Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Parution de "Studio Harcourt, 1934-2009", par Françoise Denoyelle

Les éditions Nicolas Chaudun annoncent la parution de Studio Harcourt, 1934-2009 par Françoise Denoyelle, 192 p., ill. NB et coul., 45 €.

"Voilà soixante-quinze ans qu’existe le Studio Harcourt. Créée en 1934 par deux patrons de presse entreprenants et une jeune femme non moins perspicace, Cosette Harcourt, cette prosaïque fabrique de portraits s’est immédiatement érigée en « manufacture de vedette » délivrant l’indispensable brevet d’éternité: «En France, on n’est pas acteur si l’on n’a pas été photographié par les studios d’Harcourt», confirmerait Roland Barthes.

"C’est que le style Harcourt se fonde tout entier sur la sacralisation du visage. Un cadrage serré, un fond quasi inexistant, pas plus d’accessoires, et tout en lumière, en clair-obscur, un spot en contre-jour nimbant la chevelure d’une authentique aura… ce n’est plus une effigie, c’est une sanctification. Le divin, tout au moins le sublime, c’est à peu près à quoi aspire tout modèle convié au studio – n’a-t-on pas comparé l’immuable rituel (accueil, attente, maquillage, prise de vue, choix du cliché, retouche…) à un parcours initiatique?

"La magie opère toujours. Cédé à plusieurs reprises au terme d’un déclin perceptible dès la fin des années soixante, le studio restaure aujourd’hui son prestige sous l’impulsion de nouveaux acquéreurs. Et après Marlène Dietrich et Ingrid Bergman, Cocteau ou Dali, Gabin comme Delon, toute une nouvelle Olympe défile dans les somptueux salons de la rue Jean Goujon, acteurs et personnalités politiques, bien sûr, mais aussi sportifs, grands chefs étoilés…

"S’émancipant de l’exercice critique, Françoise Denoyelle, à force d’anecdotes et de témoignages, s’attache aux ressorts du mythe inusable. Elle transgresse encore les convenances obligées du discours photographique en retraçant les progrès d’une entreprise, détaillant ainsi les innovations, notamment commerciales, qui ont démultiplié ses premiers succès. Soixante-quinze ans, c’est aussi ce que dure à peu près une vie d’homme. Et c’est à une véritable biographie de cette institution considérée comme un être que s’essaye cet ouvrage limpide, aussi vivant et lumineux que le sujet auquel il s’attache."

Peut-on aimer internet sous la contrainte?

Devinette. Qui a écrit les billets récents: "Civilité" et "La liberté et Internet"? Il faut se pincer pour les attribuer à leurs véritables signataires, respectivement Denis Olivennes (auteur de: La gratuité, c'est le vol) et Jean-François Copé (auteur de: Promis, j'arrête la langue de bois). Dans les deux cas, il s'agit d'un bel exercice de rétropédalage, après leurs récentes proclamations anti-web, dont l'argumentaire est si simpliste (il y a un bon et un mauvais internet) qu'on a envie de demander à ces brillants esprits pourquoi ils ne s'en sont pas avisés plus tôt.

L'intérêt de ces harangues un peu trop apprêtées pour être honnêtes (la langue qu'emploient ces auteurs quand «la parole est libre» est un peu plus verte) est de témoigner d'une inquiétude nouvelle. On comprend que nos polémistes ont souffert quelques répliques hostiles. Mais de la part de personnages d'habitude aussi arrogants et sûrs de leur fait, de telles chicanes ne suffisent pas à expliquer un revirement si brutal. Tout comme Ségolène Royal avouant dans un souffle la découverte de la puissance du "lobby internet", il semble que ces responsables aient pris brusquement conscience de l'évolution récente de la perception de l'univers en ligne, que je caractérisais par la formule: "le web fait désormais partie de la vraie vie". Plutôt que les injures de quelques commentateurs énervés, il est plus probable que les facteurs de ce changement de pied soient la remarque navrée d'un proche, ou le soupir désolé d'un fils. Malgré leur caractère contraint, ces dissertations sont donc bien la confirmation d'un nouvel équilibre des forces, que même les plus retardataires ne peuvent plus se permettre d'ignorer. Mais on aurait tort de se réjouir de cette apparente victoire. Le ton belliqueux et la promesse de mettre de l'ordre font voir au contraire que les puissants n'ont pas changé d'idée. "Civiliser" internet (entendons: le mettre au diapason de la douce harmonie médiatique) reste l'objectif intangible qu'ils n'auront de cesse d'imposer.