La littérature, ça existe aussi au cinéma. Talisman de classe, elle protège celui qui la porte de l'adversité. Que vaut une fillette de treize ans face à une Palme d'or? C'est pour cela que l'ami Fredo, papoteur cinéphile et poseur douloureux, est devenu ministre de la Culture, il nous l'a dit: pour protéger les artistes. Les artistes sont les fées Clochette de notre temps, qui transforment la boue en or et mettent des nappes de violons un peu partout. Tu avoueras que c'est quand même plus joli comme ça.

Alors, sois gentil: respecte la douce souffrance de ces gens assez bons pour te faire cadeau de la beauté. Ne mélange pas tout. Ne fais pas de grossiers amalgames. Les amalgames, rappelle-t'en, ce n'est que pour la plèbe. Celle des internautes, par exemple, qu'un esthète pro-gouvernemental met dans le même sac que les «proxénètes, les psychopathes, les violeurs, les racistes et les voleurs». Non, non. Ici on est entre gens délicats, fins nez, qui savent faire la part des choses. Qui ont table ouverte à TF1 et rond de serviette à Champs Elysées (où on te répètera dimanche si t'as pas bien entendu jeudi). Le peuple n'est pas interviewé par Laurence Ferrari? Il n'a qu'à écrire des sonnets.

Serge Dassault, 90e homme le plus riche du monde avec une fortune estimée à plus de cinq milliards de dollars, frappé d'inégibilité par le Conseil d'Etat, se rassied dans le fauteuil du maire de Corbeil-Essonnes. Jean Sarkozy, 23 ans, est désigné à la tête de l'établissement public chargé d'aménager le quartier d'affaires de La Défense (Epad), le plus riche de France, où son papa, qui le dirigea jadis, a noué de solides amitiés. Pendant ce temps, le président de la République lit Proust. Et tout scandale s'évanouit, comme par un coup de baguette magique. La littérature, vous dis-je! Un peu d'impunité dans un monde de brutes.