Prolongeant le numéro d’Ethnologie française, Arrêt sur images. Photographie et Anthropologie (2007), cette rencontre internationale se propose d’être le lieu d’émergence d’une réflexion originale sur les manières d’associer la photographie et le film au cours des différentes étapes de la recherche scientifique en sciences humaines et de la création artistique – voire de l’enquête documentaire, tel le reportage.

Persuadés de l’heuristique du croisement des regards, nous avons pris le parti d’ouvrir ce colloque à des représentants de diverses disciplines qui se rejoignent dans une pratique et/ou un intérêt commun pour les modalités de combinaison de l’image fixe et de l’image animée. Ainsi, praticiens et théoriciens se trouveront réunis pour échanger sur le thème transversal de l’association des images photographiques et filmiques; pourquoi et comment les réunir, les croiser, les mêler, les combiner? Dans ce cadre transdisciplinaire, il s’agira plus précisément de donner à voir et à penser diverses façons de produire, d’associer et de traiter des images obtenues grâce à de multiples outils (appareil photo, caméra, caméscope, informatique, etc.) depuis leur production, leur «collecte» et leur analyse jusqu’à leur restitution dans un «produit fini».

Du point de vue de l’histoire des techniques, la photographie et le cinéma sont très proches: le film est à l’origine une simple succession de photographies. Le cadrage du regard, commun à ces deux outils de description, engendre une «technification» de l’appréhension du réel pour le preneur d’images, et le projette dans une captation du monde toute autre que celle plus habituelle de l’observation directe. L’image, fixe ou animée, révèle les dimensions masquées d’une réalité toujours encombrée. Les prises de vues scientifiques reposent sur une méthodologie rigoureuse, mais elles témoignent aussi de la singulière liberté de son créateur, de la conjonction de choix «esthétiques» et de contraintes techniques. L’image n’est pas un décalque du réel. L’expressivité de gestes, la restitution d’une atmosphère, la transmission d’émotions, etc. procèdent de choix faits au moment de prises de vues (cadrage, distances, angles, dimensions, durée…) et du «montage» postérieur (compositions, ordres, articulations, support…). Cependant, la photographie et le film sont dotés de qualités d’«écriture» spécifiques produisant des rapports à l’espace et au temps singuliers. Bien que techniquement très proches, le film et la photographie induisent des techniques corporelles d’utilisation pouvant être très contrastées et donnent aux objets captés des «textures» et des modes d’existence de natures distinctes.

En nous intéressant aux pratiques d’association du film et de la photographie, nous proposons de mener une réflexion neuve sur les spécificités respectives des images fixes et animées et leurs vertus. Par l’étude de pratiques de combinaison d’images fixes et animées, nous voulons réfléchir sur les «effets de sens» que produisent ces objets visuels sans entrer dans un débat stérile sur la prévalence de l’un ou de l’autre. Les intervenants du colloque mènent une réflexion conjointe sur la photographie et le cinéma; ils utilisent simultanément, ou successivement, images fixes et animées. N’est-ce pas parce qu’ils considèrent que ces deux outils sont complémentaires et que leur association offre une capacité accrue de captation et de monstration de la réalité?

En l’état, quatre sessions sont envisagées. Toutes seront l’occasion d’aborder la question des spécificités respectives des images fixes et animées. Les intervenants qui seront sélectionnés mènent une réflexion conjointe sur la photographie et le cinéma; utilisent simultanément, ou successivement, images fixes et animées; disposent d’images pouvant être projetées pour étayer le propos de leur intervention.

  • PHOTOGRAPHIER ET/OU FILMER? D’un «terrain» à l’autre, un preneur de vues choisira des outils singuliers en fonction de ses objectifs scientifiques. Le choix est fonction de l’obtention d’un résultat spécifique, et témoigne que l’image fixe et l’image animée, loin d’être substituables l’une à l’autre, permettent de capter et de donner à voir des aspects différents du réel. Quelles raisons incitent à employer un appareil photographique, une caméra ou les deux? Pourquoi utiliser l’image fixe plutôt que l’image animée et inversement?
  • PRISES DE VUE(S). Il existe une différence de nature dans la pratique même de l’acte photographique et de l’acte cinématographique. Le choix de l’outil induit le recours à des techniques du corps spécifiques. Sur le terrain, les pratiques photographiques et filmiques créent des relations singulières avec la communauté humaine côtoyée. Quelles sont les temporalités et les spatialités propres à ces différentes pratiques et à leur éventuelle association? Quelles sont leurs influences sur la perception que le groupe observé se fait du preneur de vues?
  • FIXER L’ANIME, ANIMER LA FIXITE. De retour de terrain, le preneur de vues se trouve confronté à une grande quantité d’images qui font l’objet d’un tri. Quels sont les critères de sélection pour déterminer les images à conserver? Comment procède-t-il à leur analyse? L’image en elle-même ne fait pas toujours sens et il est parfois nécessaire d’utiliser des procédés de recadrage, d’user de ralentis, d’animer des photographies, d’extraire des images d’un film ou de procéder à des animations. Quels sont les procédés de «bricolage» employés après les prises de vues? Qu’est-ce que ces procédés apprennent des vertus respectives des images fixes et animées?
  • ASSOCIER LES IMAGES. Au terme du processus de recherche, le preneur de vues a «monté» ses images. De nombreux procédés permettent d’associer images fixes et images animées. Le support de restitution des images devient alors un objet hybride, polytechnique. Quels sont les divers procédés de combinaison et quelles en sont les finalités? Quelle est la «plus-value» de telles combinaisons en regard d’objets «purement» photographiques ou cinématographiques?

Il est prévu de diffuser le résultat de ces rencontres via une publication en ligne ou sous forme d’ouvrage collectif. En outre, un des objectifs de cette rencontre internationale est de constituer un cadre associatif afin de réunir des scientifiques et des « preneurs de vues » intéressés par la réflexion sur les vertus et la place de l’image dans les sciences humaines. En établissant des partenariats avec de multiples institutions internationales, l’existence de ce collectif permettrait de prolonger la réflexion et d’étendre les perspectives de recherche sur le thème des images fixes et animées dans un esprit d’ouverture et de rapprochement des disciplines.

Propositions de communication: Les communications durant 45 mn devront obligatoirement comprendre la projection d’un support audiovisuel. Les propositions devront mentionner nom et prénom, statut et organisme de rattachement ainsi que l’adresse électronique. Elles seront acceptées en français (de préférence) ou en anglais uniquement. Les propositions résumées de 2500 signes doivent être envoyées avant le 31 octobre 2009 (télécharger le formulaire).