image Narvic a fermé son blog quelques jours trop tôt. Avec le vol AF 447, on voit très bien que l'idée du lien entre journalisme et information est une croyance étrange. L'information pertinente, dans le cas de la disparition de l'Airbus, tenait hier en peu de mots. Beaucoup moins que les tombereaux d'avis, enquêtes, flashes et interviews de toutes sortes qui ont envahi les JT, dont l'Ashram de Swâmi Petaramesh propose un relevé sans complaisance.

C'est dans un commentaire de ce blog qu'apparaît l'explication de cette avalanche de balivernes. «On n'a rien à montrer: pas d'épave, de corps, rien de rien. C'est ce vide qui est insupportable et que l'on cherche à combler, pas seulement parce qu'il faut "vendre du papier" mais aussi que la perte de sens pour une tragédie est foncièrement intolérable», explique Enikao pour justifier l'hystérie. Ce qui ne contredit en rien le billet de Swâmi. Non, il n'y avait aucune information utile dans cette boulimie d'air en conserve. Et pourtant, l'exercice a bien une utilité sociale tout à fait cruciale. Consacrer 30 minutes à brasser du vide est inexplicable si l'on juge uniquement du point de vue de l'info. Mais devient parfaitement compréhensible au regard du rituel qu'est devenu le spectacle de l'information. A quoi bon étendre à l'infini une information si ténue qu'elle tient en quelques phrases? Nous l'avons vécu en direct le 11 septembre. A ce moment, la télévision sert à rassembler le groupe. Elle devient une grande église, un lieu du partage de la souffrance, où l'on ressasse le traumatisme, en psalmodiant des prières. Qui croit encore que ce rituel a quelque chose à voir avec l'info? Il est le geste par lequel la nation s'incline. Sa durée n'a rien à voir avec la quantité d'informations que les journalistes ont à délivrer, mais est rigoureusement proportionnelle à l'ampleur symbolique de l'événement.

Ce journalisme du deuil dit l'essentiel de ce que sont devenus les médias. Quelque chose qui a peu à voir avec la gestion rationnelle d'une information objective. Plutôt une instance de production de rituels collectifs. Répondre à la peur du vide a du sens. Un sens que connaissent bien les spécialistes des sociétés primitives. Il s'agit d'une conjuration magique, d'une danse autour du totem. Le jour où les journalistes prendront conscience de ce rôle-là, ils auront enfin compris à quoi ils servent.