Plus profondément, la crise actuelle révèle la nature des interactions entre dynamiques financières et réelles. Cette crise n’est financière que dans ses mécanismes de déclenchement. Elle trouve son origine dans des configurations des économies réelles qui ont créé l’illusion d’une croissance mais ne pouvaient être maintenues à long terme. Tant que ces configurations ne seront pas changées, il n’y aura pas de sortie de la crise, mais une période de stagnation après la phase récessive – voire dépressive – que l’on connaîtra jusqu’à la fin de 2009 pour le moins.

Ces configurations des économies réelles, cependant, sont aussi le produit d’une pression exercée par le secteur financier à partir de sa libéralisation et sa déréglementation progressive dans les années 1980. Il est donc illusoire de penser que l’on puisse transformer de manière efficace les structures de l’économie réelle sans altérer de manière conséquente les règles de fonctionnement de la finance. De ce point de vue, si la distinction entre sphère réelle et sphère financière conserve une pertinence du point de vue de l’analyse opérationnelle, elle n’est pas fondée au niveau de l’analyse systémique. Ceci a aussi des conséquences quant à l’appréciation que l’on peut porter sur l’efficacité de l’euro comme instrument de politiques économiques permettant de combattre la crise actuelle. Si l’euro a été à court terme un facteur de stabilité il pourrait s’avérer un facteur aggravant de la crise à moyen terme, sauf à imaginer une réforme profonde et radicale des conditions de fonctionnement de la zone euro.

La question du contrôle sur les processus de crise, afin d’éviter une dépression comparable à celle des années 1930, est liée à celle des mesures nécessaires pour sortir au plus vite de la situation actuelle sur une logique de croissance qui soit durable et non illusoire. Il n’y aura pas de réponses tant que nous resterons dans la logique et le vocabulaire des politiques économiques mises en place dans les années 1980. Seules des politiques radicales, introduisant une véritable rupture avec les politiques héritées de la contre-révolution conservatrice, sont aujourd’hui en mesure d’empêcher une aggravation dramatique de la crise et de permettre un retour à la croissance et au plein emploi.

Extrait de l'article inédit "2009: récession ou dépression?" (30 p.), lire en ligne (format Flash), télécharger le pdf ou cliquer sur le livret ci-dessous.