A l'occasion des vacances, je suis retombé sur des ouvrages pédagogiques illustrés que je "lisais" vers 7-8 ans. En essayant de reconstituer le parcours que j'avais pu avoir au sein de ces volumes, je me suis rendu compte qu'il y avait des pans entiers du texte dont je n'avais pas pris connaissance. En réalité, ma lecture était entièrement dictée par la place et par l'intérêt des images. Lorsque celles-ci ne me convenaient pas, pour des raisons essentiellement graphiques (les deux critères principaux de mon intérêt semblant avoir été la couleur et la précision des illustrations), les passages correspondants étaient systématiquement sautés. En revanche, le texte entourant une image digne d'intérêt avait été lu, généralement de façon excentrique, en commençant par la légende, puis en m'aventurant dans le reste de la page. Vérification faite, je n'ai jamais lu un chapitre complet. Quelle connaissance pouvais-je retirer de cette lecture? A l'évidence, la compréhension globale s'effectuait par déduction et reconstitution à partir du parcours d'images et des informations glanées tout autour.

Le feuilletage semble marcher un peu comme le moteur Google images, qui comme chacun sait ne cherche pas des images, mais le texte qu'il y a autour, sur la base d'un principe de pertinence topologique: plus le texte est près de l'image, plus il est supposé y être lié (ce qui, bien sûr, n'est pas toujours le cas).

A partir de la thèse de Thierry, selon laquelle l'image fonctionne comme le ressort d'organisation spatial de la mise en page, il me semble qu'il faut examiner la possibilité d'un usage de l'image comme support d'organisation sémantique de l'information. Le feuilletage serait cette lecture gouvernée par l'image.

Reste à penser la dimension du rapport à l'enfance – de la détermination pédagogique et de la négociation qu'elle impose entre savoir et jeu. Au fond, l'idée serait que le recours à l'image revient toujours à une sorte de troc – un peu de plaisir visuel en échange d'un peu d'information.