Confirmation par Ségolène, dont le site a suscité depuis mardi une grêle de plaisanteries et de piques, sans qu'aucune signature n'évoque pour sa défense le "lynchage" d'internet. Pour les éditorialistes (qui ne voient d'ailleurs pas ce qu'il y a de drôle dans la homepage de Désirs d'avenir), un site web raté est un péché tout ce qu'il y a de véniel – et Ségo un personnage suffisamment démonétisé pour qu'il ne soit pas nécessaire d'emboucher les trompettes de l'anti-totalitarisme.

Il y a pourtant une leçon non-duhamélienne à retenir de cette rencontre. Si pour les élites politiques et médiatiques, internet est cet empêcheur de dominer en rond qu'il ne coûte rien d'invectiver, pour des millions de Français, le web est une présence familière, un outil quotidien, un média apprécié. Ce n'est que pour nos responsables qu'il y a encore deux mondes, l'un considérable, l'autre négligeable. Pour tous les autres, le dérapage d'Hortefeux n'a rien à voir avec un totalitarisme de la transparence, mais est simplement une information révélée par un quotidien en ligne. Quant au site 1.0 de Ségolène, il apporte un témoignage éloquent d'absence de professionnalisme, qui est jugé à l'aune de l'évolution des pratiques politiques récentes, et notamment de l'exemple américain. On opposait naguère internet et "la vraie vie". Pour ceux qui pensent avoir quelque chose à dire, et qui veulent qu'on les écoute, il va falloir assimiler que le web fait désormais partie de "la vraie vie". Vite. Et arrêter de dire n'importe quoi, parce que ça devient simplement insupportable.