Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

"Affiches de campagne": une expérimentation des usages visuels

image Le 12 avril 2007, soit quatre jours après le début de la campagne officielle pour les élections présidentielles françaises, le projet "Affiches de campagne" a été lancé par le Laboratoire d’histoire visuelle contemporaine (Lhivic). Les objectifs de ce projet étaient définis dans un message électronique diffusé largement auprès des chercheurs de l’EHESS, ainsi qu’auprès des étudiants et usagers de la liste de diffusion du Lhivic. Il s’agissait de mener une «petite étude collective de réception» concernant les graffitis et autres atteintes portées aux affiches officielles des candidats. La première phase de l’exercice devait consister en la constitution d’un corpus, la seconde phase en serait l’observation et l’analyse critique.

Plutôt que de proposer la vision sémiologique habituelle de l'affiche comme réseau de signes, l'hypothèse de travail a été de les considérer du point de vue de leur réception, comme un support d'expression politique. Les affiches politiques suscitent des réactions variées et souvent vives, en particulier dans le contexte très personnalisé de l'élection présidentielle. La nouvelle économie du dialogue permise par les outils du web nous rend aujourd'hui attentifs au fait que l'affiche est un objet particulièrement soumis à l'exercice de l'interaction. D'où l'idée d'essayer d'enregistrer ce phénomène fugitif, de façon collective et locale. L’exercice, qui était d’ailleurs proposé «à titre de divertissement», n’a pas été réalisé selon un protocole scientifique rigoureux. Les consignes de départ étaient volontairement assez souples et ont été complétées d’indications méthodologiques au fur et à mesure de la constitution du corpus.

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Please do not turn off your cellphone

imageFriday 6/8/07, first day of the pocket film festival (international film festival done with camphones). When arriving some sort of "portable trees": mobile phones pending from enlightened transparent plastic trees welcome everybody. In these cellphones one is able to watch different short films randomly and at personal pace. These films are divided into 4 categories: small screen (52), moving images (49), mobile memory (35), and mobile series (41). (Anyway, I did not quite understand the reason of this division).

But soon the atelier-debate starts and I have to rush into the small amphitheatre (la petite salle du centre Pompidou). We might be around 40 persons. The first speaker is Titus Bicknell, Head of Mobile Technologies at Discovery Communications LLC. His paper is very interesting. His question is rather simple but very smart: "how can we think about screens?" Nowadays, after the cinema, after the television, after this computer that we are looking at, probably right now while you are reading this article, more and more we are watching a fourth screen: the one in our portable phone. By comparing the small screen and the big screen, cinema and television and then with computers and finally to portable phones, he also makes a distinction between the ways people's habits are changing. We used to be surrounded by image and sound; now we are used to being on the move. It is for that reason that we are no longer absorbed by the content, now we've got many different points of view. Bicknell talks about space as anamorphous, a metaphor I'd like to understand better... if anyone has any hint...

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Compte rendu de "L’image sans qualités", de Paul-Louis Roubert

image Paul-Louis Roubert, L'Image sans qualités. Les beaux-arts et la critique à l'épreuve de la photographie, 1839-1859, Paris, Monum, 2006, 176 p., ill. coul., ind., bibl., chronol., 39 €.

Il faut le dire sans détour: L'Image sans qualités est un grand et beau livre. Un de ceux, trop rares, qui marquent une spécialité. Et pour une fois, commençons par là, l'iconographie est à la hauteur du projet, magnifiquement traitée. Donner une illustration de catalogue à un essai est une idée qu'on avait déjà vu appliquée, mais jamais aux débuts de la photographie. C'est une réussite: on peut parcourir comme une promenade le dialogue des chefs-d'œuvre de la toute première photographie avec les tableaux du romantisme ou du réalisme. On apercevra ainsi maintes surprises, dont les moindres ne sont pas de nous donner à redécouvrir certaines icônes, magnifiées par la qualité de reproduction. On voudrait que tous les livres d'histoire de l'art se présentent désormais ainsi.

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Fuji Finepix F31fd: le bloc-notes idéal (atelier 4)

image De la reproduction d'archives à la documentation d'entretiens en passant par la capture d'images en séminaire: les services que peut rendre un bon appareil photo numérique à un chercheur en sciences sociales sont nombreux. Pour les études visuelles, c'est un outil indispensable. Problème: il est difficile de trouver le bon compromis entre un reflex, qui permet de réaliser d'excellentes photographies, mais reste encombrant et trop visible, et un compact, discret et léger, mais dont les images laissent souvent à désirer. Pour ma part, muni d'un Canon 400D qui me donne toute satisfaction, cela faisait longtemps que je cherchais cet autre compagnon: le petit point & shoot qui se glisse dans la poche. J'ai examiné de près de nombreux candidats, comme le Ricoh GRD, trop cher, le Lumix DMC-LX2 ou le Canon G7, trop bruités en basse lumière. Jusqu'à ce que je tombe sur le compte rendu par Simon Joinson du Fujifilm Finepix F31fd – l'un des rares compacts à se voir décerner le label "Highly Recommended" sur DP Review.

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Les chercheurs se mobilisent contre l'identité nationale

image Alors même que Brice Hortefeux livrait au Figaro un entretien très ferme sur les objectifs de son nouveau ministère, le groupe des historiens démissionnaires de la Cité nationale de l'histoire de l'immigration (CNHI) organisait hier une première réunion à l'EHESS pour faire le point sur leur initiative. Reçus mardi dernier par le ministre de l'identité nationale et de l'immigration, ils n'ont pu que constater la fin de non-recevoir opposée à leur protestation. Initiée par des groupes d'extrême-droite comme le club de l'Horloge ou le Grece, puis véhiculée par le Front national, l'association des expressions "identité nationale" et "immigration" comporte de fortes connotations xénophobes, explicitement admises par le candidat Sarkozy lui-même, lorsqu'il expliquait que cette proposition permettrait de “récupérer le vote FN” (Libération du 12/04/2007). A contrario, le ministre a tenté de banaliser l'intitulé en le ramenant aux questions de citoyenneté, et a opposé l'argument d'autorité du suffrage universel, devant lequel il faudrait s'incliner sans discuter, ce qui est une vision curieuse du débat démocratique.

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"Tous photographes", anthologie des nouveaux usages de la photographie

image Comment témoigner de la révolution occasionnée dans les usages amateurs par l'arrivée de la photographie numérique? L'exposition "Tous photographes!" constitue la première tentative muséale pour répondre à cette question. Une réponse intelligente et productive, qui évite d'emblée plusieurs écueils. Celui d'un aplatissement de la pluralité des pratiques, qu'aurait pu produire une application brutale du dispositif d'exposition. Mais aussi ceux de la personnalisation ou du palmarès, qui pouvaient facilement découler du tamis de la cimaise, alors même que les nouveaux enjeux sont ceux de l'anonymat, de l'appropriation ou de la circulation virale.

La première réponse est le choix d'un dispositif non univoque. C'est par ses différents reflets que la production amateur est diffractée plutôt que cernée, multipliée plutôt que synthétisée. Les manifestations autonomes de la forme amateur, sous l'espèce des illustrations du magazine militant JPG, ouvrent le bal. De nombreuses oeuvres d'artistes sont ensuite convoquées, qui citent ou interrogent les images privées. Leurs usages dans la presse, sous la forme du citizen journalism, de divers concours ou encore du journalisme trash sont également illustrés. Le volet technique n'est pas oublié, avec un mur composé de pages de manuels. Divers rappels historiques ponctuent de même le parcours: quelques appareils anciens, une série de vintages – dont l'incontournable Atget – plusieurs albums, des vues astronomiques ou médicales. Mais le clou de l'exposition est composé par deux dispositifs de flux symétriques, qui se répondent, au dernier étage et au sous-sol du musée.

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Le débat sous l'oeil de la Netscouade

image Pour le débat télévisé du second tour, l'équipe du Vidéomètre a choisi de partir en reportage embedded au 282, boulevard Saint-Germain, pour observer la gestion de la soirée par la Netscouade, cellule de veille internet du parti socialiste. Placée sous le pilotage de Benoît Thieulin, cette jeune équipe qui a participé à la mise en place du site Désirs d'avenir, puis à la gestion des débats participatifs en ligne, est un des piliers sur lesquels s'est appuyée la campagne de Ségolène Royal.

L'investissement de l'outil internet par les équipes de campagne restera une caractéristique majeure des présidentielles 2007. Le débat était l'occasion de voir à l'oeuvre cette cellule spécialisée, modèle du genre pour son efficacité et son professionnalisme. Comment réagir en temps réel à ce climax de l'entre-deux tours? Nous avons vu s'écrire un chapitre d'une nouvelle histoire.

20h15. Les premiers intervenants s'installent dans la salle vidéo. Plusieurs hubs sont prévus pour brancher la dizaine d'ordinateurs portables qui vont garnir les tables. Le wifi n'aurait-il pas été plus pratique? La question fait rire mon interlocuteur. Trop dangereux. Il n'est pas question de prendre le risque de livrer à l'adversaire les clés des conversations.

20h55. L'ambiance est tendue, le stress monte. Non fumeurs s'abstenir. Des bières circulent – de la Corona, la préférée de Chirac. Je ne saurai pas si c'est un trait d'humour ou si c'est tout ce qui restait en magasin. On m'explique qu'il y a plusieurs types de veille. Il s'agit d'abord d'écouter attentivement Nicolas Sarkozy, et de signaler immédiatement erreurs ou attaques frontales aux e-militants, réunis au sein d'un Google group, pour qu'ils puissent à leur tour réagir sur la toile. Chaque intervenant surveille également plusieurs sites et blogs, en essayant de dégager les tendances et de les répércuter sur le réseau. En cas de déséquilibre patent des commentaires, des alertes seront envoyées pour inciter les internautes à défendre leur candidate.

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Pas de débat de premier tour sur internet: leçons sur le buzz

image Ainsi que l'ont annoncé Christophe Carignano, Nicolas Voisin ou Quelcandidat.com, le projet de débat de premier tour sur internet se clôt par une fin de non-recevoir de la plupart des candidats sollicités. Qu'est-ce qui n'a pas marché? Mis à part 20 Minutes, très actif dans cette séquence, les grands médias associés au processus se sont bornés à une attitude attentiste, sans relayer le buzz, qui est resté très faible tout au long de la semaine dernière. Sans une forte pression médiatique, il était impossible d'imposer cet agenda aux équipes de campagne. Celle-ci a fait défaut: l'AFP a notamment refusé de transmettre les informations qui lui étaient fournies par le collectif. Leçon numéro un: la blogosphère peut engendrer le buzz, mais ne peut le porter à elle seule à un degré efficace – au moins dans ce cours laps de temps.

Le fait que la mayonnaise n'ait pas pris a aussi une autre raison: ce projet est intervenu trop tard dans le calendrier de la campagne. Entre la rumeur de la rupture avec Cécilia ou le faux sondage des RG, toute la semaine dernière a été occupée par les hoax et les tentatives d'intoxication. Pendant ce temps, on a bien vu les interventions des candidats se durcir, frisant parfois l'insulte. Désormais, les coups pleuvent, dictés par l'urgence. Malgré toutes les bonnes volontés, le temps n'était plus à l'échange d'arguments et au débat raisonné. D'où la leçon numéro deux: le caractère "objectif" du buzz, qu'on ne peut fabriquer de force à contretemps. Rien que pour ces enseignements, cette rencontre n'aura pas été vaine.

Illustration: Réunion de préparation du projet de débat présidentiel de premier tour sur internet à la rédaction de 20 Minutes, le 6 avril 2007 (de g. à dr.: Natacha Quester-Séméon, Sullian Wiener, Jean-François Fogel, Carlo Revelli, Nicolas Voisin).

Petite géographie des vidéos de campagne

image Au moment où commence la diffusion des clips officiels des candidats, il est temps de proposer un premier point sur leurs homologues "sauvages": les vidéos qui ont rythmé le déroulement de la campagne présidentielle depuis neuf mois. Le web, disait-on, allait modifier la pratique du débat politique. S'il est difficile d'évaluer dans quelle mesure les innombrables interventions écrites – articles, billets, commentaires – ont pesé sur son déroulement, en revanche, la nouveauté représentée par la possibilité de diffuser ou d'accéder aisément à des contenus vidéo a clairement constitué l'un des apports historiques de cette campagne. Elle a fourni nombre d'indications précieuses sur l'évolution du débat, et contribué plus d'une fois à faire bouger les lignes. Mais le plus intéressant est peut-être que nul n'avait prévu à quel point cette potentialité allait être exploitée dans le contexte politique. L'utilisation à cet effet des plates-formes de diffusion gratuites de vidéo en ligne a été un choix opéré spontanément par les usagers. Ce choix a créé un nouveau canal d'information, parallèle aux médias existants. Un canal hétéroclite et foisonnant, sur lequel n'ont pesé que de faibles contraintes, sans rapport avec les règles habituelles de la communication politique. Pour cette raison, celui-ci est rapidement devenu un miroir des attentes et des demandes des internautes. Un passionnant laboratoire des nouvelles formes de notre relation au politique et aux médias.

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Séminaire "La photographie familiale à l'époque numérique", par Irène Jonas

image Dans le cadre du séminaire "Problèmes d'histoire visuelle/La légende des amateurs", le Lhivic a reçu Irène Jonas, sociologue indépendante, le 15 mars 2007, pour une présentation de ses recherches sur la photographie familiale à l'époque numérique. La séance a fait l'objet d'un enregistrement audio, disponible en ligne (durée 2 h):


Téléchargement fichier mp3 (68 Mo).

Résumé. Les usages de la photographie familiale ont beaucoup évolué depuis l'enquête de Bourdieu (Un art moyen, Minuit, 1965). Les images montrent de moins en moins de rôles sociaux, mais beaucoup plus de moments d'intimité. La pratique photographique est centrée sur le personnage de l'enfant. Le numérique entraîne d'abord un changement quantitatif: la production photographique est multipliée environ par cinq. Il y a peu de cas de cohabitation argentique/numérique. Le numérique démystifie la pratique photographique. Malgré un emploi accru de la télévision comme outil de monstration, le tirage papier semble rester la forme idéale des images. La demande porte sur l'internalisation des pratiques (acquisition d'une imprimante couleur). La question du choix et de la sélection des images devient une interrogation aigue. Irène Jonas insiste sur les variétés d'usage en fonction des différences de genre et de génération. La frontière entre homme et femme dans la relation à l'outil photographique est marquée par le rapport à la technique. Pour les enfants, le numérique a changé radicalement la donne. Du côté des personnes âgées, la photographie est souvent l'activité qui les motive à se mettre à l'ordinateur. A de rares exceptions près, les connaissances techniques mobilisées restent des plus sommaires.

Compte rendu de "Histoire de la Cinémathèque française", de Laurent Mannoni

Laurent Mannoni, Histoire de la Cinémathèque française, Paris, Gallimard, 2006, 507 pages, ill. NB, 42 €.

L’histoire de la Cinémathèque française que nous offre Laurent Mannoni dans cet ouvrage a été longtemps attendue des cinéphiles comme des historiens. Car si les nombreuses péripéties qu’a connu ce haut lieu du cinéma mondial depuis sa création en 1936 ont fait couler beaucoup d’encre, jamais encore un tableau approfondi et véritablement historien n’en avait été dressé. Libéré de la mythologie langloisienne et des règlements de compte (qui font toutefois partie de l’histoire de la Cinémathèque et qu’il parvient à retracer avec clarté et précision), Laurent Mannoni a su s’appuyer sur des archives largement inédites et jusqu’alors très peu exploitées pour retracer l’histoire d’une institution-phare de la culture cinématographique, de ses débuts chaotiques à l’initiative de quelques cinéphiles autodidactes et passionnés, à sa récente installation rue de Bercy par le ministère de la Culture. En six chapitres chronologiques qui en retracent les développements et les déboires, il nous livre une histoire à la fois intime et contextualisée de la Cinémathèque, de ses défenseurs et de ses adversaires. Les grands moments de cette histoire, comme le sauvetage des films pendant l’occupation ou la fameuse "Affaire Langlois" en 1968, retrouvent ainsi leur sens dans une continuité, une vision globale de cette institution qui a longtemps manqué.

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Compte rendu du colloque "Art and the Early Photographic Album"

image Réuni par l'historien d'art Stephen Bann, le colloque "Art and the Early Photographic Album" s'est tenu à la National Gallery de Washington les 9 et 10 mars 2007. L'objectif était l'examen des nouvelles formes de présentation et de valorisation des collections muséographiques par l'intermédiaire de l'album illustré dans la seconde moitié du XIXe siècle. En prenant le relais des productions éditoriales gravées, la photographie avait-elle modifié la perception de l'oeuvre d'art? En s'écartant de la problématique de l'authenticité, la plupart des contributions ont apporté la preuve de la productivité de la représentation photographique des oeuvres d'art. Ainsi Philippe Jarjat (EHESS) a-t-il pu montrer combien le traitement du "Jugement dernier" de la chapelle Sixtine par Adolphe Braun avait contribué à la sélection de nouveaux motifs au sein de l'oeuvre de Michel-Ange. De même, Frederick N. Bohrer (Hood College) a expliqué le travail complexe de reconstitution effectué par Curtius en 1896 pour produire une restauration virtuelle des sculptures de l'antiquité. D'autres contributions, comme celle d'Anthony Hamber, tentaient de produire une évaluation globable du paysage des PIPs (publications illustrées de photographies) au XIXe siècle, en montrant le rôle fondamental joué dans cet essor par les albums consacrés à l'art. Austen Barron Bailly (Los Angeles County Museum of Art) illustrait cette démonstration par l'analyse des jeux de mise en page de la Galerie contemporaine (1874-1886) de Ludovic Baschet, et soulignait à son tour l'importance de ces ouvrages dans la constitution de canons.

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Compte rendu de "L’image au service de la révolution", de Michel Poivert

Michel Poivert, L’image au service de la révolution. Photographie, surréalisme, politique, Cherbourg, Le Point du Jour, 2006, 128 p, 30 ill., 19 €.

Avec ce livre bref et dense qui rassemble cinq essais publiés au fil des douze dernières années (dont trois dans Études photographiques), auxquels s’ajoute le texte inédit d’une conférence sur "Walter Benjamin et le repère surréaliste", Michel Poivert dresse le bilan de l’un des plus importants chapitres de l’histoire de la culture visuelle moderne. Reconfigurant certains éléments centraux de son champ d’investigation, il ouvre en même temps de nouvelles perspectives à l’étude du surréalisme. Celui-ci, on le sait, n’avait pas pour seule ambition de transformer l’art: c’est la vie elle-même qu’il aspirait à bouleverser de fond en comble. Fol espoir résumé alors sous le mot de "révolution", présent ici dès le titre. Ce serait en effet ne rien comprendre aux plus marquantes des propositions surréalistes, et à leur force de déflagration supérieure, que de ne pas voir qu’elles procédèrent toujours d’un désir de nature politique autant qu’esthétique. L’auteur y insiste d’emblée dans la préface qu’il donne à son recueil, intitulée "L’au-delà de l’usage", où la photographie, par son ancrage à embranchements multiples au sein de la culture et, en un mot, parce qu’elle «n’était pas de l’art» (p. 8), apparaît comme le médium le mieux adapté à incarner cette double dimension. Déplaçant sur le terrain de l’art, à la suite de Dada, des images dont les raisons et les fins lui étaient parfaitement étrangères, les surréalistes firent de la photographie l’instrument d’une conversion du regard qui, dans toute sa portée, constitue sans doute leur legs le plus "révolutionnaire".

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Le droit aux images (suite)

image Dix jours après sa parution, la tribune "Le droit aux images à l'ère de la publication électronique" a été reprise ou citée sur une centaine de sites, agrégateurs, forums et listes (voir ci-dessous). Cet article présente le premier diagnostic français de la situation de l'édition électronique illustrée et plus largement de l'utilisation du patrimoine iconographique sur internet, dans l'état actuel des textes et des usages. Rédigé par des spécialistes en histoire de l'art et en droit des images, il concerne potentiellement tous les responsables de sites web. Il appelle à revoir un dispositif législatif manifestement inadapté. Il fournit aux éditeurs une arme puissante: le rappel du caractère libre de droits des reproductions des images du domaine public, garanti par le code de la propriété intellectuelle. Ce texte a vocation à ouvrir le débat. Il est donc placé sous licence Creative Commons n° 2 (paternité, pas de modification) et librement copiable, par extraits ou en totalité. Merci d'en relayer ou d'en discuter les observations.

En résumé, nous encourageons les webmestres et blogueurs: 1) à respecter les droits des auteurs et ayants-droits en matière d'oeuvres protégées (pendant une durée de 70 ans après la mort de l'auteur); 2) à utiliser librement les reproductions des oeuvres en deux dimensions du domaine public. Ce n'est pas cet usage qui est hors-la-loi, mais bien celui des institutions qui associent un copyright (sous la forme de restrictions d'utilisation) à la mise en circulation des reproductions. La règle est simple: personne ne peut prétendre à l'exercice d'un droit en matière de domaine public – c'est une contradiction dans les termes.

Nul n'est censé ignorer la loi. Pourtant, cette information, bien connue des responsables des collections patrimoniales, est aujourd'hui soigneusement dissimulée. A l'exception de l'aveu du chef de l'agence photographique de la Réunion des musées nationaux (RMN), qui a admis sur France Culture que les 365.000 images disponibles sur le site de l'agence sont librement copiables pour les usages non commerciaux en ligne.

Reproduire les images non protégées n'est pas un acte répréhensible. Au contraire, participer à leur propagation, c'est donner corps au domaine public, c'est faire évoluer les sensibilités et les habitudes. Pour y contribuer, cet usage ne doit pas être sauvage. Il importe à l'inverse, après avoir procédé aux vérifications nécessaires, d'en assurer la légitimité par un légendage qui fournisse toutes les indications utiles. Nous suggérons d'ajouter aux précisions habituelles la mention: "statut: domaine public" (voir exemple ci-dessous).

Illustration: Gabriel Loppé (1825-1913), Loïe Fuller cachée derrière un arbre, photographie, v. 1905, Paris, musée d'Orsay (reproduction RMN, statut: domaine public).

Principaux sites ayant relayé le texte: 36 Projets, A Brest, AdmiNet-Le blog, Affordance.info, Archi-Art.net, Archivalia, Arts et culture pour tous, Betapolitique, Blog des rédacteurs de Politis, BlogObs.com, Boîte noire, Cmicblog, Créatif, Culture libre, EDSH, Embruns, Figoblog, Fouinayage, I-cone.net, Le JDL, La Feuille, Laurent Guerby, Observatoire critique, Open Access News, Regarder les images, Reseau Erasme.org, Rezo.net, Transactiv.exe, La Tribune de l'Art, Vecam, Wikio.fr, Zewol.net.

Le Politic'Show, laboratoire de la télévision de demain

image Nicolas Voisin et Julien Villacampa, fondateurs du Politic'Show, étaient jeudi les invités du séminaire "Problèmes d'histoire visuelle" à l'INHA. En proposant la première expérience française de webTV citoyenne, ils ont inventé une forme de communication inédite, bousculé les habitudes du journalisme spécialisé et contribué à faire bouger les lignes de la médiation politique.

Agé de 28 ans, Nicolas Voisin est un communicant tombé dans la marmite du journalisme citoyen: blogueur précoce et prolifique (Biologikpolitik, octobre 2004, Nuesblog), rédacteur d'Agoravox, membre du réseau des Freemen, il fonde en septembre 2006 le webmagazine Le Monde citoyen (avec notamment Guy Birenbaum, Thierry Crouzet, Sébastien Fontenelle, Bernard Langlois, Agnès Maillard, John-Paul Lepers, Jean Véronis). Agé de 27 ans, Julien Villacampa est réalisateur, auteur de clips, publicités, courts-métrages et documentaires souvent alimentaires, créateur du collectif de jeunes cinéastes les Malfaiteurs indépendants. Autodidactes, dépourvus de carte de presse, ils puisent leur légitimité dans la vertu citoyenne issue du web. La présidentielle offre une occasion rêvée et l'idée naît en mars 2006 de produire une série d'interviews vidéos des candidats. Un projet pleinement politique, au sens premier du terme: il s'agit pour deux citoyens-blogueurs d'aller à la rencontre de leurs représentants, puis de mettre gratuitement à disposition, sans restrictions de droits, le résultat de leurs entretiens. Une expérimentation, aussi, de leurs capacités techniques et logistiques à mettre en oeuvre une telle entreprise, dont ils escomptent des retombées à titre personnel: “Nous avons tous les deux un métier, et réalisons ces contenus sur notre temps libre, par passion. Nous aspirons à vivre de cette activité, autant être explicites.”

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