Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Les dossiers d'ARHV

Entre 2005 et 2009, le blog Actualités de la recherche en histoire visuelle a publié un millier de billets (tous accessibles sous la rubrique "Archives"). Pour faciliter les recherches du lecteur, la liste ci-dessous présente une sélection des articles les plus représentatifs, regroupés par thèmes (ordre chronologique inverse).

Culture visuelle

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Facebook, n° 1 de la photo en ligne

Doug Beaver, directeur technique de Facebook, a annoncé ce matin que la plate-forme avait atteint le chiffre de 10 milliards de photos téléchargées (soit 40 milliards de fichiers, puisque chaque image est déclinée en 4 formats), occupant 1 pétaoctet de mémoire (1000 téraoctets). Les 100 millions de membres du réseau envoient quotidiennement entre 2 et 3 téraoctets de photographies sur le site, où 15 milliards de photos sont consultées chaque jour. Facebook est le premier site au monde de partage de photographies en ligne, loin devant Flickr, qui approche les 3 milliards de téléchargements (via AllFacebook).

Best Practices for Access to Images: Recommendations for Scholarly Use and Publishing

image Version préparatoire des recommandations issues du colloque "Scholarly Publishing and the Issues of Cultural Heritage, Fair Use, reproduction fees and Copyrights", Max Planck Institute for the History of Science, Berlin, 11 janvier 2008.


Publishing practices in the sciences and the humanities are rapidly diverging. The sciences are increasingly moving toward forms of international e-publishing, leaving behind the world of traditional print publications. At present, the humanities are ill-prepared to adopt new publishing practices championed by the sciences, in spite of the potential these new practices offer for innovative scholarly work in the humanities and sciences alike.

Scholars in the humanities, especially those concerned with images, face a bewildering array of restrictions. A confusing patchwork of policies regarding access to images, image reproduction, and cultural heritage citation is hindering new research and publication in the humanities.

For a variety of reasons, many museums, libraries, and image repositories restrict access to digital image collections. For instance, curators fear fraud and false attribution if they allow open access to their image and cultural heritage repositories.

To promote creative scholarship in the humanities and to foster a deeper understanding of cultural heritage, curators and scholars must work together in new ways. Put simply, what’s needed is a policy of open access to visual sources not covered by copyright.

The following recommendations address challenges faced by researchers and curators of image repositories alike. The aim of this document is to establish a Network of Trust in the Digital Age.

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Quand le sage montre la lune...

image Elle est étonnante. En ce milieu d'été, je ne résiste pas au plaisir de soumettre à la sagacité de mes lecteurs ma trouvaille de ce matin, en leur demandant de deviner ce que représente cette photographie (ou plutôt l'image qu'elle reproduit). Si quelqu'un trouve, je jure d'aller me pendre à l'arbre le plus proche.


MàJ 15h. Fin du concours, avec toutes mes félicitations à Olivier, lecteur attentif d'ARHV, qui a trouvé la bonne solution en moins de six heures! (Je vais de ce pas me pendre...)
Il s'agit bien de la première photographie numérisée de l'histoire, réalisée le 15 juillet 1965 par le satellite Mariner 4 en orbite autour de Mars. Bien avant l'invention des photocapteurs qui garnissent nos appareils modernes, la NASA avait décidé de digitaliser la transmission de l'image en raison des énormes distances spatiales, susceptibles de détériorer un signal analogique. Produit par un tube vidicon noir et blanc, le signal vidéo de la caméra était converti en code binaire, fournissant un fichier de 40.000 pixels. Sur l'image ci-dessus, on voit ce spectacle extraordinaire: une photo digitalisée reconstituée à la main! Trop impatients pour attendre l'interprétation des données par un ordinateur pas du tout graphique, les ingénieurs du Jet Propulsion Laboratory colorient les bandes de papier sorties du transmetteur en fonction des valeurs de gris indiquées en chiffres. Un jeu à la manière des dessins mystères, qui valait bien ce signalement sous forme de devinette!

Source: NASA Images.

Archéologie de la photo numérique: Hubble

image Je découvre (via Fotostoria) le nouveau site consacré aux archives iconographiques de la NASA, mis en ligne à l'occasion de son cinquantième anniversaire. En association avec le projet Internet Archive, cette ressource offre un libre accès aux collections numérisées des différents centres qui composent l'agence.

Parmi la vaste sélection de photographies, vidéos et enregistrement sonores, scrupuleu-sement documentés, j'extrais cette archive historique des débuts de la photographie numérique: la comparaison de la première photo fournie, le 22 mai 1990, par le Wide Field/Planetary Camera (WFPC) du téléscope spatial Hubble (à droite), avec la portion équivalente du ciel observée au sol par le télescope du Las Campanas Observatory (à gauche). Une image ou chaque pixel correspond à un carré de 0,1 seconde d'arc de côté (contre 0,32), qui démontre simultanément le bénéfice de s'affranchir de l'atmosphère terrestre et le pouvoir de résolution du premier appareil photo numérique de l'histoire, composé de deux caméras distinctes, formées par quatre matrices à CCD Texas Instruments de 800 x 800 pixels – une définition inférieure à celle d'un camphone d'aujourd'hui.

La George Eastman House sur Flickr

image Après la bibliothèque du Congrès ou le Brooklyn Museum, la George Eastman House est le premier grand musée de photographie à mettre en ligne en libre accès dans la section des Commons de Flickr plusieurs extraits de ses collections. On peut notamment apercevoir de remarquables portraits au daguerréotype du célèbre studio Southworth & Hawes, un groupe de 68 autochromes ou un échantillon du fonds Chusseau-Flaviens, l'une des premières agences de photographies de presse.

Illustration: Charles Spaeth, "Woman in floral silk robe", autochrome, 1915, 11.5 x 8.6 cm, George Eastman House Collection (domaine public).

Archéologie de la photo numérique: le Konica Q-M80

image Trouvé hier dans un Cash Converters un Konica Q-M80 à 12 euros – un prix prohibitif pour un modeste 0.80 mégapixels (1024 x 768 px), côté à 1 euro sur Ebay. Mais il était dans sa boîte d'origine avec son mode d'emploi, et un modèle aussi ancien (alentours 1998) n'est pas très courant.

Le contact avec une machine qui a à peine une dizaine d'années est toujours intéressant. L'épaisseur inhabituelle, le plastique toc, l'ergonomie balbutiante, la disposition des organes sont caractéristiques d'une époque qui est celle du premier boom des APN. Ma théorie est que les appareils numériques ne deviendront séduisants pour le grand public qu'au moment où ils reprendront les principes qui avaient fait le succès des compacts bijoux de la génération APS (dont le plus bel exemple est le Canon Ixus de 1996): des appareils suffisamment étroits pour être glissés dans une poche et dont la carosserie chic transmet une impression de qualité suffisante pour justifier un prix élevé. Le Konica témoigne de la période précédente: celle où le design – et donc le marketing – de cette catégorie de matériel n'est pas encore fixé et hésite entre plusieurs directions. La disposition des organes en façade haute avec l'objectif déporté vers le haut, imitée du Canon PowerShot 350 et qui sera notamment reprise par Fuji, porte encore la marque visible de l'ancêtre vidéo.

Par rapport aux habitudes d'aujourd'hui, le Konica est trop gros, comme empoté. La mauvaise qualité de ses plastiques et une finition hésitante donne l'impression d'un gadget. Mais il a déjà tout ce qui fait un APN, de la carte compact flash jusqu'à la connexion USB – et il marche. Lentement, certes, avec une mise en route d'une seconde, une prise de vue décalée et une image qui s'affiche en se déroulant par le haut. Toutes les opérations photographiques qui sont à nouveau redevenues invisibles sur nos appareils contemporains, dissimulées par l'instantanéité, sont ici curieusement soulignées par une temporalité de l'attente.

Grâce à son alimentation à piles, pas de problèmes de chargement ou de batterie usée: on peut procéder à un test immédiat. Malheureusement, aucune de mes cartes flash n'est compatible avec le système d'exploitation de l'appareil, qui ne les identifie que jusqu'à 48 mégaoctets. Comme la prise USB n'est pas standard, impossible d'exporter les images et de les lire sur écran. J'ignore si je pourrai trouver des cartes lisibles par le système, quand au bon modèle de prise, autant chercher une aiguille dans une botte de foin. On voit par quelles failles pêche le dispositif. L'appareil disposant d'une mémoire interne, les photos sont bel et bien enregistrées, et il serait possible de les lire sur l'écran d'un téléviseur. Mais à partir du moment où elles sont inexportables sur l'ordinateur, c'est comme si l'appareil ne marchait pas. Je serais en droit de le rapporter au magasin et d'en réclamer la reprise sur ce seul critère. Je pense à Jean-Marc Yersin et aux historiens de la photographie du futur qui s'arracheront les cheveux devant les défauts de standardisation des APN. Quant aux problèmes que posera la consultation de nos albums de famille, c'est une autre histoire...

Le numérique révise l'histoire, ou André Zucca à Disneyland

image J'ai enfin pu accéder aux diapositives originales d'André Zucca à la BHVP. J'avais demandé cet accès dès l'invitation qui m'avait été faite par l'association Paris Bibliothèques d'animer les débats organisés autour de l'exposition "Les/Des Parisiens sous l'occupation". Cette faculté m'a été refusée jusqu'à ce que le nom du nouveau directeur de la BHVP soit connu. Tous les spécialistes que j'ai croisé depuis deux mois m'ont affirmé n'avoir pu observer les originaux. Virginie Chardin, commissaire de l'exposition "Paris en couleurs" en 2007, qui proposait quarante vues d'après les diapositives de Zucca, a par exemple effectué ses choix à partir de la vision de ce qu'elle nomme les «bruts de scans». Ceux-ci l'avaient frappé par leur aspect, qui donnait l'impression d'un état de conservation exceptionnel et d'une iconographie de très grande qualité. Il est probable que je sois le premier observateur extérieur à la BHVP à avoir eu accès aux originaux depuis leur numérisation, fin 2006.

Les photographies couleur d'André Zucca n'avaient pourtant rien d'un fonds inconnu. Elle furent publiées pour la première fois en 1974 dans l'ouvrage de Hervé Le Boterf, La Vie parisienne sous l'occupation, 1940-1944 (éditions France-Empire), volume préparé du vivant du photographe avec son accord, dont la parution suscita immédiatement un reportage dans le Sunday Times du 9 juin, illustré de pas moins de 28 photos couleurs, puis un autre dans Paris-Match un mois plus tard, assorti de 13 reproductions. Depuis lors, cette iconographie, disponible par l'intermédiaire des éditions Tallandier qui en géraient la diffusion, sera utilisée dans de nombreux ouvrages illustrés sur la période, dont le plus connu est Paris sous l'occupation, publié en 1987 chez Belfond par Gilles Perrault, avec des commentaires de Jean-Pierre Azéma.

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D'Atget à Zucca, ou comment naissent les légendes

image Lors des débats organisés par l'association Paris Bibliothèques pour accompagner l'exposition André Zucca ("Des Parisiens sous l'occupation", BHVP), un consensus s'est rapidement dégagé pour regretter l'insuffisance d'analyse historique de la part du commissaire, Jean Baronnet, comme de l'instigateur de la manifestation, Jean Derens. A rebours de la position qu'ils ont tous deux revendiquée – selon laquelle tout ce qu'il était nécessaire de savoir était bien connu et qu'on pouvait s'en tenir sur l'oeuvre de Zucca à une approche de type esthétique – la plupart des intervenants ont souligné les difficultés d'interprétation de la période et la nécessité d'une mise en contexte rigoureuse.

Dans cette controverse, on attendait avec curiosité l'éclairage de Jean-Pierre Azéma, préfacier du catalogue et caution historique de l'exposition. Lors du débat du 31 mai, l'historien a précisé les conditions de son intervention, imposée par Bertrand Delanoë pour rééquilibrer un projet dont le déficit d'histoire inquiétait déjà les services culturels de la mairie. Tout en prenant ses distances avec les organisateurs, Azéma n'a cependant pas dévié de l'analyse proposée par la préface, selon laquelle ces images montrent «le regard et le plaisir de l'esthète privilégiant un Paris qui lui est propre.» Au contraire, il a renforcé ce point de vue par la définition d'une catégorie particulière de photographes, les «reporters d'images», à laquelle appartenait Zucca. Selon lui, la caractéristique de ces «fournisseurs d'images» est qu'«ils ne font pas de commentaires, ce ne sont pas des journalistes. Eux, on leur commande des photos. Zucca n'a fait ni légendes, ni articles. (...) Du coup, on comprend qu'ils vont être instrumentalisés. Ils vont livrer un matériau brut. On peut leur faire dire ce qu'on veut».

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L'oeil de Google regardait Caïn

image Elle est passée par ici, elle repassera par là... Après qu'on l'ait vue à Paris, puis à Rennes, j'ai à mon tour pu apercevoir hier la Google Car (sur l'A6, à la hauteur d'Evry). Impossible de la photographier, j'étais en moto (image reprise chez Miskin, merci à lui). Mais j'ai pu observer d'assez près le très impressionnant dispositif de prise de vues à 360° géolocalisé, à côté duquel l'explorateur visuel de Blade Runner (Ridley Scott, 1982) fait un peu tapette à rats préhistorique.

Après les rues de New York ou de San Francisco, ce sont donc les avenues françaises qui vont progressivement être intégrées au programme de Google Street View. Avec mon enthousiasme techno habituel, je ne peux m'empêcher de trouver plutôt décoiffantes la perspective de ces nouvelles promenades. Il y a quelque chose de rigoureusement vertigineux dans cette entreprise d'archivage panoptique, non moins que dans la chimère étrange qu'elle produit, conjonction entre réel et virtuel, enregistrement photographique et simulation logicielle d'un espace 3D intégral. Il y a aussi, naturellement, quelque chose de terrifiant dans l'impression de toute-puissance communiquée par cet oeil mécanique, promené par une société dont l'emprise sur le monde ne semble plus connaître aucune limite.

Bièvres, le plus beau musée de la photo

image Chaque année, le premier week-end du mois de juin, Bièvres accueille la plus grande foire du monde d'appareils et de photos anciens. Une immense brocante qui réunit vendeurs et collectionneurs de tous les pays. Quand la météo est de la partie, prendre une place dans ce carrousel du temps passé est un pur délice. Mieux qu'au musée, on touche, on soupèse, on retourne, on renifle, on photographie. Mieux qu'au musée, on aperçoit mille variantes, formes inconnues, objets étranges, déchets, rebuts. Mieux qu'au musée, on peut s'offrir un morceau d'histoire, trouver la bonne occase, ou se faire des cadeaux. Cette année, j'ai enfin trouvé le Traité pratique d'Albert Londe, la 2e édition de 1896 de La Photographie moderne, à un prix prohibitif, qui a rejoint ma collection des ouvrages du maître. J'ai aussi craqué pour un JVC GF-S1000H, une antiquité de 1987, caméra vidéo VHS à CCD, complet avec sa valise et en parfait état de marche, à un prix ridicule. De la génération des machines qui ont préparé le chemin à la photo numérique grand public, ce modèle servira dès mon prochain cours. Plein les mirettes et des questions qui tourbillonnent: vive l'histoire concrète!

Journées d'études à l'IMEC

image En clôture du séminaire "L'archive et le portrait", organisé en partenariat avec l'IMEC (Institut Mémoires de l'édition contemporaine), le Lhivic a organisé deux journées d'études sur site, les 19 et 20 mai 2008 (voir album). Accueillis dans les conditions privilégiées de l'abbaye d'Ardenne à Caen, les étudiants ont pu examiner un large échantillon de fonds photographiques, représentatifs de la variété des conditions de formation et de conservation de ces ensembles.

Fondé en 1988, l'IMEC conserve les archives de maisons d'édition, de librairies ou d'organes de presse ainsi que des archives de personnalités du monde littéraire et intellectuel. La politique de conservation de l'institut présente la particularité d'étendre l'attention généralement réservée à l'archive papier aux documents multimédia. L'IMEC conserve donc non seulement des correspondances, des manuscrits ou des ouvrages, mais aussi des photographies, des films, des vidéos, des enregistrements sonores, etc. Ces divers documents posent des problèmes de conservation spécifiques.

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Walter Benjamin, "Petite histoire de la photographie"

Parmi les essais en cours des outils en ligne du labo, je teste actuellement la plate-forme de publication Issuu, suivant l'exemple de François Bon, qui s'en sert pour Publie.net. A titre d'avant-goût, et pour remettre à disposition un texte toujours très demandé, revoici ma traduction de la "Petite histoire de la photographie" (1931) de Walter Benjamin, publiée dans le n° 1 de la revue Etudes photographiques (novembre 1996, édition revue et corrigée, 1998). Mis à part l'absence d'un moteur de recherche par publication, on peut constater que l'outil, sous Flash, est diablement efficace et complet, avec une fonction plein écran et une fonction d'impression de page. La plate-forme est très simple à utiliser, et j'encouragerai volontiers les étudiants à y mettre en ligne leurs travaux (on peut également consulter ma thèse sur ce même moteur, à partir du site du Lhivic).

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A quoi ressemblait la photo numérique il y a dix ans?

Si l'on voulait se convaincre que la photo numérique a besoin d'une histoire[1], il suffirait d'observer ce document, confié par le Musée suisse de l'appareil photographique. Jean-Marc Yersin et Pascale Bonnard ont enregistré une séance de prise de vue avec le Mavica MVC-FD7. Ce modèle de 1997 représente une évolution d'une gamme lancée en 1981 par Sony. Premier appareil photo à capteur CCD commercialisé, le Mavica permettait d'enregistrer des captures vidéo couleur sur disquettes magnétiques de 2 pouces et de visualiser les images sur un téléviseur, sans passer par le stade du développement. Dotée d'un capteur de 640 x 480 pixels (0,3 Mo), la gamme MVC-FD fut la première à proposer un enregistrement numérique sur un format de disquette du commerce (la disquette 3,5 pouces, également inventée par Sony). Facilitant le transfert des images sur ordinateur, ce modèle fut particulièrement apprécié pour associer des photos aux e-mails ou illustrer les sites web.

Aux habitués de la technologie numérique contemporaine, la vision de la manipulation d'un Mavica FD produit l'impression d'un étrange décalage. La lenteur de la mise en route, de la prise de vue ou de l'enregistrement sur le support, signalés chacun par une manifestation sonore des plus bruyantes, semble issue d'une époque déjà lointaine. Ayant acquis cet appareil pour leur musée, Jean-Marc Yersin et Pascale Bonnard ont pensé utile de réaliser cette séquence tant que le dispositif fonctionnait encore. Ce réflexe d'archéologues des techniques, habitués à la confrontation avec un outillage définitivement muet, montre tout l'intérêt de disposer d'une archive du protocole réel. Mais il témoigne aussi de l'accélération de l'histoire provoquée par la technologie numérique. Cet éloignement rapide du passé est tout à la fois le signe de l'urgence de l'intervention historienne et la condition de sa possibilité.

Notes

[1] Telle était la thèse proposée lors de mon intervention "La photographie numérique et la parenthèse du film", le 4 avril 2008 à Vevey.

Johann Baptist Isenring, pionnier de la photographie (et de la retouche)

image Invité la semaine dernière à intervenir au Musée suisse de l'appareil photographique de Vevey (compte rendu sur Souris de compactus), j'ai eu le grand plaisir d'y croiser de nombreux amis. Parmi la riche moisson de discussions, d'images et de documents qu'il m'a été donné d'y glaner, Jean-Marc Yersin m'a confié une copie du petit opuscule de 1840 de Johann Baptist Isenring (1796-1860), peintre, graveur et pionnier du daguerréotype, récemment mentionné sur ce blog, que je m'empresse de mettre à disposition.

Plus ancienne brochure d'une exposition de portraits photographiques, ce document précise qu'Isenring a pratiqué la photographie avant même la divulgation du procédé de Daguerre, à partir des indications publiées en janvier 1839 par Talbot, ce qui le situe parmi les tous premiers expérimentateurs, aux côtés d'Hippolyte Bayard («Avant que l'invention de Daguerre ne soit donnée au monde, le soussigné s'essaya au dessin photogénique selon la méthode de Talbot, et peut là aussi en apporter quelques preuves»; «Bevor Daguerre's Erfindung weltkundig wurde, versuche sich der Unterzeichnete (...) in der Lichtzeichnung nach Talbot's Methode und er kann hierin ebenfalls einige Proben ausweisen.»)

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