, diffusée sur Flickr, licence CC.

Le vrai Sarkozy, bilan de netcampagne

image A quatre semaines du premier tour de l'élection présidentielle, quel bilan tirer de la campagne sur le net? Depuis de longs mois, plusieurs groupes d'acteurs ont entonné la même antienne. “C'est sur le net que ça va se passer”, ont répété en choeur journalistes politiques et entrepreneurs du web – sans oublier les plus convaincus: l'équipe de campagne de Ségolène Royal, qui avait créé dès février 2006 le site participatif Désirs d'avenir.

Du signal dans le bruit. Un an plus tard, alors que la campagne est entrée dans sa phase officielle, mobilisant désormais toute la puissance des grands médias, la première constatation à chaud est que l'impact du net reste pour le moins difficile à évaluer. On a certes l'impression d'une activité intense déployée par les militants et sympathisants, il y a bien eu quelques surprises comme la vidéo "Profs: Ségolène en off", mais au final, on a aussi le sentiment que le rythme de la campagne est resté aux mains des grands médias, télévision en tête. Il n'y a pas eu de "révolution". Plutôt un ensemble de déplacements, de recompositions plus ou moins discrètes – et une large intensification de la circulation d'informations. A ce jour, l'un des rares effets concrets de la net-campagne paraît être la mise en quarantaine d'Alain Duhamel. Ce n'est pas négligeable. Mais en matière de bouleversement politique, c'est tout de même un peu maigre.

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Le Korean War Memorial: un monument photographique

image Sur le Washington Mall, le parc des monuments nationaux américains qui occupe le centre de la capitale, entre la Maison Blanche et le Congrès, était inauguré en 1995 un nouvel ouvrage, dédié aux vétérans de la guerre de Corée (1950-1953). Visiblement inspiré du célèbre Vietnam Memorial situé non loin de là (et d’ailleurs réalisé par le même cabinet d’architectes), celui-ci inclut dans son dispositif, outre la représentation d’une colonne en marche, un mur de granit noir de cinq cents mètres de long. Mais au lieu d’y déchiffrer les noms des soldats tombés au combat, comme sur le monument commémorant le conflit vietnamien, le visiteur est confronté ici à une constellation de visages gravés dans la pierre.

Regroupées en fonction des différents corps et services de l’armée à la manière d’un immense collage, 24.000 figures y ont été transcrites par ordinateur à partir de photographies anonymes des archives nationales. La technique utilisée produit un effet analogue à une trame d’impression: quoique le support de ces portraits n’ait rien de photographique, les myriades de petits trous criblant la surface du granit reconstituent les caractères distinctifs de l’image photo. C’est bien là l’effet souhaité. Indigne en tant que telle d’appartenir au dispositif sacramentel du mémorial, la photographie s’y trouve néanmoins citée – mobilisée pour produire l’effet pathétique de l’identification, et plus encore: vampirisée, précisément réduite à ses effets, dans une sorte d’insupportable chantage à l’émotion.

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Karl Zéro, César ou Gérard?

image Je n'ai rien contre les exercices auto-promotionnels périodiques des professions du spectacle, nuisance apparemment nécessaire à la bonne santé de l'industrie du divertissement. Mais ces palmarès n'ont pas toujours la lisibilité souhaitable. Pour leur deuxième édition, les "Gérard du cinéma" réservaient avec pertinence au pathétique Les Bronzés III (lauréat incontesté de la fréquentation en salles l'an dernier, avec 10.350.334 entrées) – la palme du plus mauvais film. La consécration par les Césars de Lady Chatterley, de Pascale Ferran, se voulait au contraire une prime à la qualité, sans concession pour le goût du public. Est-ce la même logique qui a présidé au choix du poussif Dans la peau de Jacques Chirac, de Karl Zéro et Michel Royer, pour le documentaire? On a du mal à s'en convaincre. A titre personnel, j'attribuerai le César du meilleur film d'archives 2006 à l'exceptionnel "Nuremberg. Les nazis face à leurs crimes", de Christian Delage (disponible en DVD). C'est un ami, autant le préciser – ce qui indiquera la distance qui me sépare des jurys professionnels.

Références:

Le roman de la momie

Le Monde publie dans son édition datée d'aujourd'hui un droit de réponse de Patrick Amory, qui nie avoir été l'auteur de la photographie de François Mitterrand sur son lit de mort. On se souvient de l'extraordinaire roman signé Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin dans l'édition du 18 janvier dernier, sous un titre que n'aurait pas renié Edgar Allan Poe: "Le mystère de la dernière photo", qui nous faisait revivre les affres de Roger Thérond, pleurer avec Danielle Mitterrand et suivre dans les rues de Paris les traces de l'énigmatique criminel photographe.

Onze ans après, c'est vrai qu'on avait complètement oublié cette affaire et que, pour tout dire, on s'en fichait un peu. Paris-Match n'en était pas à son coup d'essai en matière de photographie volée. Quant à la question pour dissert de philo (fallait-il ou non respecter le voeu de discrétion de la famille?), il faut bien admettre que la dimension de l'homme public non moins que l'hommage spontané d'une foule anonyme la rendaient assez académique. Savoir qui avait appuyé sur le bouton n'était pas franchement une préoccupation cruciale, hors du cercle fermé des Mitterrandophiles pleine peau. Qu'à cela ne tienne, Rouletabille-Bacqué et Sherlock-Chemin nous mettaient en appétit grâce à l'incroyable fiction d'un Minox 35, “l'un des plus petits appareils photo du marché”, préréglé pour réussir automatiquement dans la pénombre d'un intérieur un cliché réalisé à l'insu des présents. J'ai beaucoup d'affection pour le Minox 35 (un Rollei 35 S aurait fait plus chic), mais si vous arrivez dans ces conditions à obtenir une image qui supporte la double page de Match, un conseil: laissez tomber l'école hôtelière et allez directement frapper à la porte du World Press Photo.

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Les vidéos de Dailymotion, un système d'information parallèle

image Mercredi dernier, je publiais une note rapide signalant le succès remporté sur Dailymotion par les vidéos de Ségolène Royal. Cette remarque reposait sur l'idée que les systèmes de comptage du web, lorsqu'ils sont publics, et à condition d'être correctement analysés, sont susceptibles de fournir des informations précieuses pour décrypter la réception de la campagne. Grâce aux renseignements complémentaires apportées par les nombreux commentaires, il est maintenant possible de préciser cette analyse.

En faisant le décompte des consultations sur la plate-forme de vidéos, on constate un net avantage de Ségolène Royal sur Nicolas Sarkozy. Rapidement traduits par les blogs du PS en signes de "popularité", ces résultats ont visiblement plu aux équipes de campagne de la candidate socialiste, qui ont largement cité et repris les termes de mon billet. Ce qui pousse à s'interroger sur la clairvoyance du service de communication du PS. N'avait-il rien vu de cette remarquable avance? Ou bien n'avait-il pas jugé bon de renseigner la presse à ce propos? Auquel cas les témoignages de sympathisants socialistes recueillis sur mon blog suffiraient à prouver qu'il a eu tort.

D'autres camps ne se sont pas privés pour intoxiquer la presse à propos des vidéos en ligne. Fin janvier, Le Monde.fr puis Marianne évoquent les chiffres “surprenants” obtenus par les interviews de Marie-Georges Buffet diffusées sur Dailymotion (qui avoisinent le demi-million de consultations). En contradiction avec les témoignages des dirigeants de la plate-forme, qui affirment que “rien ne prouve que des robots aient été utilisés dans le cas des vidéos communistes”, les deux journaux insinuent qu'il y a eu manipulation. Le syllogisme sous-jacent qui les conduit à cette conclusion se réduit à: 1) seuls les militants d'un parti sont susceptibles d'être intéressés par les informations politiques sur ce parti; 2) comment une formation aussi restreinte peut-elle atteindre des chiffres aussi élevés? Ergo: il ne peut donc s'agir que d'un trucage.

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Small is beautiful (2): la carte d'Egypte

image Petite chronique des nouveaux usages (suite). Agé de neuf ans, mon fils est en cours élémentaire deuxième année. Hier soir, il demande à sa mère s'il peut utiliser son ordinateur (celui de son père est toujours occupé). Il lui faut une carte de l'Egypte pour un exposé. Ouverture du navigateur sur la page d'accueil de Google. Il tape les mots: "carte d'egipte" (sic). Le moteur lui propose de modifier l'orthographe pour: "carte d'egypte". Un clic. Puis un deuxième sur l'item "Images". Je n'interviens que pour conseiller de sélectionner l'affichage "Grandes". Il choisit une carte illustrée, un document scanné de 1992, disponible sur Lycos. Impression (couleur). Deux, trois minutes en tout? Là encore, comme précédemment, aucune hésitation sur la procédure.

— Tu connais Google images? Tu as déjà fait des recherches dessus? — Oh oui, à l'école, on va sur Google. On a cherché des images pour préparer les exposés. Le maître va les mettre sur une petite clé pour les mettre après sur notre site, tout le monde pourra les voir. (Puis, avec une lueur de malice, sûr de coincer son interlocuteur:) Tu sais faire des hyperliens?

Pendant ce temps, certains évoquent gravement l'école de Jules Ferry...

Les vidéos de Ségolène, un indicateur Royal

image Dans un billet récent, Daniel Schneidermann raconte qu'il a décidé de se rendre compte par lui-même de la teneur des débats participatifs sur "Désirs d'avenir", le site officiel de Ségolène Royal. Il en retire plusieurs informations inédites sur le futur programme de la candidate – mais aussi la confirmation de l'incuriosité des journalistes politiques, qui glosent en boucle sur ce débat qui ne vient pas, sur ces propositions absentes, etc. Les mêmes, lorsqu'on évoque le web, n'y voient que rumeurs et boules puantes. Pourtant, pour qui sait les lire, le réseau recèle nombre d'informations intéressantes. Exemple: le succès rencontré par les vidéos en ligne de Ségolène Royal.

On se souvient de la vidéo d'Angers, consultée plus d'un million de fois en l'espace d'une semaine en novembre dernier. Si l'on compare le résultat des requêtes "Sarkozy" et "Royal" au 31 janvier sur Dailymotion, on observe d'abord une sensible différence de matériau. Dans le premier cas, peu de déclarations ou d'interviews, mais beaucoup de parodies ou de films de dénonciation ("Le vrai Sarkozy", envoyé le 5 juillet 2006 par reso69, vu 1.439.662 fois). Dans le second, nettement plus d'interviews et de reportages, moins de satires. Si l'on se concentre sur les prises de parole proprement dites, pour Sarkozy, les trois vidéos les plus vues ("Voeux 2007", "Nouveaux adhérents", "SarkoSégo débat") totalisent 443.188 consultations. Dans le cas de Royal, l'échantillon équivalent ("Débat participatif Alsace", "Voeux 2007", "Pacte de Bondy") atteint 2.273.321 consultations, soit cinq fois plus. On peut multiplier les tests, limiter la période, modifier les critères, l'impression demeure que les vidéos présentant un contenu informatif sur la candidate socialiste sont plébiscitées sur la plate-forme.

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Rendez iPol à la télé

image Faut-il gratifier de l'appellation de "webTV" toute émission vidéo pour la seule raison qu'elle est diffusée en ligne? L'exemple d'iPol (prononcez: "aïe-Pol") donne plutôt envie de répondre par la négative. Lancé le 16 janvier dernier, ce magazine vidéo hebdomadaire réalisé par Christophe Lancellotti se consacre à “l'autre campagne, celle qu'on ne voit pas à la télé”, autrement dit, la campagne vue du web. Une proposition pas si originale, puisqu'elle a déjà son équivalent sur les chaînes francophones, notamment le triste "Campanet" de Dimanche+, l'émission de Laurence Ferrari (qui se donne beaucoup de mal pour rendre consommable un plat que ses producteurs considèrent visiblement comme fadasse, et qu'ils relèvent d'un lourd accompagnement de marionnettes virtuelles et autres animations de synthèse).

iPol ressemble beaucoup à ce qu'aurait pu être le concurrent malheureux de Campanet. Cet hebdo de 15 minutes accumule tous les tics longuement mis au point par les diverses émissions d'infotainment de Canal+ depuis "Nulle part ailleurs". Musique d'ascenseur omniprésente, jingles à chaque changement de plan, titraille à la mitraillette, sans oublier la voix off (Corinne Versini), coquine, acidulée et toujours amusée, comme pour assurer que tout cela n'est pas bien sérieux.

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RIP 72 PPI

Est-ce le début de la fin du format 72 ppi? (ppi = pixels per inch; parfois incorrectement appelé "dpi", pour dots per inch, qui mesure une résolution d'impression; en français: "ppp" = points par pouce.) La fin du standard de résolution des écrans d'ordinateur depuis le lancement en 1987 par IMB du VGA, celui qui vous permet d'afficher et de lire ce texte? Un article du New York Times par David Pogue, qui décrit soigneusement le nouvel iPhone d'Apple, annonce que son interface principale, soit un écran tactile de 320 x 480 pixels (3,5"), adopte une résolution plus de deux fois plus fine, de 160 ppp. Ce choix original qui améliore considérablement la vision des films et autres contenus graphiques sur un écran de poche est à mettre en relation avec une prise de brevet qui avait attiré l'attention des spécialistes. Le futur MacOSX ("Leopard") devrait en effet intégrer la possibilité de piloter un écran indépendamment de sa résolution graphique réelle. Selon MacsimumNews, qui reprend un commentaire du site des développeurs d'Apple: The old assumption that displays are 72 ppi has been rendered obsolete by advances in display technology. Macs now ship with displays that sport displays with native resolutions of 100 ppi or better. Furthermore, the number of pixels per inch will continue to increase dramatically over the next few years. This will make displays crisper and smoother, but it also means that interfaces that are pixel-based will shrink to the point of being unusable. The solution is to remove the 72 ppi assumption that has been the norm.

Du cinéma dans les voeux

image Soyons clairs: personne n'écoute une déclaration officielle des voeux. A plus forte raison lorsqu'elle émane des candidats à la présidentielle. On sait bien, avant même qu'ils n'ouvrent la bouche, qu'ils ne (se) souhaitent vraiment qu'une seule chose. Aussi faut-il savoir gré à l'équipe de Ségolène Royal d'avoir apporté un petit supplément d'âme à cet exercice des plus convenus. Mettons côte à côte les vidéos des deux principaux prétendants à la fonction élyséenne: sur le plan visuel, la comparaison est cruelle. Pour Nicolas Sarkozy: ouverture par le logo de l'UMP sur fond de musique d'ascenseur, puis deux minutes quinze de plan fixe sur le candidat unique de la formation majoritaire, fond bleu délavé, logo incrusté, cravate à pois, costume gris, sous-titrage pour malentendants. Une présentation brejnévienne qui témoigne de l'imagination fiévreuse de l'équipe de campagne de la rue La Boétie. Même la prestation chiraquienne, elle aussi abonnée au plan fixe les yeux dans les yeux, était au moins égayée par la bizarre trouvaille de l'animation électronique bleu-blanc-rouge en fond d'écran (rappel involontaire du drapeau de Jacques-Henri Lartigue pour la photographie officielle de Valéry Giscard d'Estaing).

Côté Ségolène Royal, en revanche, deux caméras, l'une fixe, l'autre mobile, pas moins de treize plans en deux minutes, des zooms, des décadrages, pas de maquillage, éclairage ambiant: tous les signes extérieurs de la vidéo amateur - un peu trop lourdement soulignés. Mais aussi trois vraies trouvailles, où l'on quitte l'exercice propagandiste pour les coulisses du cinéma. La guirlande lumineuse, mais aussi l'incroyable col de fourrure synthétique, qui en décline les couleurs. Et puis, last but not least, la manifestation du dispositif, la caméra mobile qui laisse apercevoir un bout de la caméra fixe, une vidéo qui connaît son Godard. Un système qui avait déjà été testé lors d'un précédent message de la candidate, adressé aux blogueurs du PS. Plutôt que de reprendre sur internet les recettes de l'ORTF, l'équipe de campagne socialiste a compris que les usages du web restent marqués par une fracture générationnelle, et vise ici délibérément une cible jeune. On pourra trouver naïfs - ou, à l'inverse, cyniques - les clins d'oeils appuyés de la réalisation en direction du cinéma d'auteur. Mais il faudrait faire preuve de beaucoup de mauvaise foi pour contester l'originalité de son apport dans le genre des voeux officiels. Par sa recherche d'un naturel, fut-il codé, la séquence s'adresse à l'époque et cherche à parler son langage. Parmi ses bénéfices politiques, le moindre n'est pas de soviétiser définitivement les prestations concurrentes.

Mes cinq images pour 2006

image Parmi les images qui m'ont frappé en 2006, la première qui s'impose, de loin, est la séquence du coup de boule de Zidane (9 juillet). Une image incroyable, qui n'a pas été donnée d'emblée, il a fallu attendre de longues minutes pour comprendre ce qui s'était alors passé sur le terrain. Pas une image en direct, donc, une information retrouvée a posteriori par le réalisateur, puis diffusée à l'ensemble de la planète, qui nous faisait découvrir à nous, téléspectateurs, en même temps qu'aux commentateurs, ce qui est immédiatement apparu comme la fin de la carrière du plus grand footballeur français. Une réaction de cour de récré, en finale de la coupe du monde, sous mille sunlights et mille objectifs, sous tous les regards du monde. Un geste d'une violence folle, une image incroyable.

image En deuxième position, incontestablement, la vidéo de Bourdieu s'invitant dans le débat des candidats à la présidentielle socialistes, pour donner l'assurance que "Royal est de droite" (29 septembre). Tout a été dit sur l'indélicatesse du procédé - reste qu'il est lui aussi diablement puissant et efficace. L'apparition en spectre de théâtre du maître à penser sur Dailymotion (rencontre aussi bizarre que celle de la machine à coudre et du parapluie entre le sociologue hostile à la télévision et le dernier canal technologique à la mode) a produit un étrange effet de court-circuit du réel. Voix d'outre-tombe, mais avec toute la présence de l'enregistrement, l'espèce de garantie et en même temps l'extrême modernité de la conversation de bistrot à bâtons rompus, tellement web 2.0 - une transparence et une gratuité qui donnait tout son poids au jugement produit. Une séquence en contexte des plus surprenantes et, reconnaissons-le, assez drôle.

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La présidentielle, élixir de jouvence

Alors que, dans certains cas de disparitions, les services de police ont recours à des logiciels qui simulent le vieillissement, la campagne présidentielle est l'occasion pour plusieurs candidats d'expérimenter la machine à rajeunir. Dans un contexte où les deux principaux protagonistes sont de fringants quinquagénaires piaffant à l'idée d'entamer leur premier tour de piste, la compétition paraît ardue pour les deux vétérans: Arlette Laguiller, 67 ans, et Jean-Marie Le Pen, 78 ans, déjà présents en 1974, à l'ère paléozoïco-giscardienne, qui entament leur sixième match.

Qu'à cela ne tienne, avec leurs nouvelles affiches, les deux candidats contredisent le discours selon lequel l'âge ne fait rien à l'affaire et ont au contraire demandé à la photographie un sérieux coup de pouce. Côté Lutte ouvrière, le trucage est simple et économique: on reprend le portrait de la présidentielle de 2002, déjà plus de la première fraîcheur à l'époque, on demande à Photoshop un petit coup d'atténuation supplémentaire, et le tour est joué. L'image jouxte l'adverbe "sincèrement", avec lequel elle jure un peu, mais on ne va pas s'arrêter à de si minces détails.

Au Front national, la mise en scène est plus complexe. Entraînant en une souriante farandole les six acteurs de la campagne d'affichage "Droite/gauche, ils ont tout cassé", Jean-Marie Le Pen vise, de l'aveu même de sa fille Marine, responsable stratégique de la campagne, le rajeunissement. Cette prise de vue en studio à l'éclairage savamment dosé a fait l'objet d'une retouche attentive. La dynamique de l'image et sa chromogénie apaisante cherchent leur inspiration du côté de la série des "Martine", célèbres albums de Marcel Marlier et Gilbert Delahaye, qui forment assurément un gage de jouvence. Mais la photographie ne peut truquer que les apparences. Malgré ces images lénifiantes qui ne rassurent que les candidats, on devine que la tâche va cette fois être rude pour les seniors de la présidentielle.

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