Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Pourquoi Carla buzze

image Exceptionnelle fréquentation du billet "Pourquoi Carla pèse?", consulté plus de 28.000 fois par son permalink en l'espace d'une semaine, soit environ 20.000 lecteurs uniques, avec 51 commentaires validés (plus une dizaine de commentaires supprimés), battant ainsi tous les records d'audience sur ce blog (le précédent billet le plus consulté était "La valise rouge, ou le hors champ", du 02/11/2007, qui totalise 16.450 lectures).

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Le déménagement de l'EHESS prévu pour 2009

image Après de longues négociations et de houleuses discussions internes, l'avenir immobilier des prochaines années de l'EHESS a pris une figure plus assurée avec l'assemblée générale du 8 février, qui a entériné le déménagement dans le courant de l'année universitaire 2008-2009 de l'administration et d'une bonne partie des centres de l'Ecole dans un bâtiment loué par la mairie de Paris, situé 11, rue du Pré, à proximité de la porte de la Chapelle (cliquer sur l'image pour d'autres aperçus). La plupart des enseignements resteront localisés au 105, bd Raspail.

Rappel des épisodes précédents: alors que la direction de l'EHESS planchait sur le scénario d'un déménagement de l'Ecole sur le futur site dit "cité des Humanités et des Sciences Sociales" à Aubervilliers à l'horizon 2012, le durcissement des obligations de santé publique a précipité l'obligation de quitter la Maison des sciences de l'homme, localisation historique de l'EHESS depuis 1975 au 54, bd Raspail, pour procéder à son désamiantage. La date butoir pour libérer ces locaux est fixée à la rentrée 2008. Cette échéance étant incompatible avec le scénario "cité des Humanités", une première localisation tampon est alors proposée par le ministère de la recherche, à Aubervilliers, sur la parcelle 521. Cette proposition suscite une forte opposition au sein de l'Ecole, manifestée par plusieurs prises de position dans la presse, qui soulignent l'état d'impréparation du site et ses difficultés d'accès. L'assemblée générale des enseignants du 17 novembre 2007 se prononce à l'unanimité contre ce projet, et donne mandat à la présidente, Danièle Hervieu-Léger, d'explorer d'autres pistes, notamment en liaison avec la mairie de Paris.

Au cours du mois de janvier se concrétise l'hypothèse de reloger les bureaux de l'Ecole sur le site du 11, rue du Pré, actuellement occupé par l'administration postale. Outre des dimensions compatibles avec cet hébergement, celui-ci présente l'avantage d'une desserte par le métro. Il reste toutefois plusieurs problèmes, notamment celui du déménagement des bibliothèques des centres, ainsi qu'une présence d'amiante (sous forme encapsulée, et donc neutralisée). Ces dossiers doivent faire l'objet d'examens complémentaires. Estimant qu'aucune meilleure proposition n'est susceptible de se présenter, l'assemblée des enseignants s'est prononcée le 8 février en faveur de cette option de relogement provisoire. En raison des difficultés matérielles soulevées par un déménagement d'une telle ampleur, il est probable que celui-ci aura lieu dans le courant de l'année universitaire 2008-2009. L'assemblée a également émis le voeu d'un retour au 54, bd Raspail, après l'achèvement du désamiantage, évoquant une "trilocalisation" de l'Ecole à l'horizon 2012 (site Aubervilliers, site Raspail, site Jourdan).

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Compte-rendu du cycle "Africamania" à la Cinémathèque française (1)

image La Cinémathèque française propose actuellement un cycle intitulé "Africamania, 50 ans de cinéma africain" (17 janvier-17 mars 2008). L’intérêt du volet programmation de ce cycle, réside à la fois dans la présentation d’une rétrospective autour des filmographies de réalisateurs comme Ousmane Sembene, Idrissa Ouedraougo, Souleymane Cissé, etc., mais aussi dans l’organisation de projections en avant-première de films encore en quête de réseaux de diffusion (comme le premier long-métrage de Cheick Fantamady Camara, Il va pleuvoir sur Conakry, 2007). En plus de ces actes réels de soutien à la production cinématographique africaine, il y a dans le discours de la Cinémathèque et dans sa traduction pratique une volonté affirmée de diversifier les activités, ainsi que les publics. En conférant ampleur et durée à cette manifestation, l’objectif serait en quelque sorte de marquer un nouveau départ, de «(re)donner une place d’honneur au cinéma africain dans le paysage culturel français».

Qu’en est-il du volet plus scientifique de ce cycle, construit autour d’un diptyque de tables-rondes consacrées à l’histoire du cinéma africain et à la création au présent? Le 26 janvier dernier, a eu lieu la première table-ronde intitulée "Histoires du cinéma africain des années 60 à nos jours", à partir de laquelle on peut déjà proposer certains constats.

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Pratiques des blogs en Afrique

image L’étude des blogs n’est pas ma spécialité, vous excuserez donc mon manque de vocabulaire et de connaissances sur le web 2.0. Je ne réalise pas ma thèse sur ce sujet, bien que les blogs recoupent souvent mes différentes problématiques. Mes premières recherches et d’ailleurs mes premiers pas sur les blogs remontent à peu près au début du projet que je coordonne, Afrique in visu. Avec ce blog, j’avais un réel vivier d’exploration devant moi.

Afrique in visu est une plateforme d’échanges autour du métier de photographe en Afrique. Le but de cette plateforme participative et contributive était de mettre en réseau les professionnels de l'image du continent africain. Cette interface web est avant tout un outil de communication et de diffusion pour les photographes qui permet un échange de savoir-faire autour de l'image. Initié en octobre 2006 au Mali, ce projet a connu un impact sur le continent africain dès le mois de janvier 2007. Plus de 1500 connexions, dont une majorité en Afrique, et surtout la majorité des commentaires venait des photographes locaux.

Par l’intermédiaire de ce projet, les photographes de la communauté Afrique in visu nous ont signalé les coordonnées de leur site professionnel ou de leur blog personnel. C’est à travers eux que j’en suis venue à m'interroger. Parallèlement au projet initial, j’ai commencé à observer les usages et les pratiques des téléphones mobiles autour de l’image au Mali et bien souvent, via ces recherches sur les mobiles, je retombais sur les blogs de téléchargement de musiques africaines, etc.

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Traces d'un exposé sur le web

image L'avantage de causer devant des blogueurs (le 18 janvier dernier, dans le cadre de la rencontre "Ecrire avec internet: paradoxes, mutations, vertiges", avec François Bon et Hubert Guillaud), c'est qu'on n'a même plus besoin de rédiger de compte rendu. Il suffit d'une promenade sur le web pour reconstituer peu ou prou l'essentiel du propos.

C’est bien, aussi, ce détour, qu’un homme de l’image nous parle des photos et des vidéos vite prises et vite partagées sur le web par des millions de jeunes du monde entier, une manière de se parler en images, de parler de soi sans dire je mais en se montrant, loin des mots, plus près du geste et du corps (danser, chanter).
Virginie Clayssen, TeXtes, "Bouquinosphère + soirée remue.net", 21/01/2008.

L'image s'exprime également comme le texte ou plus justement à la place du texte. Il puise dans YouTube et MySpace pour analyser ces images. Il s'étonne d'ailleurs du manque d'intérêt des sociologues pour ces laboratoires de recherches. Il commence cependant par une anecdote, une petite histoire qui en dit long. Des mots encore. Il a offert à son fils un journal intime pour Noël. Ce dernier le remplit chaque jour pendant les vacances. Les vacances finies, il reprend l'école et n'arrive plus à écrire au jour le jour. Il faut que ça s'écrive tout seul, dit-il. C'est à dire comme une photo, conclut André Gunthert. Dans les albums, les photographies remplacent déjà l'écriture de la chronique familiale. Sur le web, une image - photo ou vidéo - est également employée parce qu'écrire avec des mots n'est pas donné à tout le monde. Ainsi, plus le seuil d'accès à un usage est bas, plus l'accès est élevé. C'est le phénomène qu'il observe sur des sites comme YouTube ou Flickr. A la différence de l'album familial , Internet est un espace public. Publier une vidéo d'un mariage, la montrer parmi d'autres images, est une revendication identitaire pour André Gunthert. C'est se mesurer à d'autres images et faire parler son image sans pour autant énoncer une intention déclarative comme le ferait un texte sur la place publique. Présenter et opposer son existence à la face du monde.
Karine Lebrun, Art et autres choses, "Ecrire avec Internet...", 19/01/2008.

Pour André Gunthert, les outils du Web 2.0 constituent un laboratoire de sociologie à ciel ouvert. Où l’on observe, entre autres, qu’une majorité de jeunes des banlieues sont bien décidés à en finir avec l’image que les medias diffusent d’eux (casseurs, incendiaires). Ils dansent la Tektonik sur Youtube. La vidéo est une affirmation de soi, souvent valorisante. L’équivalent aussi, d’un point de vue social, d’une photographie dans un album de famille. Voyez là c’est moi.
Celia Houdart, celia.h, "Rencontres", 22/01/2008.

Merci à elles! Etant affligé d'une paresse légendaire, je rêve évidemment d'un monde post-attalien où les étudiants auraient enfin pris le pli du "carnet de recherches", pour que mes comptes rendus de séminaire s'écrivent eux aussi tous seuls...

The public story of a Facebook photograph

Not really liking my former Facebook portrait photo, I decide to post another shot. This new one is softer, with a view of the back of my nude torso submerged in an orange grainy light. My face is recognizable and my expression reflects an intimate moment snapshot. Subtly hot in content and warm in colour, you see one of my nude shoulders – no more, no less. The left open eye entices the viewer in an accomplice-like smile. A black rectangle in the background, hors champ, is suggestive of an invitation to another space.

To be honest, I did not reflect on this change in advance… I just did it. Then, due to the repercussion the change induced, I decided to analyse what had happened – similar to how any researcher would analyse facts in an empirical experience.

I received comments from my friends and some invitations from people I do not know. Pokes, no, no pokes nor any other of the new “X Me” applications at all. The personal mails were from friends I already had in my list and were only written by my female friends. Did they feel embarrassed or intimidated by the photo? No, I believe they were just winks and smiles of complicity. Men’s auto censorship? Usually we, women are supposed to post non committed photos, “beware of web-harassments, watch out”… The photograph I chose is possibly the opposite of what most women post. Generalizing, when women change their portrait pic it is for one where you can hardly see their face and body, something kind of “I wanna be mysterious”.

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Moi Tarzan, toi smiley

image Je n'ai plus beaucoup d'occasions d'écrire à la main. Le dernier usage qui, chez moi, a résisté à la transition typographique est la prise de notes rapide, en séminaire ou en colloque, pour laquelle je n'ai pu me résoudre à perdre ma vieille habitude du carnet sténo. C'est donc sur ce dispositif que je me suis vu, dans le feu d'un relevé, écrire pour la première fois un smiley "à la main". C'est une expérience curieuse. Préparé par un recours usuel à ce signe dans mes e-mails, le besoin s'est manifesté spontanément, alors que je souhaitais ajouter une marque d'ironie à la prise de notes d'une intervention qui me faisait sourire. Je me suis donc vu griffonner sur le papier une combinaison de caractères ASCII née sur écran. Ca se fait tout seul (on écrit: point-virgule, tiret, parenthèse), mais c'est assez vertigineux, un peu comme l'expérience de Tarzan apprenant à lire l'anglais sans l'avoir jamais entendu – mon passage préféré dans Tarzan of the Apes (Edgar Rice Burroughs, 1914).

Je me souviens d'une discussion que nous avions eu avec Jean-Michel Besnier à France-Culture, où celui-ci semblait dénier à l'"émoticône" (terme non reconnu officiellement, la Délégation générale à la langue française et aux langues de France lui préfère celui de "binette", la Commission générale de terminologie et de néologie celui de "frimousse"...) le statut de signe de ponctuation à part entière. A mon humble avis, le passage à la graphie constitue un témoignage manifeste de l'installation dans l'usage courant de ce logogramme. Je suis heureux d'offrir à mes lecteurs la preuve photographique (libre de droits) de ce grand moment de l'histoire linguistique ;-)

Compte rendu de la première assemblée générale des collectifs SLU et SLR

L’assemblée générale qui s’est tenue à Paris (Jussieu), jeudi 29 novembre, organisée par les collectifs "Sauvons l'Université!" (SLU) et "Sauvons la Recherche" (SLR), a réuni 350 personnes. Une trentaine de sites universitaires étaient représentés par des collègues participant à titre individuel ou mandatés par leur université: sciences dures et sciences humaines, universités de province et de Paris, grandes écoles, CNRS. Des ATOSS étaient également présents.

Les enseignants présents ont d’abord apporté leur soutien aux revendications des étudiants, condamné les épisodes récents de répression policière et analysé les mesures annoncées par la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, estimant que celles-ci n’apportaient rien de neuf.

La loi LRU a été analysée par les présents qui en ont signalé tous les dangers: reculs de la démocratie à l’université, pouvoirs exorbitants du président et d’un CA non représentatif, risques d’arbitraire dans les modalités de recrutement des enseignants-chercheurs, etc.

Une analyse détaillée des 1,8 milliards affectés à l’enseignement supérieur et à la recherche a fait apparaître également la supercherie consistant à annoncer des augmentations substantielles de budget: une fois défalqués les dégrèvements fiscaux du crédit impôt recherche, les dépenses liées à la consolidation de la situation des personnels, le paiement des arriérés de l’Etat et l’inflation il ne reste que 105 millions d'euros (démonstration sur le site de SLR). Il a été également rappelé que pour la première fois depuis plusieurs décennies aucune création de poste n’interviendra cette année.

Une discussion s’est engagée sur les modalités d’action, et notamment sur les moyens de se faire entendre par des médias plutôt sourds: lettres ouvertes à la presse, conférences de presse, et l’arme classique de la démonstration de force, en allant très nombreux manifester. Une motion réclamant l’abrogation de la loi (un débat suivi d’un vote a eu lieu sur: abrogation ou suspension) tout en admettant la nécessité de la réforme, mais d'une autre réforme, a été votée (voir ci-dessous).

Une journée d’action aura lieu le 6 décembre avec appel à informer, à manifester et éventuellement à faire grève.

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Compte rendu de "Ecrits cinématographiques", de Boleslas Matuszewski

Boleslas Matuszewski, Ecrits cinématographiques, édition critique dirigée par Magdalena Mazaraki, Paris, AFRHC/La Cinémathèque française, 2006, 216 p., ill. NB, lexique, bibl., filmographie, 17 €.

Obscur opérateur photographe polonais installé à Paris, Boleslas Matuszewski est devenu, depuis la réédition anglaise de ses écrits en 1995, une pierre d'angle de la réflexion contemporaine sur l'archive visuelle. Grâce au travail de la jeune historienne Magdalena Mazaraki, "Une nouvelle source de l'histoire" et "La photographie animée" (1898) sont désormais disponibles en français, dans une remarquable édition critique, augmentée de contributions de Roland Cosandey, Luce Lebart et Béatrice de Pastre, publiée par les soins de l'association française de recherche sur l'histoire du cinéma.

Comme l'explique Magdalena Mazaraki dans son essai, la vision utopique d'une archive cinématographique universelle de Matuszewski s'appuie sur une perception encore primitive du médium qui, ignorant le montage et niant la retouche, lui attribue les vertus d'une "authenticité intrinsèque". «La toute-puissance attribuée par Matuszewski au cinématographe, écrit l'historienne, est révélatrice des espoirs que les hommes de cette fin de siècle plaçaient dans les nouveaux outils d'enregistrement de la réalité.»

Luce Lebart replace le dessein du photographe polonais dans le contexte méconnu d'une «véritable internationale documentaire» qui prend son essor en cette fin de XIXe siècle et associe photographie et cinéma dans le projet d'une archive intégrale révolutionnaire. W.-J. Harrison, Hippolyte Sebert, président de la Société française de photographie, ou Léon Vidal, fondateur en 1895 du Musée des photographies documentaires, sont quelques-uns des protagonistes de cette dynamique où dialoguent bibliothéconomie, normalisation internationale, imaginaire policier de surveillance et idéologie de l'accès au savoir pour tous. Béatrice de Pastre complète cette analyse par un examen des traces laissées par le projet d'archives de Matuszewski dans l'archéologie de la création des cinémathèques parisiennes.

Ainsi encadré par un solide appareil historique, le «texte fondateur de l'archive filmique» se donne à lire dans le déploiement à la fois naïf et retors d'un positivisme de l'image qui n'a rien perdu de son actualité. On pourra regretter que les questions ici ouvertes ne soient pas prolongées par une réflexion sur les difficultés de mise en œuvre d'un tel programme. Car un siècle plus tard, exception faite de quelques trop rares chercheurs, pas plus la photographie que le cinéma ne sont encore couramment utilisés comme des «sources de l'histoire». Tel n'était certes pas le rôle de cette excellente édition critique, dont il faut lire l'invitation à ces prolongements comme la confirmation de sa pertinence. Ajoutons enfin que le croisement des problématiques comme la réunion des auteurs fournissent une des premières illustrations marquantes du dialogue qui s'esquisse entre spécialistes du cinéma et historiens de la photographie. Ce volume indispensable témoigne de la fécondité d'une telle rencontre.

Préprint Etudes photographiques, n° 21, décembre 2007 (à paraître).

ARHV veille sur les images

Graphique de la progression de la fréquentation du domaine lhivic.org depuis novembre 2005

500e billet sur ARHV (dont 470 par votre serviteur), ouvert il y a deux ans. L'heure de faire le point en chiffres.

- Rang Technorati: 153 (40.190).
- 3.619 visiteurs uniques/jour pour le mois d'octobre (soit 112.193, dont 21% par fil RSS; ce chiffre était de 44.000 en novembre 2006).

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Small is beautiful (3): la chanson de la télé

image Dîner en famille. Au dessert, la pub. De là où je suis, sans regarder, je reconnais une illustration musicale déjà entendue trois ou quatre fois, qui me chatouille l'oreille. Ma femme est bien plus forte que moi question variétés. — Tu connais ça ? — On dirait une version anglaise d'une chanson de France Gall, qu'elle dit, un truc genre "les filles", na na na... Là, je rigole. On ne dirait pas du tout du France Gall (j'ai tort: elle est vraiment forte).

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Education nationale: ôtez 11000 postes, reste Sarkozy

image Ayant appris par la blogosphère que Nicolas Sarkozy avait adressé un courrier à tous les enseignants, je m'inquiétais ce matin de ne pas le trouver dans ma boîte aux lettres. C'est qu'un président a des moyens plus modernes à sa disposition, et pas de temps à perdre. A 12h20, c'était i-Télé qui jouait le rôle du facteur, en diffusant en direct de Blois l'adresse présidentielle. Lu par un chef de l'Etat souriant, le texte révélait rapidement son auteur, trahi par son goût de l'anaphore. On allait enfin savoir ce qu'Henri Guaino pense de l'éducation nationale... “C'est la première fois qu'un président de la République écrit aux éducateurs”, énonçait – oralement – Nicolas Sarkozy à propos d'une missive que je n'ai pas reçue, et qui n'est pas une lettre mais un discours. i-Télé avait du mal à s'y retrouver, apposant pendant toute la séquence le sur-titre "Discours de N. Sarkozy sur l'éducation", qui venait dissimuler le panneau du pupitre: "Lettre aux Educateurs".

Guaino n'hésite jamais devant une porte ouverte. Dès les premières minutes de la lettre-discours-manifeste, on tombait à pieds joints sur l'antithèse nature-culture, appuyée sur l'opposition jadis-désormais. “L'homme remonte à la plus haute Antiquité” écrivait déjà Vialatte. Moi qui fait la guerre aux étudiants pour qu'ils expulsent de leurs introductions le balancement autrefois-aujourd'hui, qui est à l'argumentation ce que le ravioli est à la cuisine – un fourre-tout où l'on glisse n'importe quoi... Dans cette première partie, rythmée par des jugements frappés au coin du bon sens (“Chaque époque suscite des attentes qui lui sont propres”; “Souvent il faut recommencer pour parvenir au but”; “Il y a chez chaque enfant un potentiel qui ne demande qu'à être exploité”, etc...), l'enseignant a pu avoir l'impression que le chef de l'Etat s'adressait à lui comme aux Africains dans son discours de Dakar. Après Tintin au Congo, voici Nicolas au pensionnat de Chavagnes.

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Encuentros Del Otro Cine, 6e édition

En mai dernier, à Quito, Guayaquil et Manta (Equateur) ont eu lieu pour la sixième fois les Encuentros Del Otro Cine (EDOC), Rencontres d’un Autre Cinéma, Festival international de cinéma documentaire. Ce festival est né de la volonté d’un groupe d’artistes, photographes et réalisateurs de mettre en valeur et faire connaître les productions les plus importantes du cinéma documentaire d’auteur, depuis ses débuts et jusqu’aux productions les plus contemporaines dans ce domaine. Parmi les réalisateurs dont les films ont été présentés aux EDOC se trouvent Raymond Depardon, Nicolas Philibert, Chris Marker, Albert Maysles, Patricio Guzman, Fernando Solanas, Joaquim Jorda, Rithy Pahn, Michael Moore, et beaucoup de jeunes réalisateurs latino-américains.

L’organisation à l'origine de cette initiative est Cinememoria, une association crée en 2001 et dont le but est la sauvegarde de la mémoire audiovisuelle de l’Equateur et la mise en valeur du cinéma documentaire. Les EDOC sont, dans ce contexte, un moyen pour Cinememoria de diffuser des regards "autres" sur les questions politiques, économiques, et sociales du monde et de mettre en question la manière dont les informations et la communication circulent en Equateur et dans les pays sous-développés. Il s’agit aussi de montrer comment les productions documentaires posent la question du rôle des images dans la mémoire individuelle et collective d’un peuple.

C’est dans ce contexte que Cinememoria a proposé au public equatorien une sélection de films d’un peu partout dans le monde depuis 2002. Chaque année, les EDOC mettent en avant un thème ou un axe précis et proposent une sélection des productions récentes et de films sur l’Equateur ou réalisés par des jeunes réalisateurs équatoriens. Pour cette dernière édition, les axes autour desquels s’est orientée la programmation étaient la question de la télévision publique de qualité avec l’exemple de DocTV du Brésil, le regard sur les productions de l’Amérique Latine, l’utopie (politique, sociale) comme thème, et la production documentaire récente de l’Equateur.

Ont assisté à cette sixième édition des EDOC le Directeur du Programme DocTV (Brésil), et les réalisateurs Mariana Arruti (Argentine), Diego Garcia Moreno (Colombie), Philip Gröning (Allemagne), Camila Guzman (Chile), Evaldo Mocarzel (Brésil), Marcus Vetter (Allemagne). D’après Manolo Sarmiento, directeur de Cinememoria, le festival a réussi a promouvoir la croissance d’un public fidèle chaque année. Cette année, un quart des 11.768 spectateurs assistaient au festival pour la première fois.

Site web: www.cinememoria.org

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Les conditions de l'émergence du marché de la photographie

image Le colloque "Enjeux et mutations du marché de la photographie", organisé par Françoise Docquiert dans le cadre des rencontres d'Arles s'est ouvert ce matin par deux communications magistrales de Quentin Bajac, conservateur des photographies au centre Pompidou, et Dominique Sagot-Duvauroux, économiste à l'université d'Angers.

Selon Quentin Bajac, la question du marché photographique, après avoir fait l'objet de nombreuses discussions, doit maintenant devenir un objet d'études. A partir de l'exemple des pratiques de Julia Margaret Cameron, il montre comment, dès le milieu du XIXe siècle, on assiste à l'établissement de règles autour de la notion de rareté. Mais la plupart des tentatives de création de galeries photographiques aux Etats-Unis, dans la première moitié du XXe siècle resteront des échecs, ce qui permet de conclure que les conditions permettant l'émergence d'un marché proprement dit ne sont pas réunies. Elles commencent à émerger à partir des années 1960, avec de nouveaux acteurs comme André Jammes ou Sam Wagstaff, qui ne sont pas seulement des collectionneurs, mais participent activement à l'organisation du marché par la production de savoir et la création d'une hiérarchie des oeuvres. Cette émergence est à comprendre comme le résultat d'un long processus de constitution de la valeur esthétique de la photographie.

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Le droit aux images et la publication scientifique

image L'INHA proposait jeudi 7 juin une réunion-débat intitulée "Le droit aux images et la publication scientifique", associant historiens d'art français et étrangers. Première rencontre publique consacrée à cette question préoccupante, elle a permis de faire le point sur ce qui apparaît désormais comme une exception française.

Adoptée le 30 juin 2006, la loi DAVDSI (Droit d’auteur et droits voisins dans la société de l’Information), focalisée sur le téléchargement des fichiers audio et vidéo, a eu pour effet de restreindre, de contingenter ou de pénaliser les usages des images. A l'opposé de la recommandation de la directive européenne, la loi DAVDSI a refermé en France la porte d'une exception pédagogique inspirée du fair use américain, autrement dit une exemption du droit d'auteur pour les usages d'enseignement et de recherche.

Quelles sont les conséquences de ces textes pour l'histoire de l'art et les études visuelles? Dans les domaines de la recherche ou de l'enseignement, des accords sectoriels signés par le ministère de l'Education nationale avec les sociétés d'ayants droit reproduisent les dispositions des usages marchands: le nombre des reproductions ou leur archivage informatique est contingenté et susceptible de faire l'objet de contrôles par les sociétés privées.

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