Ces derniers temps, j'ai été sollicité par divers journalistes pour "réagir" sur «l'humour face à la crise sur internet» (Le Figaro Magazine, RFI) ou encore «le divertissement en temps de crise» (TF1, Europe 1). Pour ce dernier thème, on peut retracer précisément son origine: il s'agit d'une interview d'Emmanuel Ethis par Lena Lutaud dans Le Figaro du 2 mars ("Le cinéma dopé par la crise"). Christian Delage ne me parle plus depuis que j'ai tenté de lui refiler le bébé.

Sur un sujet qui n'en est pas un (vous connaissez beaucoup de gens que la crise fait se gondoler?), le recours à l'universitaire est un réflexe qui trahit la besace vide. Mais la répétition de cette question indique aussi que, dans certaines rédactions, il existe une pression pour dessiner des moustaches sur le visage d'une actualité désespérément grisâtre. Il me paraît donc pratique d'envisager ici une réponse groupée: non, la crise ne me fait pas rire, et j'ai beau chercher sur internet, j'ai du mal à trouver le clip qui buzze d'enfer et fait se taper sur les cuisses à propos de la montée du chômage, de l'angoisse et de la pauvreté.

Pour un journaliste de passage, il me semble que le vrai sujet serait plutôt: quels sont les organes où l'on pense que la crise, mieux vaut en rire? Qu'est-ce qui suggère que cette réaction caractérise une certaine sensibilité politique? S'agit-t-il d'une indication venue d'en haut, ou bien les professionnels ont-ils d'eux-mêmes le réflexe de recourir aux chatouilles? Quelles conclusions peut-on en tirer sur l'état réel du journalisme? D'accord, c'est un peu moins rigolo, mais je suis certain que, même à Slate.fr, un angle pareil, c'est le buzz assuré.