Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Trop peu, trop tard? Les aventures du plan Paulson

L’adoption du plan Paulson par la Chambre des représentants le vendredi 3 octobre met fin aux «folles journées» de septembre. Si cette décision était attendue et nécessaire après le chaos qu’avait provoqué un premier rejet du plan, elle ne signifie nullement la fin de la crise financière. Cette dernière va continuer à s’approfondir et à manifester ses effets dans le secteur réel comme dans le secteur financier[1], mais sous des formes qui, pour un temps, seront sans doute moins catastrophiques sauf si une spéculation brutale devait se développer à brève échéance sur les taux de change[2]. Le plan Paulson et le déficit budgétaire qu’il va induire, soulèvera à terme le problème de la dette souveraine des Etats-Unis.

L’adoption du plan Paulson va cependant permettre aux opérateurs financiers et aux gouvernements de gagner au mieux quelques semaines de répit. Il conviendra de les mettre en oeuvre pour apporter les remèdes structurels que la crise financière exige et pour répondre à l’entrée en récession aujourd’hui inévitable des principales économies occidentales. Ceci implique cependant que toutes les leçons des événements des derniers jours soient tirées, et en particulier dans le domaine de la théorie économique.

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Small is beautiful (8): j'ai vu mourir le monde ancien

image Je suis injuste avec la télé. Entre les gouttes, parfois, il y a aussi des moments forts, des rencontres d'exception, émouvantes de vérité. Comme cet entretien des deux monstres sacrés de la librairie francophone, réunis ce soir au 20 h de France 2 à l'occasion de la parution de la première tentative de blockeditobuster hexagonal (Ennemis publics, Flammarion/Grasset). La belle complicité de ces jumeaux de la notoriété faisait plaisir à voir. Sans écouter les paroles de la chanson, ce qu'on entendait était une petite musique douce et tranquille. Si douce et si tranquille qu'elle en devenait étrange, dans ce cadre habituellement peuplé de désastres et de martyres. Cette odeur d'étable ou de chaumine, de feuilles mortes et de pommes de terre cuites sous la cendre n'émanait pas du parka très bobo-chic de l'auteur de La Possibilité d'une île. Elle naissait de la bienveillance réciproque qui ruisselait sur les barbes, à peine troublée par le ronronnement du journaliste. Qu'il semblaient loin, d'un coup, Kaboul, Wall Street et les agitations de la planète. Et comme tout était paisible, ici, au coin du feu.

D'où provenait cette impression de paix candide? Il n'était pas difficile de le deviner: dans l'enceinte du studio, sous la protection de la télévision publique, ces deux-là étaient chez eux, à l'abri des vents mauvais et de la méchanceté du monde. Aucun risque que quiconque vienne ici émettre une fausse note, déranger leurs plans, bousculer leur commerce. En bruit de fond planaient les échos des voix de Bernard Pivot et de Jacques Chancel qui, comme l'âne et le boeuf, venaient réchauffer de leur haleine le livre nouveau-né. Et nous, de l'autre côté de l'écran, gagnés par l'allégresse de ces gazouillis, on reprenait en choeur le chant où jouent hautbois et résonnent musettes – non sans écraser une larme devant un si touchant spectacle. Plus tard, on pourra dire: j'y étais; j'ai vu mourir en direct la culture du vieux monde. C'était Michel Houellebecq et Bernard-Henri Levy sur France 2, comme dans une soucoupe volante fendant l'espace, à cent mille lieues de nous.

Small is beautiful (7): qui a XPress 4?

image Note chronologique. Rendez-vous aujourd'hui au CERC (Centre d’édition web, de ressources électroniques et de communication), l’un des trois services de la division informatique de l'EHESS. Entreprenant la mise en ligne rétrospective des comptes rendus des cours de l'Ecole, le centre se trouve dans l'incapacité de traduire les fichiers PAO anciens, réalisés sous Quark XPress 3 et 4, que la dernière version du logiciel n'est plus capable de lire. J'ai donc proposé d'utiliser mon vieil iBook G4 de 2004, dernier modèle à conserver un système 9 (Classic), environnement dans lequel je peux faire tourner ma copie de XPress 4.1, version piratée en 1997 pour la revue Etudes photographiques. Pas sûr que ça marche sur des fichiers Windows, et de toutes façons il y aura des problèmes de polices non installées. En admettant qu'on arrive à ouvrir les fichiers, il faudra essayer d'en faire des sauvegardes au format postscript, en espérant qu'elles puissent être retranscrites en PDF sous Adobe Acrobat. Ce qui fait quand même au moins quatre couches logicielles pour accéder à des fichiers d'il y a à peine plus d'une dizaine d'années. Soit une illustration concrète des difficultés dans lesquelles nous enferment les systèmes à lecteur et les formats propriétaires.

Les commentaires, un gisement en réserve pour les médias en ligne

La valeur des commentaires: tel était le sujet du dernier salon où l'on cause, le Social Media Club, où l'on écoutait ce soir Rémi Douine, Marc-Philippe Dubreuil (blog de l'ours) et Benoît Raphaël (Le Post), en compagnie de représentants d'Agoravox, de Rue89, de Mediapart ou de Citizenside. Discussion nourrie, bien loin du cliché du commentaire-trash, qui en déployait au contraire toute la richesse, ainsi que les stratégies mises en oeuvre pour gérer cette nouvelle ressource. Avec un vaste éventail de traitements – de la modération sur mesure des rédacteurs de Rue89, calquant leur interaction sur celle des blogueurs, attentifs à développer une vraie plus-value (avec notamment une alerte pour signaler tout premier commentaire d'un nouveau venu, de façon à le relancer si l'intervention est jugée intéressante), à la gestion "industrielle" des 4000 commentaires/jour du Post, générateurs d'un "bruit" que Benoît Raphaël lui-même jugeait négativement. L'exemple fondateur de la radio ou celui des correspondants de la PQR (presse quotidienne régionale) étaient rappelés comme autant de préfigurations de l'interaction favorisée par le réseau. On apprenait au passage que de nombreux sites de presse, tels Le Monde.fr, Le Figaro.fr ou Libération.fr, délèguent la modération des commentaires à des sociétés extérieures – ce qui explique bien des choses. Si la question du nombre des interventions faisait apparaître un seuil au-delà duquel plus aucune conversation n'est possible, plusieurs discutants admettaient en conclusion qu'il y a derrière l'activité des commentateurs une puissance encore à exploiter, un gisement en attente de nouveaux traitements à inventer.

Sept jours qui ébranlèrent la finance

La crise financière a connu un tournant majeur dans la semaine qui s’est écoulée entre le dimanche 14 septembre et le vendredi 19 septembre 2008. L’accélération brutale des événements a provoqué leur changement de nature. L’accumulation quantitative des chocs a induit leur transformation qualitative. Les représentations des acteurs se sont révélées tout comme elles se sont brutalement transformées. En ce sens les six journées dramatiques qui vont de l’après-midi du dimanche 14 à la clôture de la séance à Wall Street le vendredi 19 constituent un de ces «moments» historiques où sont testées tout autant les stratégies que les doctrines et les théories qui les sous-tendent.

La décision prise par les autorités américaines de créer une gigantesque caisse de défaisance pour tenter, enfin, de dénouer la crise est une étape décisive. Elle était inévitable et survient probablement bien plus tard qu’il n’eut fallu. Cette décision, renforcée par des mesures techniques très contraignantes comme l’interdiction de vente à découvert (short selling) ne met pas fin à la crise. Elle en transforme cependant le processus et conduit à un déplacement du front des événements qui désormais sont susceptibles de survenir.

S’il est encore trop tôt pour prétendre en tirer toutes les leçons, certains enseignements sont d’ores et déjà disponibles et doivent être pris en compte.

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Valse avec Bachir, l'horizon du visuel

Valse avec Bachir a été amplement commenté lors de sa présentation au dernier festival de Cannes parce qu’il présente la particularité d’être un documentaire d’animation. Son réalisateur, le cinéaste israélien Ari Folman a tout d’abord adopté la technique classique du documentaire en réalisant des interviews filmées d’anciens soldats jetés comme lui en 1982 dans la guerre du Liban. Pour retrouver ses propres souvenirs, si profondément enfouis qu’il les avait complètement effacés, il a sollicité les souvenirs des autres à travers le récit que ceux-ci lui en donnent aujourd’hui. Valse avec Bachir est un film sur la mémoire, ses méandres, ses retours, ses lacunes, ses inévitables transformations, son rapport incertain au réel vécu.

Mais, plutôt que de restituer en l’état les interviews enregistrées, au besoin en les complétant par des images d’archives, Ari Folman a pris le parti de les illustrer au moyen de séquences d’animation conçues de toutes pièces à partir des récits des uns et des autres. A la subjectivité des paroles s’est donc ajoutée la fiction délibérée des images, même si celles-ci sont manifestement inspirées de lieux, de personnages et d’objets réels. Au fond, le réalisateur a voulu assumer complètement le fait que l’on ne peut pas restituer le passé sans le voiler aussitôt de fiction. Dans son film, seules les paroles des différents personnages restituent en l’état la trace enregistrée lors des entretiens. Tout le reste, même l’aspect physique de ses interlocuteurs, a été graphiquement composé ou recomposé. Ainsi, aucun spectateur ne peut croire avoir sous les yeux la réalité vécue au Liban par ces soldats israéliens tant le filtre visuel qui lui en restitue un aperçu est manifestement artificiel.

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Comprendre le 11 septembre? Joker!

image The Dark Knight (Christopher Nolan, 2008) est un film mal fichu. Quelques scènes brillantes, un scénario en dents de scie, d'étranges temps morts, y compris dans les moments forts des poursuites – et par dessus tout, un Batman aux abonnés absents, constamment agi, ridiculisé par le Joker, personnage aussi central que son adversaire est inexistant. Or, l'impression est que cette hésitation a à voir avec l'objet même du film, avec ce dont il s'empare sans bien savoir par quel bout le prendre.

Cet objet-là, qui n'a pas beaucoup intéressé la critique française, mais qui a agité moult débats outre-atlantique, est assez évident dès qu'apparait ce trou noir qui absorbe tout le film – le Joker, qui n'est plus le bouffon somptueux et grotesque jadis incarné par Jack Nicholson, mais un personnage pervers et malfaisant, interprété avec tant de brio par Heath Ledger qu'il en devient presque attachant. Pour résumer: dans The Dark Knight, le Joker symbolise le mal – un mal qui a pour caractéristique d'être sans raison ni justification, prodigué pour le plaisir et pis encore: un mal qui se communique de manière contagieuse à ceux qui veulent lutter contre lui. Le Joker apparaît donc très vite comme une incarnation de Ben Laden, et ses divers adversaires comme autant de représentants des Etats-Unis post 9/11, acculés à de regrettables excès dans leur mission de sauvegarde de la civilisation.

Sur un tel canevas, il y a du grain à moudre, d'innombrables sous-entendus à décrypter et non moins de contradictions à résoudre. Je limiterai mon propos à l'enjeu de la mise en perspective d'un fait historique majeur par un blockbuster hollywoodien. En sortant du cinéma, songeant aux oeuvres de Gunter Grass, de Walter Kempowski ou de Sebastian Haffner qui avaient permis à l'Allemagne post-hitlérienne d'affronter le traumatisme, je me disais que le passage par la vieille rhétorique des comics avait ici quelque chose de pathétique. Relire la figure du Joker à la lumière du 11 septembre est une proposition qui possède un véritable pouvoir explicatif, en dressant le portrait d'un psychopathe gouverné par l'arbitraire et par son seul plaisir sadique. Mais le paradoxe de cette explication est qu'elle n'explique rien, et choisit au contraire de s'aveugler plutôt que de se pencher sur les ressorts de l'événement.

Quelques jours plus tard, j'ai compris que je me trompais. Les oeuvres auxquelles je pensais sont arrivées quinze ou vingt ans après la fin de la seconde guerre mondiale, et le travail de resorption du traumatisme allemand a pris un temps beaucoup plus long que celui qui nous sépare du 11 septembre. Sept ans après, l'Amérique ne comprend toujours pas ce qui lui est arrivé. Mais elle a commencé à admettre de desserrer l'étreinte du deuil pour regarder les choses avec plus de distance, pour jouer avec l'événement. C'est à ce jeu que convie fondamentalement The Dark Knight – par exemple avec la séquence de la destruction de l'hôpital, clairement filmée comme une répétition parodique de l'effondrement des tours du World Trade Center. Faire rire avec ce référent (ayant déclenché les explosions, le Joker s'éloigne de l'immeuble en feu, puis se retourne et, s'apercevant que son oeuvre n'est pas complète, manipule derechef son détonateur pour produire un nouvel effondrement) est déjà à proprement parler renversant.

Jouer avec le feu du réel est ce que peut faire de mieux le cinéma. Réutiliser à cette fin le vieux stock de figures des comics s'inscrit dans une tradition éprouvée lorsqu'il s'agit de mettre l'Amérique face à ses démons. Premier film de divertissement grand public à manipuler ostensiblement les symboles du 11 septembre, The Dark Knight est une étape sur le chemin encore long de l'assimilation du traumatisme.

Best Practices for Access to Images: Recommendations for Scholarly Use and Publishing

image Version préparatoire des recommandations issues du colloque "Scholarly Publishing and the Issues of Cultural Heritage, Fair Use, reproduction fees and Copyrights", Max Planck Institute for the History of Science, Berlin, 11 janvier 2008.


Publishing practices in the sciences and the humanities are rapidly diverging. The sciences are increasingly moving toward forms of international e-publishing, leaving behind the world of traditional print publications. At present, the humanities are ill-prepared to adopt new publishing practices championed by the sciences, in spite of the potential these new practices offer for innovative scholarly work in the humanities and sciences alike.

Scholars in the humanities, especially those concerned with images, face a bewildering array of restrictions. A confusing patchwork of policies regarding access to images, image reproduction, and cultural heritage citation is hindering new research and publication in the humanities.

For a variety of reasons, many museums, libraries, and image repositories restrict access to digital image collections. For instance, curators fear fraud and false attribution if they allow open access to their image and cultural heritage repositories.

To promote creative scholarship in the humanities and to foster a deeper understanding of cultural heritage, curators and scholars must work together in new ways. Put simply, what’s needed is a policy of open access to visual sources not covered by copyright.

The following recommendations address challenges faced by researchers and curators of image repositories alike. The aim of this document is to establish a Network of Trust in the Digital Age.

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La publication scientifique en ligne face aux lacunes du droit français

image Résumé. Alors qu’internet semblait pouvoir ouvrir des capacités inédites à l’édition scientifique, le durcissement législatif visant à protéger la propriété intellectuelle a compliqué l’exploitation des sources multimédia. En excluant l’application d’un usage raisonnable propre à l'exception pédagogique ou scientifique, le droit français se présente désormais comme une anomalie dans un contexte international de multiplication des ressources en ligne. Pour remédier à des conditions inadaptées, les pratiques sauvages se multiplient, symptôme de l’échec du dispositif existant.


Dès les années 1990, les acteurs les plus hardis de l’édition scientifique évoquent les nouvelles potentialités de la publication électronique comme un horizon pleins de promesses. Un des aspects les plus alléchants de l’outil numérique réside dans la capacité d’associer au texte les documents multimédia les plus variés: image fixe ou animée, enregistrement sonore ou vidéo, qui permettent de mobiliser une vaste gamme de sources.

Une quinzaine d’années plus tard, cet horizon reste encore à distance. L’acculturation des chercheurs à ces nouveaux outils représente à l’évidence une contrainte importante. Mais elle est loin d’être la seule. Pour diverses branches du savoir, le recours aux sources multimédia est déjà un usage courant – à condition d’évoluer dans des environnements fermés, de type intranet. Si l’on ne trouve pas aujourd’hui l’équivalent de ces expérimentations dans les publications en ligne, c’est que leur reproduction se heurte à un obstacle majeur: les obligations de la propriété intellectuelle.

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Wall-E, la réponse du cinéma

Peut-on critiquer Wall-E? s'interroge gravement Télérama. Partagée sur le dernier-né des studios Pixar (2008, Andrew Stanton), la rédaction a recouru à son traditionnel jugement de Salomon: un "pour", un "contre". Ce dernier, rédigé par Aurélien Ferenczi, prend à rebrousse-poil l'accueil unanimement quatre étoiles de la communauté cinécritique – avant de se faire étriller en commentaires par les lecteurs. Sensibilisé par mon passage à 20 Minutes à cette cyber-intolérance, je me sentais plein de sympathie pour le courageux journaliste, prêt à l'épauler d'un mot, d'une pétition en ligne, voire d'une descente en flammes de BHL.

Je suis donc allé voir le film (bon, dans la vraie vie, ce sont mes deux marmots qui m'y ont traîné; mais j'avais vu la mini-polémique et j'ai subrepticement pesé pour m'éviter d'avoir à subir l'indéfrisable Hulk – tant qu'à aller voir des pixels, autant un vrai dessin animé). Mes lecteurs dépourvus de lardons de trois à huit ans peuvent passer leur chemin, la suite ne les concerne que dans la mesure où ils s'intéressent au cinéma – un genre qui, on le sait, s'adresse de plus en plus résolument à un public à même de dépenser entre 19,90 et 49,90 euros dans les jouets cinépromus.

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Il faut sauver l'argument d'antisémitisme

Ca se précise. Après trois semaines de débat, il paraît de plus en plus difficile de conclure au caractère antisémite de la phrase qui a provoqué le renvoi du dessinateur de Charlie-Hebdo. Les anti-Siné ne désarment pas pour si peu. A la recherche d'arguments toujours plus improbables, ils creusent le fond de la piscine – sans se rendre compte qu'il confirment par là l'outrance de l'accusation initiale. Après BHL dérapant sur Badiou, après Joffrin dérapant sur la race juive, après Adler dérapant sur les "pétitionnaires trotskistes", un nouveau venu, Daniel Franco, passe en tête avec un dérapage sur la pédophilie qui restera dans les annales du sophisme.

Reprenons. Au moment où les anti-Siné brandissent comme des talismans les noms de Drumont, Brasillach ou Maurras, il faut relire quelques pages de La France juive pour se rendre à l'évidence: des antisémites de la trempe de ces pamphlétaires ont depuis longtemps disparu de l'hexagone. Cette raréfaction de l'antisémitisme patenté est manifeste dans les libelles des anti-Siné, qui, pour prouver l'ampleur du danger, n'ont guère que le nom de Dieudonné à se mettre sous la dent. Le vieux père Le Pen, il est vrai, n'effraie plus grand monde. Reste que des sorties comme les chambres à gaz, "détail" de l'histoire de la seconde guerre mondiale, appartiennent clairement au registre de l'antisémitisme. Dans ce cas, nul besoin de recourir à des arguties spécieuses ni d'accumuler des exemples tirés par les cheveux. Le "détail" est antisémite, personne n'en doute – pas même les plus gauchistes des antisionistes...

En comparaison, «Il fera du chemin dans la vie, ce petit!», fait incontestablement pâle figure. Les plus ardents à le démontrer ont été les anti-Siné, qui n'ont eu de cesse de charger la barque, par des accusations de gâtisme, de mauvais goût, de stalinisme et autres élégances. Mais Siné a-t-il été viré de Charlie parce qu'il était stalinien, mauvais humoriste ou trop âgé? Pas que l'on sache, c'est pourquoi, après s'être rendu compte qu'il ne suffisait pas de répéter l'accusation pour convaincre, une deuxième vague a cherché à renforcer l'argumentaire. D'abord apparu en commentaire dans des forums, un extrait d'une interview radiophonique de 1982 semblait donner toutes assurances sur la méchanceté du dessinateur. Jusqu'à ce qu'on en éclaircisse le contexte, qu'on constate que Siné, condamné, s'était excusé, et que cet exemple se dégonfle à son tour. C'est alors qu'une autre preuve décisive est brandie: une accusation de Pierre Desproges, qui dénonce en Siné un «antisémitisme de garçon de bain poujadiste». Seul problème, cette phrase est issue de la série des réquisitoires burlesques prononcées par l'humoriste dans le cadre du "Tribunal des flagrants délires", sur France-Inter (émission du 13 décembre 1982). A ce point de l'argumentation, autant dire que la besace des anti-Siné est vide.

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Compte rendu du "Vocabulaire technique de la photographie"

image Anne Cartier-Bresson (dir.), Le Vocabulaire technique de la photographie, Paris, Marval/Paris Musées, 2008, 24 x 28 cm, 496 p., ill. coul., bibl. ind., 110€.

Pour ceux qui s’intéressent aux techniques photographiques, il y avait le "Nadeau", c’est-à-dire The Encyclopedia of Printing, Photographic and Photomechanical Processes, publié en 1989, qui, tel un dictionnaire non illustré, recensait et définissait les différentes techniques liées à la photographie. L’année dernière, Bertrand Lavédrine publiait un ouvrage illustré et pratique pour (re)connaître et conserver les photographies anciennes. Désormais, les restaurateurs, les conservateurs, les historiens et les étudiants disposent de ce que l’on appelle déjà dans les cercles d’initiés le «VTP», à savoir Le Vocabulaire technique de la photographie. Publié sous la direction d’Anne Cartier-Bresson après plusieurs années de travail et d’aléas éditoriaux, cet ouvrage est une somme de presque 500 pages, imprimées en quadrichromie, qui regroupe des notices historico-techniques sur les procédés qui touchent de près ou de loin à la photographie.

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Rémy Besson, premier allocataire du Lhivic

image L'école doctorale de l'EHESS est très mal pourvue en allocations de recherche, ressource allouée aux meilleurs étudiants de master pour leur permettre de se consacrer pleinement à leur thèse de doctorat (1.650 euros brut/mois, soit 1,29 fois le Smic pendant trois ans). C'est avec d'autant plus de satisfaction que nous saluons leur attribution à Rémy Besson, dont le dossier a été classé premier parmi les candidats de la mention histoire.

Rémy Besson a soutenu le mois dernier son mémoire de master, intitulé: "Approche historienne de la mise en récit du film de Claude Lanzmann: Shoah", sous la direction de Christian Delage. Grâce à l'étude attentive des transcriptions des rushes conservées aux archives du musée de l'Holocauste à Washington, il démontre que le coeur de l'oeuvre est élaboré à partir du montage sonore et d'un surprenant travail de tissage et de recombinaison des entretiens des témoins. Selon le chercheur, «l'absence de voix off dans Shoah ne correspond pas à un effacement du réalisateur, mais au développement d'un autre mode de narration à travers le montage.» Ce premier résultat de recherche annonce une thèse d'une grande portée, qui permettra de poursuivre l'interrogation du rapport de l'image au témoignage, qui a notamment été au centre de l'ouvrage majeur de Georges Didi-Huberman, Images malgré tout (Minuit, 2003).

Initiateur de "Paroles d'images", association consacrée à l’éducation aux images qui organise régulièrement projections et rencontres, Rémy Besson en a également conçu le blog et a apporté son concours à la réalisation de celui de l'Atelier du Lhivic. Toutes nos félicitations à l'heureux lauréat!

L'image et le son (de la République des blogs)

image Avec Nick Carraway (alias Julien Rivet) et moi-même, l'EHESS était dignement représentée hier à l'anniversaire des deux ans de la République des blogs (certes moins qu'avec Marc Ferro et Roger Chartier, mais ils étaient retenus par un comité des Annales).

La réunion des blogueurs politiques initiée par l'indispensable Versac se doublait de la diffusion en direct de l'émission Minuit Dix, pilotée par Laurent Goumarre et Jean-Baptiste Soufron. Ce qui fait qu'après avoir réglé mes comptes d'homme à homme avec Laurent Gloaguen – dit le Flingueur, dit le Retour de la Revanche, dit le Sébastien Chabal de la blogosphère (un partout, match nul) –, j'ai pu expérimenter l'étrange réfraction de la virtualité blogosphérique par la virtualité radiophonique. Avoir l'image en même temps que le son permettait d'apprécier la gestuelle qui double in petto le message audible. Mais accentuait aussi l'effet saut à l'élastique sur la planète Mars que produit la rencontre du virtuel avec le plancher des vaches – en l'occurrence celui du café le pavillon Baltard.

Avec un spécial dédicace à Quitterie Delmas, ultra en forme dans une savoureuse rossée du piteusissime représentant gouvernemental, commissaire politique aux blogs ou chose du genre, qui fut à la hauteur de la campagne de pub qui pollue actuellement les écrans. Un grand merci à l'ami Versac, que j'ai pu toucher (en attendant Jane Birkin), et qui mérite définitivement un cierge.

Small is beautiful (6): le carton d'invitation

image "Small is beautiful" devait être une série de notes sur les effets "à bas bruit" du nouveau. Je ne m'attendais pas y consigner les retours de manivelle de l'ancien. Mais il faut admettre que les outils numériques ont une influence qui déploie leurs modèles bien au-delà de l'univers électronique. Hier encore, au moment de partir, impossible de remettre la main sur ce fichu carton d'invitation (pour la très recommandable exposition Tichy à Pompidou). En fin d'année scolaire, le capharnaüm de mon bureau atteint des sommets. Un état qui n'est d'ailleurs pas sans lien avec l'augmentation de productivité qu'entraîne le numérique – les sollicitations se multiplient, le rythme auquel on est supposé y répondre s'accélère. Mais à la différence du merveilleux bureau virtuel de mon Mac, où tout nouvel objet entrant se range tout seul et reste à tout moment accessible par la grâce de l'indispensable Spotlight, les piles qui s'entassent de part et d'autre de mon écran ne sont, elles, pas indexées automatiquement par l'infaillible mémoire d'un moteur de recherches multicritères. Je me retrouve donc à chaque fois à maudire la poste, l'industrie papetière et Gutenberg lui-même, en écumant les huit tas de courrier astucieusement répartis entre: ultra-urgent, à faire demain, priorité code rouge, sans faute, promis-juré-craché. Le carton, bien sûr, est quelque part sous mon nez, à une distance statistiquement comprise entre vingt et quarante centimètres, mais il est aussi bien caché que la caisse de l'Arche perdue dans les archives fédérales US. Je le sais, c'est peine perdue. Je pars donc furax. A l'arrivée, évidemment, ce truc ne sert strictement à rien, puisqu'on me laisse entrer sans. Quand les fabricants de cartons d'invitation comprendront-ils la futilité de ce vestige des années pub, aussi tendance qu'un clip de Demis Roussos? Ce soir, c'est République des blogs. Au moins une invit' que je n'aurai pas à chercher – merci Facebook!
(A noter que l'expo Tichy a aussi son annonce sur FB – grâce à Marc Lenot, contributeur au catalogue et chercheur au Lhivic.)

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